Réponse au Discours de Paul Biya à la Jeunesse du 10 Février 2013

Monsieur le Président,

Une fois de plus, dimanche 10 Février 2013, les jeunes Camerounais / es ont eu droit à votre traditionnel discours à l’occasion de la non moins traditionnelle fête de la jeunesse. Adresse au cours de laquelle il était question de faire le point sur les réalisations de votre gouvernement en faveur de la jeunesse et de présenter les projets ou mesures fortes qui sont envisagés pour 2013.

Paul Biya

Malheureusement, votre dernier discours, comme tous les précédents, était aux antipodes de nos attentes, besoins et intérêts les plus légitimes. Certes, pour la première fois, vous avez fait allusion aux bendskinneurs et au secteur informel, mais sans proposer ni mesure, ni stratégie qui permettront à nous, jeunes camerounais, de quitter ce secteur d’emploi précaire pour aller vers des emplois décents. Vous avez fait allusion à l’éducation, sans nous dire comment concrètement vous allez reformer ce système pour permettre aux jeunes camerounais/es qui en ressortent de répondre aux normes internationales dans ce domaine et d’être véritablement compétitifs sur le marché de l’emploi.

Il semble que vos services techniques, payés par nos impôts et ceux de nos parents, ont du mal à vous produire des stratégies et mesures concrètes pour adresser les questions fondamentales qui touchent les jeunes. Dans cette série d’articles, nous jeunes du Cameroon People’s Party, allons vous proposez stratégies, mesures, idées et projets. Si seulement vous et votre gouvernement avez la volonté de la mise en oeuvre et d’une véritable résolution de problèmes pour les jeunes…

La Création d’Emplois

Ce n’est pas sans ironie que nous avons écouté votre souhait de crée 200 000 emplois en une année. Souvenez-vous ? Notre projet de société, Le Cameroun Leader propose la création de 500 000 emplois en 5 ans. Chose qui vous a semblé invraisemblable pendant la campagne présidentielle. Nous sommes heureux de voir vos ambitions pour les jeunes camerounais/es revues à la hausse. En plus de vous fournir l’inspiration nous allons maintenant vous fournir le guide sur comment réaliser cet objectif.

La solution se trouve, M. le Président, non pas chez les investisseurs français, mais dans :

  • Une stratégie pour le secteur informel
  • La mise en place d’un environnement qui permet aux PME camerounaises de connaître une croissance stable et continue ;
  • La mise en oeuvre d’une politique d’emploi, de renforcement des capacités de la main d’oeuvre locale et de renforcement des capacités des PME locales autour de chaque grand projet d’investissement.

Nous allons dans cet article traiter uniquement la question du secteur informel et notamment les questions des marchés et des bendskinneurs.

 

Le Secteur Informel

Selon l’Institut National des Statistiques, le secteur informel emploi 90% des travailleurs camerounais (secteur agricole compris) et contribue à 52% au PIB national.

Aussi sur une population de 19 406 100 dont 37,68% (INS 2006) est active soit 7 312 218 personnes, environs 6 610 245 camerounais/es travaillent dans le secteur informel. Il est urgent et important de faire ce que votre gouvernement n’a jamais fait : reconnaître ces travailleurs et développer une stratégie pour la conversion de leurs emplois précaires en emplois stables et décents.

La Transformation des Marchés

Un nombre important de camerounais/es sont employés dans les marchés. Ces centres d’échanges commerciaux représentent un potentiel important pour la transformation des emplois de l’informel en emplois stables et décents. Quelques mesures clés à prendre :

  • La mise en place d’une politique et d’une ligne de financement au niveau de l’Etat central pour accompagner les communes dans la transformation des marchés.
  • L’instauration d’un vraie dialogue (pas de tricheries avec des leaders à la solde de l’Etat-RDPC) continue avec les groupements et associations des commerçant/es.
  • Le développement d’une stratégie de transformation propre à chaque commune qui comprend :
  • La construction des infrastructures dignes de ce nom. Imaginez des marchés camerounais avec étagères, chambres froides, eau courante, électricité correctement installé (nous réduirons de manière considérables toutes les pertes dues aux incendies récurrentes dans ces lieux) lieux de stockage, etc.
  • La mise en place des services financiers adaptés aux besoins des commerçant/es. Ceci comprend un système de micro-assurance santé et retraite qui permettra aux commerçant/es, d’accéder à la sécurité sociale.
  • L’informatisation du système de gestion des marchés qui permettra d’identifier les commerçant/es, permettant à la fois de leur fournir les services adéquates et de collecter auprès d’eux les taxes nécessaires pour le fonctionnement du marché.
  • La mise en oeuvre d’un programme de renforcement de capacités pour les commerçant/es comprenant des thèmes comme : l’hygiène de base pour le travailleur de l’alimentation, introduction aux finances, comment exporter vers les pays voisins, l’exposition des produits, etc.
  • La mise en oeuvre des programmes sociaux tels que : un centre de santé dans chaque marché, les campagnes de vaccination, les campagnes de sensibilisations ; la mise en place d’une garderie dans chaque marché (vous avez vu toutes les femmes qui essayent de vendre et garder leurs enfants en même temps ?)
  • La mise en oeuvre d’un système de protection de l’environnement avec la gestion des déchets, la professionnalisation des emballages biodégradable, etc.

Le Président en vous assurant qu’une telle stratégie est mise en oeuvre pour au moins deux marchés dans tous les chefs-lieux de région et pour au moins cinq marchés dans certaines grandes villes telles que Yaoundé, Douala, Bafoussam, etc. chaque année sur les trois prochaines années, vous avez la possibilité de transformer au moins 50 000 emplois chaque année de l’informel vers le formel.

Vous allez avec une seule stratégie, moderniser nos villes, donner un sens réelle à la décentralisation, créer des emplois décents, créer de nouveaux emplois dans l’informatique, l’environnement, l’infrastructure, etc., améliorer la santé de l’ensemble des populations, et bien plus. Le comble étant que vu la rentabilité des marchés, la totalité du financement peut être levé dans le secteur privé dont une partie chez les commerçant/es eux/elles mêmes.

Les Bendskinneurs et le Transport Public

Vous avez mentionné les moto-taximen en leur suggérant des stages, et en demandant à vos ministres de vous faire des propositions par rapport à ceux-ci. Il est intéressant qu’au moment où l’activité des motos taxis est devenue à la fois indispensable et insupportable pour nos villes et pour les moto-taximen eux-mêmes, vous pensez enfin à l’organisation du métier. M. le Président, c’est beaucoup trop peu qui vient trop tard.

L’organisation des moto-taximen ne peut être pensée en dehors de l’organisation du transport public, service qu’ils rendent aux citoyen/nes aujourd’hui face à la défaillance de votre gouvernement. Pour le bien être des moto-taximen, mais aussi de l’ensemble des camerounais, il est important de mettre en oeuvre une stratégie à court, moyen et long terme.

 

A court terme

  • Il est nécessaire de réduire de manière significative et de réguler désormais l’importation et la production des motos. Le nombre de motos dans nos villes crée des challenges à plusieurs niveaux. Il est important de maîtriser le nombre afin de faire face à ces challenges
  • Donner d’autres options aux bendskinneurs. Une étude menée actuellement par le CPP nous indique que des bendskinneurs sont intéressés par des alternatives telles que l’agriculture, à condition qu’ils soient accompagnés pour la réussite dans ces projets.
  • A travers un vrai dialogue, organiser le métier dans chaque ville (encore, pas de tricheries avec des leaders à la solde de l’Etat-RDPC). Ce sont une fois de plus les municipalités qui ont besoin d’être accompagné dans une démarche pour organiser et réguler ce métier. De manière participative, il sera possible de déterminer le processus pour la mise en oeuvre de:

o Formations

o Un système de certification

o L’accompagnement technique et financier nécessaires pour qu’ils deviennent de véritable entrepreneurs

o La détermination des zones et circuits de la ville où les motos-taxis pourront circuler

 

A moyen et long terme

Il est nécessaire de déterminer des solutions viables pour le transport public dans nos villes. Il serait possible d’envisager des partenariats public-privé entre des entrepreneurs camerounais (grands et petits) et l’Etat et/ou des municipalités comme partenaires pour des entreprises de transport public locales qui comprennent des bus et des flottes de taxis et éventuellement la mise en marche du train dans les villes où les rails existent encore, pour faciliter le transport d’un bout de la ville à l’autre. Il sera important de donner l’opportunité aux bendskinneurs certifiés et aux taximen et propriétaires de taxi l’opportunité d’être des actionnaires dans ces entreprises ainsi que celle d’être testé pour l’emploi au sein de celles-ci.

A long terme, la mise en oeuvre progressive de ces entreprises permettra le retrait progressif des bendskins de nos routes.

Les centaines de milliers de bendskinneurs pourront ainsi :

  • Envisager des activités économiques alternatives, moins dangereuses pour eux et avec un accompagnement qui assure que ces nouveaux emplois seront formels et décents.
  • Devenir des actionnaires dans les entreprises de transport publics. Imaginez 100 000 bendskinneurs qui achètent chacun une action de 10 000 fcfa, ils pèseront pas moins de 1 milliard dans l’actionnariat de la nouvelle société. Ils mobiliseront les fonds pour créer de la richesse pour le Cameroun et nous aurons enfin une bourse qui fonctionne !

 

Voilà, M. le Président, quelques idées pour concrétiser les souhaits que vous dîtes avoir pour la jeunesse camerounaise. Nous reviendrons vers vous dans quelques jours avec des idées concrètes pour l’amélioration de la qualité de l’éducation, de la situation des enseignants et l’emploi dans le secteur formel.

Un seul problème demeure. La mise en oeuvre de toutes ces recommandations nécessite efficience et efficacité de la part du gouvernement ; et espoir et adhésion de la part de la population. Depuis 30 ans, vous n’avez pas pu réunir ces préalables. Il semblerait alors, M. le Président, que la mise en oeuvre des solutions pour la jeunesse camerounaise, nécessiterait votre départ…

 

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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