Dans des pays dits dominés comme les pays d’Afrique, on observe au moins trois niveaux de conscience ou types d’esprit:
o L’esprit dominé
o L’esprit révolté
o L’esprit conquérant
La publication des fragments de pensée ci-dessous m’est inspirée par tout le vacarme et les réactions au mouvement « Je Suis Charlie » en janvier 2015 et les réjouissances de certains suite aux attentats de Paris survenus le 13 Novembre 2015.
Les « Je ne suis pas Charlie », « Je suis Kolofata », « Je suis les forces armées camerounaises » sont notamment des réactions à cette vague de solidarité construite et surmédiatisée récemment par les Occidentaux en vue de se remobiliser, de se réorganiser et de se redéployer face au péril terroriste.
Pour ma part, je m’interroge sur la pertinence de ces réactions, leur portée sur les luttes et challenges auxquels nous, en tant qu’africains, nous sommes confrontés. Je me demande si ce « mimétisme » qui veut s’opposer à un « suivisme » abondamment décrié ne constitue pas au fond une manifestation de plus de notre extraversion mentale.
En attendant d’y répondre peut être prochainement, je veux juste partager dans les lignes qui suivent une caractérisation des niveaux de consciences ou types d’esprit devenue plus claire après avoir écouté, discuté et observé ces derniers temps.
1) L’ESPRIT DOMINÉ
L’esprit dominé mobilise toute son intelligence et ses ressources pour survivre tout en maudissant le maitre qui l’assujettit. Pas un seul moment il ne pense se rebeller ou se révolter. Pas un seul moment il ne pense possible la victoire. Son intelligence et ses capacités ne sont pas mobilisées pour renverser la situation, changer la donne et inventer un autre avenir que celui que lui destine son oppresseur. A lui s’applique parfaitement cette pensée de Steve Biko qui disait que « la force de l’oppresseur réside dans la mentalité de l’opprimé ». Tout ce qu’il fait vise d’abord et surtout la survie. Il a définitivement intégré l’idée que ce monde est injuste et qu’il sera à tout jamais la victime. Sa revanche à lui, il l’attend dans un autre monde. En attendant cet autre monde, il ne manque pas de se réjouir de tout malheur qui frappe son oppresseur. Heureusement pour lui que dans cette vie, il y a d’autres possibilités d’évacuer et de gérer son mal être : Dieu ou les dieux, le football, la bière et le sexe. Sa marque de fabrique est dans les phrases : « on va faire comment ? », « Il ne sert à rien de… », « Cherche ta part et tais toi mon frère ou ma sœur… », « C’est toi qui vas changer quoi ? » « Ne tente pas… ».
2) L’ESPRIT RÉVOLTÉ
L’esprit révolté lui est caractérisé par une colère qui l’anime et qu’il entretient contre son oppresseur. Il recherche et raffole des informations qui démontrent le caractère maléfique de son oppresseur. Son intelligence et ses ressources sont essentiellement mobilisées pour mettre à jour et dénoncer les complots de l’oppresseur contre lui. Il se nourrit à longueur de journée des nouvelles sur les atrocités, les crimes et les injustices commises par son oppresseur. Il est tellement obnubilé et possédé par son oppresseur qu’il consacre l’essentiel de ses pensées, paroles et actions à essayer de détruire ce dernier. Très souvent au seul niveau du discours et de petites actions sans grande envergure.
Pour lui, le bien être signifie l’extinction de l’oppresseur et par voie de conséquence de l’oppression. Le seul paradis qu’il connaisse est un monde débarrassé de son oppresseur.
Dès lors, il se définit essentiellement et fondamentalement comme un opprimé, en opposition à son oppresseur. Il explique tout ou presque de ce qui lui arrive par l’omnipotence de son oppresseur.
Il se dit parfois déterminé et prêt à tout pour se débarrasser de son oppresseur jusqu’au jour où il constate que le monde n’est pas aussi binaire (oppresseur d’un côté et opprimé d’un côté) qu’il l’a toujours imaginé. Il constate la complexité du monde en observant parfois à quel point l’opprimé peut être une victime volontaire, consentante. Il observe à quel point, du fait d’un déficit d’analyse, de connaissance, de conscience de soi et du monde, il peut être la cause de son maintien dans les chaines. Il constate parfois de manière sporadique à quel point sa lâcheté, son impréparation et son impatience dans l’action expliquent bien des choses dans sa situation.
Bien qu’il puisse de temps en temps l’admettre, par habitude sans doute et parce qu’il ne sait pas comment faire CONCRETEMENT pour changer les choses, il continue dans une dénonciation stérile. Les évènements évoluent, les mêmes logiques dominateur-dominé perdurent, les mêmes critiques sont formulées mais rien ne change fondamentalement.
Son cri de révolte fini par devenir un cri pour rien.
Certes, comme le disait fort à propos Sankara : « seule la lutte libère ». Mais encore faut-il savoir de quelle lutte et de quel combat il s’agit. S’agit-il de vaincre d’abord l’autre ou de s’apprivoiser soi-même pour être en mesure de mieux affronter les défis externes ?
Malheureusement, l’esprit révolté n’a pas toujours pleinement intégré dans ses voies et façons les éléments qu’il lui faut d’abord changer à l’intérieur pour pouvoir espérer changer fondamentalement, définitivement, complètement les choses à l’extérieur.
Il aboie et la caravane passe.
3) L’ESPRIT CONQUÉRANT
L’esprit conquérant est un esprit de combat. Un combat qui puise ses sources dans la mémoire des luttes et des souffrances du passé, des injustices et des horreurs du présent.
C’est un esprit animé par une volonté inflexible de vaincre. Vaincre ses propres peurs, ses propres faiblesses, son ignorance, son inconséquence, son inconsistance, son incurie, son incapacité à faire face aux évènements et enjeux de son temps. C’est un esprit déterminé à s’affirmer pleinement, puissamment et intelligemment au monde et autres acteurs qui le composent.
C’est un acteur animé par une aspiration irrépressible à être et mu par une volonté formidable de puissance.
Il n’aspire à rien de moins qu’une totale maitrise ainsi qu’une totale souveraineté sur lui-même et son environnement.
Il refuse de choisir entre le MAL et LE PIRE : IL VEUX NI PLUS NI MOINS QUE LE BIEN !
Il ne quémande pas la justice mais se bat pour l’obtenir. Il n’exclut pas qu’il existe un Dieu et peut être un paradis, un enfer ainsi qu’un jugement dernier. Mais il travaille ici et maintenant pour chaque jour matérialiser son paradis tout en faisant échec à ceux qui lui préparent l’enfer. Il veut la paix mais va en guerre contre les ennemis de son bien-être.
Il ne se plaint pas.
Il sait qu’il ne doit son salut qu’à lui-même. A personne d’autre. Il attend très peu des autres sinon RIEN. Il attend tout de lui-même.
TOUT DE LUI-MÊME.
Pour lui, vivre sans dignité n’est pas vivre. Il est prêt à payer le prix.
Il n’annonce pas qu’il va faire : il fait. Il n’annonce pas qu’il va construire : il construit. Il a ses codes propres, ses valeurs et ses objectifs. Il ne manque pas de célébrer et de valoriser tout ce qui fait de lui un être fier, digne, libre, fort et heureux.
Il EST.
Il se déploit. Rien ne l’arrête. Ce n’est pas la défaite ou la victoire temporaire qui le définit. C’est le mouvement vers son IDEAL ; un IDEAL conçu par et pour LUI. Il a un seul leitmotiv : Devenir Celui Qu’il Est Fondamentalement !
Ces jours, ces activités et les évènements de sa vie sont appréciés par rapport à Ses Valeurs, Ses Principes, Ses Intérêts et Ses Objectifs.
Il a fait sien ces propos de Wole Soyinka : « UN TIGRE NE PROCLAME PAS SA TIGRITUDE : IL BONDIT SUR SA PROIE ET LA DEVORE ! »
Une fois ceci dis, nous devons simplement nous demander quel est l’impact de ce que nous pensons, disons et faisons sur la résolution définitive et complète des problèmes fondamentaux auxquels nous faisons face.
Le reste c’est……le RESTE.
Franck Essi
Un apprenti Guerrier de La Lumière
Je t’aime.
J’ai écrit le même texte, pas avec les mêmes mots. Mais les tiens sont justes et raisonnent fort.
Je t’aime, c’est tout ce que je suis capable ce jour de vous écrire.
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