Quotidien de l’Economie : Le BIP 2016 pour le Centre s’élève à environ 535 milliards contre 280 milliard pour le Littoral. Qu’est ce qui peut expliquer cet écart entre le Centre et les autres régions ?
Franck Essi: Nous pouvons avancer au moins deux raisons pour expliquer cette différence substantielle entre le Centre et le Littoral en particulier, le Centre et les autres régions du pays en général.
1) Pour le Gouvernement, la priorité est le Centre / Le Centre est au centre des priorités
Il peut s’agir d’une indication des régions prioritaires pour le Gouvernement. Cela peut paraitre étonnant quand on sait que le bip de l’Extrême Nord, une des régions le plus à la demande est fixé 31 852 233 000 soit 31 milliards. Etonnant d’autant plus que cette zone est censée abritée un plan d’urgence spécifique, bénéficier aussi du plan d’urgence triennal s’appliquant à toutes les régions et abriter un plan spécial d’aménagement de l’Extrême Nord. Ce d’autant plus que d’après les résultats de ECAM 4, c’est la région qui a la plus grande proportion de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. A titre d’illustration 74, 3 % de la population est pauvre en 2014 tandis que 13,9 % de la population est frappée par la pauvreté dans le Centre. Plus révélateur de cette incohérence, la proportion de pauvres dans l’Extrême Nord ne fait qu’augmenter. Elle est passée de 56,3 % en 2001 pour passer à 65,9 % en 2007 et culminer à 74,3% en 2014.
On comprend dès lors que cette dotation du BIP n’a pas pour objectifs de réduire les inégalités de développement économique, social et infrastructurel entre les régions. Elle semble obéir à la logique suivante : « à celui qui a déjà, on ajoutera et à celui qui n’a pas assez, on enlèvera le peu qu’il n’a pas ».
2) Stratégie de rattrapage sur les exercices écoulés
Cette différence peut s’expliquer par une volonté de rattraper des retards ou des déséquilibres enregistrés dans les exercices passés. Retards accusés dans l’exécution du BIP. L’idée ici étant que le Gouvernement a systématiquement reconduit des projets non mis en œuvre lors des exercices écoulés. Ceci signifierait que la région du Centre aurait enregistré des taux d’exécution du bip plus faibles que les autres régions. Est-ce le cas effectivement ? Au 30 juin 2015 le Centre était manifestement la région la moins efficace dans l’exécution du bip. En effet, si on s’en tient aux statistiques officielles du MINEPAT, le Centre enregistrait un taux de 8,31 % d’exécution physique tandis que le Littoral avait 13,60% et l’Extrême Nord 24,11 %. La première région étant le Nord-Ouest avec 51,29 %.
On comprend donc que le montant du BIP 2016 dans la région du Centre peut s’expliquer par un besoin de rattrapage des projets non exécutés dans les exercices écoulés.
En guise de conclusion : « Le paradoxe du pays organisateur »
Il découle des deux premières raisons que la région du Centre, siège des institutions, est le plus mauvais élève de la République en matière d’exécution du BIP. Les résultats indiquent que cette région, plus que les autres, éprouve des difficultés dans la mise en œuvre de projets pour le bien-être social et économique des populations. Ce malgré le fait qu’elle concentre de manière inéquitable plus de moyen que les autres régions du pays telles que le Littoral et l’Extrême Nord.
Dès lors, la vraie question est de savoir ce qui sera concrètement mis en œuvre pour régler cette situation. Ce d’autant plus que la preuve est faite que les fonds inutilisés dans le Centre, une des régions les moins pauvres et les plus équipées sur le plan infrastructurel, pourraient être relativement mieux utilisés dans d’autres régions.