Selon la Banque mondiale, 44 % du PIB du Gabon est généré par le pétrole, l’or noir représente 80 % du PIB de la Quinée Équatoriale, au Congo (Brazzaville), le pétrole représente 45 % du PIB, le Tchad est égalent dépendant de la même ressource, le Cameroun pour 2016 attend un plus de 500 milliards issus du pétrole et d’ailleurs, notre loi de finance à projeté le baril à 40,5 dollar;sauf que le 20 janvier 2016, le baril se prenait à moins de 30 dollars. Le pétrole a donc perdu de sa valeur….
Comment comprendre la dépréciation des cours du pétrole?
Cette dépréciation peut s’expliquer par au moins quatre grandes raisons. Elle n’est pas prête de cesser au regard de la conjoncture économique mondiale.
Premièrement, l’augmentation significative de l’offre par rapport à la demande. Cette augmentation est due essentiellement à l’entrée des Etats Unis comme troisième producteur mondial avec la mise en exploitation de ses réserves de pétroles.
Deuxièmement, on peut noter le ralentissement de l’économie chinoise qui entraine une baisse de la demande de ce pays en matières premières. En 2015, avec un taux de croissance de moins de 7%, la Chine a enregistré sa plus faible performance ces 25 dernières années. Au regard de son statut de seconde économie mondiale, on peut comprendre l’impact ce ralentissement peut avoir sur la demande globale.
Troisièmement, avec le retour de l’Iran sur le marché mondial suite à la levée des sanctions, cette tendance à la baisse des cours du baril de pétrole n’est pas prête de s’inverser. Avec ces énormes réserves et ses difficultés économiques actuelles, on peut s’attendre l’Etat iranien injecte des quantités significatives de pétrole sur le marché, ce qui va maintenir les prix autour de 30 USD.
Enfin, l’absence de consensus au sein de l’organisation des pays producteurs de pétrole empêche ces derniers de mettre en place une stratégie de baisse de la production, ce qui pourrait à terme inverser cette tendance baissière.
Plusieurs pays africains fondent leurs espoirs sur cette ressource. Quelles peuvent être les conséquences de cette situation au niveau des États dépendants du pétrole?
Cette baisse drastique du cours du baril du pétrole entrainera des déséquilibres certains dans les finances publiques des Etats Africains. L’un des impacts est la baisse des ressources disponibles pour soutenir les dépenses d’investissement. Il est quasi certain que ces dernières vont diminuer de manière significative pour les économies qui ne sont pas diversifiées. Dans un tel cas de figure trois scenarii se dessinent pour les pays africains fortement dépendant aux recettes pétrolières, aux économies peu diversifiées et ne disposant pas de réserves en devises conséquentes.
Le premier scenario est celui d’un ralentissement dans la réalisation des investissements publics initiés par ces gouvernements.
Le second scenario est celui d’un endettement supplémentaire pour combler le déficit de ressources et maintenir le rythme des investissements publics.
Le troisième scenario est celui du renoncement ou gel des investissements publics dans l’attente d’une conjoncture plus favorable.
D’autre part, il est certain que cette baisse des cours du pétrole va affecter la croissance économique des pays africains concernés et provoquer certainement des tensions sociales pour les Etats qui ne pourront pas continuer de satisfaire la demande sociale.
L’économie camerounaise est dite diversifiée, le Gabon et le Congo disposent d’immenses forêts. Peut-on dire que le Tchad et la Guinée Équatoriale sont mal partis?
Les économies du Tchad et de la Guinée Equatoriale sont effectivement parmi les moins diversifiées et les plus dépendantes aux ressources pétrolières.
Pour la Guinée Equatoriale par exemple, le pétrole représente 99% des exportations et 83 % de la richesse nationale. Ces dernières années, du fait de la stagnation de la production et de la baisse des prix du baril, elle connait une nette diminution de sa croissance économique. Elle est en effet passée de 17% en 2005 pour atteindre – 2,5 % en 2014.
Pour ce qui est du Tchad, la situation est moins dramatique. En début 2014, l’or noir représentait près de 30 % du PIB et assurait plus de 70% des recettes fiscales. Certaines sources indiquent que, du fait de la baisse du cours du baril ces 17 derniers mois, le Tchad a dû réaliser un collectif budgétaire de 22 milliards de f cfa en 2014 et 177 milliards de f cfa en 2015.
Cependant, l’ensemble des économies de la sous-région souffrent d’une insuffisante diversification de leurs économies. Leur dépendance aux ressources pétrolières reste donc forte et cette baisse du prix du baril du pétrole les affecte tous. Certainement pas dans les mêmes proportions. Mais elle les affecte clairement.
Ébauche de solution pour sortir de la situation au niveau de tous ces États…
C’est une vaste question que celle de d’indiquer les voies par lesquelles les économies africaines pourraient se diversifier. Il faudrait d’abord dire que la diversification économique est inconcevable dans la durée sans une transformation structurelle des économies africaines. Celle-ci signifie une réorientation de l’activité économique des secteurs les moins productifs vers des secteurs plus productifs. Elle est un moteur fondamental du développement économique.
D’autres éléments généraux peuvent être cités comme favorisant la diversification économique. Au nombre de ces moteurs de la diversification on peut citer :
- Les Gouvernements qui doivent créer le cadre propice, mettre en œuvre les mesures adéquates et fournir les appuis utiles aux pôles économiques qui assurent la diversification économique.
- Le secteur privé qui reste le moteur de la croissance économique et qui devrait mettre en valeur, par la transformation, les autres ressources naturelles dont disposent ces pays.
- La transformation des autres ressources naturelles pour leur donner de la valeur ajoutée.
- L’accélération de l’intégration régionale pour réduire l’exiguïté des marchés des pays africains et offrir de plus grandes perspectives aux entreprises africaines.
- Le renforcement des capacités institutionnelles et humaines pour permettre de soutenir dans la durée les initiatives de diversification de l’économie.
Ce sont des pistes issues de quelques observations des efforts menés dans certains pays africains. Il n’en demeure pas moins que la question de la diversification des économies est indissociable de celle de son développement. En d’autres termes, il s’agit de la sophistication et de son adaptation aux exigences de productivité, de qualité et de compétitivité de l’ère moderne.