Quotidien Emergence: Problématique sur l’avenir du Fcfa

Quotidien Emergence : Comment comprendre que la question de la sortie du franc CFA n’est figurée dans l’ordre du jour officiel?

Franck Essi : Pour qu’une telle question y figure, il faudrait que l’une des parties l’ai voulu. A ce jour, les principaux pays acteurs de cette zone ne sont pas déterminés à en discuter et surtout à sortir de la zone franc. C’est la preuve qu’il n’y a pas encore une réelle volonté de la part des détenteurs du pouvoir politique au sein de cette zone d’en sortir. Les seuls à mettre cette question sur la table sont des leaders d’opinion et des forces de la société civile et politique africaine qui ne sont pas au pouvoir.

Pour sortir du franc cfa ou faire évoluer la zone franc, il faut de la volonté politique des dirigeants africains.

 

Quotidien Emergence : Est-ce que le fait que nos dirigeants soient mal élus ne provoque-t-il pas la peur d’évoquer la question de la sortie du FCFA?

 

Franck Essi : Effectivement, la non évocation de la question du franc cfa peut s’expliquer en partie par la nature des piliers du pouvoir des dirigeants actuels.

S’ils n’ont pas la légitimité de leurs peuples du fait d’élections truquées, ils n’auront pas la force de porter ce type d’initiative.

Si ensuite les structures économiques des pays africains restent contrôlées par les puissances et les lobbys étrangers d’une part, et que ces derniers n’ont pas intérêt à des changements monétaires fondamentaux d’autre part, les leaders politiques à leur botte ne pourront pas porter ce type de projet.

Si enfin, il n’y a pas de stratégies alternatives et de volonté d’une masse critique de dirigeants africains pour mettre en place un autre système monétaire, de telles questions ne pourront pas figurer dans l’agenda des discussions.

On peut également noter au passage qu’il faudrait pour ces pays qui veulent la rupture, définir au préalable le contenu, les voies et les moyens de la mise en place de cet autre système monétaire. Il faut sortir de la zone franc pour faire plus et mieux sur les plans économique et monétaire.

Nous pensons que l’un des préalables à des mutations profondes de la gouvernance chez nous est l’élection de dirigeants patriotes, qui s’engagent devant le peuple, à défendre les intérêts fondamentaux de leurs Nations. Ce sont de tels dirigeants qui auront la légitimité et la force de renégocier les accords avec les autres puissances.

 

Quotidien Emergence :  Quand le patron de la banque de France déclare à propos du compte d’opération qu’il ne profite pas à la France, peut-on prendre sa parole pour les saintes écritures?

 Franck Essi : Non. Le fait pour la France de détenir 50% des réserves des pays de la zone franc dans un compte d’opération de son Trésor n’est pas sans conséquence. C’est un levier d’influence des politiques monétaires de ces pays tout comme d’autres dispositions qui assurent la présence des représentants de l’État français au sein des instances de décision de la BEAC et de la BCEAO. C’est également un ensemble de ressources qui peuvent être utilisées  par cet État français pour des fins qui lui sont propres. En tout cas, ce n’est pas la générosité ou l’altruisme qui sont à la base de la mise en place d’un tel dispositif.

Quotidien Emergence : Est-ce que maintenir nos pays dans la zone franc n’est pas une question de vie ou de mort pour la France?

 

On ne peut objectivement affirmer que la France n’existerait plus sans la zone franc. Une chose est certaine, sans son influence politique, économique et monétaire sur les pays africains, elle tiendrait difficilement son rôle de puissance mondiale.

Grâce à ce rôle de tutelle des pays africains sur la scène internationale, elle a les armes et les arguments pour être assise à la table des grands de ce monde. Ce n’est donc pas de son côté qu’il faut attendre des initiatives visant à donner plus d’autonomie voire plus d’indépendance aux pays africains. C’est même insensé de l’attendre.

C’est avant tout aux africains de se doter de dirigeants qui auront pour priorité de rompre avec tous les accords qui nuisent au développement social, culturel et économique des pays africains.

Quotidien Emergence : Comment interpréter le fait que de tous les ministres des finances présents au Cameroun à cette période, seul Michel Sapin ait eu droit à une audience avec le président Biya? Pourquoi lui et pourquoi pas les autres?

 

Franck Essi : La réception du seul ministre des finances français par le président Biya participe d’une constante chez ce dernier.

Ne jamais assister aux événements organisés par les africains pour résoudre les problèmes des africains.

Ne jamais manquer à ceux organisés par les puissances occidentales même si les sujets discutés ne le sont pas toujours dans le sens de prendre en compte les priorités des États africains.

Il n’y a rien de nouveau dans cette attitude qui rappelle l’urgence et la nécessité d’un nouveau leadership africain, décomplexé et capable d’initier des dynamiques africaines propres.

C’est en se dotant de nouveaux leaders porteurs de nouveaux projets et mettant en place de nouveaux systèmes de gouvernance que les africains pourront se donner les chances de faire renaitre leur continent.

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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