POUR COMMENCER, SAISISSONS L’ESSENCE DE NOTRE IMPUISSANCE…
S’il y avait une expression pour résumer toute l’impuissance de nombreux Camerounais/es, il est évident que « On va faire comment ? » figurerait certainement comme la phrase plébiscitée.
« On va faire comment ? » est devenue la formule magique par laquelle on clos un débat, une jérémiade, des plaintes ou la description plus ou moins experte de nos différents maux collectifs.
Cette expression est l’une des meilleures combinaisons de mots susceptibles d’exprimer notre incapacité à faire face à nos maux.
La plupart de nos constats, indignations, frustrations, désespoirs et colères semblent être transformés comme par magie par cette formule : « On va faire comment ? »
C’est clair, cette expression est devenue la clé de tous nos renoncements, de nos lâchetés, de notre incapacité à faire face à nos problèmes. C’est une phrase qui, comme par enchantement, sait nous replonger dans une « volonté » résignée de nous en sortir avec ce que les « grands » veulent bien nous laisser comme miettes.
Cette expression est devenue le déclencheur de notre torpeur.
Pour dire plus, elle est le son de cloche qui annonce le renoncement à toute action, qu’elle soit individuelle ou collective, suite à une légitime injustice.
LA MEILLEURE EXPRESSION DE NOTRE DÉSHUMANISATION
Cette formule transforme notre indignation en résignation. Elle fait de nous, des êtres qui renoncent à s’inscrire dans la seule dimension qui nous sépare réellement des animaux : la transcendance.
En effet, ce qui fait la différence entre nous autres êtres humains et les animaux, c’est la faculté de transcendance. La pensée, l’esprit, l’âme ne sont rien s’ils ne servent à nous aider à nous dépasser.
Nous affranchir des limites de la nature, de la tyrannie, de la stagnation et de la fatalité.
Contrairement et différemment des animaux, nous autres, êtres humains, avons la possibilité et le devoir, de continuellement surmonter les obstacles, relever les défis, créer de nouvelles voies et façons d’un bonheur sans cesse façonné par notre imagination.
ET POURTANT, VIVRE C’EST AUTRE CHOSE…
Vivre, de manière humaine, nous l’avons oublié, c’est souffrir, pleurer, rire et se réjouir dans un processus d’évolution permanent vers le meilleur de ce que nous pouvons être.
Propos philosophiques peut-être. Et donc, propos abstrus, abstraits, bizarres, voire compliqués pour certains…
Désolé…
Je veux juste dire que vivre, ne l’oublions pas, c’est évoluer. C’est refuser la fatalité, c’est repousser les limites, accroître, protéger, améliorer voire révolutionner les arts de vivre. Vivre, c’est constamment, pour soi et pour les autres, agir pour éloigner le chaos et approfondir l’harmonie.
LE SYMPTÔME D’UNE POSSESSION COLLECTIVE…
Quand nous revenons à ce redoutable « On va faire Comment ? », on voit bien que cette formule est certainement l’indicateur le plus probant de notre possession collective.
Oui ! Je l’affirme ! Nous sommes possédés par un esprit malicieux qui nous persuade de notre impuissance individuelle et/ou collective à mettre fin à des dysfonctionnements systémiques au sein de notre société.
Cet esprit nous a progressivement dépossédé de notre faculté à nous indigner, à nous révolter et donc à agir pour mettre fin à l’inacceptable.
Ce faisant, nous les victimes involontaires, sommes petit à petit devenues des victimes consentantes. De victimes consentantes, nous sommes passés à bourreaux de l’autre, des autres, de l’avenir de tous.
L’INDICATEUR D’UNE FORME INSIDIEUSE MAIS EFFICACE COLONISATION
Nous nous sommes laissés coloniser par la Métropole du Renoncement et de la Lâcheté.
Cette colonisation, comme toute colonisation, nous a profondément aliéné. Elle nous a fait perdre notre identité. Elle a progressivement fait de nous des « animaux à forme humaine ».
Des êtres incapables de s’élever au-dessus d’eux –mêmes pour que cesse l’inacceptable, l’injustifiable, l’intolérable !
Sans nous en rendre compte, nous renonçons chaque jour par nos petites lâchetés et indifférences, à tout projet de société intelligente, généreuse et solidaire.
Sans nous en rendre compte, nous sommes devenus, à notre tour, des fossoyeurs de valeurs telles que l’honneur, la dignité, l’humanité, la solidarité et le courage. Ce faisant, ce sont le présent et l’avenir que nous assassinons !
La guerre de tous contre tous ! Telle semble être la meilleure image de ce construit collectif qu’est notre société aujourd’hui, produit plus ou moins conscient de nos petits et grands renoncements.
ET POURTANT !
Nous ne sommes pas condamnés à être des tubes digestifs dont le seul sens de la vie soit de chercher de quoi manger et déféquer, accumuler les jouissances et les plaisirs de tous ordres !
Nous ne sommes pas des sous hommes ou des sous femmes !
Nous pouvons et devons briller ! Comme le disait si bien Nkrumah : « le fardeau de chaque peuple est de ressembler à ce qu’il y a de mieux dans le monde ».
Nous pouvons et nous devons relever la tête. Nous pouvons et devons sortir de la grande nuit. Point barre.
Pas d’excuses. Plus d’excuses. Faisons face.
Disons NON à ce qui fait de nous des êtres par défaut, des survivants, des victimes, des personnes résignées.
Disons OUI à ce qui fera notre fierté aujourd’hui et dans l’éternité.
Essayons d’élever la pensée au-delà du gargouillis de nos intestins ! Notre cerveau et notre cœur ne peuvent pas être les vassaux de notre ventre !
Au nom de ce qui nous est sacré, refusons le « On va faire comment ? ».
Commençons plutôt par : « Et si on faisait ceci… »
Continuons ensuite par : « Faisons cela… »
Pour terminer par : « Regardons ce que nous avons été capables, ensemble, d’accomplir ! »
SOYONS DEBOUTS !