I – IL PARAIT QUE CHARITE BIEN ORDONNEE COMMENCE PAR SOI-MEME
« Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère. » Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu chapitre 7, versets 3 à 5.
Cette sagesse recèle selon moi une profondeur qui mérite que chacun d’entre nous s’arrête un instant pour méditer. Méditer profondément sur les concepts, les valeurs, les concepts que nous brandissons pour décrire notre aspiration fondamentale à vivre dignement en ce monde Démocratie, alternance, élections, etc. Méditer profondément sur les événements, leur sens et les enseignements que nous devons en tirer. Ceci afin d’en tirer la signification opérationnelle et les modalités d’application.
Hier c’était la Côte d’Ivoire, le Burundi, l’Ouganda, le Congo. Aujourd’hui c’est le Gabon. Quand on voit avec quelle passion nous nous employons à dénoncer un camp ou l’autre, on est au moins rassuré d’une chose : le Camerounais n’est pas si « apolitique » qu’il semble être.
Même si pour l’instant, ce déchaînement de passions se fait sur les crises survenant dans d’autres pays, c’est au moins un signe que derrière l’atonie et la démission quasi collective de nombreux Camerounais sur les sujets nationaux, il subsiste une petite flamme pour les questions d’intérêt national.
A ces compatriotes, je voudrais bien rappeler que notre situation n’est pas si différente de ce qui se passe dans d’autres pays. Sous des visages certes différents, nous faisons face au même pouvoir néocolonial, aux mêmes acteurs qui confondent bien publics et bien personnels, à la même absence de consensus dans le processus électoral et à certainement, à la même mauvaise foi de nombreux acteurs.
Que sommes – nous entrain de faire de nos propres défis ? Pourquoi ce défaut de passion et d’engagement pour ce qui concerne nos propres affaires ? Quelle est cette manie d’avoir toutes les solutions pour les problèmes des autres et quasiment aucune solution opérationnelle pour nos propres problèmes ?
II – LE PLUS IMPORTANT : TIRER DES LECONS POUR SOI-MEME
« Ce que nous refusons d’apprendre dans le calme, la vie nous l’apprend dans les larmes. »
L’exemple actuel du Gabon devrait nous rappeler un certain nombre de vérités incontournables pour construire dans la durée la stabilité et la prospérité de nos pays.
Au commencement de tout, il faut le consensus politique sur la forme de l’Etat, l’organisation de l’Etat, le mode de dévolution du pouvoir et la clé de répartition des richesses. Ce consensus à la base, est bâti et scellé dans la Constitution. Bien que ce consensus soit dynamique c’est-à-dire qu’il soit sujet à des des ajustements en fonction des évolutions internes et externes à notre société, il doit toujours être le plus large et le plus profond possible.
Comment le bâtir si ce n’est par le biais d’une Constituante ? Et comment s’en assurer si ce n’est par voie de référendum ?
Je rappelle juste que notre pays n’a jamais connu ni une Constituante ni un Référendum pour adopter ce qui nous sert de Constitution.
En d’autres termes, le document qui nous définit et scelle notre volonté de vivre ensemble n’a jamais été élaboré au terme de débats consensuels et encore moins adopté par le Peuple Camerounais. Première faille que nous avons en commun avec les pays africains en crise.
Après le consensus politique fondateur sur la Constitution, il faut bâtir un système électoral transparent, équitable, juste et démocratique. Au Cameroun, nous continuons à ne pas avoir un consensus sur le système électoral. Le processus électoral lui-même reste entaché de graves irrégularités qui ouvrent la porte à des contestations inutiles. Ce faisant, par l’effet de décrédibilisation des élections, ce verrouillage amène de plus en plus de personnes à réfléchir comme John Kennedy qui disait : «Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable.»
Enfin, pour éviter les crises post-électorales, il nous faut bâtir des institutions fortes. Entendre par là, des institutions qui ont acquis une autonomie voire une indépendance par rapport aux groupes partisans. Un des premiers indicateurs de cette indépendance serait de mettre fin à l’utilisation par le groupe au pouvoir des moyens de l’Etat aux seules fins de fausser la saine concurrence. Un autre indicateur est l’indépendance de la Justice.
En d’autres termes, c’est la notion d’Etat de droit, un droit s’appuyant sur des principes démocratiques et frappé du sceau du consensus. Les institutions et les lois taillées sur mesure sont le lit de toutes les crises politiques et drames humains que nous connaissons dans nos pays.
III – DES LORS, QUE FAUT – IL POUR LE CAMEROUN ?
Tout ce qui précède revient à dire que pour le Cameroun, nous devons agir dès maintenant pour éviter le chaos qui se profile. Nous avons des institutions faibles, bâties et animées par des personnes qui travaillent d’abord à la consolidation du pouvoir d’un seul individu.
Ces personnes font semblant de croire que ce dernier est immortel. Elles ne font aujourd’hui rien pour prévenir ce que nous tous nous voyons.
Le moment venu, ces personnes, en mobilisant de faux arguments et en utilisant de faux prétextes vont nous diviser pour obtenir des parcelles de pouvoir.
Nous sommes en noir parce que nous anticipons sur ce qui surviendra. Nous sommes en noir pour rappeler aux uns et aux autres que prévenir vaut mieux que guérir. Nous sommes en noir parce que nous croyons qu’en rendant visible notre mécontentement et nos aspirations, nous créerons la masse critique indispensable à toute autre action de pression.
Cela veut dire que c’est aujourd’hui, maintenant qu’il faut préparer l’après Biya. Préparer l’après Biya, c’est ouvrir une Transition Politique et opérer enfin, pour la première fois de notre histoire en tant que Nation, les grandes assises qui vont permettre de jeter les bases solides et durables.
C’est maintenant qu’il faut agir. Demain il sera trop tard. Constituons la masse critique. C’est un geste simple. Il demande conviction, constance et engagement. Qui peut le plus, peut le moins.
Et n’oublions jamais ceci :
« Le mal doit son triomphe à l’inaction des hommes bons ».