Le fond du problème.
A la suite du décès de Mme Françoise Foning, maire de Douala V, la bataille pour sa succession est engagée. Comme toujours, elle est des plus âpres et fait resurgir plusieurs lignes de fractures qui vont bien au-delà de la simple grille RDPC VS Partis d’opposition. En effet, dans cette lutte pour le pouvoir, certaines considérations resurgissent ; notamment la revendication de l’attribution d’une place de maire adjoint à un parti de l’opposition mais également celle plus délicate de l’attribution du poste de maire de Douala 5 à un autochtone.
J’ai personnellement signé hier lundi 20 Avril 2015, en mon nom propre et en celui du Cameroon People’s Party un document appelant Mr Réné Emmanuel Sadi, Ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, à rétablir cette « exception » ou entorse à la loi effective du temps de Mme Foning. Il faut faire référence à cette loi, elle stipule quoi et pourquoi elle n’a pas été respectée ? Ce d’autant plus qu’à Douala 1er et 2ième, les exécutifs communaux conduits par des militants du RDPC comptent effectivement des maires adjoints SDF.
J’ai signé cette Pétition de Monsieur Elimbi Lobe pour réaffirmer mon attachement au respect de la loi bien que le CPP ne soit pas présent dans l’exécutif communal de Douala 5 et de ce fait, n’a pas d’intérêt direct à s’associer à une telle revendication. J’ai signé d’autant plus qu’à la mort de Mme Françoise Foning, j’avais exprimé le souhait que cette disparition soit saisie comme une occasion de faire émerger un nouveau leadership politique local et de corriger les dysfonctionnements plusieurs fois observés dans la gouvernance de cette commune pour le bien des populations.
Ce qui me semble une fois de plus problématique, c’est la revendication qui vise à attribuer automatiquement le poste de maire à un autochtone. En plus d’être irréaliste sur le plan du rapport de force politique, elle est problématique à bien des égards. Elle pose des questions sur la conception que les uns et les autres continuent d’avoir du Cameroun, du vivre ensemble et des priorités en matière d’amélioration de la gouvernance dans notre pays. Evidemment, aussi bien moi que le CPP ne saurait nous associer à une telle revendication. Nous nous désolidarisons fermement avec cette manière de penser que nous qualifions bêtise.
La question est mal posée. Le problème est ailleurs
Ce type de revendications n’est certes pas sans fondements. Il existe un vécu, des expériences d’hier et d’aujourd’hui qui confortent à tort ou à raison bien de nos concitoyens dans de telles réclamations. La question est moins de savoir si nous devons institutionnellement valider ce type de ressentiments ou mettre en place les mécanismes nous permettant de continuer notre marche vers plus d’intégration.
En effet, nous ne sommes pas pour l’instauration de ce type de frontières ou cloisons au sein de la société camerounaise. Ce ne serai pas aller dans le sens de l’histoire qui nous invite à un métissage culturel de plus en plus poussé. Nous sommes tenus chaque jour d’approfondir dans toutes nos voies et façons la citoyenneté camerounaise telle que nous l’avons formalisée dans nos textes fondamentaux.
Nous appelons les uns et les autres à poser autrement les questions de développement de nos communautés. En effet, si le motif derrière l’exigence d’un autochtone à la tête des exécutifs communaux est le souci de garantir pour lesdites communautés une gouvernance orientée et efficace en leur faveur, ceci est un leurre. En effet, la présence d’un autochtone à la tête des exécutifs communaux n’est pas une garantie que la gouvernance sera favorable et vis-versa. Cela dénote plus d’une méfiance viscérale vis-à-vis des autres qui anime les tenants d’une telle approche. Méfiance qui les fait croire que, fondamentalement et indubitablement, l’autre ne peut qu’être défavorable aux intérêts propres de notre communauté.
Nous ne devons pas consacrer institutionnellement une certaine « idéologie tribale » qui primerait sur toutes les autres conceptions de la vie en société.
Il faut distinguer deux choses : les revendications d’une élite qui se sent désarmée dans le combat face à d’autres élites et les aspirations réelles des populations qu’elles disent vouloir représenter.
Il faut analyser le rapport réel de ces élites aux populations.
Il faut questionner cette représentation de la vie en communauté qui veut que ce soit l’élite qui soit le représentant attitré des populations au sein des institutions.
Il existe d’autres lignes de fractures qui traversent nos communautés. Ces lignes montrent bien que toutes les « élites » ne se mettent pas nécessairement au service des intérêts collectifs. Ces communautés elles-mêmes ne sont pas des entités homogènes où règnent l’unanimisme et la pensée unique.
Les vraies questions et défis
Ce qu’il est important de faire aujourd’hui, c’est de redéfinir le contrat social entre les gouvernements locaux et les différentes communautés qui composent l’espace. En effet, il existe un marché politique « sain » qui doit en permanence être passé entre les aspirants au pouvoir et les différentes composantes de la communauté. Ce marché consiste évidemment à s’engager sur des réalisations précises et des améliorations substantielles des conditions de vie des populations en contrepartie du soutien apporté. Dans la mesure du possible, ce marché doit se faire dans la transparence et engager clairement les aspirants au pouvoir sur une feuille de route sur laquelle ils seront jugés.
Nous avons plus besoin de propositions pour consolider le vivre ensemble que pour accroitre les tensions et replis identitaires.
Nous avons plus besoin de projets de sociétés entendus comme l’exposé de la description des voies et moyens par lesquelles peut se construire une société camerounaise unie, prospère et démocratique. Si pour certains, la marche du Cameroun est celle de la simple juxtaposition des communautés, nous nous insurgeons contre cette approche.
Le Cameroun n’est pas un gâteau à se partager entre élites. Le Cameroun est une communauté dans laquelle nous devons réaliser chaque jour les exigences de la justice sociale, de l’égalité des chances, de la répartition juste des richesses et de la solidarité entre les différentes composantes.
Engager autrement sereinement la question de la représentativité
La meilleure manière pour les lobbys communautaires d’influencer la marche des affaires est de s’organiser et de se mobiliser. Cette mobilisation ne doit pas se faire contre d’autres communautés mais pour une certaine politique. En d’autres termes, ça doit être une mobilisation pour que des mesures, moyens et mécanismes soient mis en place pour que, quelle que soit l’origine de l’aspirant au pouvoir, un engagement clair à satisfaire les besoins de la population soient pris et tenus.
Ces lobbys doivent s’organiser et se mobiliser pour continuer à influencer les détenteurs du pouvoir. Tout ne se limite pas à mettre aux affaires un des siens. Il est aussi question d’exercer une action permanente de veille, d’interpellation et de proposition pour que le gouvernant ne s’écarte pas de la réalisation de ses engagements.
Nous sommes soumis à l’impératif de transcender nos barrières ethniques, nos rancœurs, nos préjugés et nos méfiances.
Nous devons constamment dialoguer pour poser avec confiance et de manière constructive les problèmes clés qui, selon nous, empêchent la marche plus rapide vers la prospérité et l’harmonie.
Nous devons oser inventer un autre contrat social.