JOURNÉE DE L’ AFRIQUE : QUELLES PISTES D’ÉMANCIPATION DE L’ AFRIQUE AU CENTRE DES CONVOITISES DES GRANDES PUISSANCES ?

_Par Franck Essi_

En ce 25 Mai, journée de célébration de l’Afrique, il est important de s’arrêter quelques instants pour évaluer la marche de l’Afrique et réfléchir aux conditions d’une émancipation dans le contexte actuel.

Cet arrêt est d’autant plus important que plus que jamais, l’Afrique semble être au centre des attentions et des convoitises.

Pour le faire, nous allons juste tenter de donner des réponses rapides à quelques – unes des multiples questions qui se posent de nos jours :

• Qui a la responsabilité de trouver des solutions aux défis de l’Afrique ?

• L’Afrique est – elle condamnée à être la vache à lait des puissances étrangères ?

• Comment répondre aux puissances étrangères qui utilisent la guerre et le terrorisme pour nous affaiblir ?

• Que peut – on faire pour tenir le coup sur le plan politique, diplomatique et militaire ?

I – LA QUESTION DE LA RESPONSABILITÉ DE TROUVER DES SOLUTIONS AUX DÉFIS DE L’ AFRIQUE

Jusqu’ici, parce qu’ils sont en charge et disposent de pouvoirs très importants, les Chefs d’Etat africains sont considérés comme les principaux responsables de la situation dans laquelle se trouve l’Afrique aujourd’hui. Leur attentisme et leurs compromissions, assurément, retardent les changements qui permettraient une véritable émancipation du continent.

Mais est – ce leur seule responsabilité ?

Pour ma part, la question de notre avenir commun n’échoie pas uniquement aux Chefs d’État mais à toutes les forces vives africaines.

À l’évidence, les Chefs d’État en particulier et les Africains dans leur ensemble ne peuvent se permettre d’être attentistes.

Les intellectuels, les artistes, les religieux, les syndicalistes et le patronat doivent pleinement s’impliquer dans cette œuvre colossale. Ils doivent veiller par leur force de proposition et leurs actions de pression à ce que les bonnes stratégies soient adoptées, les mesures efficaces prises et les ressources gérées de manière optimale par les politiques.

Les peuples africains doivent plus que jamais s’informer et s’organiser pour agir de manière stratégique en vue de la préservation de leurs intérêts. Ils sont les premiers concernés par cette situation et leurs actions sont décisives pour surmonter ces défis.

Dans ces temps caractérisés par l’exacerbation de la concurrence mondiale entre États et entreprises, plus que jamais, l’absence d’anticipation stratégique est mortelle au sens propre comme au figuré.

En effet, tous les pays aujourd’hui développent des stratégies pour se faire une place au soleil et augmenter leur niveau de contrôle des ressources mondiales.

Tous les pays sont plus que jamais en quête de prestige et de puissance. Presque tous les pays se dotent des instruments d’observation, d’analyse, de prospective et de neutralisation des menaces potentielles et avérées à leurs intérêts vitaux.

Il serait inacceptable, inconséquent et dangereux de ne pas mettre en place les dispositifs et les mécanismes institutionnels, politiques, économiques, militaires et culturels pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

Il en va de la survie de nos États, de nos cultures et de notre place dans l’histoire.

II – L’ AFRIQUE EST – ELLE CONDAMNÉE A ÊTRE LA VACHE A LAIT DES AUTRES PUISSANCES ?

Il est certes fort regrettable que les pays africains ne se soient pas encore émancipés sur ces différents plans stratégiques, politiques, économiques, culturels et militaires.

Cependant, nous ne sommes pas condamnés à être éternellement la vache à lait des autres continents.

Sur cette problématique de l’émancipation des pays africains, nous n’aurons jamais de cesse de rappeler les acquis de la théorie panafricaniste de libération des pays africains.

Elle stipule simplement que les africains doivent réaliser leur unité politique pour être en mesure de construire leur indépendance économique et culturelle.

Sans de grands ensembles pas de résistance durable et efficace possible.

Le présupposé de cette théorie panafricaniste étant que l’unité africaine est le moyen le plus sûr pour s’immuniser contre les méfaits de la mondialisation capitaliste.

Néanmoins, depuis les années 1960, deux idéologies de l’émancipation du continent africain s’opposent : l’idéologie de la coopération et celle de l’intégration. Cette opposition ne manque pas de peser sur l’évolution des pays africains.

La première suggère de conserver les Etats dans les formes issues du processus de décolonisation et de travailler à l’amélioration continue de la solidarité entre les pays. Cette idéologie a montré ses limites à travers la défunte Organisation de l’Unité Africaine (OUA).

Ces limites ont conduit à expérimenter la stratégie de l’intégration continentale.

Malheureusement, les partisans de la construction d’une réponse institutionnelle à l’échelle africaine divergent également en deux autres groupes : les urgentistes et les gradualistes.

La démarche urgentiste voudrait une mise en place directe d’une entité continentale forte dotée d’une personnalité aux attributs suivants : gouvernement continental, diplomatie commune, armée commune et monnaie unique. Elle est considérée comme irréaliste car ne tenant pas compte de la nécessité de surmonter les spécificités, les contraintes et les contentieux existants entre les États issus de la colonisation. Toutes choses qui demandent du temps.

La démarche gradualiste ou approche des pôles fédérateurs privilégie une approche séquentielle : consolider d’abord les communautés économiques régionales avant de constituer une entité continentale forte. Elle est souvent taxée d’« étapisme dilatoire ». C’est cette démarche qui actuellement en cours, consacrée par le traité d’Abuja qui pose la consolidation des Communautés Economiques Régionales comme tremplin pour réaliser à terme une union africaine effective. Elle se vérifie également dans l’architecture africaine de paix et de sécurité.

Mais quelle que soit la démarche qui finira par s’imposer, les africains devront, pour s’affirmer sur la scène mondiale, surmonter au moins les quatre problèmes suivants :

1- La diversité des pôles d’allégeance des États africains ou les appartenances multiples ; elle se traduit par la multiplicité, la juxtaposition, la duplication, les incohérences, les contradictions des différentes entités auxquelles appartiennent les États africains.

2- L’instabilité politique et l’insécurité qui ne permettent pas de mettre en œuvre des projets essentiels dans le moyen et long terme.

3 – Les problèmes de gouvernance qui entrainent le gaspillage des ressources et accroissent les inégalités entre les populations.

4 – Les questions de financement. Si les africains n’investissent pas effectivement et significativement de ressources financières dans leurs projets communs, tous les discours ne pourront être que des vœux pieux.

III – COMMENT REPONDRE EFFICACEMENT AUX PUISSANCES QUI UTILISENT LA GUERRE ET LE TERRORISME POUR NOUS AFFAIBLIR ET MIEUX SE SERVIR ?

Pour répondre efficacement aux menaces telles que la guerre et le terrorisme, il est absolument nécessaire de bâtir des institutions fortes tant au niveau national qu’international qui nous permettent de mutualiser nos ressources sur les plans politique, économique, culturel et militaire.

Au moins quatre conditions doivent être réunies pour que ce soit possible :

1- Un renouvellement du leadership politique dans les États africains.Il faut des leaders ayant une connaissance des enjeux du monde moderne, à l’idéologie fortement ancrée dans la rupture avec les errements du passé et déterminés à produire des résultats pour leurs peuples.

2- L’émergence d’une société civile africaine outillée et qui agit selon un agenda tourné vers l’émancipation, l’autonomisation et l’affirmation des intérêts des peuples africains.

3- Une opinion publique africaine plus informée et imprégnée des enjeux et véritables valeurs à défendre. Cela passe par un meilleur contrôle des contenus des informations et des savoirs diffusés aux populations dans les médias, les écoles et les universités.

4- De meilleurs systèmes de gouvernance qui permettent de résoudre le tryptique à l’origine de presque tous nos problèmes : Pouvoir-Partage-Pauvreté.
Par de meilleures règles de dévolution du pouvoir, de meilleurs mécanismes de partage des ressources nationales et la réduction de la pauvreté, nous augmentons notre résistance aux périls internes et externes.

IV – QUE PEUT – ON FAIRE POUR TENIR LE COUP SUR LE PLAN DIPLOMATIQUE, POLITIQUE ET MILITAIRE ?

En plus de réunir ces conditions citées précédemment, nous pouvons faire certaines choses sur les plans diplomatique, politique et militaire.

Sur le plan diplomatique, faire preuve de plus d’anticipation en nous dotant au niveau continental d’une vision commune de nos intérêts, d’un agenda continental commun et d’une voix pour les défendre dans les grandes enceintes internationales. C’est l’occasion de rappeler l’urgence de la réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU afin d’obtenir au moins une place de membre permanent pour l’Afrique.

Il est aussi important de diversifier les relations de partenariat au niveau international et de multiplier les accords avec les puissances émergentes aux intérêts convergents.

D’autre part, il est aussi vital de privilégier le multilatéralisme dans les négociations avec les grandes puissances. Aller en rangs dispersés est une voie sans issue.

Enfin, aussi bien au niveau national que continental, il devient de plus en plus urgent de renforcer les dispositifs de veille stratégique capables de mettre à la disposition du continent des données permettant d’anticiper sur les évolutions géopolitiques et ajuster suffisamment à l’avance nos stratégies à l’international.

Sur le plan politique, l’approfondissement de la démocratie et la recherche permanente du consensus sur les règles de la vie politique ne sont pas un luxe. Ils sont au contraire les véhicules nécessaires de l’intégration des différentes communautés qui composent nos Etats aux projets nationaux.

Sur le plan militaire, il y a déjà des initiatives de mutualisation en cours. On compte au moins la Capacité Africaine de Réponse Immédiate aux Crises (CARIC). Si elles tardent à se faire ressentir, c’est sans doute dû aux difficultés structurelles propres aux Etats africains et leurs institutions aussi régionales et continentales.il faut sans doute accélérer leur opérationnalisation.

Néanmoins, là aussi, la diversification des partenariats, la mutualisation des ressources et la constitution d’une force d’intervention rapide pour le continent s’imposent comme le minimum à faire en l’état actuel des choses. C’est vrai qu’à long terme, on pourrait rêver à une armée continentale et à des fabriques d’armes africaines. A ce moment, on pourra commencer à envisager des lendemains qui chantent pour le continent africain.

Avatar de Franck Essi

Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

Laisser un commentaire