En Octobre 2019, nous assistions médusés à la catastrophe de Gouache à Bafoussam. Catastrophe qui a emporté plusieurs compatriotes parmi lesquels des enfants.
A l’époque, nous disions qu’il n’était pas possible de rester indifférents face à ce drame. Nous disions que le meilleur hommage à ces victimes était de tirer toutes les leçons de ce drame et d’introduire des changements dans notre fonctionnement.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, où en sont les dispositifs étatiques pour éviter les éboulements, les inondations, les ruptures de digues ?
A ce moment où nous entrons pleinement dans la saison des pluies, période à risque pour des populations vivant dans des zones précaires, sommes – nous au niveau de chaque ville entrain de prendre les mesures pour les populations évoluant dans les zones à risque ?
Qu’est – ce que nous sommes entrain de faire maintenant pour éviter les éventuels futurs « Gouache » ?
Nous saisissons cette période de risques accrus pour les populations pour remettre sur la table des idées sur lesquels travailler.
A court terme, pour réduire la possibilité de catastrophes du type « Gouache », il s’impose :
1. La mise à jour des études sur les différentes zones à risque sur l’ensemble du territoire en général, dans les zones à forte densité de population en particulier.
2. L’identification et la ré – installation des populations déplacées dans des espaces sécures.
3. Le développement et la mise en application d’un plan d’évacuation des populations vivant dans les zones à risque.
4. La dotation des organismes en charge de la prévention et de la gestion des catastrophes de ressources humaines, matérielles et financières leur permettant de se déployer sur l’ensemble des sites jugés dangereux ou à risque.
5. La mise à jour et l’élaboration des plans de réponse aux catastrophes sur l’ensemble du territoire national.
A moyen et long terme, il sera absolument nécessaire :
6. D’appliquer de manière effective les plans d’urbanisme et d’occupation des sols sur l’ensemble du territoire national.
7. De développer un système plus efficace pour gérer l’installation des populations dans les centres urbains du fait de l’exode rural.
8. De développer des systèmes de gestion de nos villes plus efficaces pour empêcher et / ou mettre fin au phénomène d’installation anarchique des populations dans des zones à risques.
9. De développer des systèmes plus efficaces pour l’octroi des différents permis et certifications relatifs aux problématiques de l’habitat dans nos villes.
10. D’améliorer la coordination entre les différents intervenants dans la gestion de nos villes. Il faut clairement que des changements soient apportés à la façon dont se coordonne les ministères, les services déconcentrés de l’État et les communes d’arrondissement dans la mise en œuvre des politiques de l’habitat.
11. Une éducation régulière des populations à travers différentes stratégies d’information et de formation de ces dernières sur les divers risques qu’elles encourent et les exigences de la loi qui doivent être respectées.
12. Une véritable gestion participative des municipalités qui permet d’identifier les problèmes en avance, de trouver des solutions ensemble avec la population, d’obtenir l’adhésion de la population dans la mise en application de ces solutions.
Ces chantiers sont parmi ceux sur lesquels, au niveau national comme au niveau local, les représentants du Ministère de l’Administration Territoriale devaient nous entretenir en vue de nous informer sur les mesures prises et les comportements attendus des populations.
Ceci est d’autant plus important qu’en l’état actuel des choses, ce qui fait cruellement problème, ce sont entre autres :
▶️ Les dysfonctionnements des services de l’État en charge de la délivrance des permis et des certifications d’une part, de la veille et de la régulation des constructions d’autre part.
▶️ L’absence de fermeté des services de l’Etat et des acteurs politiques (Nationaux et locaux) qui, du fait de diverses raisons, laissent prospérer des situations à risque.
▶️ Le déficit de fonctionnalité des structures en charge de la prévention et de la gestion des catastrophes. Qu’il s’agisse des structures logées au sein des ministères ou celles présentes dans les villes, elles ne sont pas dotées du minimum pour pouvoir fonctionner effectivement.
▶️ L’extrême lenteur qui existe entre le constat ou le signalement des situations problématiques et la prise de décisions pour les résoudre.
▶️ L’incompétence et la corruption qui prospèrent allègrement dans les services publics.
▶️L’échec des politiques publiques en matière d’accès au logement. Les logements sociaux, quand ils existent, sont hors de portée pour les classes moyennes.
Tous ces déficits, insuffisances et dysfonctionnements sont des facteurs amplificateurs de l’incivisme et prospèrent d’autant plus que les populations camerounaises vivent de plus en plus dans une précarité abjecte.
Prévenir vaut mieux que guérir. Gouverner c’est prévoir. Ceux qui ne tirent pas les leçons du passé se condamnent à les répéter.
Franck Essi, 03 juillet 2020
