Bilan du RDPC et de son Président au Cameroun : 42 ans de règne, 42 ans de déclin

Par Franck Essi, 25 mars 2025

> *« Gouverner, c’est prévoir. Ne rien prévoir, c’est courir à la catastrophe. »*

Le 6 novembre 1982, Paul Biya accédait à la magistrature suprême au Cameroun. Quarante-deux ans plus tard, il est toujours au pouvoir.

Sous son règne, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), parti-État, s’est érigé en véritable système de domination politique, économique, sociale et symbolique. Ce 24 mars 2025, ces membres célébraient la transformation de l’ancien parti unique UNC en RDPC en 1985. Ce parti célèbre ses 40 ans

À l’heure où les peuples aspirent à la liberté, à la prospérité et à la dignité, il est légitime, voire vital, d’examiner le bilan de ce régime à la lumière de ses promesses, de ses pratiques et de ses résultats.

Ce n’est pas un exercice nouveau ou inédit. Nous l’avons fait maintes fois dans le passé. Mais il est important que ceux et celles qui nous lisent aient, de temps en temps, un rappel des raisons pour lesquelles nous pensons qu’il faut écrire une nouvelle page pour notre pays à travers une transition politique démocratique qui refonde l’État, réconcilie les Camerounais.es et remet notre pays sur les rails d’une prospérité partagée.

Ceci est une énième trace essentielle à laisser, pour que ne domine pas seulement les rassemblements de mangeurs de pain et de sardines qui écument les médias.

1. *Un pouvoir fondé sur la ruse, la peur et la rente*

Le RDPC de Paul Biya n’a pas été un parti politique au sens noble du terme. Il a été un instrument de confiscation du pouvoir, de prédation des ressources publiques, de contrôle de la société. Il n’a pas cherché à servir la nation, mais à se servir d’elle.

Le système Biya repose sur trois piliers :

– *La ruse politique* : promesses jamais tenues, dialogues sans suites, institutions vidées de sens, élections truquées.

– *La peur organisée* : répression des opposants, militarisation de l’espace public, instrumentalisation de la justice et des forces de sécurité.

– *La rente d’État* : gestion patrimoniale des ressources publiques, enrichissement illicite d’une élite vorace, clientélisme institutionnalisé.

2. *Un État dévitalisé, une nation fracturée*

En 42 ans, Paul Biya et le RDPC ont dévitalisé l’État et affaibli l’administration publique.

– Les services sociaux de base (éducation, santé, eau, électricité) sont en ruines.

– L’insécurité progresse, avec la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les attaques de Boko Haram à l’Extrême-Nord, les violences intercommunautaires et les exactions des forces de défense.

– Le sentiment national est profondément fissuré. Le tribalisme prospère. Le vivre-ensemble est une façade.

Sur le plan de la gouvernance, le Cameroun est classé parmi les États les plus corrompus au monde par Transparency International.

L’indice de développement humain stagne à des niveaux alarmants.

Le pays recule au lieu d’avancer.

3. *Une économie d’apparences, sans moteur de transformation*

Paul Biya et le RDPC ont échoué à poser les bases d’un développement économique autonome et inclusif.

– Le tissu industriel est faible.

– L’agriculture est archaïque.

– L’économie reste extravertie et dépendante des matières premières.

Des projets phares comme la vision 2035 sont restés des slogans.

La dette publique explose, tandis que les jeunes Camerounais fuient le pays au péril de leur vie. Le chômage et la précarité sont devenus la norme. L’économie informelle constitue la seule planche de survie pour des millions de citoyens.

4. *Une démocratie de façade, un système verrouillé*

Paul Biya et le RDPC ont vidé la démocratie de son contenu.

– La séparation des pouvoirs est inexistante.

– Les institutions électorales sont inféodées au pouvoir.

– Les libertés publiques sont constamment menacées.

– Les opposants sont emprisonnés, diabolisés ou cooptés.

Depuis 1990, toutes les tentatives de transition démocratique ont été étouffées dans l’œuf. Paul Biya et le RDPC ont transformé la République en monarchie élective, où un seul homme décide de tout, au mépris du peuple souverain.

5. *Un peuple humilié, une jeunesse sacrifiée*

Le pire bilan Paul Biya et du RDPC se lit dans le regard vide de millions de jeunes désabusés, sans avenir, sans repères, sans rêves.

C’est une génération trahie, abandonnée à elle-même.

C’est un peuple humilié, obligé de se contenter des miettes, prié de ne pas revendiquer, et de dire merci pour sa misère.

6. *Il est temps de tourner la page*

Le Cameroun ne peut plus se permettre de perdre du temps.

Il ne s’agit plus seulement de faire le bilan de Paul Biya et du RDPC, mais de *tirer les leçons de son échec systémique*.

*Ce régime n’est ni réformable, ni soutenable.* Il faut un nouveau contrat politique. Une transition de rupture. Un changement profond, porté par le peuple, pour reconstruire un *État fonctionnel*, capable de servir, protéger et élever ses citoyens.

# *Conclusion*

Paul Biya et le RDPC auront eu 42 ans pour faire leurs preuves. Il a eu les hommes et les femmes, les moyens, le temps. Mais il a préféré la conservation du pouvoir à la transformation du pays. Il a préféré la soumission à la participation, l’inertie à l’innovation, la rente à la justice.

L’histoire tranchera. Mais le peuple, lui, n’a pas besoin d’attendre l’histoire pour agir.

Le moment est venu d’écrire une autre page.

Par la vérité. Par le courage. Par l’action collective.

> *« Quand le peuple se lève, les choses changent ! »*

**Franck Essi**

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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