*CAMEROUN: CE QUE LES ORDURES DISENT DE NOUS*

*_Par Franck Essi, 27 mars 2025_*

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, il y a des moments où marcher dans les rues de Douala ou de Yaoundé me fait mal. Pas à cause de la chaleur, du bruit ou de la circulation. Mais à cause de cette saleté qui nous entoure, qui nous colle à la peau, qui semble devenue normale. Les ordures sont là, partout. Elles débordent des bacs, se déversent dans les rigoles, traînent devant les écoles, les hôpitaux, les marchés. Elles nous rappellent chaque jour, de manière brutale, quelque chose de plus profond : nous vivons dans un pays abandonné à lui-même.

*Ce n’est pas seulement un problème de salubrité. C’est un problème de société, de gouvernance, de sens.*

*Les ordures comme symptôme d’un mal plus grand*

Il faut regarder les ordures en face. Pas seulement comme des déchets à ramasser, mais comme le reflet de quelque chose de plus grave. Dans une ville bien gouvernée, propre, ordonnée, on ressent un certain respect de soi, un lien entre l’espace public et le bien commun. Mais ici, cette saleté chronique est le miroir de l’abandon. Abandon des citoyens. Abandon des responsabilités. Abandon du bien commun.

Il ne s’agit pas d’accuser tel maire, tel ministre ou telle entreprise. Le problème est plus profond. Il est systémique. Quand les ordures s’accumulent dans nos rues, elles racontent l’échec d’un État à remplir ses fonctions de base. Elles dénoncent une gouvernance qui a cessé de se soucier de la vie quotidienne des citoyens. *Elles posent une question simple, mais essentielle : qui est responsable de ce pays ? Et pour qui est-il gouverné ?*

*Les ordures dans les rues… et au sommet*

J’ose le dire : les ordures qui s’entassent dans nos rues ne sont pas les seules qui nous empoisonnent la vie. Il y a aussi celles qui se sont installées dans nos institutions. Corruption, népotisme, mensonge, clientélisme… Ces déchets-là sont bien plus toxiques. Car tant qu’ils ne sont pas éliminés, les autres – ceux qu’on voit dans les rues – continueront de revenir.

Est-ce exagéré de dire que nous sommes gouvernés par des ordures ? Peut-être. Mais comment qualifier une élite qui tolère l’insalubrité, l’indignité, l’humiliation quotidienne des citoyens, sans rien faire de sérieux ? Comment appeler ceux qui se nourrissent du chaos et prospèrent dans le désordre ? *Il faut avoir le courage de nommer les choses : quand le sommet est pourri, la base étouffe. Et aujourd’hui, nous étouffons.*

*Nettoyer les rues, oui. Mais surtout nettoyer le système. Et nous-mêmes.*

Il ne s’agit pas seulement de balayer les rues, de mettre des bacs ou de signer des contrats de collecte. Il faut nettoyer plus profondément. Nettoyer le système. Réhabiliter la responsabilité publique. Refaire du Cameroun un espace de dignité partagée.

Mais il y a une autre dimension, plus intime, plus invisible : il nous faut aussi balayer les ordures en nous. Ces ordures intérieures qui nous rendent complices de l’état du pays.

L’indifférence.

La lâcheté.

La tricherie quotidienne.

Le mépris des règles.

L’acceptation du « ce n’est pas grave » et du « ça ne me concerne pas ».

Comment peut-on vouloir un pays propre quand on jette soi-même les sachets par la fenêtre ?

Comment dénoncer les ordures au pouvoir quand on ment, triche, ou paresse au quotidien ?

Ce n’est pas une leçon de morale. C’est une urgence civique. Si nous voulons transformer notre environnement, nous devons aussi nous transformer. Reprendre le goût de l’exemplarité. Revaloriser l’éthique personnelle. *Retrouver le sens du respect : respect de soi, des autres, du bien commun.*

*Relever le défi : une mission historique*

Je crois profondément que notre génération a une mission : *rendre ce pays habitable, vivable, respectable.* Cela passe par des routes propres, des institutions justes, des dirigeants intègres. Cela passe par une rupture avec la banalité du mal et la saleté érigée en norme.

Mais cela passe aussi par un travail sur soi. Une révolution intérieure. Une insurrection morale.

Débarrasser le Cameroun des ordures, c’est un combat politique, mais aussi philosophique et spirituel.

C’est refuser la résignation.

Refuser de s’habituer à la laideur.

Refuser d’accepter l’inacceptable.

*Nous pouvons et devons faire mieux. Pour nous. Pour nos enfants. Pour l’histoire.*

*Franck Essi*

#NousAvonsLeChoix

#NousAvonsLePouvoir

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#BalayonsLeCameroun

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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