Pourquoi les Évêques ont le devoir de parler pour le Cameroun

Par Franck Essi
Un Citoyen qui ne veut pas finir fou

Mr Momo, « Ministrion » Délégué à « l’injustice », celui qui ne voit pas les poubelles, ni les routes cassées et encore moins les drames dans le NOSO s’est exprimé dans une lettre ouverte aux Prélats. Celui qui n’est pas « fou » en envisageant un seul instant de démissionner a lancé un « Appel au respect de la laïcité de l’État et des principes de cohabitation pacifique au Cameroun ».

En réponse à la lettre ouverte de Monsieur Momo Jean de Dieu, l’homme qui boit son matango tranquillement dans son bureau pendant que le NOSO brûle, je me permets, en tant que citoyen engagé pour le changement au Cameroun, d’apporter une mise au point sur les arguments soulevés.

Cette intervention n’a pas pour but de semer la discorde, mais de rétablir certaines vérités fondamentales dans l’intérêt d’un Cameroun juste et démocratique. Ce faisant, j’espère qu’elle donnera quelques armes de défense intellectuelle contre les poisons spirituels des défenseurs du Ventre et de l’Absurde.

  1. L’Église et la liberté d’expression : un droit inaliénable

Monsieur Momo commence par rappeler la laïcité de l’État camerounais. Cependant, la laïcité ne signifie pas le silence des responsables religieux. Elle garantit la séparation entre l’État et l’Église, mais en aucun cas elle n’interdit aux leaders religieux d’exprimer leurs opinions sur des questions d’intérêt général, surtout lorsque les souffrances du peuple interpellent leur conscience.

A moins qu’il ne m’apporte un démenti, la République Sud Africaine, la République Centrafricaine et la République Démocratique du Congo sont des États laics où les prélats ont souvent été dans une quasi defiance des dirigeants de l’État lorsque ces derniers agissaient comme des artisans du malheur de leurs peuples.

Et des exemples pareils peuvent être multipliés dans le monde et au fil de l’histoire.

Rappelons que les Évêques, tout comme tout autre citoyen, jouissent du droit constitutionnel à la liberté d’expression.

En dénonçant l’injustice, la corruption et la misère, ils agissent en cohérence avec leur rôle de guides moraux et spirituels.

  1. Les propos incriminés : un cri de détresse

Les propos attribués à un Évêque – « même si c’est le diable qu’il prenne le pouvoir… » – doivent être replacés dans leur contexte. Ces paroles traduisent l’exaspération d’un peuple écrasé par des décennies de mauvaise gouvernance, de pauvreté et d’injustice. Elles ne sont pas une invitation au chaos, mais un appel à un sursaut de conscience pour sauver un pays à bout de souffle.

Qualifier ces propos de « blasphématoires » est une tentative de détourner l’attention des vraies questions : pourquoi les Camerounais en arrivent-ils à envisager tous les scénarios, même les plus désespérés ?

La responsabilité incombe à ceux qui gouvernent, pas à ceux qui dénoncent.

Evitons la mauvaise foi. Révisons nos figures de style.

  1. Neutralité et responsabilité morale : une fausse opposition

Mr Momo demande aux Évêques de rester neutres et de « promouvoir la paix ».

Mais qu’est-ce que la paix sans justice ?

Peut-on demander à des leaders religieux de se taire face à l’effondrement des institutions, à la pauvreté endémique, et à la violence quotidienne ?

Ceux qui se taisent là, ils font comment pour dormir ?

L’histoire montre que des acteurs religieux ont souvent été à l’avant-garde des luttes pour la justice et la dignité humaine, notamment en Afrique. De l’Afrique du Sud sous l’apartheid au Congo lors des périodes de crise, les prélats ont parlé et agi pour défendre les sans-voix.

Au Cameroun, un silence complice de l’Église serait une trahison de sa mission divine et sociale.

  1. L’âge des dirigeants et la légitimité des critiques

Monsieur Momo affirme que l’âge avancé d’un dirigeant ne peut être un critère de rejet.

Certes, mais les critiques des Évêques ne visent pas seulement l’âge de certains leaders, mais l’incapacité manifeste du système actuel à répondre aux aspirations du peuple.

Encore que, sur la question de l’âge, vouloir confier à un vieillard la charge de conduire notre pays pour les 7 prochaines années relève à proprement parlé de la sorcellerie ! La vraie et pure sorcellerie alimentée par un aveuglément et une méchanceté très très prononcées !

Les Camerounais n’en peuvent plus d’un système qui privilégie la conservation du pouvoir à tout prix, au détriment du développement et de la dignité humaine.

Le débat sur l’âge est secondaire face aux souffrances causées par une gouvernance inefficace.

Que cela soit clair !

  1. La responsabilité d’un gouvernement responsable

Au lieu de s’attaquer aux Évêques, Monsieur Momo aurait dû rappeler au gouvernement ses devoirs :

  • Écouter le peuple : Les citoyens camerounais, y compris les Évêques, dénoncent des problèmes bien réels. Un gouvernement responsable devrait engager un dialogue au lieu de chercher à bâillonner les voix dissidentes.
  • Assurer la justice sociale : Les inégalités criantes, le chômage massif et la corruption endémique sont des défis que l’État doit résoudre avant de critiquer les responsables religieux.
  • Garantir la liberté d’expression : Un État qui menace de « sanctions légales » ceux qui critiquent ses actions montre sa fragilité et son incapacité à gouverner avec équité.
  1. Les régions anglophones : une faillite de l’État, pas de l’Église

L’auteur évoque la souffrance des populations des régions anglophones pour discréditer l’Église.

Pourtant, cette crise est une conséquence directe de l’échec de l’État à résoudre les griefs légitimes des populations locales.

L’Église, dans ces régions, a souvent été l’un des rares acteurs à offrir une aide humanitaire et à appeler au dialogue.

Si des populations continuent de souffrir, la faute revient à l’État, qui a militarisé la crise au lieu de chercher des solutions politiques inclusives.

  1. La véritable neutralité politique

La neutralité politique dont parle Mr Momo ne signifie pas un silence passif face à l’injustice.

Elle implique de ne pas soutenir un camp politique particulier, tout en défendant des valeurs universelles comme la justice, la dignité humaine et le bien commun.

Lorsque des leaders religieux dénoncent les dérives d’un régime, ils ne font pas de politique partisane ; ils accomplissent leur devoir moral.

En guise de Conclusion : Écouter au lieu de museler

Plutôt que de critiquer les Évêques, Monsieur Momo et ceux qui partagent ses opinions devraient écouter leurs messages.

Ces prélats parlent pour les Camerounais sans voix, pour ceux qui souffrent, et pour ceux qui aspirent à un avenir meilleur.

L’Église, loin d’être un obstacle à la paix, se doit d’être une force pour la réconciliation et la justice. C’est en construisant un Cameroun où les droits de chacun sont respectés, où les institutions sont fortes et légitimes, que nous pourrons garantir une paix durable.

Au lieu de s’attaquer aux Évêques, le gouvernement doit se remettre en question, engager des réformes profondes et s’ouvrir au dialogue avec toutes les parties prenantes, y compris les leaders religieux.

Tout le reste n’est que gesticulation qui n’arrêtera pas la marche de l’histoire.

Franck Essi
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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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