
Je partage avec vous cette courte réflexion après mon énième passage au monument Thomas Sankara. Chaque visite sur ce site me laisse toujours avec une émotion particulière. Cette fois encore, ce fut un moment fort. J’aurais aimé me recueillir sur le nouveau site de sa tombe, mais les travaux en cours ne le permettaient pas. Cela dit, la force de sa pensée et la puissance de son héritage résonnent bien au-delà des lieux physiques. Impossible de ne pas repartir avec des idées en tête. Impossible de ne pas se poser de questions.
Sankara, c’est plus qu’un visage sur un monument. C’est un esprit qui interpelle. Une voix qui dérange. Un exemple qui inspire. Et je me dis que nous, militants progressistes d’aujourd’hui, avons encore tant à apprendre de lui. Tant à assimiler.
Voici quelques-unes des idées et postures qu’il me semble essentiel de garder à l’esprit :
1. Penser par soi-même, agir pour soi-même
Sankara répétait sans relâche qu’aucune révolution authentique ne pouvait se faire dans la dépendance. Il faut briser les chaînes de la soumission économique et intellectuelle. Imaginer nos propres solutions, avec nos propres ressources.
Je me demande : Sommes-nous réellement prêts à assumer ce degré d’indépendance ?
Avons-nous le courage de proposer une autre voie, loin des recettes importées ?
2. Aligner ses actes avec ses paroles
Chez Sankara, pas de double discours. Il vivait ce qu’il prêchait. Simplicité. Intégrité. Refus des privilèges. Il avait compris qu’un leader crédible doit d’abord se gouverner lui-même.
Honnêtement, qui parmi nous peut prétendre vivre totalement en cohérence avec ses engagements ?
Ce rappel à l’ordre personnel est plus que nécessaire.
3. Faire de la libération des femmes une priorité
Sankara l’a dit clairement : « La révolution et la libération des femmes vont de pair. » Pas de changement sans égalité. Pas d’avenir sans la pleine participation des femmes.
Franchement, où en sommes-nous sur ce point ?
Sommes-nous aussi radicaux que lui sur cette question fondamentale ?
4. Valoriser la production locale et bâtir une économie souveraine
« Consommons ce que nous produisons. »
Ce n’était pas qu’un slogan. C’était une stratégie politique. Une manière d’affirmer notre souveraineté économique.
La vraie question : Comment, dans un monde dominé par la surconsommation importée, pouvons-nous remettre cette idée au cœur de nos priorités ?
5. Avoir le courage de dire non
Dire non à la dette injuste. Non à la corruption. Non à l’ingérence. Sankara a payé le prix fort pour ses refus. Mais ses « non » ont redonné de la dignité à un peuple.
Je me demande : Avons-nous encore cette capacité à dire non, même quand cela nous coûte ?
6. Placer l’écologie au cœur de la lutte
Bien avant que le climat ne devienne un enjeu mondial, Sankara avait déjà compris l’urgence de protéger l’environnement. Reboisement, gestion durable des ressources : c’était aussi ça sa révolution.
Aujourd’hui, pouvons-nous encore prétendre défendre une cause progressiste sans intégrer la question écologique ?
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À chaque visite sur ce monument, je réalise que Sankara ne nous a pas seulement laissé des discours. Il nous a légué un appel. Un défi. Celui de poursuivre une œuvre inachevée.
Nous ne sommes pas obligés d’être d’accord sur tout. Mais nous avons le devoir d’assimiler l’essentiel. Car au fond, sa vision était simple : oser inventer l’avenir.
Alors, osons. Osons penser autrement. Osons vivre autrement. Osons lutter autrement.
« Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple. »
L’avertissement reste d’actualité. La mission aussi.
— Franck Essi