Par Franck Essi

Il est des mots que l’on prononce souvent mais que l’on trahit tous les jours. Au Cameroun, la justice fait partie de ces valeurs sacrées devenues décoratives, brandies dans les discours mais piétinées dans les faits. Pourtant, si nous devons sauver ce pays du déclin politique, économique, social et moral dans lequel il s’enfonce, il faut oser dire les choses clairement : c’est la justice, et elle seule, qui peut nous sortir de l’abîme.
—
Qu’est-ce que la justice ?
La justice n’est pas seulement une affaire de juges et de tribunaux. C’est un principe fondamental d’organisation sociale, une boussole morale et politique qui garantit à chacun ce qui lui est dû — ni plus, ni moins. Elle repose sur l’équité, la vérité, la responsabilité et la réparation. Elle s’incarne dans l’accès équitable aux droits, dans l’égalité devant la loi, dans la reconnaissance de la dignité humaine, et dans la sanction des abus, d’où qu’ils viennent.
Dans un État véritablement juste, les plus faibles ne sont pas abandonnés, les puissants ne sont pas intouchables, les institutions ne sont pas instrumentalisées, et personne n’est au-dessus du droit commun.
—
L’injustice est le carburant de nos crises
Il faut avoir le courage de le reconnaître : l’essentiel des crises que traverse le Cameroun est né d’une injustice profonde et persistante.
– La crise anglophone ? Elle est d’abord l’histoire d’une marginalisation politique, culturelle, économique et symbolique, longtemps niée, jamais réparée.
– La corruption systémique ? Elle n’est pas qu’un “dysfonctionnement” : c’est une violence quotidienne infligée à ceux qui n’ont ni réseau, ni piston, ni richesse, et qui se retrouvent écrasés par des procédures arbitraires.
– La pauvreté généralisée, dans un pays pourtant riche ? C’est le résultat d’une distribution inégalitaire des ressources publiques, accaparées par une minorité de privilégiés.
– La colère des jeunes ? Elle vient du sentiment d’avoir été trahis : exclus des décisions, enfermés dans le chômage, infantilisés par un système qui ne les respecte pas.
– La défiance envers les institutions ? Elle est la conséquence directe d’un appareil judiciaire utilisé comme instrument politique, et non comme gardien impartial du droit.
Tant qu’on continuera à traiter ces problèmes comme des “crises de sécurité”, de “gouvernance” ou de “performance économique”, sans nommer l’injustice qui les alimente, nous continuerons à bricoler des solutions temporaires, sans jamais guérir les causes profondes.
—
La justice, socle d’un Cameroun refondé
Refonder le Cameroun exige de replacer la justice au centre du contrat social, non comme une option morale, mais comme la condition première de la paix, de la prospérité et de la légitimité de l’État. Cela implique :
✓ Une justice indépendante, accessible et équitable, qui protège les faibles autant qu’elle contrôle les puissants ;
✓ Une réparation symbolique et concrète des injustices historiques, notamment envers les régions et les communautés marginalisées ;
✓ Une fiscalité juste, où chacun contribue selon ses capacités, et où les plus riches ne peuvent plus échapper à l’impôt pendant que les plus pauvres croulent sous les taxes ;
✓ Une reconnaissance du mérite plutôt que de l’appartenance dans les nominations publiques, les concours, les marchés publics, les programmes d’accompagnement ;
✓ Une culture de la responsabilité, où les fautes sont sanctionnées sans distinction d’origine, de fonction ou de statut social.
—
Une nouvelle devise, une nouvelle direction
La devise actuelle du Cameroun — Paix – Travail – Patrie — a le mérite d’exister, mais elle ne suffit plus à exprimer selon moi les aspirations du peuple en 2025. Car il ne peut y avoir de paix sans justice, ni de travail digne dans l’arbitraire, ni de patrie véritable quand l’injustice fracture la communauté nationale.
C’est pourquoi la justice devrait devenir un mot-clef de la devise du Cameroun nouveau à bâtir. Une devise comme : Justice – Dignité – Solidarité ou Justice – Liberté – Prospérité serait plus qu’un symbole : elle marquerait un tournant dans notre vision de l’État et dans nos priorités collectives.
—
Ma conviction : choisir la justice, c’est choisir la vie
Nous n’avons pas besoin d’un miracle pour rebâtir le Cameroun. Nous avons besoin de justice. Une justice visible, vécue, ancrée dans nos lois, nos institutions, nos comportements. Une justice qui répare, qui unifie, qui élève. Une justice qui crée la confiance et rend l’espoir possible.
Tant que l’injustice règnera, aucune élection, aucun discours, aucun budget, aucune réforme technique ne pourra sauver ce pays. Mais si la justice revient au centre, alors tout devient possible.
Franck Essi
#CeQueJeCrois
#NousAvonsLeChoix
#NousAvonsLePouvoir
#EducationCitoyenne
#AllumonsNosCerveaux