Meurtre du petit Mathis : comment penser l’impensable et prévenir l’irréparable ?

Par Franck Essi

I. Un crime atroce, une société interpellée

Le 10 mai 2025, dans un quartier de Yaoundé, le petit Mathis, âgé de six ans, a été sauvagement tué à l’arme blanche par un adulte, visiblement déséquilibré. Le choc, l’émotion, l’indignation ont saisi tout un pays.

Comment un homme peut-il commettre un acte aussi abominable, aussi injustifiable, aussi radicalement inhumain ? Que s’est-il passé ? Comment en est-on arrivé là ?

Ce drame n’est pas seulement une tragédie intime. Il est un miroir tendu à notre société. Un miroir de nos silences, de nos aveuglements, de nos défaillances. Il nous force à poser les bonnes questions. Non pour atténuer la gravité de l’acte. Mais pour éviter qu’il ne se répète.

II. Derrière le crime, des signaux ignorés

Apparemment, ce n’est pas la première fois que cet homme posait problème. D’après plusieurs sources, il avait récemment été impliqué dans un autre fait violent ayant conduit à la mort. Et pourtant, il était encore libre. Il circulait dans le quartier. Il interagissait avec les siens. Jusqu’à ce que l’horreur frappe.

Comment expliquer une telle permissivité ? Où étaient les services sociaux ? Où était la justice ? Où était le suivi médical ? Pourquoi n’avons-nous pas su détecter ce qui allait exploser ?

La vérité, c’est que notre société est encore trop mal préparée à gérer les comportements à risque. Trop lente. Trop désarmée. Trop silencieuse face à la détresse mentale, à la rage refoulée, à la pathologie qui couve.

III. Penser le crime autrement : comprendre pour prévenir

Il faut le dire sans détour : certains crimes ne peuvent être prévenus que si l’on comprend ce qui les rend possibles.

Cela implique d’investir dans des disciplines trop peu valorisées : la psychologie clinique, la psychiatrie, les sciences du comportement, la criminologie. Car derrière chaque acte extrême, il y a souvent une histoire tordue. Une enfance fracassée. Une souffrance mal digérée. Une spirale de frustration, de solitude ou de déni.

C’est en suivant, il y a quelques années, la série américaine Esprits Criminels que j’ai pris la mesure de cette complexité. Les enquêteurs du département des sciences du comportement du FBI y analysent les tueurs en série, non pour les excuser, mais pour décoder ce qui les anime, pour intervenir à temps, pour sauver des vies. Et ce que l’on découvre, c’est que la monstruosité est rarement spontanée. Elle est façonnée. Et parfois prévisible.

IV. Ne pas oublier nos propres savoirs

Mais si les sciences modernes sont essentielles, nos traditions ne sont pas à négliger. Pendant des siècles, dans nos villages, dans nos familles élargies, dans nos cercles spirituels, nous avons su repérer les signes de déséquilibre. On parlait alors de possession, de dérèglement de l’âme, de trouble mystique, de rupture de lien avec l’ordre du monde.

Ces mots ne sont peut-être pas les mêmes que ceux de la psychiatrie. Mais ces pratiques étaient des formes de thérapies communautaires. Elles servaient à protéger, à guérir, à isoler quand il le fallait, à restaurer les équilibres mentaux et sociaux. Ce savoir-là, nous l’avons perdu. Et dans ce vide, ce sont parfois les tragédies qui viennent s’installer.

Il est temps de revaloriser les ponts entre médecine moderne et sagesse traditionnelle, entre sciences du comportement et anthropologie thérapeutique africaine. C’est à cette jonction que se trouve, peut-être, une vraie voie de prévention.

V. Ce que le meurtre de Mathis nous enseigne

Le meurtre du petit Mathis est un scandale. Une blessure ouverte. Mais ce drame doit devenir une leçon nationale. Il nous appelle à construire une société plus vigilante, plus protectrice, plus consciente.

Cela suppose :

– De reconnaître la santé mentale comme une priorité de santé publique,

– De renforcer les cellules d’alerte communautaire et institutionnelle,

– De reconnecter nos dispositifs sociaux avec nos traditions de soin,

– De créer des mécanismes d’écoute et d’anticipation dans chaque quartier, chaque famille, chaque communauté.

Nous devons cesser d’attendre que le pire se produise pour agir. La sécurité n’est pas seulement une affaire de forces de l’ordre. C’est une affaire de lien social, de mémoire collective, de soins de l’âme.

Ma conviction : La civilisation commence par la vigilance sur l’humain

Il n’y a pas de société civilisée sans capacité d’anticipation, sans politique de prévention, sans culture de la responsabilité partagée.

Mathis n’est pas seulement une victime. Il est le symbole d’une question que nous devons tous affronter : sommes-nous prêts à faire de la santé mentale, de l’équilibre psychique, de la protection des enfants, une cause nationale ?

S’il en ressort une mobilisation, une réforme, une conscience, alors peut-être pourrons-nous dire que sa mémoire n’aura pas été trahie.

À toi Mathis, puisse Dieu et nos ancêtres accueillir ton âme et apporter la justice et la consolation à toutes les personnes que ton départ tragique a laissé dans une incommensurable désolation.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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