Élections à venir au Cameroun : comment analyser les candidatures et leurs offres politiques ?

Par Franck Essi

À chaque nouvelle élection, les visages se multiplient, les slogans pleuvent, les promesses s’accumulent. Dans le tumulte de la compétition, il est facile de se laisser séduire par l’éloquence d’un candidat, la couleur d’un logo, ou la nostalgie d’un discours. Mais pour que le vote soit un acte de lucidité — et non un réflexe ou une illusion — nous devons apprendre à décoder les candidatures et à juger les offres politiques non pas en fonction de leur emballage, mais de leur substance.

Ce n’est pas une tâche réservée aux experts ou aux “intellectuels”. Chacun, avec un minimum d’outils et de bon sens, peut poser des questions simples mais puissantes. Car la vraie démocratie commence là : dans la capacité de chaque citoyen à juger en conscience.

Qui parle ? D’où vient-il ? Que représente-t-il ?

La première question à se poser n’est pas “qu’est-ce qu’il dit ?”, mais “qui parle ?”. D’où vient le candidat ? Quel est son parcours ? A-t-il une expérience réelle de gestion ou d’engagement collectif, ou simplement un CV soigné pour l’occasion ? Que disent ses actes passés ? A-t-il déjà été du côté du peuple dans les moments difficiles ? A-t-il déjà pris des risques pour des causes d’intérêt général ? Les mots comptent, mais les trajectoires parlent plus fort.

Parle-t-il seul ou au nom d’un collectif ?

Un projet crédible ne peut être porté par une seule personne. Le pouvoir solitaire a toujours échoué. Il faut donc observer les équipes : qui sont ses alliés ? Que valent les femmes et les hommes qui l’entourent ? Sont-ils compétents, intègres, divers ? Un candidat sérieux doit être capable de bâtir une coalition cohérente, inclusive, et visible — pas un fan-club ou un clan recyclé. Un véritable leadership rassemble, partage, écoute.

Le programme est-il clair, réaliste et chiffré ?

Un programme, ce n’est pas un poème. C’est un contrat de responsabilité. Il doit proposer des solutions concrètes, chiffrées, contextualisées. Il doit dire comment on fait, avec quoi, et pour qui. Il ne suffit pas de promettre “des emplois”, “de la paix” ou “de l’électricité pour tous”. Il faut expliquer le chemin, les obstacles, les choix budgétaires, les réformes structurelles envisagées. Un citoyen éveillé doit se demander :

  • Ce programme résout-il mes problèmes concrets (accès à la santé, emploi, éducation, sécurité) ?
  • Est-il applicable dans le contexte actuel ?
  • Est-ce que le candidat dit ce qu’il fera de l’armée, de la justice, des services de sécurité ?
  • Parle-t-il de redistribution, de justice sociale, ou seulement de croissance vague ?

Quel est son rapport à la vérité et à la transparence ?

Observez ses prises de parole. Ment-il sans honte ? Évite-t-il les questions gênantes ? Réécrit-il l’histoire récente à sa convenance ? Un candidat qui méprise la vérité en campagne ne la respectera pas au pouvoir. Est-il capable de reconnaître des erreurs, de faire preuve de nuance, ou n’est-il que dans l’arrogance et la propagande ? L’humilité, la rigueur et la transparence sont des signes de maturité politique.

Défend-il des intérêts citoyens ou des intérêts privés ?

Derrière chaque candidature, il y a des soutiens. Il est crucial de comprendre qui tire les ficelles. D’où vient l’argent de la campagne ? Quels réseaux le candidat entretient-il ? Est-il l’émanation d’une élite qui cherche à se recycler, ou le porte-voix de revendications citoyennes légitimes ? Un bon repère : les intérêts qu’il défend dans ses discours sont-ils les vôtres, ceux de la majorité, ou ceux d’une minorité bien placée ?

Écoute-t-il, consulte-t-il, rend-il des comptes ?

Un bon candidat ne parle pas seul dans un micro. Il écoute les doléances, répond aux critiques, organise des dialogues avec les citoyens. Il publie ses positions. Il accepte la contradiction. Il revient sur ses engagements passés. Demandez-vous : est-ce que cette personne me considère comme un adulte politique, ou juste comme une voix à capter ? Est-ce qu’elle croit au débat citoyen, ou cherche-t-elle seulement l’adhésion émotionnelle ?

Et après l’élection, que fera-t-il ?

Enfin, la vraie question est celle de l’après. Un candidat sérieux ne vous parle pas que de la victoire. Il vous parle de ce qui changera dans la gouvernance, dans les rapports de pouvoir, dans la manière d’exercer le mandat. Il parle d’institutions, de mécanismes de contrôle, de transformation structurelle. Il ne se contente pas de vous dire “votez pour moi”. Il vous dit : “voici comment vous serez partie prenante du changement”.

Du bon usage du doute

Dans cette période électorale, méfions-nous de l’euphorie comme du cynisme. Ce qu’il nous faut, c’est du discernement, de la rigueur, et du doute fertile. Celui qui nous pousse à interroger, à confronter, à exiger. Ce doute qui n’est pas désengagement, mais responsabilité.

Car si nous voulons des dirigeants différents, nous devons devenir des citoyens différents. C’est notre vigilance, notre exigence, notre capacité à poser les bonnes questions qui feront la différence.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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