Par Franck Essi

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Le 20 mai 2025 à Yaoundé, capitale du Cameroun. Une fois de plus, les images parlent d’elles-mêmes : des vieillards fatigués, visiblement incapables de se déplacer sans assistance, portés, tirés, soutenus comme des reliques d’un autre temps. Ce sont eux, pourtant, qui symbolisent le pouvoir, qui président aux cérémonies, qui incarnent – officiellement – l’État et la Nation.
Mais à quoi avons-nous vraiment assisté ? À un hommage à l’expérience ? Non. À un naufrage en direct. Celui d’un système à bout de souffle, où les cadavres politiques tiennent debout uniquement parce qu’un peuple de 30 millions d’âmes les soutient encore, parfois avec résignation, parfois avec ferveur. Et la question devient brûlante : qu’est-ce qui nous maintient collectivement dans cette servitude volontaire ?
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La tyrannie des faibles : quand le pouvoir ne repose plus sur la force mais sur notre faiblesse
Il faut bien le dire : ceux qui nous gouvernent aujourd’hui n’ont plus ni force physique, ni vision, ni énergie créative. Leur seul véritable pouvoir, c’est notre soumission. Ce n’est pas eux qui sont forts. C’est nous qui sommes affaiblis. Et si le tyran règne, ce n’est pas parce qu’il est redoutable – c’est parce que nous continuons de le redouter.
La Boétie l’avait écrit au XVIe siècle : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Mais comment cesser de servir quand tout, autour de nous, nous a appris à nous incliner ?
Nous sommes nés dans la peur. Éduqués dans l’obéissance. Emprisonnés dans la dépendance. Corrompus dans notre conscience. Et à force de courber l’échine, nous avons fini par oublier que nous avons une colonne vertébrale.
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Qu’est-ce qui nous rend si dociles ?
Pourquoi continuons-nous d’applaudir ceux qui nous volent notre avenir ?
Pourquoi chantons-nous l’unité dans un pays déchiré ?
Pourquoi acceptons-nous que notre sort dépende de vieux hommes qui, pour certains, ne savent même plus où ils sont ?
Pourquoi ne sommes-nous pas des millions à crier Assez ! ?
La servitude volontaire ne se décrète pas. Elle s’installe, lentement, insidieusement. Elle repose sur des piliers bien connus :
– La peur : peur de perdre son emploi, sa liberté, sa vie. Peur de parler. Peur d’être seul à dire non.
– L’habitude : nous avons vécu si longtemps dans l’oppression que celle-ci nous paraît normale.
– Le confort de la soumission : il est plus facile d’attendre des miettes que de se battre pour une part équitable.
– La division : pendant que nous nous affrontons entre tribus, partis, générations ou statuts, le système, lui, tient bon.
– La perte de foi en nous-mêmes : on nous a appris à croire que rien ne changera, que nous sommes trop petits, trop désorganisés, trop désunis.
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Mais cette démission n’est pas une fatalité
Individuellement, il nous faut :
✓ Refuser de mentir pour survivre.
✓ Refuser de servir le mensonge, même par confort ou par calcul.
✓ Oser dire non à ce qui nous humilie, nous infantilise, nous appauvrit.
✓ Réapprendre à penser par nous-mêmes, à désobéir avec conscience, à rêver avec courage.
Collectivement, il nous faut :
✓ Tisser des liens de solidarité au-delà des appartenances identitaires ou partisanes.
✓ Construire des réseaux d’entraide, de résistance et d’alternative.
✓ Mobiliser nos intelligences, nos savoirs, nos ressources pour préparer un nouveau départ.
✓ Organiser la relève, la transmission, la rupture.
Car il ne suffit pas de dénoncer les vieillards au sommet : il faut construire les visages du futur. Des femmes et des hommes debout, lucides, intègres, enracinés et audacieux.
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Ma conviction : la prison est dans nos têtes
Nous ne sommes pas dominés parce qu’ils sont puissants. Nous le sommes parce que, trop souvent, nous avons intériorisé la soumission comme une normalité.
Le militant sud-africain Steve Biko nous l’a dit avec des mots qui claquent comme une vérité tranchante :
« La force de l’oppresseur réside dans l’esprit des opprimés. »
C’est là que la vraie lutte commence. Non contre les vieillards, mais contre les chaînes invisibles que nous portons en nous.
Reprendre le pouvoir, c’est d’abord reprendre notre esprit.
Franck Essi
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