Par Franck Essi

NB : Ce texte est absolument inutile si vous n’avez pas le temps de lire posément, réfléchir calmement et l’analyser profondément. Sa compréhension demande qu’on se donne du temps. Toute chose de valeur demande du temps.
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Il ne faut pas se tromper d’horizon.
L’élection n’est pas la fin du combat, encore moins sa condition unique. Elle est un moment, une étape, parfois utile, souvent détournée. Mais la transformation d’un pays, d’une société, d’un destin commun, est un mouvement long, profond, organisé, souvent invisible dans ses débuts.
Dans une Afrique saturée de scrutins sans véritables choix, où le rituel électoral est trop souvent vidé de sa substance démocratique, il devient urgent de ne pas confondre l’événement et le processus, le spectacle et le travail, l’urne et le peuple en marche.
Car pendant que certains s’agitent autour des calendriers électoraux, d’autres fabriquent les vraies armes du changement : la conscience, la solidarité, l’organisation.
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L’élection peut mentir. Le mouvement, lui, témoigne.
On peut truquer une élection. On peut manipuler des résultats. On peut acheter des voix, fabriquer une majorité, museler une opposition.
Mais on ne truque pas durablement un peuple qui se transforme.
On ne contrefait pas l’éveil d’une jeunesse qui s’organise, qui lit, qui débat, qui crée. On ne bâillonne pas indéfiniment des quartiers qui s’entraident, des familles qui éduquent autrement, des citoyens qui se tiennent debout.
La transformation commence bien avant le bulletin de vote.
Elle commence dans les conversations quotidiennes, dans les gestes de refus face à l’injustice ordinaire, dans les regroupements discrets mais puissants de celles et ceux qui refusent l’apathie.
Au Cameroun, combien de fois avons-nous espéré un changement dans les urnes, pour voir revenir le même ordre, les mêmes pratiques, les mêmes impunités ?
Mais combien aussi d’initiatives courageuses émergent dans les marges — coopératives solidaires, mouvements de femmes, cercles de lecture, collectifs d’éducation populaire — sans bruit ni caméra ? Ce sont elles, les vraies graines de la transformation.
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L’élection est un droit. Mais la dignité se conquiert chaque jour.
Participer à une élection est légitime. Mais croire que voter suffit à changer l’ordre des choses est une illusion douce et dangereuse.
Ce n’est pas l’élection seule qui fait tomber les tyrannies ou bâtir les sociétés justes. Ce sont les luttes. Ce sont les mouvements. Ce sont les ruptures assumées, les solidarités cultivées, les alternatives construites.
À quoi sert de voter si l’on ne combat pas le mensonge au quotidien ?
Si l’on ferme les yeux devant la corruption dans son quartier ? Si l’on cautionne le mépris, la violence, les abus… pourvu que cela ne nous touche pas directement ?
La transformation, c’est d’abord une culture. Une manière d’être au monde. Une éthique collective.
Ce que Y’en a marre a initié dans les rues de Dakar, ce que le Balai Citoyen a semé à Ouagadougou, ce que la LUCHA incarne à Goma — ce sont des exemples de peuples qui se sont mis debout en dehors du cycle électoral, pour poser des actes de dignité, de justice, de réappropriation du pouvoir.
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Que faire, alors ? Refuser l’illusion, bâtir l’élan.
Plusieurs choses s’imposent à nous dans cette optique :
1. S’éduquer politiquement.
Il ne suffit pas d’être en colère. Il faut comprendre. Lire, se former, croiser les idées. L’ignorance est le terreau sur lequel prospèrent toutes les dominations.
Commençons par là : construire une culture politique populaire, accessible, vivante, critique.
2. Refuser l’isolement.
Seul, on s’épuise. À plusieurs, on s’élève. L’engagement n’a de force que lorsqu’il est partagé.
Formons des cercles citoyens, des collectifs, des associations. Osons les alliances inédites. Créons des ponts entre quartiers, métiers, générations.
Le changement naît toujours dans le tissu social.
3. Bâtir l’alternative, pas seulement la critique.
Ne nous contentons plus de dénoncer. Proposons. Expérimentons.
Dans nos villages, nos universités, nos entreprises, nos familles. Une autre manière de produire, de gouverner, de gérer les conflits est possible.
Elle ne tombera pas du ciel : elle doit être construite ici, maintenant.
4. Pratiquer la cohérence.
À quoi bon réclamer la justice si l’on ment, triche ou exploite soi-même ?
À quoi bon demander une gouvernance éthique si l’on accepte des faveurs injustes ou que l’on se tait devant l’abus ?
Le mouvement commence dans la sincérité de nos vies quotidiennes.
5. Apprendre la patience stratégique.
Le changement véritable prend du temps. Il se heurte à l’inertie, aux résistances, à la fatigue. Il demande une endurance collective.
La transformation n’est pas un sprint. C’est une marche longue, parfois invisible, souvent ingrate, mais toujours féconde.
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Le moment électoral est stratégique. Le mouvement transformationnel est vital.
Il n’est pas question de mépriser les élections.
Il est question de les remettre à leur juste place.
Dans un système démocratique authentique, elles peuvent être des accélérateurs. Mais dans des régimes verrouillés, elles sont souvent des pièges.
Or, le piège le plus dangereux, c’est celui de l’attente passive : attendre un sauveur, une date, un miracle.
Nous n’avons pas besoin de moments d’euphorie éphémère.
Nous avons besoin d’une lente mais irréversible réappropriation du pouvoir par les citoyens.
Ce pouvoir, ce n’est pas d’abord celui du vote, c’est celui de la parole libérée, de l’action collective, de la dignité reconquise.
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Ce que nous devons transmettre
À nos enfants, à nos élèves, à nos camarades, à nos voisins, disons ceci :
Le changement ne vient pas d’un jour d’élection, mais de la répétition patiente des gestes courageux.
Il naît dans la conscience que nous ne sommes pas impuissants, dans la certitude que l’avenir ne se subit pas : il se construit.
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Mon espoir : savoir passer de l’événement à l’élan
L’élection est un moment que l’on peut préparer.
Mais la transformation est un mouvement que l’on doit incarner. Ce mouvement, chacun peut y contribuer, dès aujourd’hui, là où il est.
En relevant la tête. En disant non. En proposant mieux. En rejoignant un collectif. En prenant la parole. En refusant l’injuste, même quand il nous profite.
Un peuple qui bouge de l’intérieur, qui se parle, qui s’écoute, qui invente et qui résiste, est plus puissant que n’importe quelle urne.
Et ce peuple-là n’attend plus : il se met en marche.
Nous n’avons pas seulement besoin de bulletins. Nous avons besoin de boussoles.
Pas seulement de candidats, mais de consciences.
Pas seulement de moments électoraux, mais d’un mouvement civilisationnel.
Franck Essi

#CeQueJeCrois
#NousAvonsLeChoix
#NousAvonsLePouvoir
#AllumonsNosCerveaux
#EducationCitoyenne
Comment impulser cette prise de conscience collective quand l’on croule dans la misère et la pauvreté ?
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