Présenter Paul Biya comme l’avenir du Cameroun ? Une insulte à l’intelligence nationale

Par Franck Essi

NB : Texte adressé à ceux et celles des citoyens.es camerounais.es qui semblent encore entretenir l’idée que le président actuel, d’une manière ou d’une autre, est un moindre mal, un acteur de l’avenir. Puisse ce texte contribuer à une prise de conscience ou à minima une réflexion.

Paul Biya encore pour 7 ans : Une véritable imposture historique

Il faut oser. Il faut vraiment oser, en 2025, après plus de quarante-deux années d’un règne marqué par l’immobilisme, la répression et l’effondrement progressif de l’État, présenter Paul Biya comme « l’avenir du Cameroun ». Il faut oser, alors même que le pays s’enfonce dans une crise multidimensionnelle et un avenir des plus incertains, ériger en projet de société la longévité biologique d’un homme visiblement absent, manifestement usé, et cruellement déconnecté des réalités.

Ce texte est un cri. Un cri contre l’absurde. Un cri contre la manipulation. Un cri contre ce théâtre tragique où les vieilles ficelles du pouvoir s’efforcent de recycler l’inacceptable. Car il ne s’agit plus ici de politique. Il s’agit d’éthique. Il s’agit de dignité. Il s’agit de mémoire collective et d’avenir commun.

I. Paul Biya : incarnation d’un système à bout de souffle

À 92 ans, Paul Biya n’est plus une force politique : il est devenu un alibi. Un prétexte commode pour les clans du régime qui, incapables de s’entendre sur une transition réelle, s’accordent au moins sur une fiction : le mythe du « père éternel de la Nation ».

Ce mythe est une injure à la souffrance du peuple camerounais. Il nie les millions de camerounais.es de moins de 40 ans qui n’ont jamais connu d’autre chef d’État. Il ignore les hôpitaux sans soins, les écoles sans enseignants, les villages sans routes, les régions en guerre. Il enterre les aspirations d’une jeunesse sacrifiée, réduite à l’exode ou à la débrouillardise.

Présenter Paul Biya comme avenir, c’est refuser d’ouvrir les yeux sur les réalités les plus élémentaires. C’est demander à une nation de marcher vers demain les pieds enchaînés au passé.

II. Une confusion volontaire entre stabilité et paralysie

Les thuriféraires du régime évoquent la « stabilité ». Ils la brandissent comme un totem. Comme s’il fallait remercier le ciel d’avoir échappé au chaos, alors même que le chaos est là, rampant, rampant dans les régions anglophones, rampant dans l’Extrême-Nord, rampant dans la déliquescence morale des institutions, rampant dans l’effondrement des conditions de vie des couches les plus défavorisées, rampant par la fuite des cerveaux vers des horizons jugés meilleurs.

La vérité, c’est que la stabilité brandie est une paralysie organisée. Un verrouillage systémique. Un refus de préparer l’avenir.

Depuis vingt ans, aucun débat sérieux n’est organisé sur la succession. Les institutions sont vidées de leur substance, les contre-pouvoirs sont laminés, les voix libres sont pourchassées.

La longévité de Paul Biya n’est pas un succès politique. C’est le symptôme d’un système autoritaire incapable de se réformer. Et ceux qui, aujourd’hui, osent le présenter comme avenir savent, au fond d’eux-mêmes, qu’ils mentent. Qu’ils vendent un produit avarié pour retarder l’échéance.

III. Une élite complice, un peuple pris en otage

Le plus tragique dans cette mise en scène, c’est qu’elle est soutenue par une partie de l’élite intellectuelle, politique, religieuse et économique du pays. Une élite résignée, apeurée ou opportuniste. Une fausse élite qui a cessé de croire au changement, mais qui veut continuer de profiter de l’ordre établi.

Cette pseudo élite joue la montre, spéculant sur une transition biologique à venir, sans jamais oser poser les vraies questions : comment refonder la légitimité politique ? Quelle vision pour l’après-Biya ? Quel contrat social pour un Cameroun nouveau ?

Pendant ce temps, le peuple attend. Il observe. Il souffre. Et il doute. Non pas parce qu’il croit encore en Paul Biya, mais parce qu’il ne voit pas émerger une alternative organisée, claire, crédible.

C’est là le piège : maintenir le pays dans une situation où le pire est présenté comme le moindre mal, où la peur du vide devient un argument pour le néant.

IV. Reprendre l’initiative : rompre le cycle de l’absurde

Evidemment, nous devons refuser cette imposture. La combattre avec lucidité, courage et intelligence. Il ne s’agit pas de s’en prendre à un homme, ni de verser dans l’irrespect. Il s’agit de mettre fin à un mensonge d’État : Paul Biya n’est pas l’avenir du Cameroun. Il ne peut plus l’être. Il ne l’est plus depuis longtemps.

Rompre le cycle de l’absurde, c’est oser poser les bonnes questions :

  • Quel Cameroun voulons-nous pour 2030 ?
  • Quelles sont les forces vives capables d’en porter le projet ?
  • Comment organiser une transition politique apaisée mais réelle ?
  • Comment redonner la parole aux citoyens et reconstruire la confiance ?

Il est temps que les partis politiques, les mouvements citoyens, les intellectuels, les artistes, les entrepreneurs, les croyants, les jeunes, les femmes, les diasporas… prennent leurs responsabilités. Qu’ils sortent du silence. Qu’ils cessent de se satisfaire de petites marges et de compromis temporaires.

Et nous nous réjouissons de ceux qui sont déjà en mouvement. C’est un heureux signe des temps. A nous tous de l’amplifier collectivement !

Ma conviction : Nous devons refuser l’humiliation et construire une alternative

Accepter que Paul Biya soit encore présenté comme avenir, c’est s’humilier collectivement. C’est accepter que l’histoire se répète en farce, après avoir été tragédie. C’est démissionner en tant que peuple.

Mais nous ne sommes pas condamnés. Il est encore temps. Temps d’organiser, de penser, de débattre, de proposer, de mobiliser. Temps de construire une véritable alternative politique, sociale, économique et morale.

Une alternative portée non par un homme providentiel, mais par un sursaut collectif. Une alternative qui rompe avec la culture du culte, du silence et du clientélisme.

Car l’avenir du Cameroun ne peut plus être un nom. L’avenir du Cameroun doit être un projet.

Et ce projet commence par une vérité simple : le Cameroun ne peut pas continuer à être pris en otage par une momie politique.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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