Par Franck Essi

Ruben Um Nyobe fut l’un des leaders de l’Union des Populations du Cameroun qui mena une lutte exemplaire pour la réunification et l’indépendance du Cameroun. Il fut assassiné le 13 septembre 1958.
Au – delà de ce symbole, ce sont des milliers de militantes et de militants, célèbres et anonymes, qui ont fait preuve d’un engagement exemplaire, d’un sens du sacrifice à ce jour inégalé et d’une générosité qui oblige les générations présentes.
Le travail entamé il y a plusieurs décennies doit être parachevé. Il ne saurait l’être si nous demeurons ignorants de l’histoire, de la pensée politique de nos ancêtres, des sacrifices consentis et de la tache que notre génération doit accomplir.
Pour les générations actuelles qui ont souvent entendus parler de Um Nyobe et de ses camarades, les hommes et les femmes de 48, voici un florilège de citations en guise d’introduction à leurs pensée et projet politique.
Ces citations portent sur les sujets suivants :
- La nécessité de s’engager pour le développement de son pays
- Les responsabilités des leaders politiques africains
- La justesse de la lutte contre le colonialisme
- Le vrai sens de la lutte de libération du peuple camerounais
- Le racisme et les discriminations
- Le tribalisme
- Le non-alignement des africains dans les conflits entre puissance
- Sur la culture et l’identité nationale
Ces citations sont une introduction à la lutte qui a été menée par les véritables fondateurs de notre pays.
Puisse ces citations donner envie aux générations actuelles de découvrir l’œuvre des figures qui ont initié la voie de notre émancipation et renforcer leur engagement dans la construction d’un pays uni, démocratique, juste et prospère.
Ne l’oublions pas :
« Parmi les mille manières de spolier un peuple de sa mémoire, figure celle qui consiste à disqualifier ses luttes en leur affectant des significations différentes de celles dont elles se réclament elles-mêmes. »
Ruben Um Nyobe Le Problème national kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, P.9.
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I – UM NYOBE SUR LA NECESSITE DE S’ENGAGER POUR LE DEVELOPPEMENT DE SON PAYS
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au 2ème congrès de l’UPC », Eséka, 29 septembre 1952.
« Nous avons insisté auprès de nos compatriotes, auxquels l’on prodigue des conseils pour les mettre en garde contre la politique – cette « dangereuse entreprise » et nos compatriotes surtout les intellectuels, de dire qu’ils ne s’occupent pas de politique, parce qu’ils préparent on ne sait quelle situation matérielle – Nous avons donc insisté auprès d’eux pour leur montrer la tromperie que consistait une telle campagne. Tout est politique et tout s’encadre dans la politique. La religion est devenue politique. Le commerce est politique. Même le sport est politique. La politique touche à tout et tout touche à la politique. Dire que l’on ne fait pas de politique, c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre. C’est pourquoi nous estimons qu’il faut, avant tout, se battre pour les libertés fondamentales gage essentiel du succès matériel. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au 2ème Congrès statutaire de l’UPC », Eséka, 29 septembre 1952.
« Des Africains naïfs ou de mauvaise foi, pour justifier leur renoncement à la défense de nos intérêts, prétendent ne pas faire de politique, parce qu’on leur a dit dans les couloirs administratifs que la politique est une mauvaise chose. […] Ne faites pas de politique, pour l’Administration et le Gouvernement colonialiste en général, signifie simplement qu’il ne faut pas défendre vos intérêts. Cela peut se traduire aussi : « Ne faites que ma politique, celle qui approuve mon arbitraire et mes illégalités ».
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Si vous refusez de faire la politique qui consiste à lutter par tous les moyens et sous toutes les formes pour l’émancipation de notre pays, vous laissez le champ libre aux colonialistes pour leur politique criminelle, celle du travail forcé, de l’indigénat, de l’exploitation éhontée de nos richesses, des emprisonnements et des assassinats. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Ainsi donc, la « rébellion » dont nous sommes coupables […] n’est autre chose que la rébellion du nationalisme kamerunais envers la trahison nationale et nous ne pouvons que nous féliciter d’être à l’avant-garde d’une telle rébellion qui est à l’heure actuelle le plus sacré des devoirs que l’Histoire ait assigné aux patriotes kamerunais. »
Ruben Um Nyobe, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.
« Qu’on ne croit pas […] que nous nous laisserons intimider par les fusillades, les pillages et les tortures pour renoncer à notre noble mission qui est de continuer le bon combat pour la réunification et l’indépendance immédiates de notre beau et riche Kamerun. »
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II – SUR LES RESPONSABILITE DES LEADERS POLITIQUES AFRICAINS
« …Mon devoir de secrétaire général de l’UPC est d’éclairer les masses camerounaises sur les problèmes politiques, car demain nos compatriotes seront obligés de se trouver devant la réalité. Si par nos erreurs d’interprétation empruntées à nos adversaires nous arrivions à leur raconter des choses entièrement fausses, cela diminuerait et notre prestige et la portée de notre action en tant que dirigeants d’un mouvement national. C’est pourquoi il faut être objectif et sincère. Quand on adopte une telle position on a la satisfaction de porter témoignage à la vérité. On peut ne pas être compris à la minute où l’on parle, mais on finit toujours par triompher. »
Ruben Um Nyobe, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.
« Le devoir des responsables de l’UPC est donc d’être à l’avant-garde de la lutte pour la paix […] Nous ne sommes pas quantité négligeable dans cette affaire. Il faut aussi faire comprendre à nos camarades et à toutes les populations qu’aucun gouvernement ne peut faire la guerre sans l’accord du peuple. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Nous sommes des hommes politiques kamerunais. A des degrés divers, nous assumons des responsabilités devant l’histoire de notre peuple. Dans le grand bouillonnement que cela provoque, nous décelons nos insuffisances et nos capacités. Nous puisons alors à la source des peuples qui nous ont précédés et dans le passé de notre propre peuple pour fixer notre ligne de conduite et ce, avec le concours et la succession des évènements. »
Ruben Um Nyobe, « Lettre à M. André-Marie Mbida, Premier Ministre de l’Etat sous tutelle du Cameroun », Maquis, 13 juillet 1957.
III – UM NYOBE SUR LA JUSTESSE DE LA LUTTE CONTRE LE COLONIALISME
« La colonisation est un mal dont souffre tous les pays colonisés. Pour apporter un remède quelconque à ce mal, il faut en étudier les origines. On dit que les blancs sont venus en Afrique pour civiliser les « sauvages » de chez nous et un certain nombre de nos compatriotes reprennent de telles théories à leur propre compte. »
Ruben Um Nyobe, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.
« Le mécontentement populaire a pour cause le colonialisme qui exploite et opprime notre pays, s’oppose à la réalisation des objectifs du régime de tutelle qui sont le progrès politique, économique et social des autochtones en vue de l’accession à l’indépendance. Des hommes comme MM. Allaire, chef de subdivision d’Eséka, Pinelli, chef de subdivision de Babimbi, Joud, ancien chef de région de la Sanaga-Maritime, pour ne citer que ceux-là, créent des lois personnelles pour dissoudre arbitrairement nos réunions, violer les domiciles des particuliers, saisir nos brochures et les journaux qui développent les idées de l’indépendance de notre pays, commettent des violences sur les patriotes partisans de l’Unification. Il y a là autant de causes de mécontentement populaire. Mais nous faisons tous nos efforts pour surmonter ce mécontentement en faisant naître dans le pays une conscience nationale et une maturité politique toujours élevées, réduisant au ridicule les provocateurs et les agents de l’arbitraire colonialiste. »
Ruben UM NYOBE, « Danger Aujoulat. Qui donc représente les mécontents ? » in La Voix du Cameroun, n° du 17 janvier 1955.
« Il y a un autre mécontentement, réel et grave celui-là. C’est le mécontentement colonialiste. […] L’on sait que lorsqu’une cause est en défaite, les défenseurs de cette cause se trouvent être plus touchés, disons plus affectés que quiconque. C’est pourqoi les mécontents des journaux réactionnaires, ceux de l’exploitation coloniale, ceux du clergé […] les mécontents de la clique des valets autochtones qui vendent notre pays au prix de maigres faveurs, les mécontents de tous les calibres du camp du colonialisme, versent leurs larmes de sang sur les épaules de celui qui se présente comme le champion de l’assimilation du Cameroun comme colonie française : le Docteur-député-ministre Louis Paul Aujoulat. Mais aujourd’hui, les évènements ne peuvent rester indifférents à l’égard d’un homme qui a tant fait pour égarer l’opinion camerounaise. »
Ruben UM NYOBE, « Danger Aujoulat. Qui donc représente les mécontents ? » in La Voix du Cameroun, n° du 17 janvier 1955.
« Si nous luttons à mort contre une intégration arbitraire de notre pays dans l’Empire colonial français, c’est que nous voulons rester les défenseurs conquérants du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Nous sommes ainsi, restés au service du Kamerun et de l’Afrique.
Ruben Um Nyobe, in « Charte de l’Atlantique et Pacte atlantique. Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », maquis, 25 janvier 1957.
« …Les colonialistes ont une curieuse manière de considérer comme interlocuteurs des gens qui trahissent les intérêts de leur pays à des fins personnelles et ils ne tardent pas de les baptiser « interlocuteurs valables ». […] Au Kamerun, devant la pertinence des réalités, les autorités françaises se sont vues obligées de reconnaître la qualité d’interlocuteur valable à l’U.P.C. Mais au lieu d’engager un dialogue sincère et loyal, propre à aboutir au dénouement de la crise kamerunaise, les autorités françaises se sont évertuées depuis 1955 à nous envoyer des émissaires dont la seule mission consistait à nous amener à opérer le « repli stratégique » à la manière d’Houphouët-Boigny. »
Ruben Um Nyobe, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.
« Le succès de nos réunions et manifestations imposées par la force des masses crée des nuits agitées pour ceux qui ne trouvent plus ici le champ d’application de la doctrine coloniale qui est d’imposer la loi d’un homme à tout un peuple. On ne peut que remarquer la différence d’attitude entre les valets des colonialistes, hommes en quête des faveurs, toujours inquiets d’un lendemain incertain pour eux et pour leurs maîtres et l’aspects des militants du mouvement national, brimés, humiliés, soumis aux privations de toutes sortes, mais toujours gais parce qu’ils ont la force de l’âme et la conviction profonde d’une victoire de la noble cause qu’ils défendent. Ainsi donc le mécontentement populaire se transforme aujourd’hui – n’est-ce pas M. Aujoulat – en un vaste mouvement d’enthousiasme soutenant la cause que vous combattez : l’Unification et l’indépendance du Cameroun. » Ruben Um Nyobe
« Ainsi donc, la « rébellion » dont nous sommes coupables […] n’est autre chose que la rébellion du nationalisme kamerunais envers la trahison nationale et nous ne pouvons que nous féliciter d’être à l’avant-garde d’une telle rébellion qui est à l’heure actuelle le plus sacré des devoirs que l’Histoire ait assigné aux patriotes kamerunais. »
Ruben Um Nyobe, in « Démission ou complicités françaises dans l’aggravation de la situation au Kamerun oriental », maquis, 2 décembre 1957.
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IV – UM NYOBE SUR LE VRAI SENS DE LA LUTTE D’EMANCIPATION DU PEUPLE KAMERUNAIS
« Nous devons lutter pour l’application de tout ce qui est progressif dans les accords de tutelle, par exemple le développement de l’enseignement, la participation des autochtones dans l’administration de leur pays […] le respect de la primauté des intérêts des autochtones en matière de propriété foncière et autres, le respect des libertés fondamentales (liberté de parole, de culte, de réunion, de presse, de conscience, de pétition, etc.). »
Ruben Um Nyobe, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.
« Ce que nous voulons affirmer une fois de plus, c’est que nous sommes contre les colonialistes et leurs hommes de mains, qu’ils soient Blancs, Noirs ou Jaunes, et nous sommes les alliés de tous les partisans du Droit des peuples et nations à disposer d’eux-mêmes, sans considération de couleur. »
Ruben Um Nyobè, Félix Roland Moumié, in « religion ou colonialisme ? », Douala, 22 avril 1955.
« Il y a lieu également de combattre la pratique de nos compatriotes qui, aux postes de police comme dans les guichets publics, ont souvent tendance à servir les Européens en priorité, même si ceux-ci sont les derniers venus. Cela constitue aussi une discrimination raciale dans sa forme la plus condamnable. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Certains prêtres catholiques oubliant que l’évangile s’élève contre les injustices, font les griots du colonialisme et nous traitent d’anti-religieux, ce qui est très faux d’abord parce qu’il ne peut y avoir d’Africains anti-religieux, ensuite parce que nous ne considérons pas le travail forcé, l’indigénat, la spoliation des terres, l’exploitation colonialiste en général comme des recommandations prescrites par la Bible. Au contraire, ce sont ces prêtres qui, en faisant de l’Eglise une tribune politique, ressemblent à ces trafiquants que Jésus chassa du temple. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Une calomnie c’est le fait d’imputer à quelqu’un les faits qui ne peuvent pas lui être imputés ou qui ne doivent pas lui être imputés. Nous demandons alors à nos compatriotes catholiques si le fait de dire que les prêtres prêchent la politique à l’église, si le fait de dire qu’ils trafiquent les sacrements à des fins politiques constituent une calomnie, alors que cela se fait à tout moment, au grand jour. Nous savons que la calomnie constitue une infraction à la morale religieuse car il est dit quelque part dans la Bible : « Tu ne porteras point un faux témoignage contre autrui », ce qu’est par exemple le fait de qualifier de communistes tous les militants syndicaux et les militants du Mouvement national camerounais sans être en mesure de le prouver. On comprendra donc que ainsi que les calomniateurs sont plutôt du côté des auteurs de la fameuse « lettre commune » [des évêques français exerçant au Cameroun]. »
Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumié, in « religion ou colonialisme ? », Douala, 22 avril 1955.
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V – UM NYOBE CONTRE LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS
« Les colonialistes ne veulent pas admettre qu’un Noir soit l’égal d’un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l’échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice, et, hélas, à l’Eglise. Quelle est alors l’âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d’un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? »
Ruben Um Nyobe, Le problème national kamerunais, Paris, L’Harmattan, 1984, p.23.
« Nous sommes donc occupés, quant à nous, à revendiquer la suppression des discriminations raciales, et radicalement opposés au système du travail forcé, de l’indigénat et des provocations sanglantes […]. Nous avons affirmé à maintes reprises que nous voulions une Afrique Libre, mais une Afrique amie des autres peuples libres. Les colonialistes le savent fort bien et la calomnie tendant à laisser croire que nous sommes à la solde d’une puissance étrangère ne peut servir qu’à les ridiculiser. »
Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
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VI – UM NYOBE CONTRE LE TRIBALISME
« Nous invitons M. André-Marie Mbida et ses collaborateurs à comprendre que le « tribalisme » n’est pas valable en politique et que l’intérêt du Kamerun n’est pas dans la politique de corruption et des oppositions africaines. (…) Nous leur demandons de placer l’intérêt du Kamerun au-dessus des luttes d’influence et des problèmes de personnes. »
Ruben Um Nyobe, in « L’amitié franco-kamerunaise en danger. Alerte à l’opinion kamerunaise et mondiale. », Maquis, 27 août 1957.
« Ils [les colonialistes] dressent tribu contre tribu en faisant croire aux uns qu’ils sont plus intelligents et aux autres qu’ils sont très riches et vont dominer le pays. Les uns et les autres croient naïvement à cela et se livrent à de vaines luttes intestines qui aboutissent finalement à la ruine de tous et le seul qui profite, c’est le colonisateur. Ils dressent chefs contre intellectuels en faisant croire aux uns qu’ils sont les détenteurs de la tradition et que le pouvoir leur revient, aux autres qu’ils sont « comme les Blancs » et que c’est à eux que revient le privilège de la civilisation moderne. Mais les colonialistes ne croient ni au pouvoir du chef ni à l’intelligence de l’homme dit « évolué ». Ils cherchent tout simplement à puiser dans la haine de ceux-là, le plus de profit et le prolongement de la misère de tous. »
Ruben Um Nyobe, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.
« Le tribalisme est l’un des champs les plus fertiles des oppositions africaines. Nous ne sommes pas des « détribaliseurs », comme d’aucuns le prétendent. Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale. Mais nous n’avons pas le droit de nous servir de l’existence des ethnies comme moyens de luttes politiques ou de conflits de personnes. »
Um Nyobe, le Problème National Kamerunais
« Nous devons mettre nos frères en garde contre le danger que consiste la politique du racisme anti-raciste. On ne peut, sous prétexte de lutter pour la libération des Noirs, mener une politique de haine contre les Blancs. La haine raciale est incompatible avec toute idée de progrès. »
Ruben Um Nyobe, extrait de son intervention au Congrès de Kumba, 14-17 décembre 1951.
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VII – UM NYOBE: NI PRO – EST NI PRO – OUEST, 100 % PRO – SUD.
« Hommes de Bandoeng, nous sommes les véritables artisans de la détente internationale. Nationalistes révolutionnaires, nous luttons pour acquérir pour le Kamerun et pour lui seul, une véritable indépendance nationale avec l’Unification comme condition préalable, simultanée ou consécutive, mais jamais exclue. »
« On nous traite de communistes. Or tout le monde sait que nous ne sommes pas une organisation communiste. Nous ne disons pas cela parce que nous détestons les communistes, mais parce que nous considérons que la lutte pour notre libération nationale n’a pas à tenir compte de telle ou telle idéologie. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Nous sommes donc occupés, quant à nous, à revendiquer la suppression des discriminations raciales, et radicalement opposés au système du travail forcé, de l’indigénat et des provocations sanglantes […]. Nous avons affirmé à maintes reprises que nous voulions une Afrique Libre, mais une Afrique amie des autres peuples libres. Les colonialistes le savent fort bien et la calomnie tendant à laisser croire que nous sommes à la solde d’une puissance étrangère ne peut servir qu’à les ridiculiser. »
Ruben Um Nyobè, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
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VIII – UM NYOBE SUR LA CULTURE ET L’IDENTITE NATIONALE
« La communauté de culture [entre les Camerounais] existe à l’origine. On a seulement essayé de la falsifier en instaurant la pseudo-culture française d’une part et anglaise d’autre part. mais cette entreprise se trouve elle-même mise en échec par le fait colonial qui s’oppose au développement culturel des peuples colonisés. »
Observations de Ruben Um Nyobe devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.
« …Les Allemands sont restés au Cameroun pendant plus de 30 ans, y a-t-il quelqu’un pour nous apporter la preuve que tous les Camerounais de l’époque parlaient allemand ? […] les Anglais et les Français administrent le Cameroun depuis 38 ans. Or, au Cameroun sous administration française, sur une population de plus de trois millions d’habitants, on ne peut pas compter trois cent mille personnes, c’est-à-dire le dixième de la population à la plus large estimation, parlant le français. Au Cameroun sous administration britannique, à l’exception du pidgin qui est également dans le Cameroun dans le Cameroun sous administration française, rares sont les éléments s’exprimant correctement en Anglais. […] Si après plus de soixante-dix ans de présence des puissances coloniales, les populations du Cameroun n’ont pas encore pu trouver une langue commune, il ne faut pas en attribuer le tort aux patriotes qui luttent pour l’unification et l’indépendance de notre pays. Cela signifie simplement que si nous attendons soixante-dix ans encore [pour revendiquer l’unification et l’indépendance. Ndlr], en l’an 2014, nous entendrons toujours dire que les Camerounais ne parlent pas la même langue.
Observations de Ruben Um Nyobe devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.
« …La langue est l’un des éléments fondamentaux pour le développement de la culture d’une nation, la colonisation perdrait sa raison d’être si elle devait œuvrer pour permettre au pays colonisé d’instituer une langue nationale »
Ruben Um Nyobe, Observations devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.
« …Outre la possibilité que nous avons d’instituer une langue nationale après l’accession à notre souveraineté nationale, nous avons proposé pour l’immédiat la vulgarisation de l’enseignement du français et de l’anglais dans les deux parties du pays, et ce, à partir de l’enseignement élémentaire. »
Observations de Ruben Um Nyobe devant la Quatrième commission de l’ONU », New-York, 1954.
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En guise de conclusion
Laissons encore parler le Mpodol…
« Nous voulons seulement faire confiance à nos militants et à tous les Camerounais, qui doivent organiser l’action nécessaire en vue de mettre fin à ces sortes d’escroqueries qui n’ont que trop duré. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« J’ajouterai simplement qu’il ne servirait à rien de constater et de dénoncer [les injustices et l’arbitraire du système coloniale] si l’action n’est pas organisée pour y mettre un terme. »
Ruben Um Nyobe, extrait du « Rapport présenté au premier congrès de l’UPC », Dschang, 10 avril 1950.
« Un peuple décidé à lutter pour sa liberté et son indépendance est invincible »
Ruben Um Nyobe, in « Comment le massacre des Kamerunais a été préparé et consommé par le gouvernement français », maquis, 3 janvier 1957.