CE REDOUTABLE « ON VA FAIRE COMMENT ? »

Franck Essi

NB : Texte dédié à celles et ceux qui acceptent, ne fût-ce qu’une minute, de suspendre la course du quotidien pour méditer sur ce qui nous arrive individuellement et collectivement dans ce pays « continent ».

POUR COMMENCER, SAISISSONS L’ESSENCE DE NOTRE IMPUISSANCE…

S’il fallait une expression pour condenser toute l’impuissance de nombreux Camerounais/es, une seule s’imposerait : « On va faire comment ? »

Cette phrase est devenue le sortilège par lequel on clôt un débat, on neutralise une colère, on anesthésie une prise de conscience. C’est la formule magique qui transforme nos indignations en soupirs, nos frustrations en fatalisme, notre lucidité en renoncement.

Sa puissance réside dans ce qu’elle sous-entend :
nous ne pouvons rien,
nous ne changerons rien,
il n’y a rien à faire.

Cette expression est devenue la clé de nos renoncements, le mot de passe de nos petites lâchetés, la musique douce de notre incapacité à affronter nos problèmes. À peine prononcée, elle nous renvoie vers une résignation confortable : accepter les miettes que les « grands » laissent tomber.

« On va faire comment ? » est devenu le signal sonore du renoncement, individuel comme collectif.

LA MEILLEURE EXPRESSION DE NOTRE DÉSHUMANISATION

Cette formule a un pouvoir terrifiant : elle nous déshumanise.

Pourquoi ? Parce qu’elle nous coupe de notre faculté la plus précieuse, celle qui nous distingue des animaux : la transcendance.

Transcender, c’est dépasser. C’est refuser que la réalité soit immuable. C’est croire qu’un monde injuste peut être transformé, et qu’une vie médiocre peut être redressée.

Les êtres humains ne sont humains que parce qu’ils peuvent, doivent et savent :

  • Repousser les limites,
  • Affronter la fatalité,
  • Inventer de nouvelles voies et façons,
  • Réorganiser le chaos,
  • Imaginer un avenir plus habitable.

Mais « On va faire comment ? » nous arrache cette capacité.
Il coupe notre élan.
Il dissout notre dignité.
Il nous rabaisse au rang de vivants végétatifs.

ET POURTANT, VIVRE, C’EST AUTRE CHOSE…

Vivre, réellement vivre, c’est évoluer, apprendre, trébucher, se relever, pleurer, rire, rêver et recommencer. C’est refuser la stagnation, c’est améliorer ce qui doit l’être, réinventer ce qui peut l’être.

C’est, pour soi et pour les autres, agir pour éloigner le chaos et approfondir l’harmonie.

Philosophie ? Peut-être.

Mais philosophie indispensable : car sans cette tension vers le meilleur, nous devenons des corps qui respirent, mais des esprits qui dorment.

LE SYMPTÔME D’UNE POSSESSION COLLECTIVE…

Car oui, parlons clair.

Nous sommes possédés.

Possédés par un esprit rusé, insinuant, silencieux, qui nous persuade que nous sommes trop petits pour lutter contre les injustices systémiques. Cet esprit nous vole l’énergie de l’indignation, la pulsion de la révolte, l’audace de l’action.

Et, petit à petit, les victimes involontaires deviennent des victimes consentantes.

Pire encore :
Des victimes résignées deviennent parfois complices, dès lors qu’elles découragent ceux qui veulent se lever.

INDICATEUR D’UNE COLONISATION INSIDIEUSE, MAIS EFFICACE

Nous avons été colonisés par un empire invisible :
la Métropole du Renoncement et de la Lâcheté.

Comme toute colonisation, elle nous a aliénés, rongé notre identité, étouffé notre sens de la dignité. Elle a fait de nous, progressivement, des êtres incapables de s’élever pour arrêter l’inacceptable.

Chaque renoncement quotidien — une injustice vue, une indignation tue, un silence complice — détruit l’idée même d’une société intelligente, généreuse, solidaire.

Nous devenons les fossoyeurs de nos propres valeurs :
honneur, courage, humanité, solidarité, dignité.
En détruisant ces valeurs, c’est notre avenir que nous piétinons.

La « guerre de tous contre tous » n’est pas une prophétie.
C’est la conséquence logique de nos renoncements accumulés.

ET POURTANT !

Nous ne sommes pas condamnés à vivre comme des tubes digestifs dont l’horizon se limite aux besoins du ventre.

Nous ne sommes pas des sous-hommes ou des sous-femmes.

Nous pouvons, nous devons, briller.

Comme le disait Nkrumah :

« Le fardeau de chaque peuple est de ressembler à ce qu’il y a de mieux dans le monde. »

Sortir de la grande nuit n’est pas un luxe.
C’est une obligation morale, historique, spirituelle.

Il n’y a plus de place pour les excuses.
Plus de place pour les dérobades.
Plus de place pour l’autodestruction.

Faisons face.

Disons NON à ce qui nous rabaisse.
Disons OUI à ce qui nous élève.

Élevons notre pensée au-dessus du gargouillis de nos intestins.
Notre cerveau et notre cœur ne peuvent être les vassaux de notre ventre.

AU NOM DE CE QUI NOUS EST SACRÉ : REFUSONS LE « ON VA FAIRE COMMENT ? »

Remplaçons-le par :

« Et si on faisait ceci… »
« Faisons cela… »
« Regardons ce que nous avons accompli, ensemble ! »

Car rien n’est plus puissant qu’un peuple qui se relève.

SOYONS DEBOUT !

#AllumonsNosCerveaux
#NousAvonsLeChoix
#NousAvonsLePouvoir
#CeQueJeCrois
#FreeCameroon

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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