OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°4 : La volonté de tout ramener à soi — ou le refus de laisser exister ce qui ne nous appartient pas

Un autre frein majeur au développement réside dans une attitude profondément enracinée : la tendance à vouloir tout ramener à soi, à considérer qu’une initiative ne vaut que si elle est portée, contrôlée ou incarnée par nous-mêmes.

Lorsque ce n’est pas le cas, l’initiative devient suspecte.
Pire encore : elle mérite d’être affaiblie, discréditée, voire détruite.

Cette posture n’est pas nouvelle. Elle renvoie à cette formule lucide de J.-P. Claretie :
« Ceux qui font quelque chose ont contre eux ceux qui font la même chose, ceux qui font le contraire, et la grande majorité de ceux qui ne font rien. »

Mais dans nos contextes, elle prend une forme plus radicale encore :
si je ne suis pas au centre, rien ne doit avancer.

Le réflexe du “moi ou rien”

Dans de nombreuses situations, on observe un même schéma.
Une initiative émerge. Une cause se structure. Un projet collectif prend forme.
Mais dès lors que le leadership n’est pas pleinement capté, que le contrôle échappe, que les bénéfices symboliques ou matériels ne sont pas clairement individualisés, le soutien se retire — parfois brutalement.

On préfère alors « gâter » ce qui existe, ralentir ce qui progresse, saboter ce qui pourrait réussir sans nous.

Le raisonnement implicite est simple, mais redoutable :
si tout le monde n’est pas derrière moi, alors rien ne doit avancer.
Mieux vaut le blocage que le succès sans moi.
Mieux vaut le chaos que la réussite de l’autre.

Ce n’est plus la cause qui compte, mais la place que j’y occupe.

De la cause au culte de soi

Dans cette logique, on ne cherche pas à rassembler autour d’un objectif commun, mais à rassembler les autres derrière soi.
L’adhésion n’est pas demandée à une vision, à un projet, à des principes — mais à une personne.

Le « moi d’abord » supplante le « nous d’abord ».
Et la cause, censée transcender les intérêts individuels, devient un simple instrument de reconnaissance personnelle.

Cette confusion est lourde de conséquences.
Elle transforme l’engagement en compétition d’ego.
Elle vide les projets de leur substance collective.
Elle empêche l’émergence de leaderships partagés, de successions organisées, de continuité institutionnelle.

La logique de la prédation symbolique et matérielle

Dans cette même dynamique, la réussite est pensée en termes relatifs : gagner plus que les autres, souvent en prenant la part des autres, ou en minimisant leur contribution.

Reconnaître le mérite d’autrui devient difficile, parfois insupportable.
Partager le succès est perçu comme une perte.
La visibilité collective est vécue comme une dilution du prestige personnel.

Cette logique de prédation — symbolique autant que matérielle — est à l’opposé de toute dynamique de transformation durable. Le développement suppose la mise en commun des compétences, la reconnaissance des apports multiples, et la capacité à faire exister des projets plus grands que les individus qui les portent.

Un poison pour le changement

Aucune société ne se transforme lorsque chaque initiative est ramenée à un duel d’ego.
Aucun mouvement ne dure lorsque tout repose sur une seule personne.
Aucune institution ne s’enracine lorsque le succès de l’autre est vécu comme une menace.

La volonté de tout ramener à soi produit exactement l’inverse de ce qu’elle prétend rechercher :
elle fragmente les forces, décourage les bonnes volontés, et assèche l’espace du possible.

Le changement exige autre chose.
Il exige la capacité de s’effacer sans disparaître, de contribuer sans tout contrôler, de soutenir des causes même lorsqu’elles ne portent pas notre nom.

Le véritable leadership ne consiste pas à être au centre de tout.
Il consiste à faire en sorte que les choses avancent, même sans nous.

C’est à cette condition — et à cette condition seulement — que des causes deviennent des institutions, que des initiatives deviennent des dynamiques durables, et que le développement cesse d’être un slogan pour devenir une réalité partagée.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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