OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°5 : La “soupçonnite” — ou la méfiance viscérale à l’égard des autres

Un autre frein majeur au développement réside dans une attitude devenue presque réflexe : la suspicion permanente à l’égard des autres, cette tendance à chercher d’abord — et souvent exclusivement — le mal chez autrui.

Dans cette logique, lorsque les autres agissent correctement, ils font semblant.
Lorsqu’ils agissent mal, ils révèlent leur véritable nature.

Le doute n’est plus un outil de discernement ; il devient une grille de lecture totale du monde social.

Le soupçon comme réflexe dominant

Peu à peu, tout est interprété à travers le prisme de la méfiance.
Les intentions sont jugées avant les actes.
Les trajectoires sont disqualifiées avant d’être comprises.
La réussite de l’autre est suspecte par principe.

Dans cet univers mental, “l’enfer, c’est les autres” — non pas parce qu’ils oppriment nécessairement, mais parce qu’ils sont présumés trompeurs, calculateurs, dangereux. Le soupçon devient une posture de protection. Mais à force d’être généralisé, il se transforme en mode de relation.

On n’accorde plus la confiance ; on la refuse par défaut.

La matrice des préjugés

La soupçonnite ne reste jamais individuelle. Elle se diffuse, se structure et se collectivise.
Elle devient la matrice de multiples préjugés.

Lorsqu’on soupçonne systématiquement l’autre, il devient facile de lui assigner une identité réductrice : ethnique, régionale, religieuse, nationale. Le soupçon nourrit alors le tribalisme, légitime la xénophobie, banalise le racisme. Ce ne sont plus des individus qui sont jugés, mais des groupes entiers.

Dans cette configuration, la différence n’est plus une richesse potentielle ; elle est perçue comme une menace latente.

L’effondrement de la confiance

Or, aucune société ne fonctionne durablement sans un minimum de confiance.

La confiance n’est pas la naïveté. Elle est une condition de possibilité de toute action collective. Là où le soupçon domine, les alliances deviennent fragiles, temporaires, instrumentales. Les engagements sont réversibles. Les coopérations sont calculées à court terme.

Dans un climat de méfiance généralisée, toute initiative collective est immédiatement minée par des interrogations paralysantes :
Que cache-t-il ?
Qui tire réellement profit ?
À quel moment vais-je être trahi ?

La conséquence est prévisible : on préfère ne pas s’engager, ou s’engager sans jamais s’investir pleinement.

Un obstacle majeur à l’intérêt général

La soupçonnite rend ainsi presque impossible la construction d’un intérêt général réel.
Non pas parce que les intérêts communs n’existent pas, mais parce qu’aucun cadre de confiance ne permet de les reconnaître, de les défendre et de les faire vivre dans la durée.

Là où tout est suspect, l’idée même d’un bien commun paraît illusoire.
L’action collective devient improbable.
La coopération durable, quasi impossible.

Chacun se replie alors sur ses cercles immédiats — famille, communauté, réseau — en espérant s’y protéger de la duplicité supposée des autres. Mais ce repli fragmente davantage la société et affaiblit sa capacité à agir sur les enjeux structurants.

Le soupçon comme poison du développement

Le développement suppose pourtant l’exact inverse :
la capacité à faire confiance sans être aveugle,
à coopérer sans être naïf,
à bâtir des alliances sans exiger des garanties impossibles.

Une société qui soupçonne tout le monde en permanence se condamne à l’impuissance collective. Elle dépense plus d’énergie à se surveiller qu’à créer. Elle préfère l’isolement à la coopération. Elle confond vigilance et paralysie.

Sortir de la soupçonnite ne signifie pas nier les trahisons réelles, ni ignorer les abus bien documentés. Cela signifie refuser que la peur de l’autre devienne un principe organisateur de la vie sociale.

La confiance n’est pas un sentiment spontané.
Elle est une construction politique, institutionnelle et culturelle.
Elle se nourrit de règles claires, de sanctions effectives, de transparence et de responsabilité.

Sans ce socle, le soupçon prospère.
Avec lui, la coopération redevient possible.

Le développement commence lorsque la société accepte une vérité exigeante :
sans confiance minimale entre les acteurs, aucune transformation durable n’est possible.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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