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Un autre obstacle profond au développement réside dans une dérive devenue presque banale : la glorification du matériel au détriment du savoir, du sens et des idéaux.
Le savoir est de plus en plus méprisé.
L’avoir et le pouvoir sont de plus en plus adulés.
Dans ce système de valeurs inversé, le signe le plus visible — et le plus immédiatement reconnu — de la réussite n’est ni l’intelligence, ni l’utilité sociale, ni la contribution au bien commun, mais l’accumulation matérielle. Ce que l’on possède devient plus important que ce que l’on comprend, ce que l’on incarne ou ce que l’on transmet.
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La démission morale des élites
Cette situation ne s’est pas imposée spontanément. Elle a été produite, entretenue et amplifiée par la défaillance — voire la trahison — de certaines élites.
Dans un environnement capitaliste et consumériste non régulé, beaucoup de celles qui auraient dû jouer un rôle de repère intellectuel, moral et civique ont fait sécession. Le savoir n’a plus été recherché pour éclairer la société, mais pour accéder à l’avoir et au pouvoir. La connaissance est devenue un instrument de domination, non un levier d’émancipation.
Au lieu de servir le peuple et les intérêts fondamentaux de la nation, ces élites ont souvent mis leurs compétences au service de leur enrichissement personnel et de leur ascension individuelle.
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Quand le ventre triomphe de l’esprit
Dans ce glissement, l’estomac a pris le dessus sur le cœur et le cerveau.
Le ventre — et parfois le bas-ventre — a vaincu la tête.
La satisfaction immédiate a supplanté la réflexion de long terme.
Le confort personnel a pris le pas sur la responsabilité collective.
Le plaisir a éclipsé le sens.
Dans un tel cadre mental, on en vient à préférer être ignorant mais riche plutôt que lucide, instruit et modeste. La réussite n’est plus associée à la sagesse, à la contribution ou à la cohérence morale, mais à la capacité de consommer, d’exhiber et de jouir.
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Une conception appauvrie de la vie
Sous cette perspective, le but de la vie n’est plus une quête du Bon, du Beau, du Bien, du Vrai et de l’Utile — ces idéaux qui ont pourtant structuré les grandes civilisations et nourri les projets collectifs durables.
Il devient avant tout l’accumulation maximale de biens matériels et la jouissance continue de plaisirs, quels qu’en soient les coûts sociaux, humains ou écologiques. La question du sens est reléguée au second plan, parfois même tournée en dérision.
Or, une société qui renonce à interroger ses finalités finit par perdre sa direction.
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Un frein majeur au changement et au développement
Cette hiérarchie des valeurs n’est pas neutre. Elle est fondamentalement incompatible avec toute ambition de transformation profonde.
Le développement exige de la discipline, du sens du long terme, de la rigueur intellectuelle, une capacité à différer la gratification et à faire passer l’intérêt collectif avant le confort immédiat. Il suppose des citoyens capables de penser, de douter, de résister à la facilité et de se projeter au-delà de leur seul bénéfice personnel.
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Réconcilier le matériel et l’idéal
Il ne s’agit pas de condamner la richesse, ni de nier l’importance du progrès matériel.
Le problème n’est pas l’avoir en soi, mais l’avoir sans boussole.
Le développement durable repose sur une réconciliation :
celle du matériel et du spirituel,
de l’efficacité économique et de l’exigence morale,
du progrès technique et du sens.
Sans idéaux partagés, la richesse devient stérile.
Sans spiritualité — au sens large du terme — le pouvoir devient brutal.
Sans primauté accordée au savoir et à la vérité, l’avoir et le pouvoir se retournent contre la société qui les a produits.
Le changement commence lorsque nous acceptons une vérité simple mais exigeante :
une société ne se développe pas seulement par ce qu’elle possède, mais par ce qu’elle valorise.
Et aucune transformation durable n’est possible lorsque le matériel devient une fin en soi, au lieu d’être un moyen au service d’un projet collectif plus élevé.
Franck Essi
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