OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°6 : Le culte du matériel — ou la mise à l’écart du spirituel, du savoir et des idéaux

Un autre obstacle profond au développement réside dans une dérive devenue presque banale : la glorification du matériel au détriment du savoir, du sens et des idéaux.

Le savoir est de plus en plus méprisé.
L’avoir et le pouvoir sont de plus en plus adulés.

Dans ce système de valeurs inversé, le signe le plus visible — et le plus immédiatement reconnu — de la réussite n’est ni l’intelligence, ni l’utilité sociale, ni la contribution au bien commun, mais l’accumulation matérielle. Ce que l’on possède devient plus important que ce que l’on comprend, ce que l’on incarne ou ce que l’on transmet.

La démission morale des élites

Cette situation ne s’est pas imposée spontanément. Elle a été produite, entretenue et amplifiée par la défaillance — voire la trahison — de certaines élites.

Dans un environnement capitaliste et consumériste non régulé, beaucoup de celles qui auraient dû jouer un rôle de repère intellectuel, moral et civique ont fait sécession. Le savoir n’a plus été recherché pour éclairer la société, mais pour accéder à l’avoir et au pouvoir. La connaissance est devenue un instrument de domination, non un levier d’émancipation.

Au lieu de servir le peuple et les intérêts fondamentaux de la nation, ces élites ont souvent mis leurs compétences au service de leur enrichissement personnel et de leur ascension individuelle.

Quand le ventre triomphe de l’esprit

Dans ce glissement, l’estomac a pris le dessus sur le cœur et le cerveau.
Le ventre — et parfois le bas-ventre — a vaincu la tête.

La satisfaction immédiate a supplanté la réflexion de long terme.
Le confort personnel a pris le pas sur la responsabilité collective.
Le plaisir a éclipsé le sens.

Dans un tel cadre mental, on en vient à préférer être ignorant mais riche plutôt que lucide, instruit et modeste. La réussite n’est plus associée à la sagesse, à la contribution ou à la cohérence morale, mais à la capacité de consommer, d’exhiber et de jouir.

Une conception appauvrie de la vie

Sous cette perspective, le but de la vie n’est plus une quête du Bon, du Beau, du Bien, du Vrai et de l’Utile — ces idéaux qui ont pourtant structuré les grandes civilisations et nourri les projets collectifs durables.

Il devient avant tout l’accumulation maximale de biens matériels et la jouissance continue de plaisirs, quels qu’en soient les coûts sociaux, humains ou écologiques. La question du sens est reléguée au second plan, parfois même tournée en dérision.

Or, une société qui renonce à interroger ses finalités finit par perdre sa direction.

Un frein majeur au changement et au développement

Cette hiérarchie des valeurs n’est pas neutre. Elle est fondamentalement incompatible avec toute ambition de transformation profonde.

Le développement exige de la discipline, du sens du long terme, de la rigueur intellectuelle, une capacité à différer la gratification et à faire passer l’intérêt collectif avant le confort immédiat. Il suppose des citoyens capables de penser, de douter, de résister à la facilité et de se projeter au-delà de leur seul bénéfice personnel.

Une société qui sacralise l’avoir et méprise le savoir affaiblit sa capacité à se transformer. Elle produit des consommateurs plus que des citoyens, des opportunistes plus que des bâtisseurs, des gagnants individuels mais peu de victoires collectives.

Réconcilier le matériel et l’idéal

Il ne s’agit pas de condamner la richesse, ni de nier l’importance du progrès matériel.
Le problème n’est pas l’avoir en soi, mais l’avoir sans boussole.

Le développement durable repose sur une réconciliation :
celle du matériel et du spirituel,
de l’efficacité économique et de l’exigence morale,
du progrès technique et du sens.

Sans idéaux partagés, la richesse devient stérile.
Sans spiritualité — au sens large du terme — le pouvoir devient brutal.
Sans primauté accordée au savoir et à la vérité, l’avoir et le pouvoir se retournent contre la société qui les a produits.

Le changement commence lorsque nous acceptons une vérité simple mais exigeante :
une société ne se développe pas seulement par ce qu’elle possède, mais par ce qu’elle valorise.

Et aucune transformation durable n’est possible lorsque le matériel devient une fin en soi, au lieu d’être un moyen au service d’un projet collectif plus élevé.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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