OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°7 : LA CORRUPTION COMME NORME SOCIALE – ET COMME STYLE DE VIE

Un autre obstacle majeur au développement réside dans une dérive devenue profondément inquiétante : la normalisation de la corruption, au point qu’elle s’impose de plus en plus comme un mode de fonctionnement ordinaire, voire comme un style de vie socialement accepté.

Au Cameroun, il arrive fréquemment que l’honnêteté et l’intégrité soient perçues comme des anomalies, presque comme des délits — non juridiques, mais sociaux.
Celles et ceux qui s’efforcent de rester droits sont souvent regardés avec suspicion, condescendance ou ironie. Leur refus de transiger est interprété non comme une force morale, mais comme un manque d’intelligence, de réalisme ou d’ambition.

À l’inverse, ceux qui refusent la corruption sont moqués, marginalisés, parfois ouvertement combattus. Ils deviennent des gêneurs dans un système qui a appris à fonctionner par arrangements, transactions occultes et accommodements permanents.

Quand l’argent devient l’ultime boussole

Dans ce cadre, ce qui compte avant tout, c’est d’amasser de l’argent — vite et autant que possible, quels que soient les moyens mobilisés. La question n’est plus comment on réussit, mais combien on accumule.

L’argent devient alors à la fois le carburant et la finalité de la corruption.
Il se transforme en indicateur absolu de valeur sociale :
– il définit la réussite,
– il confère l’autorité,
– il redéfinit l’intelligence,
– il recompose même les critères de beauté et de respectabilité.

Peu importe l’origine des richesses. La question des méthodes, de l’éthique ou de la légalité est reléguée au second plan, parfois même tournée en dérision.

Une inversion dangereuse des valeurs

Cette situation produit une inversion profonde des repères moraux et civiques.
L’intégrité cesse d’être une vertu.
La transgression devient une preuve d’habileté.
La corruption n’est plus vécue comme une faute, mais comme une stratégie rationnelle d’adaptation.

Dans un tel environnement, la norme n’est plus le respect des règles, mais leur contournement. Celui qui s’y refuse est perçu comme naïf, inadapté, voire suspect. La société envoie alors un message clair, quoique implicite : pour réussir, il faut tricher.

Ce message est dévastateur, en particulier pour les jeunes générations, qui apprennent très tôt que l’effort, le mérite et la compétence ne suffisent pas — et parfois ne comptent même pas.

Une société qui se condamne elle-même

Sur de telles bases, le changement et le développement collectifs perdent toute substance.
Pourquoi investir dans des projets communs lorsque les règles sont biaisées ?
Pourquoi faire confiance à des institutions perçues comme capturées ?
Pourquoi respecter des normes qui ne protègent ni les justes ni les compétents ?

La corruption, lorsqu’elle devient une norme sociale, détruit silencieusement les fondations mêmes de la société. Elle érode la confiance, décourage l’initiative honnête, affaiblit l’État, et alimente un cercle vicieux où chacun se sent contraint de participer pour ne pas être exclu.

Ce n’est plus seulement un problème de comportements individuels.
C’est un problème systémique, culturel et institutionnel, qui enferme la société dans une logique de court terme, de prédation et de méfiance généralisée.

L’impasse du développement

Aucune société ne peut se transformer durablement lorsque la corruption devient la règle implicite du jeu social.
Aucun développement sérieux n’est possible lorsque l’argent, obtenu à n’importe quel prix, devient le seul critère de reconnaissance.

Le développement exige des institutions crédibles, des règles appliquées, et surtout une cohérence minimale entre ce que la société proclame et ce qu’elle valorise réellement. Là où l’intégrité est pénalisée et la corruption récompensée, le discours sur le changement sonne creux.

Rompre avec cette normalisation de la corruption ne relève pas d’un appel moral abstrait. Cela suppose de réaligner les incitations, de restaurer la valeur sociale de l’honnêteté, et de faire en sorte que l’intégrité cesse d’être un handicap.

Le développement commence lorsque la société envoie un message clair et cohérent :
la corruption n’est ni une fatalité, ni une preuve d’intelligence, mais un poison qui appauvrit tout ce qu’il touche.

Tant que ce message ne sera pas incarné dans les pratiques, les institutions et les sanctions, le changement restera un slogan — et le développement, une promesse vide.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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