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Un autre obstacle majeur au développement réside dans une dérive devenue profondément inquiétante : la normalisation de la corruption, au point qu’elle s’impose de plus en plus comme un mode de fonctionnement ordinaire, voire comme un style de vie socialement accepté.
Au Cameroun, il arrive fréquemment que l’honnêteté et l’intégrité soient perçues comme des anomalies, presque comme des délits — non juridiques, mais sociaux.
Celles et ceux qui s’efforcent de rester droits sont souvent regardés avec suspicion, condescendance ou ironie. Leur refus de transiger est interprété non comme une force morale, mais comme un manque d’intelligence, de réalisme ou d’ambition.
À l’inverse, ceux qui refusent la corruption sont moqués, marginalisés, parfois ouvertement combattus. Ils deviennent des gêneurs dans un système qui a appris à fonctionner par arrangements, transactions occultes et accommodements permanents.
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Quand l’argent devient l’ultime boussole
Dans ce cadre, ce qui compte avant tout, c’est d’amasser de l’argent — vite et autant que possible, quels que soient les moyens mobilisés. La question n’est plus comment on réussit, mais combien on accumule.
L’argent devient alors à la fois le carburant et la finalité de la corruption.
Il se transforme en indicateur absolu de valeur sociale :
– il définit la réussite,
– il confère l’autorité,
– il redéfinit l’intelligence,
– il recompose même les critères de beauté et de respectabilité.
Peu importe l’origine des richesses. La question des méthodes, de l’éthique ou de la légalité est reléguée au second plan, parfois même tournée en dérision.
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Une inversion dangereuse des valeurs
Cette situation produit une inversion profonde des repères moraux et civiques.
L’intégrité cesse d’être une vertu.
La transgression devient une preuve d’habileté.
La corruption n’est plus vécue comme une faute, mais comme une stratégie rationnelle d’adaptation.
Dans un tel environnement, la norme n’est plus le respect des règles, mais leur contournement. Celui qui s’y refuse est perçu comme naïf, inadapté, voire suspect. La société envoie alors un message clair, quoique implicite : pour réussir, il faut tricher.
Ce message est dévastateur, en particulier pour les jeunes générations, qui apprennent très tôt que l’effort, le mérite et la compétence ne suffisent pas — et parfois ne comptent même pas.
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Une société qui se condamne elle-même
Sur de telles bases, le changement et le développement collectifs perdent toute substance.
Pourquoi investir dans des projets communs lorsque les règles sont biaisées ?
Pourquoi faire confiance à des institutions perçues comme capturées ?
Pourquoi respecter des normes qui ne protègent ni les justes ni les compétents ?
La corruption, lorsqu’elle devient une norme sociale, détruit silencieusement les fondations mêmes de la société. Elle érode la confiance, décourage l’initiative honnête, affaiblit l’État, et alimente un cercle vicieux où chacun se sent contraint de participer pour ne pas être exclu.
Ce n’est plus seulement un problème de comportements individuels.
C’est un problème systémique, culturel et institutionnel, qui enferme la société dans une logique de court terme, de prédation et de méfiance généralisée.
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L’impasse du développement
Aucune société ne peut se transformer durablement lorsque la corruption devient la règle implicite du jeu social.
Aucun développement sérieux n’est possible lorsque l’argent, obtenu à n’importe quel prix, devient le seul critère de reconnaissance.
Le développement exige des institutions crédibles, des règles appliquées, et surtout une cohérence minimale entre ce que la société proclame et ce qu’elle valorise réellement. Là où l’intégrité est pénalisée et la corruption récompensée, le discours sur le changement sonne creux.
Rompre avec cette normalisation de la corruption ne relève pas d’un appel moral abstrait. Cela suppose de réaligner les incitations, de restaurer la valeur sociale de l’honnêteté, et de faire en sorte que l’intégrité cesse d’être un handicap.
Le développement commence lorsque la société envoie un message clair et cohérent :
la corruption n’est ni une fatalité, ni une preuve d’intelligence, mais un poison qui appauvrit tout ce qu’il touche.
Tant que ce message ne sera pas incarné dans les pratiques, les institutions et les sanctions, le changement restera un slogan — et le développement, une promesse vide.
Franck Essi
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