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Un autre obstacle majeur au développement réside dans une posture devenue trop répandue : la conviction que l’on n’est pas responsable du sort collectif.
C’est la mentalité du passager clandestin — celle de celles et ceux qui veulent voyager vers le changement et le développement sans en payer le prix.
Or, le prix de la citoyenneté est connu. Il consiste à s’informer intentionnellement et régulièrement sur ses droits et ses devoirs ; à se former sur son rôle social ; à s’organiser individuellement et collectivement ; à agir pour assumer ce rôle ; et à pousser les autres citoyens à faire de même.
Ce prix n’est ni abstrait ni symbolique.
Il demande du temps, de l’effort, de la discipline — parfois du courage et du renoncement.
Mais beaucoup refusent de le payer.
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Vouloir la destination sans le chemin
Dans cette logique, le risque doit être évité à tout prix.
L’engagement est sans cesse reporté.
La responsabilité est toujours celle des autres : des dirigeants, de l’État, des militants, de « ceux qui savent ».
On veut bénéficier du changement sans y contribuer.
Profiter des sacrifices des autres sans jamais consentir les siens.
La participation devient conditionnelle.
L’engagement, optionnel.
La citoyenneté se réduit à la plainte, au commentaire ou à l’attente.
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Profiter des efforts, fuir les conséquences
Cette mentalité apparaît avec une clarté particulière lorsque les choses se dégradent.
Quand les institutions s’affaiblissent, quand les services publics se détériorent, quand les opportunités se raréfient, la réponse n’est pas toujours de réparer, de réformer ou de reconstruire. Elle consiste souvent à partir.
Ceux qui n’ont jamais voulu investir du temps, de l’énergie ou du courage dans la construction collective s’organisent alors pour aller vivre ailleurs — dans des pays bâtis et stabilisés par des citoyens qui, eux, ont accepté de payer le prix du développement.
Ainsi, de nombreuses personnes naissent, grandissent, déploient leurs talents, vivent et meurent ailleurs — non parce que toute possibilité était inexistante dans leur pays, mais parce que la responsabilité collective a été constamment repoussée.
Le paradoxe est cruel : les sociétés sont abandonnées précisément parce que trop peu ont accepté d’en être comptables.
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Le coût de l’irresponsabilité
La mentalité du passager clandestin sape le développement à sa racine.
Aucune société ne se transforme lorsque la majorité attend que d’autres agissent.
Aucune démocratie ne fonctionne lorsque la citoyenneté est facultative.
Aucun développement n’est possible lorsque la responsabilité est sans cesse externalisée.
Lorsque tout le monde veut bénéficier mais que peu veulent contribuer, l’action collective s’effondre. Les institutions s’affaiblissent. La confiance s’érode. Et le poids repose, encore et toujours, sur une minorité qui continue de s’organiser, d’agir et de se sacrifier.
À terme, ce déséquilibre devient insoutenable.
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La citoyenneté n’est pas un voyage gratuit
Le développement n’est pas un don.
Le changement ne s’importe pas.
Le progrès ne s’observe pas passivement.
Ils sont le produit d’une responsabilité partagée.
Sortir de la mentalité du passager clandestin ne signifie pas nier les difficultés, ni ignorer les risques réels. Cela signifie accepter une vérité exigeante : il n’y a pas de destin collectif sans contribution individuelle.
La citoyenneté n’est pas un spectacle.
C’est une discipline.
Une pratique.
Un engagement.
Une société avance lorsque suffisamment de ses membres acceptent d’en payer le prix : s’informer, s’organiser, agir, et exiger des autres qu’ils assument leur part.
Sans cela, le développement reste quelque chose que l’on attend.
Avec cela, le développement devient quelque chose que l’on construit.
Franck Essi
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