OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°9 : Le culte du raccourci et de la superficialité — ou le refus de la profondeur, du temps long et de l’effort

Un autre frein majeur au développement réside dans une dérive devenue omniprésente : le culte du raccourci, de l’immédiateté et de la superficialité.

Aujourd’hui, tout doit être obtenu ici et maintenant.
La projection dans le moyen et le long terme s’estompe.
Nous vivons sous le règne de la satisfaction immédiate, de l’émotion instantanée et du buzz permanent.

Dans ce cadre, la patience devient suspecte.
La rigueur paraît ennuyeuse.
La profondeur est perçue comme une perte de temps.

Quand l’apparence supplante la réalité

Cette obsession de l’immédiat s’accompagne d’un glissement inquiétant : l’apparence l’emporte sur la réalité.

L’image du pays compte davantage que la réalité de ses maux.
Dénoncer les fléaux est assimilé à une trahison.
Exposer les dysfonctionnements devient plus grave que de les corriger.

Ainsi, brûler un drapeau est jugé plus grave que tuer des innocents.
Violer la Constitution est relativisé, là où un geste symbolique est condamné sans nuance.
Insulter le président de la République choque davantage que détourner impunément des fonds publics.

Ce renversement des priorités révèle une société plus préoccupée par le décor que par la structure, par la façade que par les fondations.

Le triomphe du spectacle sur le fond

Dans cette logique, le débat public se transforme en scène.

Les clashs, les invectives et les éclats de voix autour des scandales sont préférés à des discussions calmes, informées et approfondies sur les causes profondes des problèmes.
L’indignation spectaculaire remplace l’analyse rigoureuse.
Le bruit supplante le sens.

On s’indigne vite, mais on réfléchit peu.
On s’émeut beaucoup, mais on construit rarement.

Le divertissement contre l’apprentissage

Cette superficialité se manifeste aussi dans le rapport au savoir et au travail.

Le divertissement est préféré à l’apprentissage.
La distraction permanente prend le pas sur la formation continue.
L’effort intellectuel est repoussé au profit de la consommation rapide de contenus.

Dans le monde professionnel, beaucoup font semblant de travailler, car l’essentiel n’est plus la qualité du travail, mais l’illusion de l’activité. La contrefaçon, la fraude et la contrebande prospèrent dans un environnement où le résultat immédiat prime sur la durabilité et l’exigence.

Le raccourci devient la norme.
La tricherie, une méthode.
La superficialité, un mode de fonctionnement.

Une fuite devant les vrais problèmes

Tous ces comportements ont un point commun : le refus d’affronter les problèmes réels.

Traiter le fond oblige à la lucidité.
La lucidité impose des choix difficiles.
Les choix difficiles exigent du courage, du temps et des sacrifices.

Le culte du raccourci permet d’éviter cette confrontation.
Il offre des solutions apparentes à des problèmes structurels.
Il entretient l’illusion du mouvement sans transformation réelle.

Un obstacle majeur au développement

Or, aucun développement sérieux ne peut s’inscrire dans l’immédiateté permanente.

Le développement suppose du temps long, de la cohérence, de l’apprentissage continu et une capacité à différer la gratification. Il exige des débats exigeants, des institutions solides et une culture de l’effort — intellectuel, civique et professionnel.

Une société qui sacralise le raccourci se condamne à l’instabilité et à la stagnation. Elle consomme des symboles au lieu de construire des solutions. Elle préfère le spectacle au travail patient de transformation.

Retrouver le sens de la profondeur

Sortir du culte de la superficialité ne signifie pas refuser la modernité ni la communication.
Cela signifie réconcilier visibilité et vérité, image et réalité, émotion et raison.

Le changement durable commence lorsque la société accepte une exigence simple mais inconfortable :
il n’y a pas de transformation profonde sans effort prolongé, sans débat de fond et sans discipline collective.

Le développement n’est pas un raccourci.
C’est un chemin.

Et tant que nous continuerons à préférer l’illusion de la vitesse à la rigueur de la profondeur, ce chemin restera hors de portée.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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