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Un autre frein majeur au développement réside dans une dérive devenue omniprésente : le culte du raccourci, de l’immédiateté et de la superficialité.
Aujourd’hui, tout doit être obtenu ici et maintenant.
La projection dans le moyen et le long terme s’estompe.
Nous vivons sous le règne de la satisfaction immédiate, de l’émotion instantanée et du buzz permanent.
Dans ce cadre, la patience devient suspecte.
La rigueur paraît ennuyeuse.
La profondeur est perçue comme une perte de temps.
Quand l’apparence supplante la réalité
Cette obsession de l’immédiat s’accompagne d’un glissement inquiétant : l’apparence l’emporte sur la réalité.
L’image du pays compte davantage que la réalité de ses maux.
Dénoncer les fléaux est assimilé à une trahison.
Exposer les dysfonctionnements devient plus grave que de les corriger.
Ainsi, brûler un drapeau est jugé plus grave que tuer des innocents.
Violer la Constitution est relativisé, là où un geste symbolique est condamné sans nuance.
Insulter le président de la République choque davantage que détourner impunément des fonds publics.
Ce renversement des priorités révèle une société plus préoccupée par le décor que par la structure, par la façade que par les fondations.
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Le triomphe du spectacle sur le fond
Dans cette logique, le débat public se transforme en scène.
Les clashs, les invectives et les éclats de voix autour des scandales sont préférés à des discussions calmes, informées et approfondies sur les causes profondes des problèmes.
L’indignation spectaculaire remplace l’analyse rigoureuse.
Le bruit supplante le sens.
On s’indigne vite, mais on réfléchit peu.
On s’émeut beaucoup, mais on construit rarement.
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Le divertissement contre l’apprentissage
Cette superficialité se manifeste aussi dans le rapport au savoir et au travail.
Le divertissement est préféré à l’apprentissage.
La distraction permanente prend le pas sur la formation continue.
L’effort intellectuel est repoussé au profit de la consommation rapide de contenus.
Dans le monde professionnel, beaucoup font semblant de travailler, car l’essentiel n’est plus la qualité du travail, mais l’illusion de l’activité. La contrefaçon, la fraude et la contrebande prospèrent dans un environnement où le résultat immédiat prime sur la durabilité et l’exigence.
Le raccourci devient la norme.
La tricherie, une méthode.
La superficialité, un mode de fonctionnement.
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Une fuite devant les vrais problèmes
Tous ces comportements ont un point commun : le refus d’affronter les problèmes réels.
Traiter le fond oblige à la lucidité.
La lucidité impose des choix difficiles.
Les choix difficiles exigent du courage, du temps et des sacrifices.
Le culte du raccourci permet d’éviter cette confrontation.
Il offre des solutions apparentes à des problèmes structurels.
Il entretient l’illusion du mouvement sans transformation réelle.
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Un obstacle majeur au développement
Or, aucun développement sérieux ne peut s’inscrire dans l’immédiateté permanente.
Le développement suppose du temps long, de la cohérence, de l’apprentissage continu et une capacité à différer la gratification. Il exige des débats exigeants, des institutions solides et une culture de l’effort — intellectuel, civique et professionnel.
Une société qui sacralise le raccourci se condamne à l’instabilité et à la stagnation. Elle consomme des symboles au lieu de construire des solutions. Elle préfère le spectacle au travail patient de transformation.
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Retrouver le sens de la profondeur
Sortir du culte de la superficialité ne signifie pas refuser la modernité ni la communication.
Cela signifie réconcilier visibilité et vérité, image et réalité, émotion et raison.
Le changement durable commence lorsque la société accepte une exigence simple mais inconfortable :
il n’y a pas de transformation profonde sans effort prolongé, sans débat de fond et sans discipline collective.
Le développement n’est pas un raccourci.
C’est un chemin.
Et tant que nous continuerons à préférer l’illusion de la vitesse à la rigueur de la profondeur, ce chemin restera hors de portée.
Franck Essi
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