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Un autre obstacle central au développement tient à une contradiction devenue presque banale : l’inconséquence.
Nous disons vouloir le changement, mais nous refusons de changer.
Nous appelons de nos vœux des dirigeants honnêtes, mais nous célébrons, accueillons et honorons dans nos villages et nos communautés des femmes et des hommes que nous savons pourtant corrompus ou malhonnêtes.
Plus grave encore, nous tolérons — et parfois pratiquons — la malhonnêteté dans nos propres familles, nos associations, nos réseaux. Ce que nous dénonçons publiquement, nous l’acceptons intimement.
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La morale à géométrie variable
Nous affirmons qu’il faut être forts et unis face aux menaces extérieures, mais nous excellons surtout dans l’art de nous affaiblir mutuellement.
Ce qui pourrait réellement fonder notre force et notre unité — le respect de la justice, de l’équité et des règles communes — nous le contournons, le relativisons ou le bafouons au quotidien.
Nous exigeons l’État de droit, mais nous applaudissons les passe-droits quand ils nous profitent.
Nous réclamons l’égalité, mais acceptons les privilèges lorsqu’ils servent notre camp.
Nous parlons de mérite, mais fermons les yeux sur le favoritisme dès lors qu’il nous arrange.
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Semer le chaos, espérer l’harmonie
Jour après jour, nous semons les graines du tribalisme, de la corruption, de l’individualisme, de la résignation et de l’ignorance.
Et pourtant, nous espérons — presque par magie — voir émerger un pays uni, porté par des citoyens intègres, solidaires, engagés et patriotes.
Cette dissonance n’est pas anodine. Elle traduit une incompréhension profonde du fonctionnement des sociétés. On ne récolte jamais ce que l’on refuse de semer.
Une société ne se transforme pas par incantation. Elle se façonne par la répétition cohérente des comportements qu’elle prétend valoriser.
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Dire sans adhérer
L’inconséquence, c’est dire des choses auxquelles on n’adhère pas vraiment.
C’est proclamer des valeurs sans les incarner.
C’est s’indigner de résultats que nos propres actes rendent inévitables.
Vouloir une chose, puis s’étonner de ne pas l’obtenir alors que nos comportements quotidiens y sont radicalement opposés — voilà le cœur du problème.
Il ne s’agit pas d’un défaut moral isolé.
C’est un mécanisme collectif qui vide les discours de leur substance et transforme le changement en slogan.
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Aucune société en or avec des individus en plomb
Il faut l’énoncer clairement : on ne construit pas une société en or avec des individus en plomb.
Le Cameroun ne sera jamais plus avancé que les Camerounaises et les Camerounais qui le composent.
Les institutions ne dépasseront pas durablement le niveau de cohérence, d’exigence et de responsabilité de ceux qui les font vivre.
Le développement n’est pas un phénomène extérieur qui s’impose à une société malgré elle. Il est le reflet agrégé des pratiques, des choix et des renoncements de ses citoyens.
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La condition du changement réel
Pour que le Cameroun change et se développe, il ne suffira ni de discours plus radicaux, ni de promesses plus séduisantes, ni de slogans mieux formulés.
Il faudra qu’une masse critique de citoyennes et de citoyens agisse de manière cohérente avec ce qu’elle réclame :
– en refusant la corruption, même lorsqu’elle est socialement tolérée ;
– en défendant la justice, même lorsqu’elle ne nous avantage pas ;
– en incarnant, dans la vie quotidienne, les valeurs que nous exigeons des dirigeants.
Le changement commence là où les paroles cessent d’être des alibis et deviennent des engagements.
Sans cette cohérence minimale entre le dire et le faire, toute ambition de transformation restera un mirage — et le développement, une promesse sans lendemain.
Franck Essi
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