OBSTACLE AU DÉVELOPPEMENT n°10 : L’inconséquence — ou le divorce entre nos discours et nos pratiques

Un autre obstacle central au développement tient à une contradiction devenue presque banale : l’inconséquence.

Nous disons vouloir le changement, mais nous refusons de changer.
Nous appelons de nos vœux des dirigeants honnêtes, mais nous célébrons, accueillons et honorons dans nos villages et nos communautés des femmes et des hommes que nous savons pourtant corrompus ou malhonnêtes.

Plus grave encore, nous tolérons — et parfois pratiquons — la malhonnêteté dans nos propres familles, nos associations, nos réseaux. Ce que nous dénonçons publiquement, nous l’acceptons intimement.

La morale à géométrie variable

Nous affirmons qu’il faut être forts et unis face aux menaces extérieures, mais nous excellons surtout dans l’art de nous affaiblir mutuellement.
Ce qui pourrait réellement fonder notre force et notre unité — le respect de la justice, de l’équité et des règles communes — nous le contournons, le relativisons ou le bafouons au quotidien.

Nous exigeons l’État de droit, mais nous applaudissons les passe-droits quand ils nous profitent.
Nous réclamons l’égalité, mais acceptons les privilèges lorsqu’ils servent notre camp.
Nous parlons de mérite, mais fermons les yeux sur le favoritisme dès lors qu’il nous arrange.

Semer le chaos, espérer l’harmonie

Jour après jour, nous semons les graines du tribalisme, de la corruption, de l’individualisme, de la résignation et de l’ignorance.
Et pourtant, nous espérons — presque par magie — voir émerger un pays uni, porté par des citoyens intègres, solidaires, engagés et patriotes.

Cette dissonance n’est pas anodine. Elle traduit une incompréhension profonde du fonctionnement des sociétés. On ne récolte jamais ce que l’on refuse de semer.

Une société ne se transforme pas par incantation. Elle se façonne par la répétition cohérente des comportements qu’elle prétend valoriser.

Dire sans adhérer

L’inconséquence, c’est dire des choses auxquelles on n’adhère pas vraiment.
C’est proclamer des valeurs sans les incarner.
C’est s’indigner de résultats que nos propres actes rendent inévitables.

Vouloir une chose, puis s’étonner de ne pas l’obtenir alors que nos comportements quotidiens y sont radicalement opposés — voilà le cœur du problème.

Il ne s’agit pas d’un défaut moral isolé.
C’est un mécanisme collectif qui vide les discours de leur substance et transforme le changement en slogan.

Aucune société en or avec des individus en plomb

Il faut l’énoncer clairement : on ne construit pas une société en or avec des individus en plomb.

Le Cameroun ne sera jamais plus avancé que les Camerounaises et les Camerounais qui le composent.
Les institutions ne dépasseront pas durablement le niveau de cohérence, d’exigence et de responsabilité de ceux qui les font vivre.

Le développement n’est pas un phénomène extérieur qui s’impose à une société malgré elle. Il est le reflet agrégé des pratiques, des choix et des renoncements de ses citoyens.

La condition du changement réel

Pour que le Cameroun change et se développe, il ne suffira ni de discours plus radicaux, ni de promesses plus séduisantes, ni de slogans mieux formulés.

Il faudra qu’une masse critique de citoyennes et de citoyens agisse de manière cohérente avec ce qu’elle réclame :
– en refusant la corruption, même lorsqu’elle est socialement tolérée ;
– en défendant la justice, même lorsqu’elle ne nous avantage pas ;
– en incarnant, dans la vie quotidienne, les valeurs que nous exigeons des dirigeants.

Le changement commence là où les paroles cessent d’être des alibis et deviennent des engagements.

Sans cette cohérence minimale entre le dire et le faire, toute ambition de transformation restera un mirage — et le développement, une promesse sans lendemain.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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