ET SI NOUS OSIONS INVENTER UN AUTRE CAMEROUN ?

Ma vision du Cameroun à construire et du sens du développement

Par Franck Essi

NB : Texte initialement publié en novembre 2018. Ce texte indique aussi ce que j’entends ou sous – entends très souvent par « développement ». Mot clé ou notion à laquelle je fais souvent abondamment référence dans mes propos et réflexions.

Libérer l’imagination politique en temps de crise

En cette période de crise aiguë et de difficultés croissantes, j’aimerais nous inviter à un exercice essentiel mais trop souvent négligé : libérer notre imagination politique pour envisager ce que nous avons réellement la possibilité de construire et d’accomplir.

Un tel exercice devient vital lorsque les horizons semblent bouchés, lorsque le pays donne le sentiment de tourner en rond et que l’impasse paraît être devenue notre paysage familier.

Pourtant, l’histoire nous enseigne que les grandes ruptures commencent toujours par un acte d’imagination collective.
Comme le suggérait Thomas Sankara : « Osons inventer notre avenir. »

Alors, osons.

I. Une éducation qui forme des bâtisseurs de civilisation

Une Nation ne s’élève jamais au-dessus de la qualité de son système éducatif.

Imaginons que dans notre pays, l’éducation permette de former parmi les meilleures ressources humaines au monde.

⏺ Des femmes et des hommes imprégnés de leur histoire, de leur culture et des valeurs qui font d’eux et d’elles des agents de transformation, au Cameroun comme ailleurs.

⏺ Des citoyens dotés de la mentalité et des aptitudes qui les prédisposent à être des porteurs de solutions, des innovateurs, des inventeurs.

⏺ Des esprits capables d’allier créativité, imagination et compétences techniques de haut niveau.

⏺ Des personnes conscientes de leurs droits et de leurs devoirs, patriotes non par slogan mais par responsabilité, déterminées à parachever l’œuvre de celles et ceux qui les ont précédées.

II. Un État exemplaire par la qualité de sa gouvernance

La bonne gouvernance n’est pas un luxe : c’est une condition de survie collective.

Imaginons que nous soyons le pays le mieux géré au monde.

↗ Un pays où chaque denier public est affecté aux bonnes priorités et utilisé pour résoudre les problèmes les plus urgents.

↗ Un pays où les nominations reposent sur des critères d’excellence, transparents et connus de tous.

↗ Un pays cité en exemple pour l’efficience et l’efficacité de la dépense publique.

↗ Un pays où les citoyens consentent volontairement à l’impôt parce qu’ils le jugent juste, utile et bien employé.

↗ Un pays qui incarne la transparence et la redevabilité vis-à-vis des gouvernés.

III. Un système de santé humain, souverain et équitable

La valeur d’un pays se mesure à la manière dont il protège la vie humaine.

Imaginons un Cameroun où l’on peut effectivement se soigner, quelle que soit sa classe sociale, son origine, son niveau d’instruction ou son lieu de résidence.

➡ Un pays où la médecine de chez nous occupe une place centrale, réduisant la dépendance aux diktats thérapeutiques, technologiques et financiers venus d’ailleurs.

➡ Un pays où la prévention et le traitement font que les populations figurent parmi les mieux portantes du monde.

➡ Un pays où la vie humaine est sacrée et où les métiers de la santé sont vécus comme un sacerdoce.

➡ Un pays où les centres de santé sont plus accueillants que les complexes de loisirs réservés aux touristes fortunés.

IV. Le plein emploi et la dignité du travail comme socle social

Une société qui humilie le travail détruit sa propre cohésion.

Imaginons un pays où règnent le plein emploi et l’emploi décent.

✓ Un pays où le travail est majoritairement choisi et non subi.

✓ Un pays où les droits des travailleurs sont respectés et où les recours fonctionnent réellement.

✓ Un pays où la démocratie sociale n’est pas un concept abstrait mais une réalité vécue.

✓ Un pays où les métiers essentiels – éducation, santé, alimentation, accompagnement social – sont valorisés.

✓ Un pays où la retraite ne fait plus peur.

✓ Un pays où le travail paie, où le mérite est reconnu et l’effort récompensé.

V. Une Nation intégratrice, confiante et réconciliée

On ne construit pas une Nation contre ses diversités, mais à partir d’elles.

Imaginons un pays où l’on se sent de mieux en mieux intégré.

▶ Un pays où la cohabitation progresse et où chacun se sent respecté.

▶ Un pays où le consensus autour des valeurs, des principes et des institutions s’approfondit chaque jour.

▶ Un pays dont on est fiers.

▶ Un pays où la différence n’est plus perçue comme une menace mais comme une richesse.

▶ Un pays où les a priori positifs dominent et facilitent le travail collectif.

▶ Un pays qui, sans nier les identités, a pleinement réussi à devenir une Nation.

VI. Une mémoire assumée et une histoire réappropriée

Un peuple sans mémoire est un peuple vulnérable.

Imaginons un pays où la vraie histoire est enseignée.

📌 Un pays où les blessures du passé sont reconnues et traitées dans une véritable thérapie collective.

📌 Un pays où villes, rues et bâtiments honorent nos figures historiques les plus illustres.

📌 Un pays qui ne nie pas son passé mais s’en sert pour comprendre le présent et inventer l’avenir.

📌 Un pays où le lien entre les générations passées, présentes et futures n’est jamais rompu.

VII. Une démocratie réellement représentative du peuple

La démocratie ne se proclame pas : elle se pratique.

Imaginons un pays où les dirigeants sont véritablement représentatifs du peuple.

⚫ Un pays où les élections sont régulières, transparentes et largement acceptées.

⚫ Un pays où le pouvoir n’est pas réservé aux plus riches, aux mieux connectés ou aux héritiers.

⚫ Un pays où les jeunes, les femmes, les personnes en situation de handicap et les minorités participent pleinement aux décisions.

⚫ Un pays où les dirigeants rivalisent non par le verbe, mais par leur capacité à transformer concrètement la vie des populations, en particulier celle des plus vulnérables.

VIII. La paix comme compétence nationale et contribution au monde

La paix durable est une construction, pas un hasard.

Imaginons un pays où l’art de la prévention et du règlement pacifique des conflits est porté au plus haut niveau.

– Un pays où diplomates et experts du monde entier viennent apprendre comment résoudre les crises sociales et politiques.

– Un pays où la paix des cœurs et des esprits est une réalité constamment approfondie.

– Un pays qui contribue, par la qualité de ses leaders et de ses initiatives, à résoudre les grands défis contemporains à l’échelle africaine et mondiale.

IX. La synergie intergénérationnelle comme force stratégique

Aucune société ne progresse en opposant ses générations.

Imaginons un pays où la synergie entre jeunes et anciens est une culture vivante.

✅ Un pays où les jeunes ne voient pas les aînés comme des adversaires.

✅ Un pays où les anciens ne craignent pas la jeunesse.

✅ Un pays où l’expérience se conjugue à l’énergie et à l’innovation.

✅ Un pays où chacun, jeune ou vieux, se sent utile et reconnu.

✅ Un pays où l’âge n’est ni un privilège automatique ni un obstacle définitif.

X. Des forces de sécurité au service du citoyen et de la République

La sécurité doit protéger, non terroriser.

Imaginons un pays où les forces de maintien de l’ordre et de défense sont au service du citoyen.

▪ Un pays où l’honnête citoyen ne craint pas le policier.

▪ Un pays où seuls les criminels redoutent la loi.

▪ Un pays où les responsables de la sécurité sont aussi des défenseurs des droits humains.

▪ Un pays où les manifestations citoyennes sont encadrées, non réprimées.

▪ Un pays où l’armée contribue à la construction d’infrastructures sociales et à la gestion des catastrophes.

XI. Un pays que l’on ne fuit plus, mais que le monde désire

Quand un pays fonctionne, ses citoyens restent – et d’autres veulent venir.

Imaginons un pays dont les habitants ne rêvent plus de partir par désespoir.

✓ Un pays dont les ressortissants sont respectés partout.

✓ Un pays qui déroule le tapis rouge à ses intellectuels, artistes, travailleurs et citoyens.

✓ Un pays dont la nationalité devient désirable.

XII. Restaurer l’espérance : vivre mieux que nos parents

Le progrès réel se mesure à l’espérance transmise.

Imaginons un Cameroun où les générations présentes sont convaincues qu’elles vivront mieux que leurs parents.

▶ Un pays optimiste.

▶ Un pays à l’aise avec lui-même.

▶ Un pays où l’histoire retrouve son sens : justice, progrès social, solidarité.

Mon intime conviction : Nous pouvons transformer cette vision en mission collective

Je ne sais pas pour vous, mais je crois que c’est possible.

Notre pays pourrait devenir ce Cameroun. Et ce faisant, inspirer d’autres pays en Afrique et dans le monde. Tout dépend de nous.
La première condition, c’est d’y croire, d’y travailler et de garder cet horizon en permanence dans notre ligne de mire.

C’est notre mission.
C’est notre devoir.
Et dans ces moments sombres, renoncer à la vision serait déjà une défaite.

Ne l’oublions jamais, le désordre comme l’ordre sont des produits de l’esprit humain. Thomas Sankara disait que tout ce que l’esprit humain peut concevoir, il est possible de l’accomplir. Sans avoir le même niveau de certitude que lui, je demeure convaincu de ceci :  Si nous le voulons, nous pouvons toujours être, faire et avoir mieux.

Comme le dit le proverbe : « Honte à celui qui ne fait pas mieux que ses parents. »

Nos défis sont grands.
Nos rêves aussi.
Ils exigent de nous de la grandeur.

Refuser d’imaginer un autre Cameroun, c’est accepter celui qui nous étouffe.
Alors osons.
Osons inventer ce pays.
Osons inventer notre avenir.

Franck Essi
Africain du Cameroun
Militant politique

Avatar de Franck Essi

Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

Laisser un commentaire