LE TIGRE NE PROCLAME PAS SA TIGRITUDE, IL BONDIT SUR SA PROIE ET LA DÉVORE !

Par Franck Essi

Dans les pays dits dominés, comme nombre de pays d’Afrique, on observe au moins trois niveaux de conscience, trois types d’esprit :

✔️ l’esprit dominé
✔️ l’esprit révolté
✔️ l’esprit conquérant

Ces trois postures résument différentes manières d’appréhender les maux qui frappent nos sociétés et le rapport aux Occidentaux, ex-colonisateurs souvent présentés comme leur source principale.

1) L’ESPRIT DOMINÉ

L’esprit dominé mobilise toute son intelligence et ses ressources pour survivre, tout en maudissant le maître qui l’assujettit.

Jamais il n’envisage sérieusement la rébellion.
Jamais il ne croit la victoire possible.

Son intelligence et ses capacités ne sont pas mises au service d’un renversement de situation, d’une invention d’avenir ou d’une sortie de l’ordre imposé. Il s’installe dans l’idée que ce monde est injuste et qu’il restera éternellement du côté des victimes.

À lui s’applique parfaitement cette pensée de Steve Biko :
« La force de l’oppresseur réside dans la mentalité de l’opprimé. »

Tout ce qu’il fait vise d’abord la survie. Sa revanche, il l’attend dans un autre monde. Heureusement pour lui, il existe ici-bas des échappatoires : Dieu ou les dieux, le football, la bière, le sexe.

Sa marque de fabrique tient en quelques phrases devenues réflexes :
« On va faire comment ? »
« Il ne sert à rien de… »
« Cherche ta part et tais-toi, mon frère, ma sœur… »
« C’est toi qui vas changer quoi ? »
« Ne tente pas… »

2) L’ESPRIT RÉVOLTÉ

L’esprit révolté, lui, est animé par la colère. Une colère tournée vers l’oppresseur.

Il recherche, consomme et diffuse les informations qui démontrent le caractère maléfique de ce dernier. Son intelligence et ses ressources sont principalement mobilisées pour dénoncer complots, crimes, injustices et humiliations.

Il se nourrit quotidiennement des atrocités commises par son oppresseur. À tel point qu’il finit par lui consacrer l’essentiel de ses pensées, de ses paroles et de ses actions.

Très souvent, cette révolte reste cantonnée au discours et à des actions de faible portée.

Pour lui, le bien-être se résume à l’extinction de l’oppresseur. Son paradis est un monde débarrassé de celui-ci. Il se définit donc fondamentalement comme opprimé, en opposition permanente.

Tout ou presque s’explique, à ses yeux, par l’action de l’oppresseur.

Il se dit parfois prêt à tout… jusqu’au jour où il découvre que le monde n’est pas aussi binaire qu’il l’imaginait. Il observe alors que l’opprimé peut être consentant, volontaire, parfois complice de ses propres chaînes.

Il entrevoit, par instants, à quel point le déficit d’analyse, de connaissance, de préparation, de courage et de discipline explique bien des impasses. Mais faute de savoir comment agir concrètement, il retombe dans la dénonciation stérile.

Les événements changent, les mêmes logiques dominent, les mêmes critiques reviennent. Rien ne se transforme en profondeur.

Son cri de révolte finit par devenir un cri pour rien.

Certes, comme le disait Sankara, « seule la lutte libère ».
Mais encore faut-il savoir quelle lutte, et contre quoi.

S’agit-il de vaincre d’abord l’autre, ou de se transformer soi-même pour affronter durablement les défis extérieurs ?

L’esprit révolté n’a pas toujours intégré que l’émancipation commence aussi à l’intérieur.

Il aboie. La caravane passe.

3) L’ESPRIT CONQUÉRANT

L’esprit conquérant est un esprit de combat.

Un combat nourri par la mémoire des luttes passées, les injustices du présent, mais surtout par une volonté inflexible de vaincre.

Vaincre ses peurs, ses faiblesses, son ignorance, son inconséquence, son impréparation, son incapacité à faire face aux enjeux de son temps.

C’est un esprit déterminé à s’affirmer pleinement, puissamment et intelligemment dans le monde. Un esprit animé par une aspiration irrépressible à être, mû par une formidable volonté de puissance.

Il vise la maîtrise et la souveraineté sur lui-même et sur son environnement.

Il refuse de choisir entre le mal et le pire.
Il ne veut rien de moins que le bien.

Il ne quémande pas la justice : il se bat pour l’obtenir. Il ne nie pas l’existence possible de Dieu, du paradis ou de l’enfer, mais il œuvre ici et maintenant pour construire son paradis et faire échec à ceux qui lui préparent l’enfer.

Il veut la paix, mais fait la guerre aux ennemis de son bien-être.

Il ne se plaint pas.
Il sait qu’il ne doit son salut qu’à lui-même.
Il n’attend presque rien des autres.
Il attend tout de lui-même.

Tout de lui-même.

Pour lui, vivre sans dignité n’est pas vivre.
Il est prêt à en payer le prix.

Il ne proclame pas : il fait.
Il ne promet pas : il construit.

Il a ses codes, ses valeurs, ses objectifs. Il célèbre tout ce qui fait de lui un être fier, libre, fort et heureux.

Il est.
Il se déploie.
Rien ne l’arrête.

Ni la défaite, ni la victoire provisoire ne le définissent.
Ce qui le définit, c’est le mouvement vers son idéal — un idéal conçu par et pour lui.

Il a fait sienne cette parole de Wole Soyinka :
« Un tigre ne proclame pas sa tigritude : il bondit sur sa proie et la dévore. »

Une fois cela dit, une seule question demeure :

Quel est l’impact réel de ce que nous pensons, disons et faisons sur la résolution complète et définitive de nos problèmes fondamentaux ?

Le reste, c’est… le reste.

#CeQueJeCrois

#NousAvonsLeChoix

#NousAvonsLePouvoir

#AllumonsNosCerveaux

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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