Par Franck Essi

Lorsqu’une grave crise survient, en tant qu’êtres humains, nous avons souvent tendance à enchaîner une série d’actions impulsives, irrationnelles, émotionnelles et, parfois, contreproductives. Ces réactions sont d’autant plus fréquentes lorsque nous sommes convaincus que nous, ou les membres de notre communauté, sommes victimes d’attaques injustes.
Ces réactions se traduisent par des paroles et des actes violents envers ceux que nous tenons pour responsables de nos maux. Nous entrons alors dans une logique du « nous contre eux », où tout ce que « nous » faisons est justifié, et tout ce qu’« Ils/Elles » font est condamnable. Ce type de raisonnement exclut toute nuance, recul, ou recherche d’une vérité et/ou d’une solution partagée.
C’est précisément cette dynamique qui alimente les conflits, les guerres, et parfois les génocides. Ce schéma n’est pas nouveau : il est aussi ancien que l’histoire de l’humanité.
En cette période où nous célébrons notre unité nationale dans un contexte de multiples crises, je propose ici dix idées clés —ou boussoles—autour de mots et expressions clés pour nous guider en temps de crise. Ces principes peuvent nous aider à adopter, je l’espère, des approches plus constructives lors de moments de crises.
CLÉ 1 : FONDER NOS DÉMARCHES SUR NOS VALEURS LES PLUS NOBLES
Les valeurs sont en principe, selon moi, ce que nous avons de plus précieux et de plus noble. Elles servent de phare dans les moments d’épreuve, en nous donnant une orientation claire et des clés de décision.
Lorsqu’une crise survient, nous devons nous rappeler nos valeurs les plus nobles et réfléchir à ce qu’elles impliquent dans les circonstances présentes.
Peut-on imaginer quelqu’un dont la valeur fondamentale est l’harmonie agir de manière à créer davantage de conflits ?
Rappelons-nous nos valeurs en temps de crise. Elles existent pour nous guider dans les périodes troublées.
CLÉ 2 : AGIR À PARTIR DE NOS OBJECTIFS
Face à une crise, il est crucial de garder nos objectifs à l’esprit. Pour le faire, nous pouvons nous poser les questions suivantes :
➡ Quel est l’objectif de ma démarche dans cette crise ?
➡ Quels sont mes objectifs de vie ?
➡ Quels objectifs communs puis-je partager avec ceux/celles que je perçois comme mes adversaires ?
➡ Ce que je dis ou fais est-il aligné avec ces objectifs ?
En temps de crise, nous devons nous efforcer d’aligner nos objectifs sur nos valeurs, nos objectifs individuels sur les objectifs collectifs, et nos actions sur nos objectifs.
CLÉ 3 : RECHERCHER AVEC DÉTERMINATION DES SOLUTIONS DURABLES
Une crise est un problème, et les problèmes sont faits pour être résolus.
Lorsque nous sommes guidés par la recherche de solutions durables, nous adoptons une posture différente de ceux qui se contentent de constater les problèmes ou d’en amplifier la portée.
Nous pouvons nous demander :
▪ À quoi ressemble une solution durable à ce problème ?
▪ Quels moyens avons-nous à disposition pour y parvenir ?
▪ Quelles actions concrètes pouvons-nous entreprendre pour mettre cette solution en œuvre ?
Le monde regorge de critiques et de diagnostiqueurs de problèmes. Et si nous devenions des porteurs et acteurs de solutions ?
CLÉ 4 : S’EFFORCER DE S’EN TENIR AUX FAITS ET AUX PREUVES
Nous pensons souvent connaître les faits, mais il arrive que ce ne soit pas le cas.
Nous sommes fréquemment exposés à des récits déformés, amplifiés, ou orientés par ceux qui cherchent à influencer nos réactions.
Face à cela, il est essentiel de se poser des questions simples :
✔ Quels sont les faits objectifs et irréfutables dont je dispose ?
✔ Comment puis-je être sûr que ces faits sont vrais ou avérés ?
✔ Quelles sont mes sources ? Sont-elles crédibles ?
✔ Suis-je certain à 100 % de ce que l’on me raconte ?
✔ Y a-t-il des preuves ? Où sont-elles ?
Les faits et les preuves sont des piliers indispensables pour construire des solutions efficaces et durables.
CLÉ 5 : FAIRE PREUVE D’ESPRIT CRITIQUE
Chaque histoire a plusieurs versions. Pour parvenir à une vérité constructive et des solutions inclusives, nous devons tenir compte de ces différentes perspectives.
Cela implique d’écouter, d’interroger et de réfléchir avant de tirer des conclusions. Ce principe s’applique partout : dans une dissertation avec thèse, antithèse et synthèse, ou dans un tribunal où chaque partie est entendue avant le prononcé d’un verdict justifié.
Faire preuve d’esprit critique, c’est s’efforcer d’écouter, d’analyser rigoureusement en vue de conclure avec discernement.
CLÉ 6 : SE RÉFÉRER AUX LOIS
Lorsqu’une crise éclate, il est primordial de se référer aux lois. Qu’il s’agisse de la législation ou des coutumes, elles sont là pour guider nos actions.
En règle générale, sans être parfaites, elles permettent de qualifier les faits, de fixer les responsabilités et d’orienter les démarches vers des solutions.
Face à une crise, efforçons-nous de nous poser les questions suivantes :
▶ Que dit la loi ?
▶ Mon comportement ou mes propos respectent-ils la loi ?
Rappelons-nous : nul n’est censé ignorer la loi et le respect de la loi nous permet de faire société.
CLÉ 7 : REFUSER LES GÉNÉRALISATIONS FACILES
En temps de crise, évitons les généralisations.
Les actes d’un individu ou d’un groupe ne représentent pas nécessairement une communauté entière.
Essentialiser, en temps de crise, c’est attribuer de manière irrémédiable des caractéristiques négatives à un groupe. Cette mentalité nourrit la haine et peut conduire au pire.
Efforçons-nous de résoudre les conflits individuels et intercommunautaires sans sombrer dans l’essentialisme.
CLÉ 8 : S’EFFORCER DE COMPRENDRE LES DYNAMIQUES HISTORIQUES
Une crise a des causes et des conséquences. Pour en sortir, nous devons comprendre les facteurs historiques, culturels et sociaux qui l’ont engendrée.
Pour bien appréhender les situations de crise actuelle, nous pouvons nous poser les questions suivantes :
🔹 Quelles sont les causes profondes de cette crise ?
🔹 Quelles en sont les conséquences probables si nous ne faisons rien ?
🔹 Quels seront les effets à long terme de nos décisions ?
Essayer de comprendre est une preuve de force, pas de faiblesse.
CLÉ 9 : S’ATTAQUER AUX CAUSES SYSTÉMIQUES
Les problèmes récurrents sont souvent les symptômes de défaillances systémiques.
Pour y remédier, il faut des solutions structurelles et durables, et non des mesures ponctuelles ou superficielles.
Dans cette optique, demandons-nous :
▪ Quelles sont les solutions durables et justes à ces problèmes ?
▪ Quels changements structurels devons-nous opérer ?
On ne résout pas des problèmes systémiques avec des mesures conjoncturelles.
CLÉ 10 : AVOIR LE SOUCI DE L’HÉRITAGE
En période de crise, pensons aux générations futures.
Après nous, il y aura d’autres personnes, nos enfants et nos petits-enfants.
Pour le bien des générations à venir, posons-nous les questions suivantes :
✔ Quel héritage voulons-nous leur laisser ?
✔ Comment voulons-nous qu’elles se souviennent de notre gestion des crises ?
✔ Que leur transmettons-nous sur l’art de bâtir des sociétés justes ?
Les crises sont des opportunités de croissance individuelle et collective. Bien gérées, elles peuvent conduire à des réformes qui améliorent nos sociétés.
Ne l’oublions pas : on ne construit pas une société en or avec des individus en plomb. Pour que les choses changent dans la société, au préalable, nos pensées, paroles et habitudes doivent changer.
NB : Cela n’exclut nullement le devoir de s’indigner, de dénoncer et d’interpeller vigoureusement les responsables et profiteurs des crises.
Franck Essi
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