Pour des transitions réellement souveraines, populaires, démocratiques — qui restaurent une sécurité durable, construisent des États fonctionnels et garantissent la justice sociale
Par Franck Essi, 07 avril 2026

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1. Pourquoi je prends position sur le Sahel
En tant qu’Africain du Cameroun, engagé depuis des années pour la refondation démocratique de mon pays et pour le triomphe d’un modèle de gouvernance fondé sur les droits humains, la justice sociale et la souveraineté populaire, je suis avec une attention soutenue et une exigence critique les dynamiques politiques qui traversent les pays de l’Alliance des États du Sahel — le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces trois pays, aujourd’hui dirigés par des régimes militaires de transition, invoquent la souveraineté pour justifier leur rupture avec certaines puissances étrangères et leur reconfiguration profonde de l’ordre politique interne.
Ce qui se passe au Sahel n’est pas un événement lointain qui ne concernerait pas les Camerounais.es ni les autres Africains.es. C’est un laboratoire de réponses, d’échecs et d’espoirs qui redéfinit les contours du possible sur notre continent. Et c’est précisément parce que je crois que l’Afrique mérite mieux que des cycles répétés d’autoritarisme et de dépendance — quel qu’en soit l’habillage idéologique — que je juge nécessaire, à toutes fins utiles, de prendre position publiquement.
Si les revendications de souveraineté portées par ces régimes rencontrent l’adhésion de larges pans de la population, elles ne sauraient justifier en soi une suspension durable des droits fondamentaux, un recul démocratique, ni une concentration autoritaire du pouvoir. Il me paraît indispensable de maintenir un regard lucide, rigoureux et documenté sur les réalités en cours, afin de plaider pour des transitions qui soient à la fois souveraines et démocratiques, populaires et inclusives, sécuritaires et respectueuses des droits humains.
Je reconnais que les contextes sécuritaires du Sahel sont marqués par une menace terroriste persistante, des conflits armés complexes, des déplacements massifs de populations, des effondrements institutionnels profonds et des menaces externes persistantes. Ces réalités rendent les transitions plus ardues. Mais elles n’enlèvent rien à l’exigence de principes ni à l’obligation de viser des objectifs de gouvernance à la fois pragmatiques et justes.
A l’heure où ces régimes tournent le dos à la fois à certaines de leurs promesses, s’installent dans la durée et renoncent aux principes démocratiques, il faut être clair sur les horizons à poursuivre et les chemins à emprunter pour y parvenir.
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2. Les principes qui fondent ma réflexion et qui me semblent essentiels voire indispensables
Avant toute analyse conjoncturelle, il me paraît utile de rappeler les principes qui fondent, à mes yeux, toute transition véritable :
- La souveraineté populaire comme fondement exclusif du pouvoir politique. Toute autorité légitime procède du peuple et agit dans son intérêt — pas dans celui des seules autorités militaires de transition, pas dans celui des puissances étrangères, fussent-elles nouvelles. La prise de pouvoir par des mécanismes autres que les choix populaires peut s’avérer nécessaire, conjoncturelle mais ne peuvent pas, selon moi, devenir la nouvelle norme.
- Le respect intégral des droits humains et des libertés fondamentales : liberté d’expression, de presse, de réunion, d’association, droit à la vie, à l’intégrité physique, à un procès équitable. Ces droits ne sont pas des luxes de pays riches — ils sont le socle de toute dignité humaine. Et les philosophies et traditions africaines ancestrales les avaient déjà affirmées et sacralisées. Par exemple, l’Ubuntu et la Charte du Mandé n’ont pas attendu la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour exister et réguler la vie dans les sociétés africaines.
- La non-instrumentalisation de la lutte antiterroriste à des fins de répression de la contestation, de militarisation abusive du pouvoir ou de suspension prolongée des processus démocratiques. La menace sécuritaire est réelle ; elle ne saurait devenir un prétexte permanent. La sécurité a plusieurs dimensions. Elle ne se limite pas à la neutralisation des groupes armés non étatiques qui sèment la terreur. La paix durable passe aussi par la consolidation des autres piliers de la vie harmonieuse dans une société.
- La justice sociale, l’inclusion et l’égalité de genre comme boussole de toute politique publique, notamment vis-à-vis des communautés marginalisées, des femmes et des victimes directes des conflits. Car le développement véritable et durable réside dans l’approfondissement de l’harmonie entre les composantes diverses de nos sociétés plurales.
- La transparence, la reddition de comptes et la participation citoyenne comme impératifs de gouvernance — non comme accessoires tolérés, mais comme conditions de légitimité. La proclamation de grands idéaux ou de grands objectifs de développement n’exempte pas de la nécessité de gérer comme il se doit les ressources collectives et de rendre des comptes au souverain qu’est le Peuple.

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3. Ce que j’observe sur le terrain : une lecture rigoureuse, documentée et contextuelle
J’invite toutes les forces de transformation africaine à éviter deux écueils symétriques : l’idéalisation hâtive des autorités militaires de transition présentées comme de nouveaux libérateurs, et leur condamnation automatique comme s’il n’y avait rien à comprendre dans les dynamiques qui ont conduit à leur émergence. Ce que nous devons cultiver collectivement, c’est :
- Une évaluation objective des actes posés : Quels droits ont été garantis ? Quelles populations ont été effectivement protégées ? Quels contre-pouvoirs ont été supprimés ou mis en place depuis les changements de régime ?
- Une attention constante au sort des communautés vulnérables — les femmes, les déplacés, les minorités ethniques et religieuses, les personnes détenues sans procès ou victimes d’exécutions extrajudiciaires documentées par des organisations indépendantes.
- Une analyse critique de l’impact réel des politiques sécuritaires : les opérations militaires — y compris celles menées avec le concours de forces privées étrangères comme Africa Corps — ont-elles renforcé la paix ou ont-elles aggravé la souffrance des populations civiles, comme le suggèrent plusieurs enquêtes internationales relatives à des incidents survenus au Mali et au Burkina Faso ?
- Une vigilance soutenue face à l’instrumentalisation du patriotisme pour justifier les coupures d’Internet, l’arrestation d’opposants, la fermeture de médias indépendants et la mise en sommeil des organisations de la société civile. Soutenir la souveraineté d’un peuple, c’est précisément défendre le droit de ce peuple à interroger ceux qui parlent en son nom.
- Une lecture attentive de la formalisation de l’AES en confédération en juillet 2024, avec la signature d’un traité constitutif à Niamey : si l’ambition d’une coopération renforcée entre États africains est pleinement légitime, la structure confédérale telle qu’elle se dessine repose à ce stade sur trois régimes militaires de transition dont les mandats populaires pour engager leurs peuples dans une union politique de cette envergure méritent d’être précisés et documentés.
- Enfin, la sortie formelle de la CEDEAO effective en janvier 2025 constitue un tournant géopolitique majeur dont les conséquences économiques, sécuritaires et diplomatiques pour les populations méritent un débat citoyen approfondi — débat que les circonstances actuelles rendent malheureusement difficile à tenir librement.

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4. Démocratie, souveraineté, sécurité et développement : des piliers qu’il serait dangereux de dissocier
Il ne faut pas opposer démocratie et souveraineté. Il ne faut pas opposer sécurité et droits humains. Il ne faut pas opposer urgence économique et gouvernance participative. Ces piliers sont profondément interdépendants, et toute rhétorique qui prétend le contraire mérite d’être questionnée avec sérieux :
- Il ne peut y avoir de souveraineté durable sans participation populaire. Une souveraineté d’État exercée sans contrôle citoyen n’est pas la souveraineté des peuples — c’est simplement la substitution d’une tutelle étrangère par une tutelle domestique, fût-elle en uniforme.
- Il ne peut y avoir de développement juste sans inclusion démocratique. Les données historiques africaines et mondiales le confirment de manière constante : les régimes d’exception prolongés ne produisent pas le développement. Ils produisent des rentes captées et des élites insularisées.
- Il ne peut y avoir de sécurité pérenne sans justice et sans droits garantis pour tous.es. Le terrorisme au Sahel ne s’est pas nourri de nulle part. Il s’est développé dans des décennies d’exclusion, d’injustice, de corruption et d’absence de l’État dans les périphéries. Une réponse exclusivement militaire à un problème structurellement politique et social ne suffira pas — comme l’ont montré vingt ans d’intervention internationale dans la région.
Toute stratégie qui sacrifie l’un de ces piliers au nom des autres risque de reproduire les schémas que nos peuples cherchent précisément à dépasser.
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5. Ce que j’espère voir advenir : des transitions politiquement légitimes, inclusives et effectivement refondatrices
La popularité initiale des régimes militaires de transition — réelle et compréhensible au regard des échecs des gouvernements qu’ils ont remplacés — ne saurait suffire à les légitimer durablement. Le recours à des « dialogues nationaux » ou à des « assises de refondation » ne garantit pas en soi une adhésion populaire réelle ni la production de solutions transformatrices, surtout lorsqu’ils sont organisés et contrôlés par les autorités militaires de transition elles-mêmes, ou lorsqu’ils tendent à exclure les voix critiques, les forces d’opposition, les syndicats, les mouvements citoyens, les femmes et les jeunes.
Au Mali, les Assises nationales de la refondation de 2021-2022 ont été largement boycottées par les partis politiques et une partie significative de la société civile. Au Burkina Faso, le Conseil supérieur de réconciliation nationale peine à incarner une représentation populaire crédible. Au Niger, la tentative de dialogue inclusif proposée par la CEDEAO a été écartée. Ces précédents appellent à la prudence et à l’exigence.
Il me semble donc important que les transitions reposent sur des processus véritablement inclusifs, participatifs et crédibles, notamment à travers :
- L’organisation d’une conférence nationale souveraine ou d’une assise nationale inclusive, dotée de pouvoirs réels, ouverte à toutes les composantes de la nation sans exclusion arbitraire, et conduite par des personnalités reconnues pour leur intégrité, indépendamment des autorités militaires de transition.
- La garantie de conditions équitables de participation : liberté d’expression pour tous les intervenants.es, sécurité des participants.es, accès plein et entier des médias et des observateurs indépendants.
- L’inscription des engagements issus du dialogue dans une feuille de route contraignante, assortie d’un calendrier de mise en œuvre précis et d’un mécanisme de suivi indépendant.
- La limitation stricte de la durée des transitions, avec l’engagement public et ferme des autorités militaires de transition à ne pas se porter candidats aux futures élections. À cet égard, les déclarations récentes du général Assimi Goïta au Mali, qui n’a pas exclu une candidature à une future présidentielle, sont un signal que je prends très au sérieux et qui mérite une réponse claire de la part des forces de transformation africaines.
- L’établissement d’un organe de veille citoyenne pluraliste, capable d’évaluer objectivement les progrès accomplis et d’alerter sur les dérives éventuelles.
Ces processus doivent enfin s’inscrire dans une mémoire historique et comparative africaine lucide : apprendre des rares réussites de transition, mais aussi des nombreux cas où des dialogues sans substance ont permis à des régimes militaires de prolonger leur mainmise sur le pouvoir au détriment des peuples. La Guinée de Mamadi Doumbouya, qui promettait une transition exemplaire avant que son chef n’organise son maintien au pouvoir pour une durée indéterminée, est la leçon la plus récente que nous ne devons pas oublier.

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6. Sur les alliances internationales : la vraie souveraineté ne se construit pas en changeant de dépendance
La libération des peuples africains passe nécessairement par une rupture avec les formes anciennes et persistantes de domination étrangère, qu’elles soient économiques, militaires, diplomatiques ou culturelles. Ces ingérences ont longtemps empêché les États africains d’assumer pleinement leur souveraineté et de répondre aux besoins fondamentaux de leurs populations. Je le reconnais sans hésitation.
Je salue sincèrement les efforts déployés par certains États de l’AES pour réduire l’influence de puissances étrangères : la dénonciation de traités déséquilibrés, la fermeture de bases militaires perçues comme des instruments d’ingérence, la volonté de réformer des systèmes de coopération qui perpétuaient la dépendance. Ces décisions méritent un regard attentif et respectueux.
Cependant, rompre avec des dépendances historiques ne saurait conduire à en construire de nouvelles. La quête de souveraineté ne peut pas se résumer au simple déplacement d’une tutelle vers une autre. Le déploiement de forces privées étrangères au Mali et au Burkina Faso, les contrats miniers et sécuritaires conclus dans des conditions d’opacité, les rapprochements accélérés avec certains partenaires sans transparence sur les termes des accords : tout cela appelle une analyse sérieuse et documentée que l’atmosphère « patriotique » ambiante ne doit pas rendre impossible.
Il me paraît donc important de promouvoir :
- Une analyse lucide et publique des nouvelles alliances — qu’elles impliquent la Russie, la Chine, la Turquie ou d’autres acteurs : servent-elles véritablement les intérêts des populations ou établissent-elles de nouvelles formes de dépendance stratégique et de captation des ressources ?
- La diversification maîtrisée des partenariats internationaux, construite sur la base de l’intérêt mutuel vérifiable, de la transparence contractuelle et du respect des droits fondamentaux des populations.
- L’affirmation d’une voie africaine souveraine, autonome et solidaire, qui refuse les logiques de blocs, d’inféodation et de manipulation géopolitique — quelle qu’en soit la provenance.
- La mise en place de mécanismes de contrôle citoyen sur les accords internationaux conclus durant les transitions, afin qu’ils ne compromettent pas l’avenir des peuples au nom de calculs stratégiques à court terme.
La souveraineté ne se décrète pas dans un discours enflammé. Elle se construit sur des choix éclairés, des institutions solides et une redevabilité réelle vis-à-vis des peuples.
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7. Sur la sécurité : ni capitulation face à la violence, ni impunité dans la réponse
Je reconnais pleinement la nécessité de lutter contre le terrorisme et les violences armées qui ravagent des communautés entières au Sahel. Cette réalité est dramatique et elle appelle une réponse ferme et déterminée. Mais une réponse sécuritaire efficace et durable ne peut pas reposer sur des violations des droits fondamentaux — non seulement parce que cela est moralement inadmissible, mais parce que cela est stratégiquement contre-productif.
Cela suppose concrètement :
- Le respect scrupuleux du droit international humanitaire en toutes circonstances, y compris lors des opérations militaires menées avec des forces partenaires étrangères, dont certaines actions ont été documentées comme impliquant des atteintes graves aux populations civiles.
- La protection effective des populations civiles et des biens essentiels à leur survie, qui doit demeurer la mesure première de l’efficacité de toute opération sécuritaire.
- La prévention et la répression ferme des disparitions forcées, tortures et exécutions extrajudiciaires, qui alimentent en retour le cycle de la violence et éloignent durablement les populations des institutions de l’État.
- L’investissement dans la reconstruction sociale, éducative et économique pour tarir les sources profondes qui alimentent le recrutement armé — la pauvreté, l’exclusion, la marginalisation territoriale, l’absence durable de l’État dans les périphéries.
- La prise en charge psychosociale des anciens combattants, notamment les jeunes enrôlés de force, pour leur permettre une réinsertion digne qui ne se traduise pas demain par une nouvelle vague de violence.
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8. Sur la place des femmes : leur rôle central dans toute refondation véritable
Les femmes ne peuvent pas être reléguées aux marges des processus de transition. Elles sont souvent les premières à subir les conséquences des conflits — déplacements, violences, fragilisation économique du foyer — et les dernières à être associées aux décisions sur leur propre avenir. Cette contradiction est insupportable et doit être nommée.
Il me semble fondamental de plaider pour :
- Leur représentation effective et non symbolique dans les instances de gouvernance transitoire, avec des responsabilités réelles et une influence concrète sur les décisions qui engagent leurs communautés.
- La protection systématique contre les violences basées sur le genre, dont la prévalence en contexte de conflit armé demeure criminellement sous-sanctionnée dans la quasi-totalité des contextes sahéliens.
- L’intégration explicite des revendications féminines — accès à la justice, à la terre, à l’éducation, à la représentation politique — dans les agendas sociaux, économiques et politiques que les transitions prétendent porter.

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9. Mon appel à la vigilance citoyenne, à l’engagement lucide et à une solidarité qui ne renonce pas à ses principes
J’adresse un appel sincère aux citoyens sahéliens : l’exercice d’une vigilance critique permanente sur leurs autorités n’est pas une trahison — c’est la manifestation la plus haute de la conscience citoyenne. Soutenir une transition, c’est aussi lui rappeler les engagements qu’elle a pris. Ne pas renoncer à ce rôle actif dans la définition de l’avenir politique de son pays, même dans les moments d’adhésion collective, c’est précisément ce qui distingue une transition populaire d’une simple substitution de pouvoir.
J’invite les acteurs africains — intellectuels, militants, organisations de la société civile, médias indépendants — à exprimer une solidarité lucide et engagée, qui soutient les dynamiques populaires de libération tout en demeurant fidèle aux principes de la souveraineté démocratique. Soutenir une transition sans en interroger les dérives, ce n’est pas de la solidarité — c’est de la complaisance.
J’encourage enfin les partenaires internationaux à conditionner tout soutien à des progrès vérifiables et mesurables sur la gouvernance, l’accès aux services de base essentiels, les droits humains, la participation citoyenne et le caractère inclusif de la transition — non à des déclarations d’intention, ni à des feuilles de route sans mécanisme de contrôle indépendant.
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10. Sur la question des personnes détenues : un impératif moral et une condition de crédibilité
Un processus de transition véritablement démocratique ne peut s’accommoder de la détention illégale ou arbitraire de citoyens, souvent poursuivis pour délit d’opinion, activisme ou opposition pacifique. Journalistes, militants, opposants, membres de la société civile : leurs situations sont documentées par des organisations indépendantes crédibles, et leur sort constitue un révélateur fidèle de la nature réelle d’un processus de transition.
Il est profondément souhaitable que les autorités militaires de transition s’engagent à :
- Libérer sans délai toutes les personnes détenues en violation des droits fondamentaux, notamment les journalistes, militants, opposants et membres de la société civile dont les dossiers témoignent d’une privation de liberté sans fondement légal sérieux.
- Mettre fin aux pratiques de détention préventive prolongée sans jugement, qui violent le droit à un procès équitable et constituent en elles-mêmes une forme de peine infligée en dehors de tout cadre légal.
- Établir une commission indépendante de vérification des cas de détention à caractère politique, avec un mandat public de recommander les libérations urgentes et de prévenir de nouvelles arrestations arbitraires.
- Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique, la dignité et les droits procéduraux de toute personne privée de liberté, conformément aux instruments régionaux et internationaux.
Cette démarche est non seulement une obligation morale et juridique. Elle est aussi, concrètement, une condition d’apaisement et de crédibilité pour tout processus de sortie de crise et de refondation nationale. On ne bâtit pas un État de droit avec des prisonniers politiques dans ses geôles.
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11. Ce que je crois fermement : la souveraineté sans le peuple n’est qu’une autre forme de servitude
Dans une époque de réinvention politique en Afrique, la tentation est grande — et humainement compréhensible — de confondre autoritarisme et souveraineté, de prendre la rupture avec l’ancien ordre pour une libération accomplie, de voir dans le discours souverain des autorités militaires de transition le programme que les peuples attendent depuis des décennies.
Je refuse cette confusion — non par dogmatisme, mais par fidélité à ce que l’histoire africaine nous enseigne. Seule la souveraineté ancrée dans la participation populaire effective, dans la justice, dans la transparence et dans la garantie des libertés fondamentales peut assurer un avenir stable, digne et porteur d’espoir pour les peuples du Sahel et pour l’ensemble du continent africain.
L’avenir des transitions africaines ne se joue pas dans les ambassades étrangères ni dans les communiqués des chancelleries. Il se joue dans la capacité des peuples à défendre ensemble leurs droits, leur souveraineté réelle et leur dignité collective. Et cette capacité-là, aucune circonstance, aucune puissance, aucune rhétorique ne peut la confisquer durablement — à condition que nous, Africains, refusions de nous en dépouiller nous-mêmes.
C’est ce en quoi je crois. C’est ce pour quoi je continue de prendre la plume. Et c’est ce qui devrait motiver nos actions de transformation.
Franck Essi
Un Africain du Cameroun
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