Changer le Cameroun : combattre le système, combattre dans le système ou combattre hors du système ?

Par Franck Essi

66 ans après “l’indépendance”.
43 ans de Paul Biya au pouvoir.
Plus de 35 ans depuis le retour au multipartisme.

Et une question continue de hanter la vie politique camerounaise :

Comment changer réellement le système politique dans lequel nous vivons ?

Depuis le début des années 1990, trois grandes stratégies se sont dessinées dans le débat politique au Cameroun.

Certaines forces ont choisi de combattre le système.
D’autres ont décidé de combattre dans le système.
Et d’autres encore tentent de combattre hors du système.

Ces trois approches ont structuré — souvent sans que nous en ayons pleinement conscience — les différentes trajectoires politiques de ces trente dernières années.

1️⃣ Combattre le système

Combattre le système signifie considérer que le problème principal n’est pas seulement la manière dont le pouvoir est exercé, mais la nature même du système politique : ses règles, ses institutions, ses pratiques et sa culture du pouvoir.

Dans cette perspective, participer aux mécanismes existants peut être perçu comme une manière de légitimer un ordre politique profondément déséquilibré.

Cette logique s’est manifestée à plusieurs moments de notre histoire récente.

On peut penser aux villes mortes du début des années 1990, lorsque des forces politiques et sociales ont tenté d’imposer par la pression populaire l’ouverture démocratique.

On peut aussi penser aux émeutes dites de la faim de 2008, qui ont révélé une colère sociale profonde contre les conditions économiques et politiques imposées par le système.

Plus récemment encore, certaines mobilisations citoyennes ou certaines formes de contestation radicale s’inscrivent dans cette logique :
faire pression sur le système pour le contraindre à changer.

2️⃣ Combattre dans le système

Une autre stratégie consiste à utiliser les institutions existantes pour tenter de les transformer progressivement de l’intérieur.

C’est la voie qu’ont empruntée de nombreux partis politiques depuis le retour au multipartisme.

Participer aux élections présidentielles, législatives et municipales.
Entrer dans les assemblées.
Occuper les espaces institutionnels disponibles.

Cette stratégie repose sur une idée simple :
même imparfait, l’espace institutionnel reste un espace de lutte politique.

Mais l’expérience de ces trois dernières décennies pose une question difficile :

jusqu’à quel point peut-on transformer un système politique lorsque les règles du jeu sont elles-mêmes profondément déséquilibrées ?

L’histoire politique camerounaise montre que cette stratégie comporte un risque réel :
celui de se faire progressivement absorber par le système que l’on voulait transformer tout en le légitimant.

3️⃣ Combattre hors du système

Une troisième approche consiste à agir en dehors du système politique formel, en construisant des dynamiques sociales capables de transformer la société.

Ici, l’objectif n’est pas seulement la conquête immédiate du pouvoir, mais la construction d’un rapport de forces dans la société.

Cela passe par :

– les mouvements citoyens
– les organisations de la société civile
– les médias indépendants
– les initiatives d’éducation civique
– les dynamiques de mobilisation de la jeunesse.

Au Cameroun, de nombreux acteurs ont investi ce terrain au fil des années :
organisations citoyennes, associations de défense des droits humains, initiatives d’éducation politique ou de mobilisation sociale.

Mais il faut aussi reconnaître une réalité : cette voie n’a pas été suffisamment explorée et structurée dans notre pays.

Cette faiblesse contribue largement à expliquer plusieurs phénomènes qui freinent aujourd’hui le changement politique :

la dépolitisation progressive des masses,
la faiblesse des mobilisations citoyennes,
la déconnexion de nombreux discours politiques des réalités vécues par les populations,
– et l’absence de véritable capacité d’entraînement des forces politiques et sociales.

Or, l’histoire politique des peuples montre que les systèmes changent rarement seulement par le haut.
Ils changent lorsque la société elle-même devient un acteur politique organisé.

Ma conviction

Après plusieurs années d’observation, d’engagement et de réflexion sur la vie politique de notre pays, ma conviction est claire.

On ne renverse pas un système en respectant docilement les règles qu’il a lui-même écrites pour se protéger.

On ne transforme pas un système en reproduisant dans l’opposition les mêmes pratiques politiques qui l’ont rendu possible.

L’histoire politique des peuples nous enseigne une chose simple :
les systèmes politiques changent lorsque la pression citoyenne et la transformation de la société deviennent plus fortes que les mécanismes de reproduction du pouvoir.

C’est pourquoi, pour ma part, je crois davantage à la nécessité de combattre le système et de construire hors du système les forces citoyennes capables de le transformer.

Parce qu’au bout du compte, les systèmes politiques ne changent jamais par la seule bonne volonté des institutions.

Ils changent lorsque les peuples deviennent eux-mêmes la force du changement.

Lorsque le peuple se lève, les choses changent !

Franck Essi

#CeQueJeCrois
#AllumonsNosCerveaux
#LesIdéesComptent

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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