Le Peuple d’abord ! : pour une analyse politique enfin utile à la majorité

Par Franck Essi

Il existe une étrange habitude, très répandue dans notre manière de parler de politique : nous savons commenter les jeux d’appareil, décrypter les rapports de force entre factions, interpréter les signaux envoyés par les chancelleries, disséquer les budgets avec l’air grave des initiés. Mais nous oublions presque toujours la question décisive : qu’est-ce que cela change concrètement pour la majorité de la population ?

C’est pourtant cette question qui devrait commander toutes les autres.

Ce n’est pas seulement une exigence morale. C’est une exigence de méthode, de lucidité et de pertinence. Une analyse politique qui ne part pas des effets réels des décisions sur la majorité sociale est une analyse incomplète. Elle peut paraître savante, sophistiquée, techniquement impeccable. Elle reste pourtant partiellement aveugle. Elle comprend mal les crises, et souvent plus mal encore les conditions de leur dépassement.

Je défends ici un principe simple : Le Peuple d’abord ! Non comme slogan d’agitation. Non comme formule sentimentale. Mais comme grille de lecture rigoureuse, comme boussole d’analyse, comme critère de jugement des politiques publiques, des réformes économiques et même de certaines grandes décisions internationales.

Car une politique qui impressionne les experts mais dégrade la vie de la majorité n’est pas une bonne politique. Et une analyse qui oublie ceux qui supportent le poids réel des décisions ne mérite qu’à moitié le nom d’analyse.

De qui parle-t-on quand on dit « le peuple » ?

Il faut d’abord lever une ambiguïté. Le peuple n’est ni une entité mystique, ni une masse homogène, ni une foule naturellement vertueuse. Le mot a trop souvent servi à flatter, simplifier ou manipuler. Il mérite donc d’être défini avec sérieux.

Par peuple, j’entends ici une réalité sociologique et politique précise : la majorité sociale de ceux qui vivent principalement de leur travail, disposent de peu de prise sur les centres de décision économique et politique, et n’ont ni les ressources ni les réseaux leur permettant de se protéger aisément des règles qu’on leur impose. Ce sont, en termes généraux, les catégories situées dans les segments inférieurs et intermédiaires de la structure sociale, c’est-à-dire la grande majorité de ceux qui subissent davantage les décisions qu’ils ne les fabriquent.

Autrement dit, le peuple n’est pas une essence. C’est une position dans la structure sociale. Il se définit à la fois par une place économique, une faible capacité d’influence sur les règles du jeu et une plus forte vulnérabilité aux choix publics.

Cette précision est importante. Elle permet d’éviter deux pièges. Le premier est l’essentialisme, qui transforme le peuple en catégorie sacrée. Le second est le relativisme paresseux, qui conclut que puisque tout le monde n’a pas les mêmes intérêts, la notion de peuple ne veut rien dire. C’est faux. Les intérêts d’un fonctionnaire, d’un petit commerçant informel, d’un agriculteur, d’une vendeuse de marché, d’un enseignant contractuel ou d’un chauffeur de moto ne sont pas toujours identiques. Mais ils ont un point commun décisif : aucun n’a le pouvoir structurel de fixer les règles générales ni de se soustraire facilement à leurs conséquences.

Dès lors, dire Le Peuple d’abord ! ne signifie pas satisfaire indistinctement toutes les demandes particulières. Cela signifie autre chose, de beaucoup plus sérieux : concevoir les analyses et les politiques à partir de leurs effets sur cette majorité sociale, en veillant à ce que les bénéfices se diffusent largement et à ce que les coûts ne retombent pas, une fois de plus, sur les mêmes.

Pourquoi tant d’analyses passent à côté de l’essentiel ?

Le grand échec de l’analyse politique conventionnelle n’est pas qu’elle soit toujours fausse. C’est qu’elle est souvent construite à partir des mauvaises priorités.

Elle regarde d’abord les sommets : la stabilité macroéconomique, les équilibres diplomatiques, les calculs de coalition, les préférences des bailleurs, les signaux envoyés aux investisseurs, les arrangements entre élites. Tout cela compte, bien sûr. Mais tout cela ne suffit pas.

Prenons un exemple simple. Lorsqu’une loi de finances est présentée, l’essentiel du commentaire public se concentre généralement sur les grands agrégats : niveau du budget, déficit, croissance projetée, conformité aux engagements extérieurs, crédibilité budgétaire. On commente la trajectoire des chiffres comme si les chiffres parlaient d’eux-mêmes. Mais combien d’analyses demandent ensuite : qu’est-ce que ce budget signifie pour une ménagère, pour un enseignant, pour un patient sans couverture médicale, pour un agriculteur qui transporte sa production sur des routes dégradées, pour un jeune diplômé sans emploi, pour une famille qui doit choisir entre soigner un enfant et payer la scolarité ?

C’est là que se révèle l’angle mort.

L’analyse dominante n’est pas toujours consciemment hostile au peuple. Elle est plus subtilement prisonnière des catégories de pensée des groupes dirigeants. Elle adopte spontanément les indicateurs, les priorités, les temporalités et le langage de ceux qui gouvernent, financent, conseillent ou commentent depuis les positions hautes. Elle parle donc le plus souvent la langue des élites, même lorsqu’elle prétend parler au nom de tous et de toutes.

Résultat : une réforme peut être saluée comme rationnelle alors qu’elle fragilise la vie quotidienne de millions de personnes. Une politique peut être présentée comme courageuse alors qu’elle transfère l’essentiel de son coût sur ceux qui ont le moins de marge. Une situation peut paraître stabilisée dans les tableaux de bord alors qu’elle se dégrade dans les foyers.

Voilà pourquoi tant d’analyses paraissent brillantes et sonnent creux.

Le Peuple d’abord !, c’est précisément l’inverse de cette habitude. C’est retourner le regard. Ce n’est plus commencer par demander : qu’attendent les puissants ? C’est commencer par demander : que vivent les humbles ?

Et souvent, cette simple inversion change tout.

Une méthode simple pour remettre la majorité au centre

Un principe sans outil reste une formule. Pour éviter que Le Peuple d’abord ! ne devienne une posture de plus, il faut le traduire en questions concrètes.

Voici une grille simple, mais redoutablement utile, que tout journaliste, chercheur, militant, responsable public ou citoyen peut utiliser devant une réforme, un conflit, une décision budgétaire, une négociation internationale ou un grand événement politique.

Grille “Le Peuple d’abord !”

  1. Quel impact sur les prix essentiels ?
    Quel sera l’effet sur le prix du riz, du pain, du carburant, du transport, du loyer, des médicaments, des produits de première nécessité ? Une hausse du coût de la vie pèse souvent davantage sur la majorité qu’une amélioration abstraite des grands agrégats macroéconomiques.
  2. Quel impact sur l’accès aux services publics essentiels ?
    La décision améliore-t-elle ou détériore-t-elle l’accès réel à la santé, à l’éducation, à l’eau, à l’électricité, aux transports, à la justice, à la sécurité ? Une politique qui embellit les rapports officiels mais éloigne les citoyens des services essentiels est une politique socialement défaillante.
  3. Comment se distribuent les bénéfices et les coûts ?
    Qui gagne réellement ? Qui perd réellement ? Il faut ventiler autant que possible par niveau de revenu, région, genre, génération, statut urbain ou rural, secteur d’activité. Une mesure qui profite principalement à une minorité déjà protégée tout en reportant les coûts sur le plus grand nombre ne peut pas être qualifiée de réussite.
  4. Existe-t-il des mécanismes de protection ou de compensation crédibles ?
    Les groupes les plus exposés bénéficient-ils de mesures d’accompagnement ? Ces mesures sont-elles financées, ciblées, accessibles, effectivement mises en œuvre, évaluables ? L’annonce d’une compensation fictive n’est pas une compensation.
  5. La décision a-t-elle fait l’objet d’une véritable consultation ?
    Y a-t-il eu débat public, information intelligible, participation des populations concernées, accès aux données, possibilité de contestation, espace de délibération contradictoire ? Une politique imposée sans écoute est presque toujours une politique incomplète.
  6. L’effet est-il durable ou seulement immédiat ?
    La mesure améliore-t-elle durablement la condition de la majorité, ou produit-elle un soulagement provisoire qui prépare une charge plus lourde demain ? Cette question permet de distinguer la politique populaire de la politique clientéliste, et la réforme utile de la réforme de façade.

Ce que cette grille change concrètement

Prenons un cas classique : la suppression ou la réduction des subventions sur les carburants, réforme fréquemment présentée comme nécessaire au nom de la soutenabilité budgétaire.

L’analyse conventionnelle regarde d’abord les finances publiques : combien l’État économise, quel signal est envoyé aux bailleurs, quel effet sur le déficit, quelle crédibilité auprès des institutions financières.

L’approche Le Peuple d’abord !, elle, change immédiatement l’ordre des questions. Elle demande d’abord :

  • Quel sera l’effet sur le coût du transport urbain et interurbain ?
  • Quelles répercussions sur le prix des denrées alimentaires ?
  • Quel impact sur les petits transporteurs, les artisans, les ménages modestes, les activités informelles ?
  • Les hôpitaux publics, les écoles, les zones rurales, les secteurs sensibles disposent-ils de protections spécifiques ?
  • Les mesures compensatoires existent-elles réellement, ou ne sont-elles qu’annoncées ?
  • Les citoyens ont-ils été informés honnêtement des arbitrages et des conséquences ?

On voit alors apparaître ce que l’analyse classique tend à invisibiliser : une décision budgétairement cohérente peut être socialement destructrice si son coût est transféré sans précaution sur la majorité vulnérable.

Cette méthode peut s’appliquer à presque tout : un accord commercial, une réforme fiscale, une politique agricole, une dévaluation, un plan de reconstruction, une réforme foncière, un programme d’aide internationale, une privatisation, une réforme de l’université, une politique sécuritaire. La question reste la même : quels effets concrets pour la majorité sociale ?

Une boussole exigeante

Il faut ici dissiper un malentendu important. Le Peuple d’abord ! ne veut pas dire distribuer sans compter, flatter les frustrations, acheter la paix sociale à court terme ou baptiser “sociale” n’importe quelle dépense mal conçue.

Des gouvernements se sont réclamés du peuple pour justifier le clientélisme, l’improvisation, l’irresponsabilité budgétaire ou la confiscation autoritaire du pouvoir. Cette dérive existe. Il serait absurde de la nier.

Mais c’est justement parce qu’elle existe qu’il faut être précis : une politique authentiquement orientée vers la majorité ne se définit pas par son discours, mais par ses résultats mesurables, sa transparence, son ciblage, sa capacité de correction et ses contre-pouvoirs.

Il faut donc distinguer trois choses :

  • La politique anti-populaire, qui protège d’abord les intérêts d’une minorité ;
  • La politique populiste, qui parle au nom du peuple sans améliorer durablement sa condition ;
  • Et la politique populaire au sens fort, qui améliore réellement et durablement les conditions de vie de la majorité, sous contrôle public.

Cette distinction est fondamentale. Une subvention opaque, mal ciblée, politiquement instrumentalisée et sans mécanisme d’évaluation n’est pas du Peuple d’abord !. C’est une technique de fidélisation électorale. À l’inverse, une politique exigeante, parfois coûteuse, mais conçue pour améliorer l’éducation, la santé, l’accès aux services, la productivité populaire, la mobilité sociale et la sécurité matérielle de la majorité relève pleinement de cette logique.

Autrement dit, Le Peuple d’abord ! n’est pas une politique de facilité. C’est une politique de priorité. Ce n’est pas l’ennemie de la rigueur. C’est l’ennemie d’une rigueur dont le coût serait supporté presque exclusivement par ceux qui ont le moins.

Pourquoi cette approche est aussi pragmatique

On présente souvent les politiques orientées vers la majorité comme moralement séduisantes mais économiquement suspectes. C’est une erreur.

Les trajectoires politiques les plus durables montrent une constante simple : aucun État ne construit une stabilité solide sur l’abandon prolongé de sa base sociale. Tôt ou tard, le prix politique, économique ou sécuritaire de cet abandon revient sous une forme ou une autre : crise de légitimité, désaffection civique, violence, fuite des compétences, généralisation de l’économie de survie, affaissement de la confiance, fragilité chronique de la demande intérieure, tensions territoriales, instabilité institutionnelle.

À l’inverse, lorsque les besoins de base de la population sont réellement pris au sérieux, il se produit plusieurs effets vertueux : la confiance publique se renforce, la légitimité politique s’améliore, les ménages peuvent davantage se projeter, l’investissement privé trouve un environnement social plus stable, les capacités productives augmentent, la société devient moins inflammable.

Autrement dit, Le Peuple d’abord ! n’est pas seulement un principe de justice. C’est aussi un principe de stabilité, d’efficacité et de prévoyance. Un peuple durablement appauvri, humilié ou relégué ne forme jamais une base solide pour un État serein.

À l’échelle internationale aussi

Le principe s’applique également aux relations internationales, mais sous une forme spécifique.

Sur le plan national, Le Peuple d’abord ! est un principe d’action directe. Un gouvernement a l’obligation de placer les intérêts fondamentaux de sa population au cœur de ses choix. Sur le plan international, c’est d’abord un principe de vigilance, de négociation et de protection. On ne peut pas attendre d’un acteur extérieur qu’il place spontanément notre peuple au centre de ses priorités. En revanche, nous devons évaluer toute relation extérieure à partir de ses effets sur notre société.

Cela vaut pour la dette, les conditionnalités imposées, les accords commerciaux, les investissements étrangers, les politiques extractives, les arrangements géopolitiques, l’aide internationale, les sanctions, les grandes fluctuations des matières premières.

L’analyse conventionnelle regarde souvent ces questions sous l’angle du respect des engagements, de la notation financière, du climat des affaires, de la crédibilité extérieure. L’approche Le Peuple d’abord ! ajoute une autre question, décisive : quel sera le coût social concret de cet accord ou de cette contrainte ?

Prenons le cas d’une renégociation de dette. L’analyse technique parlera de taux, d’échéances, de soutenabilité, de risque souverain. L’analyse Peuple d’abord ! demandera aussi : combien d’écoles, de centres de santé, de programmes d’accès à l’eau, de filets sociaux ou d’investissements structurants seront sacrifiés ? Les conditionnalités exigées vont-elles aggraver la précarité ? Le pays peut-il défendre une contre-proposition articulant discipline financière et protection sociale ?

De même, l’aide internationale est encore trop souvent jugée à l’aune des montants promis ou versés, rarement à l’aune de ses effets concrets sur les conditions de vie des populations. Une approche sérieuse imposerait davantage d’audits publics, d’indicateurs de bien-être, de transparence locale et de participation des bénéficiaires à la définition des priorités.

Éviter la récupération démagogique

L’un des plus grands dangers de toute formule politiquement puissante, c’est sa récupération.

Des régimes autoritaires, des dirigeants populistes et des entrepreneurs politiques opportunistes ont souvent prétendu parler au nom du peuple tout en gouvernant contre lui. Il faut donc un test simple pour distinguer une véritable approche Le Peuple d’abord ! d’une instrumentalisation.

Je propose trois critères :

  • Transparence et contre-pouvoirs. Le pouvoir accepte-t-il la critique, la liberté de la presse, les évaluations indépendantes, l’accès aux données, les audits citoyens, les institutions de contrôle ?
  • Reddition de comptes. Les responsables doivent-ils rendre des comptes sur les résultats réels de leurs politiques ? Les échecs sont-ils reconnus, corrigés, sanctionnés ?
  • Sobriété des gouvernants. Un régime peut-il sérieusement prétendre servir le peuple tandis que ses dirigeants accumulent privilèges, rentes, luxe ostentatoire et protections exorbitantes pendant que les services essentiels se dégradent ?

Ce test est décisif. Il rappelle une vérité simple : Le Peuple d’abord ! n’est pas une proclamation. C’est une discipline institutionnelle.

Le cas camerounais

Au Cameroun, cette approche permettrait de relire autrement bien des crises et bien de faux débats.

Prenons la crise dite « anglophone » qui est en réalité une crise politique globale et nationale. Pendant des années, l’analyse publique s’est concentrée sur les affrontements entre acteurs visibles : pouvoir central, groupes séparatistes, médiations extérieures, options militaires, agendas diplomatiques. Ces dimensions étaient réelles. Mais elles n’épuisaient pas le problème. Une lecture Peuple d’abord ! aurait obligé à poser plus tôt des questions autrement plus fondamentales :

  • Comment vivaient concrètement les populations concernées ?
  • Quel était leur accès réel à la justice, à l’école, aux services publics, aux opportunités économiques, à la représentation politique ?
  • Quels ressentiments ordinaires, quelles frustrations administratives, quelles humiliations institutionnelles, quels déséquilibres territoriaux préexistaient avant même l’explosion ouverte de la crise ?

En d’autres termes, on a trop souvent analysé les acteurs armés et pas assez les populations prises en étau. On a regardé les sommets du conflit, mais trop peu ses soubassements sociaux.

Et aujourd’hui encore, une approche Peuple d’abord ! nous obligerait à juger les efforts de reconstruction non pas seulement en budgets engagés, en projets annoncés ou en kilomètres de routes réhabilitées, mais aussi en critères plus concrets : retour effectif des déplacés, réouverture réelle des écoles et marchés, accès restauré à la justice, reprise économique locale, sécurité quotidienne, confiance minimale retrouvée.

Le même principe vaut pour d’autres sujets : vie chère, chômage des jeunes, urbanisation désordonnée, inégalités régionales, accès à la santé, fiscalité locale, politiques agricoles, qualité des services publics, endettement, gestion foncière, sécurité. Dans chacun de ces domaines, la question devrait être la même : cette politique améliore-t-elle réellement la condition de la majorité, ou produit-elle seulement un récit officiel de progrès ?

Et quand le peuple est divisé ?

C’est l’objection la plus sérieuse, et il faut la prendre au sérieux. Le peuple n’est pas un bloc. Ses composantes peuvent avoir des intérêts divergents, voire opposés. Entre agriculteurs et éleveurs, entre citadins et ruraux, entre salariés protégés et travailleurs précaires, entre régions, entre générations, entre consommateurs et producteurs, les arbitrages à faire sont réels et pas toujours évidents.

C’est pourquoi Le Peuple d’abord ! ne doit pas être compris comme un catalogue de réponses automatiques. C’est d’abord un principe procédural. Il ne dit pas mécaniquement quoi décider dans tous les cas. Il dit comment juger et comment arbitrer : en rendant visibles les effets différenciés des décisions, en organisant un débat contradictoire, en exposant publiquement les coûts et bénéfices, en protégeant prioritairement les plus vulnérables, en préférant, à bénéfice comparable, les solutions qui minimisent la souffrance sociale, et en corrigeant les politiques à partir des résultats observés, non des intentions proclamées.

Autrement dit, quand un arbitrage est inévitable, la question centrale devient : quel groupe est le plus exposé, le moins protégé, le moins capable d’absorber le choc ? C’est ce groupe-là qui doit bénéficier de la priorité de protection.

Cette règle n’abolit pas le conflit social. Elle ne supprime pas la complexité. Mais elle offre un critère d’arbitrage plus juste, plus défendable et souvent plus stable que la loi du plus puissant, du mieux connecté ou du plus bruyant.

Trois usages immédiats

La force d’une idée se mesure aussi à sa capacité d’être utilisée. Le Peuple d’abord ! n’a d’intérêt que s’il devient un réflexe d’analyse.

Dès maintenant, trois pratiques simples peuvent l’ancrer dans le débat public :

  • Soumettre toute analyse politique à l’épreuve des effets concrets. Avant de partager un article, une vidéo, un commentaire ou une note d’analyse, posez les questions essentielles. Si personne ne dit qui paie, qui gagne, ce qui change pour les prix, les services essentiels, les territoires, les groupes vulnérables et la durée des effets, alors l’analyse est incomplète.
  • Exiger des indicateurs sociaux dans les commentaires politiques et économiques. Les médias, les instituts d’analyse, les commentateurs publics et les think tanks devraient intégrer systématiquement quelques indicateurs simples : évolution du panier de base, accès aux soins, coût du transport, niveau de scolarisation, accès à l’énergie, pouvoir d’achat réel, sécurité alimentaire, accès à l’eau.
  • Tester collectivement la grille dans les cercles militants, professionnels et citoyens. La meilleure manière de protéger cette idée contre la récupération est de la rendre pratique, discutable, amendable, vérifiable. Prenez un événement récent. Appliquez la grille. Comparez les perceptions. Cherchez les angles morts. Corrigez.

Changer de boussole : une urgence !

Je ne demande pas d’idéaliser le peuple. Je demande de partir d’un fait simple : une politique qui ne change rien pour la majorité n’est pas une réussite ; c’est au mieux une performance administrative, au pire une fiction statistique.

De la même manière, une analyse politique qui ne part pas des effets concrets des décisions sur la majorité sociale n’éclaire qu’une partie du réel. Elle accompagne les puissants dans leur propre miroir, mais elle comprend mal ce qui travaille réellement une société.

Le Peuple d’abord ! n’est ni une posture charitable, ni une formule de meeting, ni un habillage moral. C’est une exigence de lucidité. C’est une manière de juger plus juste. C’est une manière de gouverner plus solidement. C’est une manière d’analyser plus utilement.

Les États qui méprisent durablement leur base sociale finissent presque toujours par payer le prix de cette cécité. Les analystes qui oublient la majorité finissent par commenter des apparences. Les élites qui ne regardent plus la vie réelle du plus grand nombre finissent par ne plus comprendre le pays qu’elles prétendent diriger.

Voilà pourquoi j’ai choisi cette boussole.

Non par bonté d’âme.
Non par romantisme politique.
Mais par réalisme.

Parce qu’au bout du compte, il n’existe pas de politique sérieuse contre la majorité.
Et il n’existe pas d’analyse vraiment utile qui commence ailleurs que par elle.

Le Peuple d’abord !

Enfin.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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