Cameroun : Pour une rupture avec les faux critères du leadership politique

Par Franck Essi

Le Cameroun étouffe moins par manque de compétences que par excès de conformisme. Ce n’est pas la matière grise qui manque, c’est la droiture, la hauteur, le souffle. Et pourtant, à chaque nouvelle phase politique, la rengaine revient : « Il faut quelqu’un d’expérimenté. » « Il faut quelqu’un qui a de l’argent. » « Il ne faut pas quelqu’un qui a faim. » « Il faut quelqu’un de très diplômé. » Ces critères — prestige, fortune, cursus académique — sont devenus des totems supposés garantir la compétence et la crédibilité.

Mais si ces qualités suffisaient, le Cameroun serait depuis longtemps un pays émergent, stable, prospère. Or, à bien y regarder, notre histoire récente regorge de dirigeants bardés de diplômes, de décorations et d’années au service du système… mais incapables de transformer profondément la société.

La vérité est crue, mais nécessaire : ce dont le Cameroun a besoin pour se relever, ce n’est pas d’abord de technocrates, de milliardaires, ni de surdiplômés hors-sols. Il a besoin, d’abord et avant tout, de courage, de sagesse et d’exemplarité.

Le courage de rompre avec l’hypocrisie ambiante

Diriger un pays en crise n’est pas une affaire de confort. C’est une épreuve de vérité. Le courage, ici, ce n’est pas l’audace des promesses faciles. C’est la capacité à dire non à ce qui détruit, à mettre fin aux privilèges indus, à résister aux pressions — y compris celles des “amis”, des “frères”, des bailleurs.

Le courage, c’est oser affronter les structures mafieuses déguisées en élites respectables. C’est choisir la justice, même quand elle dérange. C’est aussi refuser que le pouvoir soit un abri pour les médiocres, un trésor pour les courtisans, un passe-droit pour les corrompus.

Le Cameroun d’aujourd’hui a besoin de personnes capables de prendre des décisions impopulaires mais justes, de dire non à la corruption endémique, aux nominations tribales, aux impunités sélectives. Pas de gestionnaires prudents des apparences, mais d’acteurs de la rupture lucides.

La sagesse de voir loin, au-delà du mandat

Ce pays a été trop longtemps gouverné dans l’horizon court : plaire au chef, tenir jusqu’aux prochaines élections, maintenir l’équilibre des clientèles. La sagesse politique, elle, regarde plus loin. Elle pense en décennies, pas en échéances. Elle s’inspire des générations futures, pas des seules perceptions des attentes du moment.

Elle sait qu’on gouverne une Nation comme on plante un arbre : pour qu’il donne de l’ombre demain, il faut creuser aujourd’hui, arroser, patienter.

Elle sait aussi que l’on gouverne un pays non pour l’applaudissement immédiat, mais pour le socle que l’on laisse.

Cette sagesse manque cruellement à la tête de l’État. Elle exige humilité face à la complexité, écoute de ceux qu’on ne comprend pas, patience dans la réforme et lucidité dans les compromis. Elle se moque des décorations si elles n’ont été que l’ornement d’une loyauté aveugle.

L’exemplarité comme force motrice

Dans un pays où les contre-valeurs sont devenues système, l’exemplarité est une urgence stratégique. Ce que nous appelons “crise de confiance” n’est rien d’autre qu’un ras-le-bol face à l’écart entre les discours des dirigeants et leur conduite réelle.

Aucun programme, aussi bien rédigé soit-il, ne tiendra s’il n’est porté par des gens cohérents, constants, intègres.

L’exemplarité, ce n’est pas la perfection. C’est l’effort visible de faire ce qu’on dit, de ne pas s’accorder ce qu’on refuse aux autres, de vivre comme on parle, de renoncer aux avantages indus, de rendre compte, même sans y être contraint.

Dans un pays désabusé, l’exemple du sommet est le seul antidote à la résignation. Il démontre que le pouvoir peut aussi servir à élever, pas seulement à dominer.

Le Cameroun a été dirigé par beaucoup de diplômés : polytechniciens, agrégés, docteurs. Il a été géré par des hommes riches, propriétaires de fortunes opaques. Il a été façonné par des vétérans de la haute administration. Et pourtant, il demeure enlisé dans la pauvreté, la peur et le cynisme.

Redéfinir les critères de leadership

Il est temps de redéfinir les critères de légitimité. Ce ne sont ni les titres, ni les comptes bancaires, ni les anciens postes occupés qui doivent faire foi. Ce sont les actes, la cohérence, la capacité à inspirer par l’exemple et à bâtir le changement avec le peuple — et non au-dessus de lui.

Nous avons besoin de boussoles morales, pas de curriculum vitae spectaculaires.

Le Cameroun de demain ne peut se reconstruire que si ses leaders inspirent par l’éthique, par la vision, par le don de soi — non par l’illusion de compétence technique ou l’arrogance du statut social.

Nous devons chercher celles et ceux qui ont la bravoure de changer les règles, la sagesse de ne pas se croire indispensables, et l’honnêteté de servir sans s’enrichir.

Pour un pays qui se relève par la vertu partagée

L’avenir du Cameroun dépendra moins de l’intelligence des uns que de la conscience des autres. Moins de la parole des puissants que de la vigilance des citoyens.

Mais pour cela, il nous faut à la tête des femmes et des hommes dignes, sobres, constants, profondément humains. Des figures de réparation, pas de domination. Des serviteurs, pas des sauveurs.

La grandeur ne réside pas dans les diplômes affichés, ni dans les palaces fréquentés. Elle réside dans le courage de faire ce qui est juste, dans la sagesse d’écouter avant de trancher, et dans l’exemplarité de ceux qui refusent de trahir leur peuple.

Le moment est venu de choisir non ceux qui brillent, mais ceux qui élèvent. Ceux qui aiment le peuple plus qu’ils n’aiment le pouvoir.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

Un commentaire

  1. Brillante Analyse,

    Votre analyse m’a fait penser à ce que quelqu’un a dit un jour : < < l’homme politique pense aux prochaines élections et l’homme d’état aux prochaines générations >>, s’il s’avère que c’est vrai, vivement qu’on ait des hommes………….!

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