Par Franck Essi
—

Nous voilà de nouveau dans une année électorale. Une de ces années où le débat public s’échauffe, où les passions s’emballent, où les espoirs renaissent — et où, hélas, les vieux démons refont surface : le tribalisme, les haines communautaires, les querelles d’ambition, les illusions de revanche.
Mais au-delà des slogans et des alliances du moment, une question essentielle s’impose : le changement, oui. Mais quel changement ?
—
Rien ne peut s’opposer durablement au changement
65 ans. C’est le nombre d’années depuis que notre pays est enfermé dans un régime né de la décolonisation, mais resté prisonnier d’un système endocolonial et néocolonial. Un système qui a empêché des millions de Camerounais.es de réaliser leurs rêves, leurs talents, leurs projets. Un système qui a transformé l’État en obstacle à l’avenir.
Et voilà qu’on nous propose — sans honte — de reconduire pour un mandat de 7 ans un homme de 92 ans, symbole vivant de l’absurdité d’un pouvoir qui refuse de lâcher prise, même face à l’évidence.
Face à cela, le besoin de changement n’est pas une opinion : c’est une nécessité historique.
—
Le faux changement : un piège à éviter
Mais attention : ce mot si noble, si fort — « changement » — est aujourd’hui galvaudé. Tous les changements ne sont pas souhaitables, ni porteurs d’espoir véritable. Il existe des mutations trompeuses qui, loin de résoudre nos problèmes, risquent d’enraciner davantage les maux que nous combattons.
Prenons le temps de nommer ces dérives à éviter :
- Le changement de personnes sans changement des règles : Remplacer un individu à la tête de l’État sans revoir les règles du jeu institutionnel, c’est simplement mettre un nouveau conducteur dans un véhicule défaillant. Tant que la Constitution, le code électoral ou les lois sur les partis politiques restent biaisés, aucune personne, aussi bien intentionnée soit-elle, ne pourra transformer la réalité.
- Le changement de clans sans changement pour la masse : Quand un groupe d’élites prend la place d’un autre, sans transformer la logique de prédation, la majorité des citoyens continue de subir. Ce transfert de pouvoir devient alors un simple jeu de chaises musicales entre privilégiés.
- Le changement de visages sans changement de gouvernance : Une alternance d’apparence qui reconduit les mêmes pratiques autoritaires, les mêmes réseaux d’influence, les mêmes logiques clientélistes ne peut pas être qualifiée de transformation. Ce n’est qu’une répétition déguisée de l’échec.
- La revanche d’un groupe d’élites contre un autre : Lorsque le changement est motivé par l’amertume plutôt que par le projet, il débouche sur un cycle de revanche et d’exclusion. Il ne s’agit alors pas d’un progrès collectif, mais d’un règlement de comptes entre factions.
- La revanche d’une communauté contre une autre : Instrumentaliser les frustrations identitaires à des fins politiques, c’est ouvrir la voie au repli, à la violence et à l’éclatement du lien national. Le changement qui divise davantage qu’il ne rassemble est un danger pour la République.
- Le changement mimétique pour plaire à l’extérieur : Adopter des réformes cosmétiques pour satisfaire les partenaires internationaux, tout en gardant intacte la matrice du pouvoir interne, relève de la tromperie. Il ne suffit pas de mimer la démocratie : encore faut-il la vivre, la construire et l’ancrer.
—
Le vrai changement : une refondation multidimensionnelle
À l’inverse, le changement véritable ne se proclame pas, il se prépare, il s’incarne, il se construit en profondeur. Il ne consiste pas à tout démolir, mais à rebâtir sur des bases nouvelles, solides, justes et durables.
Voici les piliers sur lesquels un tel changement pourrait reposer :
- Un changement éthique : Il s’agit de replacer la justice, l’honnêteté, la vérité et l’intérêt général au cœur de l’action publique. L’exercice du pouvoir doit être réhabilité comme une mission de service et non une opportunité d’enrichissement ou de domination.
- Un changement épistémologique : Pour se libérer, un peuple doit aussi reconquérir le droit de penser par lui-même. Il nous faut valoriser nos langues, nos savoirs, nos philosophies, tout en cultivant l’esprit critique et la pluralité intellectuelle.
- Un changement démocratique : Ce changement ne se limite pas aux urnes : il implique une culture de la participation, du débat ouvert, de la reddition des comptes. Il nous faut des institutions crédibles, des libertés garanties, une société civile vivante et protégée.
- Un changement de gouvernance : Il est temps d’en finir avec l’arbitraire, la verticalité excessive et la gestion opaque. Une nouvelle gouvernance doit être transparente, inclusive, planificatrice et fondée sur la performance publique et la proximité avec les citoyens.
- Un changement civilisationnel : Le Cameroun doit retrouver une ambition à la hauteur de son histoire et de ses potentialités. Cela suppose de dépasser la survie quotidienne pour penser l’excellence, l’innovation, le rayonnement culturel et l’élévation collective.
—
Ce que cela exige des leaders politiques
Pour que ce changement devienne réalité, il doit être porté par des femmes et des hommes capables d’en être les vecteurs crédibles et exemplaires. Cela implique des responsabilités claires et des exigences fortes.
Ce que l’on attend de ceux qui aspirent à gouverner, c’est :
- Une vision claire et longue : Savoir où l’on va, et pourquoi. Inscrire son projet dans le temps long, au service d’une idée de la nation.
- Une cohérence de vie : Le discours de rupture ne vaut rien s’il est contredit par des pratiques personnelles et organisationnelles contraires.
- Un programme solide et vérifiable : Toute proposition doit être concrète, chiffrée, faisable, lisible pour le citoyen.
- Une posture d’humilité et de service : Le pouvoir n’est pas une récompense, c’est un engagement — et il doit être vécu comme tel.
—
Ce que cela demande aux militants et partis politiques
Le changement ne se décrète pas au sommet : il se cultive aussi dans les rangs des partis et des mouvements qui y aspirent. Chaque militant, chaque organisation a un rôle crucial à jouer.
Cela suppose :
- De dépasser le culte du chef : Aucune transformation n’est possible dans des structures verrouillées, où tout tourne autour d’un seul homme ou d’une seule femme.
- De pratiquer le respect et le débat : La pluralité des opinions doit être encouragée, pas combattue. L’unité se construit dans la différence, pas dans l’uniformité imposée.
- D’expérimenter l’alternative dès maintenant : La façon dont on s’organise aujourd’hui annonce la société que l’on veut demain. L’exemplarité ne commence pas au pouvoir : elle commence en chemin.
—
Ce que cela implique pour les citoyennes et citoyens
Enfin, le peuple camerounais n’est pas un spectateur passif de son histoire. Il est, et doit être, l’acteur principal du changement. Mais cela exige une réappropriation active du rôle de citoyen.
Cela suppose :
- De s’informer rigoureusement : Refuser les fake news, recouper les sources, lire entre les lignes. L’information, c’est le premier levier de l’émancipation.
- De résister aux pièges divisionnistes : Tribalisme, clientélisme, communautarisme : autant d’outils utilisés pour fragmenter la force populaire. La lucidité est une arme.
- D’agir là où l’on est : Le changement commence dans les quartiers, les marchés, les familles, les associations. Chacun peut être une goutte d’eau qui prépare la vague.
—
Mon intime conviction
Le Cameroun ne souffre pas d’un excès d’alternance, au contraire, mais bien de son absence tragique et prolongée. Depuis plus de six décennies, le pays vit sous une même architecture de pouvoir, marquée par la confiscation démocratique, l’usure institutionnelle et la déconnexion du sommet avec la base.
Mon intime conviction est la suivante :
Notre pays n’a pas besoin d’un simple changement de décor ou de casting. Il a besoin d’un basculement de fond, d’un réveil collectif, d’un projet de reconstruction nationale. D’un renouveau éthique, d’un effort de lucidité, d’une réappropriation de la souveraineté citoyenne.
Changer de président, ce n’est pas changer de destin. Le véritable changement commence dans nos têtes, dans nos pratiques, dans notre rapport au pouvoir et à l’autre. Il s’incarne dans celles et ceux qui, dès aujourd’hui, font la preuve par l’exemple qu’ils peuvent mieux faire, différemment, pour tous.
Et ce changement-là, je ne le rêve pas seul.
Avec mes camarades du mouvement Stand Up For Cameroon, nous avons cette conviction chevillée au corps :
> le changement majeur dont nous avons besoin est une transition politique démocratique, obtenue par un mouvement populaire non-violent, qui permette de refonder l’État et de réconcilier durablement les Camerounais.es.
C’est cette vision que nous portons.
C’est ce combat que nous menons.
Et c’est cette espérance que nous appelons chaque citoyen.ne à embrasser.
Maintenant. Ensemble. Résolument. Pacifiquement. Mais fermement.
Franck Essi
#CeQueJeCrois
#NousAvonsLeChoix
#NousAvonsLePouvoir
#AllumonsNosCerveaux
#EducationCitoyenne
#TransitionPolitique
Précieux Franck, du souffle énergétique et énergisant pour porter tout projet de construction de l’existence humaine que nous avons toujours voulu radieuse. Continuant de prôner les idéaux de justice et d’équité entre les humains, nous restons vigilants et toujours disposés à dire à l’autre humain : « Je suis ton semblable, je t’aime, reste avec moi ! » Ainsi parlerons nous éternellement, les méthodes et les intonations dépendant du contexte.
J’aimeJ’aime
tout ça bien détaillé ferait un excellent ouvrage littéraire, il faut vraiment tout refaire dans nos mentalités et nos perceptions et nos habitudes…..
J’aimeJ’aime
[…] CAMEROUN 2025 : LE CHANGEMENT, OUI. MAIS QUEL CHANGEMENT ? […]
J’aimeJ’aime