CAMEROUN 2025 : LE CHANGEMENT, OUI. MAIS QUEL CHANGEMENT ?

Par Franck Essi

Nous voilà de nouveau dans une année électorale. Une de ces années où le débat public s’échauffe, où les passions s’emballent, où les espoirs renaissent — et où, hélas, les vieux démons refont surface : le tribalisme, les haines communautaires, les querelles d’ambition, les illusions de revanche.

Mais au-delà des slogans et des alliances du moment, une question essentielle s’impose : le changement, oui. Mais quel changement ?

Rien ne peut s’opposer durablement au changement

65 ans. C’est le nombre d’années depuis que notre pays est enfermé dans un régime né de la décolonisation, mais resté prisonnier d’un système endocolonial et néocolonial. Un système qui a empêché des millions de Camerounais.es de réaliser leurs rêves, leurs talents, leurs projets. Un système qui a transformé l’État en obstacle à l’avenir.

Et voilà qu’on nous propose — sans honte — de reconduire pour un mandat de 7 ans un homme de 92 ans, symbole vivant de l’absurdité d’un pouvoir qui refuse de lâcher prise, même face à l’évidence.

Face à cela, le besoin de changement n’est pas une opinion : c’est une nécessité historique.

Le faux changement : un piège à éviter

Mais attention : ce mot si noble, si fort — « changement » — est aujourd’hui galvaudé. Tous les changements ne sont pas souhaitables, ni porteurs d’espoir véritable. Il existe des mutations trompeuses qui, loin de résoudre nos problèmes, risquent d’enraciner davantage les maux que nous combattons.

Prenons le temps de nommer ces dérives à éviter :

  • Le changement de personnes sans changement des règles : Remplacer un individu à la tête de l’État sans revoir les règles du jeu institutionnel, c’est simplement mettre un nouveau conducteur dans un véhicule défaillant. Tant que la Constitution, le code électoral ou les lois sur les partis politiques restent biaisés, aucune personne, aussi bien intentionnée soit-elle, ne pourra transformer la réalité.
  • Le changement de clans sans changement pour la masse : Quand un groupe d’élites prend la place d’un autre, sans transformer la logique de prédation, la majorité des citoyens continue de subir. Ce transfert de pouvoir devient alors un simple jeu de chaises musicales entre privilégiés.
  • Le changement de visages sans changement de gouvernance : Une alternance d’apparence qui reconduit les mêmes pratiques autoritaires, les mêmes réseaux d’influence, les mêmes logiques clientélistes ne peut pas être qualifiée de transformation. Ce n’est qu’une répétition déguisée de l’échec.
  • La revanche d’un groupe d’élites contre un autre : Lorsque le changement est motivé par l’amertume plutôt que par le projet, il débouche sur un cycle de revanche et d’exclusion. Il ne s’agit alors pas d’un progrès collectif, mais d’un règlement de comptes entre factions.
  • La revanche d’une communauté contre une autre : Instrumentaliser les frustrations identitaires à des fins politiques, c’est ouvrir la voie au repli, à la violence et à l’éclatement du lien national. Le changement qui divise davantage qu’il ne rassemble est un danger pour la République.
  • Le changement mimétique pour plaire à l’extérieur : Adopter des réformes cosmétiques pour satisfaire les partenaires internationaux, tout en gardant intacte la matrice du pouvoir interne, relève de la tromperie. Il ne suffit pas de mimer la démocratie : encore faut-il la vivre, la construire et l’ancrer.

Le vrai changement : une refondation multidimensionnelle

À l’inverse, le changement véritable ne se proclame pas, il se prépare, il s’incarne, il se construit en profondeur. Il ne consiste pas à tout démolir, mais à rebâtir sur des bases nouvelles, solides, justes et durables.

Voici les piliers sur lesquels un tel changement pourrait reposer :

  • Un changement éthique : Il s’agit de replacer la justice, l’honnêteté, la vérité et l’intérêt général au cœur de l’action publique. L’exercice du pouvoir doit être réhabilité comme une mission de service et non une opportunité d’enrichissement ou de domination.
  • Un changement épistémologique : Pour se libérer, un peuple doit aussi reconquérir le droit de penser par lui-même. Il nous faut valoriser nos langues, nos savoirs, nos philosophies, tout en cultivant l’esprit critique et la pluralité intellectuelle.
  • Un changement démocratique : Ce changement ne se limite pas aux urnes : il implique une culture de la participation, du débat ouvert, de la reddition des comptes. Il nous faut des institutions crédibles, des libertés garanties, une société civile vivante et protégée.
  • Un changement de gouvernance : Il est temps d’en finir avec l’arbitraire, la verticalité excessive et la gestion opaque. Une nouvelle gouvernance doit être transparente, inclusive, planificatrice et fondée sur la performance publique et la proximité avec les citoyens.
  • Un changement civilisationnel : Le Cameroun doit retrouver une ambition à la hauteur de son histoire et de ses potentialités. Cela suppose de dépasser la survie quotidienne pour penser l’excellence, l’innovation, le rayonnement culturel et l’élévation collective.

Ce que cela exige des leaders politiques

Pour que ce changement devienne réalité, il doit être porté par des femmes et des hommes capables d’en être les vecteurs crédibles et exemplaires. Cela implique des responsabilités claires et des exigences fortes.

Ce que l’on attend de ceux qui aspirent à gouverner, c’est :

  • Une vision claire et longue : Savoir où l’on va, et pourquoi. Inscrire son projet dans le temps long, au service d’une idée de la nation.
  • Une cohérence de vie : Le discours de rupture ne vaut rien s’il est contredit par des pratiques personnelles et organisationnelles contraires.
  • Un programme solide et vérifiable : Toute proposition doit être concrète, chiffrée, faisable, lisible pour le citoyen.
  • Une posture d’humilité et de service : Le pouvoir n’est pas une récompense, c’est un engagement — et il doit être vécu comme tel.

Ce que cela demande aux militants et partis politiques

Le changement ne se décrète pas au sommet : il se cultive aussi dans les rangs des partis et des mouvements qui y aspirent. Chaque militant, chaque organisation a un rôle crucial à jouer.

Cela suppose :

  • De dépasser le culte du chef : Aucune transformation n’est possible dans des structures verrouillées, où tout tourne autour d’un seul homme ou d’une seule femme.
  • De pratiquer le respect et le débat : La pluralité des opinions doit être encouragée, pas combattue. L’unité se construit dans la différence, pas dans l’uniformité imposée.
  • D’expérimenter l’alternative dès maintenant : La façon dont on s’organise aujourd’hui annonce la société que l’on veut demain. L’exemplarité ne commence pas au pouvoir : elle commence en chemin.

Ce que cela implique pour les citoyennes et citoyens

Enfin, le peuple camerounais n’est pas un spectateur passif de son histoire. Il est, et doit être, l’acteur principal du changement. Mais cela exige une réappropriation active du rôle de citoyen.

Cela suppose :

  • De s’informer rigoureusement : Refuser les fake news, recouper les sources, lire entre les lignes. L’information, c’est le premier levier de l’émancipation.
  • De résister aux pièges divisionnistes : Tribalisme, clientélisme, communautarisme : autant d’outils utilisés pour fragmenter la force populaire. La lucidité est une arme.
  • D’agir là où l’on est : Le changement commence dans les quartiers, les marchés, les familles, les associations. Chacun peut être une goutte d’eau qui prépare la vague.

Mon intime conviction

Le Cameroun ne souffre pas d’un excès d’alternance, au contraire, mais bien de son absence tragique et prolongée. Depuis plus de six décennies, le pays vit sous une même architecture de pouvoir, marquée par la confiscation démocratique, l’usure institutionnelle et la déconnexion du sommet avec la base.

Mon intime conviction est la suivante :

Notre pays n’a pas besoin d’un simple changement de décor ou de casting. Il a besoin d’un basculement de fond, d’un réveil collectif, d’un projet de reconstruction nationale. D’un renouveau éthique, d’un effort de lucidité, d’une réappropriation de la souveraineté citoyenne.

Changer de président, ce n’est pas changer de destin. Le véritable changement commence dans nos têtes, dans nos pratiques, dans notre rapport au pouvoir et à l’autre. Il s’incarne dans celles et ceux qui, dès aujourd’hui, font la preuve par l’exemple qu’ils peuvent mieux faire, différemment, pour tous.

Et ce changement-là, je ne le rêve pas seul.

Avec mes camarades du mouvement Stand Up For Cameroon, nous avons cette conviction chevillée au corps :

> le changement majeur dont nous avons besoin est une transition politique démocratique, obtenue par un mouvement populaire non-violent, qui permette de refonder l’État et de réconcilier durablement les Camerounais.es.

C’est cette vision que nous portons.

C’est ce combat que nous menons.

Et c’est cette espérance que nous appelons chaque citoyen.ne à embrasser.

Maintenant. Ensemble. Résolument. Pacifiquement. Mais fermement.

Franck Essi

#CeQueJeCrois

#NousAvonsLeChoix

#NousAvonsLePouvoir

#AllumonsNosCerveaux

#EducationCitoyenne

#TransitionPolitique

Avatar de Franck Essi

Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

3 commentaires

  1. Précieux Franck, du souffle énergétique et énergisant pour porter tout projet de construction de l’existence humaine que nous avons toujours voulu radieuse. Continuant de prôner les idéaux de justice et d’équité entre les humains, nous restons vigilants et toujours disposés à dire à l’autre humain : « Je suis ton semblable, je t’aime, reste avec moi !  » Ainsi parlerons nous éternellement, les méthodes et les intonations dépendant du contexte.

    J’aime

  2. tout ça bien détaillé ferait un excellent ouvrage littéraire, il faut vraiment tout refaire dans nos mentalités et nos perceptions et nos habitudes…..

    J’aime

Répondre à Chuindem Kamdem Marie Madeleine Annuler la réponse.