La résistance des systèmes usés : comprendre l’inertie pour ne pas abandonner

Dans notre quête de transformation, nous commettons souvent une erreur : croire qu’un système corrompu, inefficace ou opaque est simplement un système “malade” qui attend d’être guéri.

C’est une illusion.

Un système usé n’est pas passif.
C’est un organisme vivant, doté d’une intelligence de survie. Il développe ses propres anticorps pour neutraliser le changement.

Comprendre cette résistance n’est pas du fatalisme.
C’est une nécessité stratégique pour durer.

1. Le désordre apparent est souvent un ordre organisé

Pour beaucoup de jeunes citoyens, les dysfonctionnements semblent absurdes :

Pourquoi l’administration est-elle si lente ?
Pourquoi le mérite n’est-il pas la règle ?
Pourquoi le favoritisme persiste-t-il alors qu’il détruit le pays ?

La réponse est brutale :
ce désordre profite à certains.

🔹 Là où la règle est floue, le pouvoir devient une marchandise.
🔹 Là où les procédures sont opaques, certains peuvent monnayer l’accès, l’accélération ou la décision.
🔹 Là où le mérite menace les positions acquises, le système préfère souvent la loyauté de l’incompétent à l’imprévisibilité du talentueux.

Quand vous exigez la transparence, la rigueur ou la ponctualité, vous ne proposez pas seulement une amélioration technique.

Vous menacez une économie du désordre.

C’est pourquoi la résistance est souvent agressive, sournoise et organisée.

2. Parfois, les victimes défendent elles-mêmes le système

Le plus déroutant, c’est que la résistance ne vient pas seulement d’en haut.

Elle vient aussi parfois de ceux qui souffrent du système.

Pourquoi ?

🔹 Parce qu’un mauvais système peut malgré tout sembler prévisible.
🔹 Parce que le changement fait peur.
🔹 Parce que beaucoup ont appris à survivre dans le désordre.
🔹 Parce que la phrase “on a toujours fait comme ça” finit par endormir la conscience.

Le système remporte sa plus grande victoire lorsqu’il convainc les jeunes que :

“Tout le monde est pareil.”
“Rien ne changera jamais.”
“Il vaut mieux s’adapter que résister.”

Mais ce cynisme n’est pas de la lucidité.

C’est la victoire psychologique du statu quo.

3. Le vieux système a ses méthodes pour vous décourager

Tout jeune engagé doit apprendre à reconnaître ces méthodes :

🔸 La moquerie
On vous traitera de naïf, d’idéaliste, de donneur de leçons. Le but est de vous faire douter de vous-même.

🔸 L’isolement
On essaiera de vous faire croire que vous êtes seul, bizarre ou excessif. Le but est de vous couper des autres.

🔸 La cooptation
Si vous devenez influent, on vous proposera une place, un avantage, un compromis. Le but est de transformer votre engagement collectif en confort individuel.

🔸 L’usure
Le système vous sourit, vous écoute, vous promet… puis ne fait rien. Le but est d’épuiser votre énergie par l’attente.

C’est la stratégie du mur de coton :
on ne vous combat pas toujours frontalement, on vous absorbe lentement.

4. La vraie réponse : développer une endurance stratégique

Le changement ne demande pas seulement du courage.

Il demande de l’intelligence, de la méthode et de la constance.

La constance n’est pas l’obstination aveugle.

Ce n’est pas taper sa tête contre un mur jusqu’à se briser.

C’est continuer à vouloir traverser le mur, mais en cherchant les fissures, les leviers, les alliances et les chemins possibles.

Pour tenir dans la durée, il faut :

Créer des îlots de rechange
Cela veut dire construire, même à petite échelle, des espaces où les règles que nous voulons pour demain sont déjà appliquées aujourd’hui.

Par exemple : dans une association, on peut décider que les comptes seront transparents, que les réunions commenceront à l’heure, que les responsabilités seront attribuées selon le mérite, et non selon les affinités.

Un petit groupe bien organisé peut devenir la preuve vivante qu’un autre fonctionnement est possible.

Appliquer les règles de demain dans nos propres organisations
On ne peut pas dénoncer le désordre dans le pays et reproduire le même désordre dans nos groupes, nos partis, nos associations ou nos entreprises.

Le changement commence par la cohérence.

Par exemple : respecter la parole donnée, rendre compte de l’argent reçu, écouter les avis différents, préparer les réunions, respecter les délais.

Si nous voulons un pays plus juste, plus sérieux et plus efficace, nous devons déjà pratiquer la justice, le sérieux et l’efficacité là où nous avons une responsabilité.

Démontrer par les résultats qu’un autre modèle est possible
Les discours seuls ne suffisent pas. Les gens croient davantage ce qu’ils voient fonctionner.

Si une jeune équipe montre qu’elle peut organiser une activité proprement, gérer un projet avec sérieux, mobiliser des citoyens sans manipulation, ou résoudre un problème local avec peu de moyens, elle devient un exemple.

Le résultat est un argument plus fort que le slogan.

Accepter les petites victoires
Beaucoup abandonnent parce qu’ils veulent tout changer immédiatement.

Mais dans les systèmes bloqués, chaque progrès compte.

Faire adopter une bonne pratique dans une association, convaincre dix personnes de penser autrement, obtenir plus de transparence dans une petite procédure, former quelques jeunes à l’esprit critique : ce sont déjà des victoires.

Une petite victoire n’est pas une petite chose.
C’est une graine.

Comprendre qu’un millimètre gagné peut compter dans une longue bataille
Le changement profond avance souvent lentement.

Il ressemble parfois à une pierre qu’on frappe longtemps sans voir de fissure. Puis, un jour, elle se fend.

Ce n’est pas seulement le dernier coup qui l’a brisée. Ce sont tous les coups précédents.

De la même manière, chaque réunion, chaque texte, chaque formation, chaque action citoyenne, chaque conversation utile prépare le terrain.

Rien n’est perdu quand cela construit la conscience, l’organisation et la confiance.

Ne renonçons pas parce que c’est lent.
Ne renonçons pas parce que les blocages sont immenses.
Ne renonçons pas parce que le vieux système résiste.

Les systèmes usés finissent toujours par s’effondrer sous le poids de leurs contradictions.

Notre rôle n’est pas de les supplier de changer.

Notre rôle est d’être prêts, outillés, constants et organisés pour bâtir autre chose.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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