Grandir en leadership à l’ère du bruit : apprendre à réfléchir avant de réagir

Par Franck Essi

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Nous vivons, à mon avis, dans une époque où l’on valorise souvent la réaction rapide plus que la réflexion profonde.

Tout va vite. Les réseaux sociaux accélèrent :

  • les opinions ;
  • les polémiques ;
  • les indignations ;
  • les jugements ;
  • les accusations.

Parfois, une courte vidéo, une phrase sortie de son contexte ou une rumeur bien présentée suffit à déclencher une tempête.

Dans un tel environnement, je crois que beaucoup finissent par penser qu’être leader, c’est parler vite, frapper fort, provoquer l’émotion et occuper l’espace.

Mais, à mon sens, ce n’est pas cela le vrai leadership.

Je pense que le vrai leadership commence d’abord par la qualité de la pensée.

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1. Être visible ne suffit pas pour être leader

On peut être populaire, très suivi, très commenté… et pourtant manquer de profondeur.

À mon avis, le problème n’est pas la visibilité en elle-même. Un leader doit parfois prendre la parole, convaincre, mobiliser ou alerter. Le vrai danger, selon moi, c’est la visibilité sans discernement.

La visibilité sans discernement peut donner l’illusion du leadership, sans en porter la profondeur.

Sans profondeur, on finit facilement par confondre :

  • le bruit avec l’impact ;
  • l’urgence avec l’importance ;
  • l’agitation avec l’action ;
  • la popularité avec l’utilité ;
  • l’émotion avec la stratégie.

Dans une organisation, par exemple, lorsqu’une équipe ne respecte pas les délais, un responsable superficiel cherchera immédiatement un coupable.

Un leader plus lucide, lui, cherchera d’abord à comprendre :

  • les rôles étaient-ils clairs ?
  • les priorités étaient-elles bien comprises ?
  • les délais étaient-ils réalistes ?
  • les moyens étaient-ils disponibles ?
  • le suivi a-t-il été fait correctement ?

Dans le premier cas, on réagit.

Dans le second, on dirige.

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2. Penser profondément ne veut pas dire refuser d’agir

Certains diront : « Le monde est dur. Il faut aller vite. Les gens suivent ceux qui parlent fort. »

Et je pense qu’il y a une part de vérité dans cette remarque.

Oui, notre époque récompense souvent :

  • les slogans ;
  • les postures ;
  • les réactions immédiates ;
  • les prises de parole fortes ;
  • les émotions visibles.

Oui, l’émotion mobilise souvent plus vite que l’analyse.

Mais je crois aussi que ce qui produit un effet rapide ne construit pas forcément quelque chose de durable.

Un slogan peut réveiller les consciences, mais il ne remplace pas une stratégie.

Un cri peut attirer l’attention, mais il ne construit pas une solution.

Réfléchir profondément, à mon avis, ce n’est donc pas fuir l’action. C’est refuser d’agir à l’aveugle.

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3. La profondeur rend l’action plus juste

Stephen Covey rappelait que les personnes vraiment efficaces ne vivent pas seulement dans la réaction. Elles apprennent à choisir leur réponse.

Prenons l’exemple d’une famille. Un enfant devient difficile. Le premier réflexe peut être de crier, de punir ou de réagir sous le coup de l’émotion.

Mais je pense qu’un parent qui prend du recul peut se poser d’autres questions :

  • est-ce vraiment un problème de discipline ?
  • est-ce un besoin d’attention ?
  • est-ce de la fatigue ?
  • est-ce une mauvaise habitude ?
  • est-ce un malaise que l’enfant n’arrive pas encore à exprimer ?

Dans un mouvement citoyen, la colère peut réveiller les gens. Elle peut créer un déclic. Mais, à mon sens, pour durer, il faut plus que de la colère.

Il faut notamment :

  • une vision claire ;
  • une organisation sérieuse ;
  • des responsabilités bien définies ;
  • une formation des membres ;
  • une capacité à gérer les désaccords ;
  • une discipline collective.

L’émotion peut ouvrir une brèche.

Mais je crois que seule la lucidité permet de tracer un chemin.

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4. Une discipline simple : réfléchir avant de répondre

La profondeur de pensée n’est pas, selon moi, une qualité abstraite réservée à quelques personnes. Elle peut devenir une discipline de tous les jours.

Avant de parler, de publier, de décider ou de réagir, je pense qu’un leader peut prendre un instant pour se poser quelques questions simples :

  • Quel est le vrai problème ?
  • Quelles sont les causes profondes ?
  • Qu’est-ce qui est vraiment important, au-delà de ce qui paraît urgent ?
  • Quelles peuvent être les conséquences de ma réponse ?
  • Quelle action sert le mieux la mission ?

À mon avis, ces questions ne ralentissent pas le leadership.

Elles le rendent plus sain.

Elles évitent de répondre par ego quand il faut répondre par responsabilité. Elles évitent de chercher un effet immédiat quand il faut construire un impact durable.

Le leadership ne consiste pas seulement à répondre vite, mais à répondre juste.

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5. La lucidité se cultive

Le leadership n’est pas seulement une affaire de charisme. Je crois que c’est aussi une affaire de lucidité.

Et la lucidité se travaille.

Elle se développe :

  • en lisant, pour sortir de ses certitudes ;
  • en observant, pour comprendre le réel avant de le juger ;
  • en questionnant, pour ne pas avaler trop vite les évidences ;
  • en confrontant ses idées, pour éviter de s’enfermer ;
  • en acceptant la critique, pour corriger ses angles morts ;
  • en apprenant de ses erreurs, pour transformer l’expérience en sagesse ;
  • en prenant du recul, pour ne pas devenir prisonnier de l’émotion du moment.

À mon avis, un leader qui ne lit pas, n’écoute pas, ne doute jamais et pense toujours avoir raison peut devenir dangereux, pour lui-même comme pour les autres.

À l’inverse, je pense que celui qui développe sa pensée devient moins manipulable.

Il décide mieux.

Il sert mieux.

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Mon intime conviction : penser pour mieux servir

À mon avis, grandir en leadership aujourd’hui, ce n’est pas seulement prendre la parole ou gagner en visibilité.

C’est élever son niveau de réflexion pour mieux comprendre, mieux décider et mieux servir.

Dans un monde saturé de bruit, de slogans, de polémiques et de réactions immédiates, je crois que penser profondément n’est pas une faiblesse.

C’est une force.

Car le bruit peut attirer l’attention.

Mais, selon moi, seule la profondeur construit la confiance.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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