Quand les longs règnes prennent fin

Ce que les expériences africaines devraient apprendre aux forces du changement au Cameroun

Par Franck Essi

Pendant des années, parler de l’après-Biya au Cameroun pouvait passer pour un exercice de spéculation. Paul Biya était là. Le régime tenait. Les institutions continuaient à fonctionner. Les élections se succédaient. Et chaque fois que certains annonçaient une fin de règne imminente, le système démontrait une nouvelle fois sa capacité à durer.

La situation est aujourd’hui différente. Paul Biya est toujours président de la République. Il a été proclamé vainqueur de l’élection présidentielle d’octobre 2025 et a commencé un nouveau mandat de sept ans. Le régime conserve l’essentiel des instruments institutionnels, administratifs et sécuritaires du pouvoir. Rien ne permet donc d’affirmer sérieusement que sa chute serait imminente. Pourtant, la question de l’après est devenue difficile à éviter.

La présidentielle contestée de 2025, le rejet de la candidature de plusieurs candidats importants de l’opposition du scrutin, les violences qui ont suivi la proclamation des résultats, la révision constitutionnelle d’avril 2026 réintroduisant la fonction de vice-président et, surtout, la longue absence de Paul Biya entre le 7 juin et le 20 août 2026 ont replacé au centre du débat une question que le système a longtemps réussi à maintenir dans le flou : celle de la succession. Son retour à Yaoundé a mis fin aux spéculations sur son absence, mais il n’a pas supprimé la question politique qu’elle avait révélée : que devient un État lorsque trop de décisions, d’arbitrages et de pouvoirs dépendent encore d’un seul homme ?

Je ne sais pas quand ni comment le régime actuel prendra fin. Je me méfie des prédictions trop certaines, surtout au Cameroun où nous avons entendu depuis longtemps tellement d’annonces de la chute prochaine du pouvoir. Mais la prudence ne doit pas devenir une excuse pour ne pas réfléchir. Car la vraie question n’est peut-être déjà plus seulement de savoir qui viendra après Paul Biya. Elle est de savoir ce qui viendra après le système que son long règne a contribué à façonner.

Les deux questions sont profondément différentes. Et c’est ici que les expériences d’autres pays africains peuvent nous être utiles. Non pas parce que l’Algérie, le Zimbabwe, le Burkina Faso, le Soudan ou le Gabon nous donneraient une recette pour le Cameroun. Chaque pays a son histoire, ses institutions, ses rapports de force et ses blessures. Mais ces expériences nous permettent de voir plus clairement certains pièges que nous pourrions autrement découvrir trop tard.

Le premier piège : croire que le départ du chef signifie la fin du système

Nous imaginons facilement le changement politique comme le remplacement d’un camp par un autre. Il y aurait, d’un côté, ceux qui gouvernent et, de l’autre, ceux qui veulent le changement. Puis viendrait le jour où les seconds remplaceraient les premiers.

L’histoire des transitions politiques est beaucoup moins simple. Les travaux comparatifs de Barbara Geddes, Joseph Wright et Erica Frantz (Autocratic Breakdown and Regime Transitions: A New Data Set ; How Dictatorships Work: Power, Personalization, and Collapse) montrent que la disparition d’une autocratie ouvre plusieurs chemins possibles. Elle peut déboucher sur une démocratie, mais elle peut aussi permettre à une autre coalition autoritaire de prendre le pouvoir ou à l’ancien système de se réorganiser autour d’un nouveau dirigeant.

Faire partir un dirigeant, changer un régime et refonder un État sont donc trois choses différentes.

Le Zimbabwe nous en donne une illustration particulièrement claire. Robert Mugabe avait gouverné pendant trente-sept ans et résisté aux crises économiques, aux sanctions, aux élections contestées et à une opposition durable. Pourtant, sa chute ne vint pas principalement de cette opposition. Elle vint d’une fracture au cœur de son propre camp, lorsque la bataille de succession opposa les partisans d’Emmerson Mnangagwa à ceux de Grace Mugabe. L’armée intervint, le parti au pouvoir abandonna Mugabe et celui-ci finit par démissionner. Mais la ZANU-PF resta au pouvoir.

Cette expérience devrait nous rendre prudents lorsque nous observons les éventuelles fractures au sommet du pouvoir camerounais. Une division interne peut créer une ouverture, mais ceux qui rompent avec un régime ne le font pas nécessairement pour les mêmes raisons. Certains peuvent vouloir transformer le système. D’autres peuvent simplement vouloir le contrôler à leur tour. Une crise de succession peut affaiblir un régime sans produire le changement démocratique.

Le deuxième piège : confondre apparence de solidité et solidité réelle

Les longs régimes ont une caractéristique particulière : parce qu’ils ont survécu à plusieurs crises, nous finissons parfois par croire qu’ils survivront à toutes. L’Algérie d’Abdelaziz Bouteflika devrait nous rendre plus prudents.

Après son accident vasculaire cérébral de 2013, Bouteflika apparut de moins en moins en public. Pourtant, l’État continuait officiellement à fonctionner. Les ministres gouvernaient, l’administration tournait et les institutions donnaient l’apparence de la continuité. Mais progressivement, une autre question s’installait : qui gouverne réellement ? Lorsque sa candidature à un cinquième mandat fut annoncée en 2019, une immense mobilisation populaire se développa. Le Hirak, combiné au retrait progressif du soutien de l’armée, finit par conduire au départ du président.

Mais là encore, les manifestants découvrirent quelque chose d’important : faire partir Bouteflika était plus facile que transformer le système politique qui l’avait porté.

Je ne prétends évidemment pas que Paul Biya est Abdelaziz Bouteflika ni que le Cameroun suivra le chemin de l’Algérie. Mais la longue absence présidentielle de 2026 a rendu visible une question que nous devrions traiter indépendamment de la personne ou de la santé du président : pourquoi la continuité de notre État dépend-elle encore autant de la présence et de la capacité d’arbitrage d’un seul homme ?

Cette question est institutionnelle avant d’être personnelle. Elle touche au cœur de ce que devrait signifier la refondation : construire des institutions capables de fonctionner normalement indépendamment de celui ou de celle qui les dirige.

Le troisième piège : attendre l’événement qui changera tout

Il existe une autre tentation que je crois reconnaître dans les forces du changement auxquelles j’appartiens : attendre l’événement décisif. Lorsque le rapport de force paraît profondément déséquilibré, nous espérons naturellement qu’un événement extérieur viendra le modifier.

Nous attendons parfois :

  • une élection qui ouvrirait enfin le jeu ;
  • une immense mobilisation populaire ;
  • une vacance du pouvoir ;
  • une division au sommet ;
  • un scandale de trop ;
  • ou une décision qui ferait basculer une partie décisive de la société.

Cela peut arriver. Mais le Burkina Faso nous rappelle que l’étincelle ne remplace jamais le combustible.

La tentative de Blaise Compaoré de modifier la Constitution pour prolonger son règne de vingt-sept ans fut l’événement déclencheur de l’insurrection de 2014. En quelques jours, son pouvoir s’effondra. Mais ces quelques jours avaient été préparés par plusieurs années de mobilisations sociales, d’opposition politique, d’organisation citoyenne, de mouvements de jeunesse, d’action du Balai citoyen et de fractures au sein même du pouvoir.

Vu de loin, un régime était tombé en quelques jours. Vu de plus près, une société avait accumulé pendant des années les conditions qui avaient rendu ces quelques jours possibles.

Cette distinction me paraît fondamentale pour le Cameroun. Une crise peut ouvrir une fenêtre. Mais elle ne construira pas à notre place :

  • les organisations que nous n’avons pas consolidées ;
  • les alliances que nous n’avons pas construites ;
  • l’implantation territoriale que nous avons négligée ;
  • les cadres que nous n’avons pas formés ;
  • les réponses que nous n’avons pas préparées ;
  • la confiance que nous n’avons pas créée.

Une crise ne fabrique pas soudainement une force de changement. Elle révèle ce que cette force avait construit avant la crise.

La question devient alors différente. Au lieu de nous demander seulement ce qui pourrait faire tomber le régime, nous devrions peut-être nous demander : que serions-nous réellement capables de faire si une ouverture politique majeure se produisait demain ?

Le quatrième piège : croire que le vide politique appartient naturellement aux démocrates

Le Soudan et le Gabon nous enseignent une autre réalité, peut-être plus inconfortable encore : le vide politique ne reste jamais vide longtemps. Lorsque l’ancien équilibre se brise, ceux qui disposent déjà d’une organisation, d’une chaîne de commandement, de ressources, d’informations et d’une capacité à prendre rapidement des décisions possèdent un avantage considérable.

Au Soudan, les importantes mobilisations populaires de 2019 contribuèrent à la chute d’Omar el-Béchir après près de trente années au pouvoir. Mais l’armée qui avait accepté de sacrifier le président n’avait pas pour autant renoncé à son propre rôle politique. La difficile transition civilo-militaire fut interrompue par le coup d’État de 2021, puis les rivalités entre appareils armés débouchèrent en 2023 sur une guerre dévastatrice.

Au Gabon, en août 2023, une partie importante de la population accueillit avec soulagement la fin du pouvoir d’Ali Bongo et, avec elle, plus d’un demi-siècle de domination familiale. Mais les acteurs qui prirent immédiatement le contrôle de la transition venaient du cœur même de l’appareil sécuritaire.

Ces deux situations sont différentes. Elles nous rappellent néanmoins une même chose : ceux qui ont le plus souffert d’un système ne sont pas automatiquement ceux qui seront les mieux placés pour organiser ce qui vient après lui.

C’est pourquoi je crois que nous devons éviter deux simplifications concernant les forces de défense et de sécurité au Cameroun :

  • les considérer comme un bloc ennemi serait une erreur : policiers, gendarmes et militaires sont aussi des citoyens, ont des familles et vivent les difficultés du pays ;
  • attendre d’eux qu’ils deviennent les sauveurs politiques de la nation serait une autre erreur.

Pour ma part, je ne souhaite pas voir un pouvoir personnel civil remplacé par un pouvoir personnel militaire. Nous devons préserver l’État et ses forces de sécurité sans faire des armes le fondement de la légitimité politique.

Le Cameroun a aussi ses propres fragilités

Comparer peut nous aider à réfléchir. Comparer ne doit jamais nous faire oublier ce qui nous est propre.

Le Cameroun est un pays profondément divers, bilingue et marqué par deux héritages coloniaux. Il connaît depuis près d’une décennie une crise armée dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. L’Extrême-Nord reste confronté à des défis sécuritaires importants. Les inégalités territoriales demeurent fortes. Et notre vie politique est régulièrement traversée par des discours qui mobilisent l’ethnie, la région, l’autochtonie et l’appartenance.

Les travaux de Francis Nyamnjoh (Africa’s Media, Democracy and the Politics of Belonging ; avec Michael Rowlands, « Elite Associations and the Politics of Belonging in Cameroon ») nous rappellent à quel point ces questions peuvent fragiliser la citoyenneté. Dans une période de transition, elles pourraient devenir plus dangereuses encore.

La compétition pour le pouvoir pourrait rapidement se transformer en une série de questions explosives : quelle région doit gouverner ? Quelle communauté doit « prendre son tour » ? Qui doit payer pour les injustices du passé ? Qui peut légitimement parler au nom de qui ? La refondation du Cameroun ne peut donc pas être la victoire d’une partie du pays sur une autre. Elle ne peut pas être la revanche d’une communauté, d’une région ou d’un camp. Elle doit créer les conditions permettant à chacun de se reconnaître dans un nouvel ordre politique.

La crise anglophone devrait également nous servir d’avertissement. Piet Konings et Francis Nyamnjoh (« The Anglophone Problem in Cameroon » ; Negotiating an Anglophone Identity) avaient documenté, bien avant 2016, les frustrations liées à la centralisation, à la représentation et au sentiment de marginalisation. Nous savons aujourd’hui ce qu’il peut coûter de laisser pendant trop longtemps un problème politique sans réponse politique.

Enfin, nous devons prendre au sérieux la remarquable capacité d’adaptation du système camerounais. Fabien Eboussi Boulaga (La démocratie de transit au Cameroun), Luc Sindjoun (Comment peut-on être opposant au Cameroun ?), Joseph Takougang et Milton Krieger (African State and Society in the 1990s: Cameroon’s Political Crossroads) ont, chacun à leur manière, montré comment le régime a traversé l’extraordinaire poussée démocratique du début des années 1990.

Le multipartisme a été rétabli, des libertés ont été conquises, l’opposition a remporté des villes et des sièges et une immense espérance démocratique a traversé le pays. Mais le système a survécu. Il a cédé sur certaines choses, absorbé certaines demandes, recomposé ses alliances et préservé l’essentiel de son contrôle.

Nous devons donc éviter deux erreurs : croire que le régime est éternel et croire que son affaiblissement suffira à produire la démocratie.

Nos adversaires expliquent une partie de nos faiblesses. Pas tout.

Nous ne pouvons pas comprendre la faiblesse actuelle des forces du changement sans regarder le terrain sur lequel elles agissent. Les règles institutionnelles sont profondément asymétriques. Les ressources publiques et administratives favorisent massivement le pouvoir. Le rejet de la candidature de certains candidats à la présidentielle de 2025 a encore montré l’importance des institutions dans la définition de la compétition politique. Les violences et arrestations qui ont suivi le scrutin ont rappelé le coût que peut prendre la contestation.

Tout cela est réel. Mais une autre chose peut être vraie en même temps. Parce que nous faisons partie des forces qui veulent changer ce système, nous devons aussi regarder ce qui dépend de nous.

Nous avons parfois :

  • trop personnalisé nos luttes, en donnant aux individus une importance que devraient avoir les organisations et les institutions ;
  • trop attendu des élections, comme si elles pouvaient créer à elles seules le rapport de force nécessaire ;
  • confondu visibilité et implantation, notamment lorsque l’activité sur les réseaux sociaux nous donne une perception exagérée de notre présence réelle dans la société ;
  • mieux préparé la contestation que l’après, en sachant souvent plus précisément ce que nous refusons que ce que nous ferions dans les premières semaines d’une transition.

Reconnaître ces faiblesses ne signifie pas minimiser les responsabilités du pouvoir. Le terrain peut être injuste et notre stratégie perfectible. Le pouvoir peut disposer de moyens disproportionnés et nous pouvons mieux utiliser ceux dont nous disposons. La répression peut expliquer une partie de nos difficultés et nous pouvons malgré tout renforcer notre organisation.

Cette distinction est importante parce qu’elle nous ramène vers l’espace sur lequel nous avons encore du pouvoir.

Nous n’avons peut-être pas encore le rapport de force. Mais nous pouvons le construire.

Aujourd’hui, les forces qui souhaitent une véritable refondation ne contrôlent ni l’État, ni les principales institutions, ni les ressources publiques, ni les moyens coercitifs. Il faut le reconnaître.

Mais le rapport de force n’est pas uniquement militaire ou institutionnel. Il peut aussi être :

  • social, lorsque des citoyens de plus en plus nombreux partagent une même exigence ;
  • organisationnel, lorsque des structures dispersées apprennent à agir ensemble ;
  • territorial, lorsque le projet existe réellement au-delà de Yaoundé, Douala et des réseaux sociaux ;
  • politique, lorsque les forces du changement deviennent suffisamment crédibles pour qu’aucune solution durable ne puisse les contourner ;
  • technique, lorsqu’elles démontrent qu’elles savent non seulement dénoncer, mais aussi proposer et gouverner.

Le rapport de force n’arrive pas toujours avant le travail. Il peut être le résultat du travail.

C’est probablement là que se trouve aujourd’hui une partie essentielle de notre responsabilité.

Préparer l’après sans prétendre prédire comment il arrivera

Nous ne savons pas comment s’ouvrira une éventuelle transition. Elle peut venir d’une succession constitutionnelle, d’une vacance, d’une fracture interne, d’une mobilisation populaire, d’une nouvelle crise électorale, d’une négociation ou même d’une intervention militaire. Elle peut aussi naître d’une combinaison de plusieurs de ces facteurs.

Nous ne contrôlons pas entièrement le scénario. Mais nous pouvons préparer nos réponses.

Nous pouvons notamment clarifier :

  • ce que signifie concrètement la refondation de l’État, de la Nation et de la gouvernance ;
  • l’architecture, la durée et les limites d’une éventuelle transition ;
  • la continuité de l’administration et des services publics ;
  • la place des territoires dans le nouvel ordre institutionnel ;
  • la réponse politique actualisée à la crise anglophone ;
  • les garanties offertes aux fonctionnaires et aux forces de défense et de sécurité ;
  • les mécanismes de vérité, de justice, de réparation et de réconciliation ;
  • les garanties empêchant la confiscation de la transition ;
  • les conditions d’un retour à un ordre constitutionnel démocratique et durable.

Préparer ces réponses aujourd’hui ne signifie pas annoncer que la transition commence demain. Cela signifie refuser de l’improviser lorsqu’elle commencera.

Le changement doit aussi rassurer

C’est une dimension que nous sous-estimons parfois. Beaucoup de Camerounais peuvent vouloir le changement et en avoir peur en même temps. Ce n’est pas contradictoire.

Un fonctionnaire peut être mécontent du système et craindre une purge. Un militaire peut souhaiter une meilleure gouvernance et s’interroger sur son avenir. Un entrepreneur peut vouloir davantage d’État de droit et redouter plusieurs mois d’instabilité. Une communauté peut souhaiter l’alternance et craindre qu’une autre utilise la transition pour prendre sa revanche. Un citoyen peut vouloir profondément le changement et préférer malgré tout une mauvaise stabilité à un avenir qu’il perçoit comme totalement imprévisible.

Ces peurs existent. Nous pouvons les juger excessives, mais nous ne pouvons pas faire comme si elles n’existaient pas. Une force de changement crédible ne doit donc pas seulement mobiliser ceux qui veulent déjà le changement. Elle doit aussi rassurer ceux qui en ont peur.

Cela suppose de dire clairement qu’une refondation ne peut être ni une purge générale, ni une revanche communautaire, ni une chasse aux anciens responsables, ni une confiscation militaire. Mais rassurer ne signifie pas organiser l’impunité. Les violations graves des droits humains, les crimes et les détournements importants doivent pouvoir être établis et traités selon des règles justes.

Ni vengeance collective, ni impunité générale. Cet équilibre sera difficile. C’est précisément pourquoi nous devons y réfléchir avant la crise.

Ce que je crois

Je ne sais pas quand le régime actuel prendra fin. Je ne sais pas davantage comment. Et je crois que nous devons nous méfier de tous ceux qui transforment chaque absence, chaque rumeur, chaque difficulté ou chaque conflit interne au pouvoir en annonce d’une chute imminente.

Mais la prudence ne doit pas devenir de l’attentisme. Nous pouvons ne pas savoir quand la fenêtre s’ouvrira et travailler sérieusement sur ce que nous ferons si elle s’ouvre.

Pour ma part, je crois que le Cameroun a besoin d’une transition civile, inclusive, non violente et réellement refondatrice. Une transition qui préserve l’État mais transforme profondément son fonctionnement ; qui reconnaisse nos blessures et nos différences sans permettre leur instrumentalisation ; qui rassure sans organiser l’impunité ; qui associe les territoires et les citoyens ; et qui rende progressivement les institutions plus fortes que les personnes qui les dirigent.

Nous n’avons peut-être pas encore le rapport de force nécessaire pour imposer cette refondation. Mais nous pouvons travailler à le construire. Nous pouvons préciser nos idées, consolider nos organisations, nous implanter davantage dans les territoires, apprendre à travailler avec des forces différentes des nôtres, former celles et ceux qui pourraient demain exercer des responsabilités et surtout montrer aux Camerounais que l’alternative au système actuel n’est pas nécessairement le chaos.

Car le Cameroun ne sera probablement pas transformé par ceux qui auront le mieux prédit la fin du régime. Il le sera davantage par ceux qui auront le mieux préparé ce qui vient après.

La vraie question n’est donc peut-être plus seulement de savoir qui viendra après Paul Biya. Elle est de savoir quel Cameroun nous voulons construire après le système que son long règne a contribué à façonner.

Le départ d’un dirigeant est un événement. La fin d’un système est un processus. La refondation de l’État, de la Nation et de la gouvernance est une œuvre collective. Et cette œuvre peut commencer avant la rupture.

Franck Essi


#CeQueJeCrois

#LesIdéesComptent

#AllumonsNosCerveaux

 

Lire aussi :

CAMEROUN : ASSISTONS–NOUS AUX MÊMES SYNDROMES QU’EN ALGÉRIE ?

DE LA NÉCESSITÉ D’EXPLORER LA VOIE DES MOUVEMENTS SOCIAUX COMME DÉMARCHE APARTIDAIRE D’OBTENTION D’UNE TRANSITION POLITIQUE DÉMOCRATIQUE

APRÈS LA RUPTURE : LEÇONS DES GRANDES VAGUES DE TRANSITION

Pour aller plus loin

Fabien Eboussi Boulaga, La démocratie de transit au Cameroun, L’Harmattan, 1997.
https://books.google.com/books?id=FwO_M8-1Jx0C

Luc Sindjoun (dir.), Comment peut-on être opposant au Cameroun ? Politique parlementaire et politique autoritaire, CODESRIA, 2004.
https://publication.codesria.org/index.php/pub/catalog/book/279

Joseph Takougang et Milton Krieger, African State and Society in the 1990s: Cameroon’s Political Crossroads, Westview Press, 1998.
https://www.routledge.com/African-State-And-Society-In-The-1990s-Cameroons-Political-Crossroads/Takougang-Krieger/p/book/9780813338958

Piet Konings et Francis B. Nyamnjoh, « The Anglophone Problem in Cameroon », The Journal of Modern African Studies, vol. 35, no 2, 1997.
https://www.jstor.org/stable/161679

Francis B. Nyamnjoh et Michael Rowlands, « Elite Associations and the Politics of Belonging in Cameroon », Africa.
https://www.cambridge.org/core/journals/africa/article/elite-associations-and-the-politics-of-belonging-in-cameroon/655994A57532762A0C0FB04B410E3985

Claude Ake, The Feasibility of Democracy in Africa, CODESRIA, 2000.
https://publication.codesria.org/index.php/pub/catalog/book/335

Michael Bratton et Nicolas van de Walle, Democratic Experiments in Africa: Regime Transitions in Comparative Perspective, Cambridge University Press, 1997.
https://www.cambridge.org/core/books/democratic-experiments-in-africa/

Barbara Geddes, Joseph Wright et Erica Frantz, « Autocratic Breakdown and Regime Transitions: A New Data Set », Perspectives on Politics, 2014 ; How Dictatorships Work: Power, Personalization, and Collapse, Cambridge University Press, 2018.
https://www.cambridge.org/core/journals/perspectives-on-politics/article/autocratic-breakdown-and-regime-transitions-a-new-data-set/EBDB9E5E64CF899AD50B9ACC630B593F

Milan W. Svolik, The Politics of Authoritarian Rule, Cambridge University Press, 2012.
https://www.cambridge.org/core/books/politics-of-authoritarian-rule/

Erica Chenoweth et Maria J. Stephan, Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict, Columbia University Press, 2011.
https://cup.columbia.edu/book/why-civil-resistance-works/9780231156820/

Avatar de Franck Essi

Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

Laisser un commentaire