NB : Texte éducatif sur la citoyenneté active et l’esprit critique.
Par Franck Essi

Il y a des moments dans la vie d’un pays où penser devient un acte citoyen. Pas seulement parler, s’indigner, partager une publication, applaudir ceux qui pensent comme nous ou condamner ceux qui pensent autrement. Penser, c’est-à-dire prendre le temps de regarder les faits, de comparer les versions, de questionner les discours, de vérifier les informations, d’identifier les intérêts en jeu, de reconnaître ses propres émotions et, parfois, d’accepter de dire : je me suis peut-être trompé.
Dans un pays saturé de rumeurs, de promesses, de colères, de manipulations, de frustrations et de discours partisans, apprendre à penser clairement devient une urgence citoyenne. À l’approche de chaque cycle électoral au Cameroun, comme on l’a encore vu lors de celui d’octobre 2025, les appels à la participation citoyenne se multiplient. On appelle les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales, à voter, à surveiller leur vote et, plus largement, à prendre part à la définition de l’avenir du pays.
Tout cela est important. Mais tout cela ne suffit pas.
Car la citoyenneté active ne saurait se réduire au seul moment électoral. Elle ne commence pas dans l’isoloir et ne s’achève pas avec la proclamation des résultats. Elle se construit avant, pendant et après les élections, dans les quartiers, les villages, les marchés, les écoles, les universités, les lieux de travail, les associations, les communes, les médias, les familles, les lieux de culte et même dans les groupes WhatsApp.
Après une élection, beaucoup de citoyens retournent à leurs frustrations, à leurs conversations privées, à leurs colères silencieuses ou à leurs habitudes de spectateurs. Pourtant, c’est souvent après l’élection que commence le vrai travail citoyen : suivre, questionner, contrôler, documenter, proposer et s’organiser.
La citoyenneté se construit surtout dans notre capacité collective à penser, questionner, vérifier, comprendre et agir. C’est ici que l’esprit critique devient indispensable.
Dans un contexte marqué par les promesses politiques, les rumeurs, les manipulations, les discours partisans, les contestations électorales, les débats sur la transparence du processus électoral, la circulation rapide des fausses informations et la méfiance d’une partie des citoyens envers les institutions, l’esprit critique n’est pas un luxe. Il est une nécessité citoyenne.
Il est même, dans une certaine mesure, une forme de protection : protection contre la manipulation, contre les discours faciles, contre les fausses évidences, contre les colères mal orientées, mais aussi contre notre propre tendance à croire trop vite ce qui nous arrange. Car il faut bien le reconnaître : nous ne sommes pas seulement exposés aux mensonges des autres. Nous sommes aussi exposés à nos propres biais, à nos propres préférences, à nos propres appartenances, à nos propres émotions.
L’enjeu est donc simple : comment devenir des citoyens capables de ne pas subir les événements, mais de les comprendre pour mieux agir ?
L’esprit critique ne consiste pas à tout critiquer
Il faut d’abord lever une confusion. Avoir l’esprit critique ne veut pas dire être contre tout. Cela ne veut pas dire rejeter systématiquement ce que disent les autorités, les partis politiques, les journalistes, les intellectuels, les leaders religieux, les chefs traditionnels ou les responsables associatifs. Cela ne veut pas non plus dire insulter ceux qui pensent autrement, ni se comporter comme si l’on savait tout mieux que tout le monde.
L’esprit critique, c’est la capacité à examiner une information, une idée, une promesse ou une situation avant de se faire une opinion. C’est la capacité à prendre un peu de recul avant de croire, de partager, de condamner ou de soutenir.
Concrètement, cela consiste à se poser quelques questions simples :
- Qui parle ?
- Pourquoi parle-t-il maintenant ?
- Quelles sont ses preuves ?
- Qui peut profiter de ce discours ?
- Qu’est-ce qu’on ne me dit pas ?
- Est-ce un fait, une opinion, une rumeur ou une manipulation ?
- Quelles sont les autres explications possibles ?
Voilà le point essentiel : l’esprit critique ne consiste pas à ne rien croire. Il consiste à ne pas croire n’importe quoi.
Dans un pays comme le Cameroun, et plus largement dans beaucoup de sociétés africaines, cette distinction est importante. Les citoyens sont souvent pris entre deux excès : croire tout ce qui vient de leur camp ou rejeter tout ce qui vient du camp opposé. Or, penser ainsi, ce n’est pas faire preuve d’esprit critique. C’est seulement remplacer une dépendance par une autre.
Un citoyen critique n’est pas un citoyen qui doute de tout. C’est un citoyen qui refuse d’être gouverné par la rumeur, la peur, la colère ou le suivisme.
La citoyenneté ne se limite pas au vote
Il faut le répéter : le vote est important. L’inscription sur les listes électorales est importante. La surveillance du vote est importante. La mobilisation citoyenne autour du processus électoral est importante. Mais la citoyenneté ne se limite pas à cela.
Si un citoyen vote sans comprendre les enjeux, sans examiner les programmes, sans interroger les bilans, sans vérifier les promesses et sans suivre l’action publique après les élections, sa participation reste incomplète. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas voter. Bien au contraire. Le vote est un outil nécessaire. Mais il n’est pas suffisant.
La citoyenneté active, c’est aussi demander des comptes. C’est suivre ce qui est fait dans sa commune. C’est s’intéresser au budget public. C’est comprendre pourquoi une route n’est pas construite, pourquoi un forage ne fonctionne plus, pourquoi une école manque de tables-bancs, pourquoi un centre de santé manque de médicaments, pourquoi un quartier reste plusieurs jours sans eau ou sans électricité, pourquoi un marché reste dans l’insalubrité ou pourquoi certains projets annoncés disparaissent après les campagnes électorales.
Dans nos pays, beaucoup de citoyens se plaignent avec raison de la mauvaise gouvernance. Mais la plainte seule ne suffit pas. Elle peut être légitime, mais elle devient plus utile lorsqu’elle se transforme en question, puis en organisation, puis en action citoyenne.
On pourrait résumer cela ainsi :
- La plainte doit devenir question.
- La question doit devenir organisation.
- L’organisation doit devenir action citoyenne.
C’est ainsi que l’on passe de la colère impuissante à l’engagement utile.
Les rumeurs sont devenues une force politique
Il faut prendre cela au sérieux. Aujourd’hui, une rumeur peut faire le tour d’un pays en quelques minutes. Une fausse information peut partir d’un téléphone à Douala, circuler à Yaoundé, Bafoussam, Garoua, Bertoua ou Maroua, puis atteindre d’autres pays africains avant même d’être vérifiée.
Un audio anonyme peut devenir une “preuve”. Une ancienne vidéo peut être présentée comme récente. Une image prise dans un autre pays peut être attribuée au Cameroun. Une fausse citation peut être mise dans la bouche d’un responsable politique, d’un journaliste, d’un activiste, d’un ministre ou d’un opposant. Un faux communiqué peut circuler comme s’il venait d’une institution officielle. Une rumeur de nomination peut être présentée comme une décision déjà prise. Un résultat partiel peut être transformé en vérité définitive.
Dans les groupes WhatsApp, on lit souvent des formules comme :
- “Urgent, partagez partout.”
- “Information sûre.”
- “Ne dites pas que je vous ai dit.”
- “On m’a envoyé ça d’une source fiable.”
- “Je ne sais pas si c’est vrai, mais je partage.”
Très souvent, la source fiable n’existe pas. Ou alors, elle n’a jamais été vérifiée.
C’est ici que l’esprit critique devient une responsabilité numérique. Avant de transférer une information, demandons-nous si la source est identifiable, si la date est connue, si d’autres sources crédibles en parlent et si le message cherche réellement à informer ou simplement à provoquer la peur, la colère, la haine ou la confusion.
Parce qu’une fausse information n’est pas seulement une erreur. Elle peut créer la panique, salir une réputation, diviser des communautés, manipuler une opinion ou pousser des citoyens à prendre de mauvaises décisions.
Partager sans vérifier, c’est parfois participer à la manipulation que l’on prétend combattre.
Les promesses politiques doivent être examinées avec méthode
Pendant les campagnes électorales, les promesses se multiplient. On promet des routes, des emplois, de l’eau, l’électricité, de meilleures écoles, des hôpitaux modernes, un meilleur soutien aux jeunes, aux femmes, aux agriculteurs, aux commerçants, aux enseignants, aux travailleurs et aux entrepreneurs.
Il ne faut pas rejeter les promesses parce qu’elles sont des promesses. Mais il ne faut pas non plus les accepter simplement parce qu’elles sont agréables à entendre. Une promesse politique doit être interrogée.
Si un candidat dit : “Je vais créer des emplois pour les jeunes”, il faut demander :
- Quels emplois ?
- Dans quels secteurs ?
- Avec quel financement ?
- Dans quel délai ?
- Avec quelle formation ?
- Avec quel accompagnement pour les jeunes entrepreneurs ?
- Avec quels résultats mesurables ?
Si un autre dit : “Je vais construire des routes partout”, il faut demander :
- Quelles routes ?
- Dans quelles localités ?
- Avec quel budget ?
- Qui contrôlera les travaux ?
- Comment éviter les projets abandonnés ?
- Comment les citoyens seront-ils informés de l’évolution des chantiers ?
Si un responsable affirme : “Nous avons beaucoup fait”, il faut demander :
- Qu’est-ce qui a été fait exactement ?
- Où cela a-t-il été fait ?
- Avec quels moyens ?
- Pour quels résultats ?
- Au bénéfice de qui ?
- Pourquoi certaines promesses n’ont-elles pas été tenues ?
- Qui doit rendre compte ?
Ce n’est pas de l’insolence. Ce n’est pas du désordre. Ce n’est pas de l’hostilité. C’est de la citoyenneté.
Les promesses des politiciens n’engagent pas seulement ceux qui y croient. Elles doivent aussi engager ceux qui les font. Mais cela n’est possible que si les citoyens restent vigilants.
Comprendre les institutions, c’est aussi exercer sa citoyenneté
Un citoyen critique ne se contente pas de dire : “ils ont décidé.” Il cherche aussi à comprendre qui a décidé, selon quelle procédure, avec quel mandat, sous quel contrôle et avec quelles conséquences.
Dans nos discussions politiques, nous parlons souvent du président, du gouvernement, du Parlement, des maires, des préfets, d’ELECAM, du Conseil constitutionnel, des tribunaux, des médias, des partis politiques ou de la société civile. Mais nous ne prenons pas toujours le temps de comprendre précisément le rôle de chacun.
Or, sans cette compréhension, nous pouvons facilement nous tromper de cible, nous tromper de responsabilité ou nous tromper de stratégie.
Lorsqu’une loi est votée, il faut se demander qui l’a proposée, qui l’a discutée, qui l’a adoptée, qui pouvait s’y opposer, qui devra l’appliquer et comment les citoyens peuvent en suivre les effets. Lorsqu’un budget communal est annoncé, il faut se demander qui l’a préparé, qui l’a voté, quels projets sont prévus, quels quartiers sont concernés, comment les dépenses seront contrôlées et comment les citoyens peuvent obtenir des informations. Lorsqu’une décision administrative est prise, il faut se demander quelle autorité l’a prise, sur quelle base légale, avec quels recours possibles et avec quelles conséquences pour les citoyens.
L’esprit critique ne consiste donc pas seulement à commenter l’actualité. Il consiste aussi à comprendre les mécanismes du pouvoir. Parce qu’un citoyen qui comprend mieux les institutions est plus difficile à tromper. Il sait mieux où poser les questions. Il sait mieux à qui demander des comptes. Il sait mieux comment transformer son indignation en action utile.
Les problèmes du quotidien doivent être analysés, pas seulement subis
L’esprit critique n’est pas utile seulement pendant les élections. Il est utile tous les jours, dans les situations les plus ordinaires de la vie.
Au marché, lorsque les prix augmentent, il est facile d’accuser uniquement les commerçants. Mais un citoyen critique se demande aussi si le transport a augmenté, si le carburant a augmenté, si les taxes ont changé, si le produit est devenu rare, s’il y a spéculation ou si la chaîne de distribution est mal organisée.
Dans un quartier, lorsque l’eau ne coule pas pendant plusieurs jours, il ne suffit pas de se lamenter. Il faut aussi se demander quel service est responsable, quelles démarches collectives sont possibles, quels élus locaux peuvent être interpellés et pourquoi le problème revient sans cesse.
Dans une commune, lorsqu’un forage tombe en panne après quelques mois, il faut aller au-delà de la simple colère. Il faut demander qui a financé le projet, quelle entreprise l’a réalisé, s’il existait un budget pour l’entretien, qui devait assurer le suivi et si la population a été associée.
Dans une école, lorsque les élèves manquent de tables-bancs, il faut chercher à savoir si l’établissement a signalé le problème, si la commune est concernée, si les parents d’élèves ont été informés, si un budget avait été prévu et qui doit répondre.
Dans un centre de santé, lorsqu’il manque des médicaments, il faut se demander si le problème vient de l’approvisionnement, du budget, de la gestion, de la distance, du contrôle ou d’éventuels détournements.
Dans les transports, lorsque les accidents se multiplient, il faut interroger l’état des routes, le contrôle des véhicules, la formation des conducteurs, l’application des règles et la responsabilité des autorités compétentes.
Dans une famille, lorsqu’un conflit éclate, il faut parfois se demander si le problème vient seulement des personnes, ou aussi des non-dits, des injustices accumulées, des blessures anciennes, des intérêts mal clarifiés ou des responsabilités mal partagées.
Dans une organisation, lorsqu’un projet échoue, il faut se demander si l’échec vient seulement de la mauvaise volonté des uns et des autres, ou aussi d’un manque d’objectifs clairs, d’une mauvaise planification, d’une faible coordination ou d’un déficit de suivi.
L’esprit critique ne règle pas tout immédiatement. Mais il permet d’éviter les explications paresseuses. Il permet de mieux identifier les responsabilités. Il permet aussi de mieux organiser l’action collective.
Comprendre les causes, c’est déjà commencer à chercher les solutions.
Il est difficile d’être critique quand on est prisonnier de son camp
L’un des grands obstacles à l’esprit critique, c’est l’attachement aveugle à son camp : son parti, sa région, son ethnie, son leader, sa communauté, son groupe religieux, son cercle d’amis ou son opinion de départ.
Lorsque nous aimons déjà une personne ou une cause, nous avons tendance à croire facilement tout ce qui la valorise. Lorsque nous détestons déjà une personne ou une cause, nous avons tendance à croire facilement tout ce qui l’accuse. C’est humain. Mais c’est dangereux.
Parce qu’à ce moment-là, nous ne cherchons plus la vérité. Nous cherchons seulement ce qui confirme ce que nous pensions déjà. Il est relativement facile de critiquer le camp d’en face. Il est beaucoup plus difficile de questionner son propre camp, son propre leader, sa propre communauté, sa propre colère ou sa propre analyse. Pourtant, c’est souvent là que commence le véritable esprit critique.
L’esprit critique exige donc une forme d’humilité. Il faut accepter que son camp puisse se tromper. Il faut accepter qu’un adversaire puisse parfois dire vrai. Il faut accepter qu’une information agréable puisse être fausse. Il faut accepter qu’une information dérangeante puisse être vraie. Il faut accepter que nos émotions puissent nous aveugler.
Ce n’est pas facile. Mais c’est nécessaire.
On peut donc retenir ceci :
- On peut être engagé sans être aveugle.
- On peut être fidèle sans être servile.
- On peut être loyal sans renoncer à penser.
- On peut être non-aligné sans être indifférent.
- On peut être non-partisan tout en étant profondément politique.
Car la politique ne se limite pas aux partis. Elle concerne la manière dont nous organisons la vie commune.
L’esprit critique n’est pas le cynisme
Il faut aussi éviter une autre confusion. Certaines personnes croient être critiques parce qu’elles ne croient plus en rien, parce qu’elles disent que tout est perdu, parce qu’elles affirment que tous les responsables sont pareils, parce qu’elles pensent que rien ne changera jamais ou parce qu’elles transforment leur déception en mépris général.
Mais cela, ce n’est pas forcément de l’esprit critique. C’est parfois du cynisme.
Le cynisme regarde tout avec mépris et finit par ne plus rien faire. L’esprit critique regarde les choses avec lucidité pour mieux agir.
- Le cynisme dit : “Rien ne sert à rien.”
L’esprit critique demande : “Qu’est-ce qui peut encore être utile ?”
- Le cynisme dit : “Tout le monde ment.”
L’esprit critique demande : “Quelles preuves avons-nous ?”
- Le cynisme dit : “Tous les responsables sont pareils.”
L’esprit critique demande : “Quels bilans, quelles pratiques, quelles différences, quelles responsabilités ?”
Le cynisme donne parfois l’impression d’être intelligent. Mais il peut devenir une forme de paresse. Il dispense d’agir, de s’organiser, de proposer et de chercher des chemins. Or, le Cameroun n’a pas seulement besoin de citoyens qui se moquent de tout. Il a besoin de citoyens capables de discerner, de proposer, de s’organiser, de contrôler, de corriger et de construire.
L’esprit critique véritable ne tue pas l’action. Il rend l’action plus lucide.
La qualité de la démocratie dépend aussi de la qualité des citoyens
On parle souvent de la qualité des dirigeants. C’est normal. Mais il faut aussi parler de la qualité des citoyens.
Des citoyens passifs produisent rarement des institutions fortes. Des citoyens divisés sont plus faciles à manipuler. Des citoyens mal informés sont plus faciles à tromper. Des citoyens qui ne demandent jamais de comptes encouragent, même malgré eux, la mauvaise gouvernance.
Cela ne veut pas dire que les citoyens sont responsables de tout. Les dirigeants ont leurs responsabilités. Les institutions ont leurs responsabilités. Les partis politiques ont leurs responsabilités. Les médias ont leurs responsabilités. La société civile a ses responsabilités. Les élites ont leurs responsabilités. Mais les citoyens aussi ont les leurs.
La démocratie n’est pas seulement une affaire de Constitution, de lois et d’élections. Elle est aussi une affaire de vigilance, de culture politique, d’organisation, de courage et de débat public.
Des citoyens qui vérifient, questionnent et débattent avec méthode deviennent plus difficiles à diviser et à manipuler.
C’est pourquoi l’esprit critique doit être cultivé partout :
- dans les familles ;
- dans les écoles ;
- dans les universités ;
- dans les associations ;
- dans les syndicats ;
- dans les médias ;
- dans les quartiers et les villages ;
- dans les lieux de culte ;
- dans les espaces numériques ;
- dans les partis politiques ;
- dans les mouvements citoyens.
Il ne s’agit pas de transformer tout le monde en expert. Il s’agit de permettre à chacun de devenir un citoyen plus lucide.
Que faire concrètement ?
Il ne suffit pas de dire qu’il faut développer l’esprit critique. Il faut aussi commencer quelque part. Et on peut commencer simplement, avec des gestes très concrets.
Avant de partager une information, vérifions la source. Avant de croire une promesse, demandons comment elle sera réalisée. Avant de condamner une personne, cherchons les faits. Avant de défendre notre camp, examinons les arguments. Avant de répéter une rumeur, demandons-nous à qui elle profite. Avant de nous indigner, demandons-nous si nous avons compris. Avant de suivre, demandons-nous si nous sommes encore capables de questionner.
On peut retenir une méthode simple : S-D-P-I.
Avant de partager une information, vérifions :
- S — Source : qui parle ? La source est-elle identifiable ?
- D — Date : est-ce récent ou ancien ? Le contexte est-il le bon ?
- P — Preuve : existe-t-il un document, une vidéo complète, un témoignage fiable ou une source crédible ?
- I — Intérêt : qui a intérêt à ce que je croie cela ?
Cette méthode ne règle pas tout. Mais elle peut déjà nous éviter beaucoup d’erreurs.
On peut aussi apprendre à questionner certaines phrases que nous entendons souvent :
- “Rien ne peut changer.”
- “Tous les responsables sont pareils.”
- “Les jeunes ne s’intéressent pas à la politique.”
- “Les élections ne servent à rien.”
- “La politique est seulement l’affaire des politiciens.”
- “On ne peut rien faire.”
- “C’est comme ça chez nous.”
Ces phrases peuvent contenir une part de frustration réelle. Mais elles ne doivent pas devenir des prisons mentales. Il faut les examiner, les discuter, chercher des exemples contraires et se demander ce que nous pouvons faire, chacun à notre niveau, malgré les difficultés.
L’esprit critique commence souvent par de petites habitudes. Mais ces petites habitudes peuvent produire de grands effets. Un citoyen qui vérifie avant de partager réduit la désinformation. Un citoyen qui pose des questions oblige les responsables à mieux répondre. Un citoyen qui s’informe mieux vote mieux. Un citoyen qui s’organise avec d’autres devient moins impuissant. Un citoyen qui débat sans insulter élève la qualité de l’espace public.
Avant de partager, vérifier. Avant de suivre, questionner. Avant de condamner, comprendre. Avant d’agir, penser.
Le défi citoyen de la semaine
Cette semaine, avant de partager une information politique, vérifions quatre choses :
- La source : qui a publié cette information ?
- La date : est-ce récent ou ancien ?
- La preuve : existe-t-il un document, une vidéo complète, un témoignage fiable ou une source crédible ?
- L’intérêt : qui peut profiter de cette information ?
Choisissons aussi une affirmation que nous entendons souvent et examinons-la calmement. Par exemple :
- “Les élections ne servent à rien.”
- “Tous les responsables sont pareils.”
- “Les jeunes ne peuvent rien changer.”
- “La politique est seulement l’affaire des politiciens.”
- “Rien ne changera jamais.”
Demandons-nous alors :
- Est-ce totalement vrai ?
- Y a-t-il des exemples contraires ?
- Quelles preuves existent ?
- Quelles responsabilités sont en jeu ?
- Que pouvons-nous faire, chacun à notre niveau, malgré les difficultés ?
Parce qu’au fond, l’enjeu est là. Il ne s’agit pas seulement de critiquer le pays. Il s’agit de devenir capables de le comprendre pour mieux le transformer.
Mon intime conviction
Le Cameroun, comme beaucoup de pays africains, a besoin de citoyens éveillés. Des citoyens qui ne croient pas tout, mais qui ne rejettent pas tout non plus. Des citoyens qui vérifient, qui questionnent, qui s’organisent, qui demandent des comptes et qui refusent d’être de simples spectateurs de leur propre avenir.
L’esprit critique ne garantit pas à lui seul le changement. Mais sans esprit critique, il n’y a pas de citoyenneté solide. Il n’y a que des réactions, des émotions, des rumeurs, des manipulations, des colères parfois légitimes, mais souvent mal orientées.
En attendant les changements que beaucoup appellent de leurs vœux, il n’est pas inutile que chacun commence par une tâche simple : apprendre à allumer son cerveau avant d’allumer son téléphone pour partager une information.
C’est peut-être peu. Mais c’est déjà beaucoup.
Car un pays ne se transforme pas seulement avec des slogans. Il se transforme aussi avec des citoyens capables de penser, de vérifier, de débattre, de s’organiser et d’agir.
Un pays où les citoyens ne pensent plus devient un territoire disponible pour toutes les manipulations.
Allumer nos cerveaux, ce n’est pas un slogan. C’est peut-être l’un des premiers gestes de notre libération citoyenne.
Franck Essi
#AllumonsNosCerveaux
#EducationCitoyenne
#CitoyennetéActive
#EspritCritique
