DE L’INTÉRIEUR VERS L’EXTÉRIEUR

Ce que l’Afrique doit construire pour cesser de subir

Par Franck Essi

NB : Réflexion sur la nécessité d’adopter le modèle mental du changement de l’intérieur vers l’extérieur, au niveau individuel, communautaire, étatique et continental.

Il existe, au fond, deux grandes manières de penser le changement.

La première consiste à attendre que quelque chose vienne de l’extérieur : un sauveur, une élection, une aide internationale, une décision venue d’en haut, un changement de contexte mondial, une réforme imposée par les circonstances, une puissance étrangère plus bienveillante que les précédentes, un chef providentiel ou une opportunité miraculeuse.

Cette manière de penser n’est pas toujours paresseuse. Elle est parfois le produit de longues défaites, de beaucoup d’humiliations, d’une succession de trahisons, de la fatigue des peuples, de la violence des systèmes, de la pauvreté, de la peur et de l’impression que tout est verrouillé. Il faut donc la comprendre avant de la critiquer. Mais elle a une conséquence dangereuse : elle installe l’être humain, la communauté, l’État ou le continent dans une position d’attente.

On regarde alors le monde comme un spectacle. On commente les événements. On espère un retournement. On accuse les puissants. On se plaint des dirigeants. On s’indigne des injustices. On attend que les choses changent. Puis, très souvent, rien ne change vraiment, ou alors les choses changent en surface sans modifier les logiques profondes qui produisent la dépendance, l’impuissance et la résignation.

La deuxième manière de penser le changement est plus exigeante. Elle commence par une question moins confortable : qu’est-ce qui doit changer en nous, entre nous et dans nos institutions pour que le changement que nous appelons de nos vœux devienne possible ?

C’est cela, la perspective inside-out.

De l’intérieur vers l’extérieur.

Non pas comme formule de développement personnel. Non pas comme slogan inspirant pour se donner bonne conscience. Non pas comme manière de dire aux peuples dominés qu’ils seraient responsables de toutes les injustices qu’ils subissent. Mais comme modèle mental de la puissance.

Car un individu, une organisation, une communauté, un État ou un continent ne sort durablement de la dépendance que lorsqu’il développe, en son propre sein, les capacités qui rendent cette sortie possible.

On dit souvent que « le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur ». Cette phrase est puissante parce qu’elle rappelle une chose simple : on peut dénoncer ceux qui ont construit les murs, ceux qui ont posé les verrous, ceux qui surveillent la porte, ceux qui profitent de l’enfermement. Il faut parfois le faire avec force. Mais à la fin, une question demeure : qui, de l’intérieur, organise la force capable d’ouvrir la porte ?

C’est à partir de cette question qu’il faut regarder l’Afrique d’aujourd’hui.

Nous vivons dans un moment du monde où les contraintes extérieures semblent partout se renforcer. Les guerres lointaines produisent des effets proches. Les tensions géopolitiques dérèglent les prix du carburant, des denrées alimentaires, des engrais et des financements. La dette réduit les marges de manœuvre de nombreux États. Les chaînes d’approvisionnement deviennent des instruments de puissance. Les grandes puissances se disputent les minerais critiques nécessaires aux batteries, aux véhicules électriques, aux technologies numériques et à la transition énergétique. La crise climatique frappe durement des pays qui ont pourtant très peu contribué à la produire. Dans plusieurs régions du monde, y compris en Afrique, la faim, les déplacements forcés, l’insécurité et la fragilité des institutions rappellent que les peuples les plus vulnérables paient souvent le prix le plus élevé des désordres du monde.

Il serait donc naïf de faire comme si l’extérieur ne comptait pas. L’extérieur compte. Il pèse. Il contraint. Il domine parfois. Il manipule souvent. Il exploite lorsque les rapports de force lui sont favorables. L’histoire de l’Afrique, depuis l’esclavage jusqu’aux formes contemporaines de dépendance économique, monétaire, militaire, technologique, culturelle et diplomatique, nous interdit de tenir un discours qui ferait comme si les peuples africains étaient seuls responsables des impasses dans lesquelles ils se trouvent.

Mais il serait tout aussi dangereux de tout expliquer par l’extérieur. À force de regarder seulement ce qui nous arrive du dehors, nous risquons de ne plus voir ce que nous devons transformer au-dedans. À force de dénoncer les puissances étrangères, les multinationales, les institutions financières internationales, les anciennes métropoles coloniales, les élites compradores ou les rapports de domination mondiale, nous pouvons finir par oublier une question décisive : qu’est-ce qui, en nous, entre nous, dans nos organisations, dans nos États et dans nos sociétés, rend cette domination possible, durable ou facile ?

Toute la réflexion part donc de cette conviction : même lorsque tout ne dépend pas de nous, rien de sérieux, de profond et de durable ne se fera sans nous. Les peuples qui attendent tout du dehors finissent par subir leur histoire. Ceux qui se transforment de l’intérieur commencent à la reprendre en main.

Penser de l’intérieur vers l’extérieur ne veut pas dire nier l’extérieur

Il faut commencer par lever cette ambiguïté, parce qu’elle est importante. Dire que le changement durable va de l’intérieur vers l’extérieur ne signifie pas que tout dépend uniquement de l’individu, de sa volonté, de sa discipline, de sa motivation ou de sa capacité à “penser positif”. Ce serait une manière très pauvre et même dangereuse de comprendre les choses. Les conditions sociales, les institutions, l’histoire, la pauvreté, la répression, la qualité de l’école, la structure de l’économie, les rapports de domination internationale et les mécanismes de pouvoir influencent profondément les possibilités d’action des individus et des peuples.

Mais dire cela ne doit pas nous conduire à l’autre erreur, qui consiste à penser que presque tout dépend d’abord des autres, des circonstances extérieures, du contexte mondial, des partenaires, des bailleurs, des puissances étrangères, des dirigeants en place ou du hasard historique. L’extérieur existe et doit être analysé. Mais il ne doit pas devenir l’explication totale de notre impuissance, encore moins l’alibi permanent de notre inaction.

La perspective de l’intérieur vers l’extérieur dit quelque chose de plus précis : même lorsque tout ne dépend pas de nous, rien de sérieux, de profond et de durable ne se fera sans nous. Elle nous invite donc à regarder non pas seulement ce qui nous arrive, mais ce que nous construisons comme capacité pour répondre à ce qui nous arrive.

Le modèle mental de l’extérieur vers l’intérieur consiste à attendre que les circonstances changent pour commencer à changer soi-même, sa communauté, son organisation ou son pays. Le modèle mental de l’intérieur vers l’extérieur consiste à construire d’abord les capacités internes qui permettent d’agir sur les circonstances. Le problème n’est donc pas de choisir entre l’intérieur et l’extérieur. Le problème est de comprendre leur relation.

L’extérieur pèse d’autant plus que l’intérieur est faible, désorganisé, fragmenté, corrompu, dépendant ou sans vision. À l’inverse, plus l’intérieur se structure, plus il devient capable de résister, de négocier, de produire, de décider, de créer des rapports de force et de transformer son environnement. Le changement de l’intérieur vers l’extérieur est donc le modèle mental des peuples qui refusent de subir indéfiniment.

Le modèle de l’attente nous enferme

Beaucoup de nos impasses viennent de ce que nous attendons trop souvent que le changement commence ailleurs. Nous attendons que l’État change pour devenir nous-mêmes plus responsables. Nous attendons que les dirigeants changent pour nous organiser. Nous attendons que les bailleurs financent pour agir. Nous attendons que le monde soit plus juste pour construire. Nous attendons que les institutions soient parfaites pour nous engager. Nous attendons que les autres nous respectent pour commencer à nous respecter nous-mêmes.

Cette manière de penser est compréhensible, surtout dans des sociétés où les citoyens ordinaires ont souvent été trahis, humiliés, réprimés, méprisés ou abandonnés. Mais elle peut devenir une prison mentale lorsqu’elle nous installe dans une position permanente d’attente, de commentaire, de plainte ou d’indignation sans construction. Or, un peuple qui attend toujours que le changement vienne d’ailleurs finit par devenir spectateur de son propre destin.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas revendiquer des changements extérieurs. Il faut les revendiquer. Il faut exiger de l’État qu’il fasse son travail, des dirigeants qu’ils rendent des comptes, des partenaires étrangers qu’ils cessent de soutenir des systèmes injustes, des multinationales qu’elles respectent les peuples, les travailleurs, les ressources et l’environnement, des institutions internationales qu’elles cessent de reproduire des règles qui maintiennent les pays pauvres dans la dépendance.

Mais tout cela ne suffit pas. Si nous exigeons tout de l’extérieur sans construire en nous-mêmes les capacités de comprendre, d’agir, de produire, de nous organiser, de contrôler et de durer, notre revendication finit par manquer de puissance. On peut crier longtemps contre une porte fermée. Mais si personne ne s’organise pour fabriquer la clé, forcer la serrure ou construire une autre sortie, le cri devient une habitude.

Dans beaucoup de pays africains, cette attente prend des formes très concrètes. On attend le bon président, le bon ministre, le bon partenaire, le bon projet, la bonne réforme, la bonne conjoncture ou le bon financement. Pendant ce temps, les habitudes qui fabriquent l’impuissance restent souvent intactes : faible organisation citoyenne, absence de redevabilité, dépendance économique, improvisation, manque de discipline collective, faiblesse de la production locale, mépris de la compétence et fragmentation des forces de changement.

Le modèle de l’attente est confortable parce qu’il permet de désigner ce qui ne va pas sans toujours regarder ce que nous devons construire. Le modèle de la construction intérieure est plus difficile parce qu’il nous oblige à entrer dans le travail, dans la durée, dans la méthode, dans l’organisation, dans l’apprentissage et dans la responsabilité.

L’individu : cesser de se vivre seulement comme le produit des circonstances

Il faut être très clair : l’individu ne choisit pas tout. Il ne choisit pas toujours son pays de naissance, sa famille, son quartier, la qualité de son école, l’état de l’économie, la pauvreté, la violence des institutions ou l’absence d’opportunités. Il serait donc injuste et même cruel de dire aux gens que leur situation dépend seulement d’eux.

Mais il est tout aussi dangereux de leur dire, explicitement ou implicitement, qu’ils ne peuvent rien faire tant que tout le système n’a pas changé. La perspective de l’intérieur vers l’extérieur, au niveau individuel, commence lorsque l’on comprend qu’il existe toujours une part, parfois petite mais décisive, sur laquelle on peut agir. Cette part peut être l’effort d’apprendre, de lire, de se former, de mieux comprendre le monde, de maîtriser un métier, de contrôler certaines habitudes, de choisir ses fréquentations, de mieux utiliser son temps, de se rendre utile, de travailler sa parole, de renforcer sa discipline ou de refuser que les humiliations subies deviennent une identité définitive.

Dans un pays où l’école publique est affaiblie, l’individu qui pense de l’intérieur vers l’extérieur ne se contente pas de maudire l’école. Il cherche aussi les chemins par lesquels il peut continuer à apprendre. Dans une économie où l’emploi est rare, il ne se contente pas d’attendre un concours, une recommandation, une nomination ou une promesse politique. Il se demande quelles compétences il peut construire, quels problèmes réels il peut aider à résoudre, quelle valeur il peut produire et avec qui il peut s’associer.

Les questions à se poser, au niveau individuel, sont donc simples mais exigeantes : qu’est-ce que je dois apprendre ? Quelle discipline dois-je construire ? Quelle habitude dois-je rompre ? Quelle compétence peut me rendre plus utile ? Quelle part de mon temps, de mon énergie et de mon intelligence suis-je prêt à reprendre aux distractions, à la peur, à la plainte ou à la résignation ?

Nous vivons dans une époque paradoxale. Le même téléphone peut servir à l’abrutissement permanent ou à l’apprentissage continu. Il peut être une prison de distraction ou une bibliothèque. Il peut être un instrument de bavardage ou un outil de formation, de création, de mobilisation, de vente, d’écriture, d’organisation et de production. La différence n’est pas seulement dans l’objet. Elle est aussi dans le modèle mental de celui qui l’utilise.

Cela vaut aussi pour l’engagement citoyen. Un jeune qui veut changer son pays peut se limiter à commenter l’actualité, à insulter les dirigeants, à relayer des indignations et à attendre le jour où “le peuple se lèvera”. Il peut aussi décider de se former, de lire l’histoire politique de son pays, de comprendre le fonctionnement des institutions, d’apprendre à organiser une réunion, à mobiliser sans manipuler, à convaincre sans humilier, à travailler avec d’autres, à tenir dans la durée et à transformer sa colère en compétence civique.

Le changement individuel de l’intérieur vers l’extérieur ne consiste donc pas à dire : “je vais réussir seul contre tous”. Cela consisterait à confondre responsabilité et individualisme. Il s’agit plutôt de dire : je vais construire en moi les capacités qui me rendront plus utile à moi-même, à ma famille, à ma communauté et à mon peuple. Le changement de l’intérieur vers l’extérieur ne fabrique pas des individus qui se sauvent seuls. Il fabrique des individus capables de se lier à d’autres pour transformer les conditions collectives de leur dignité.

La communauté : transformer la solidarité de circonstance en capacité collective

Ce qui est vrai pour l’individu l’est aussi pour les communautés. Dans beaucoup de nos quartiers, villages, associations, familles élargies ou communautés locales, il existe une énergie sociale considérable. Les gens se mobilisent pour les funérailles, les mariages, les urgences de santé, les tontines, les cotisations, les cérémonies, les cultes, les fêtes et les solidarités familiales. Cette énergie n’est pas négligeable. Elle montre que nos sociétés ne sont pas mortes. Elles savent encore se lever pour certaines causes.

La question est de savoir pourquoi cette énergie sociale se transforme si rarement en puissance civique, économique et politique durable. Beaucoup de communautés africaines ne manquent pas de solidarité. Elles manquent souvent de mécanismes pour transformer cette solidarité en pouvoir collectif durable.

Une communauté qui pense uniquement de l’extérieur vers l’intérieur attend tout de l’État, du maire, du député, du ministre, de l’ONG, de la diaspora, du chef traditionnel, de l’élite locale ou du bienfaiteur de passage. Elle peut avoir raison d’exiger l’école, la route, l’eau, l’électricité, le centre de santé, la sécurité, l’état civil, la justice et les services publics. Ces revendications sont légitimes parce que les citoyens ont des droits et parce que l’État a des obligations.

Mais si la communauté ne fait qu’attendre, elle devient facilement manipulable. On peut venir lui promettre une route à chaque élection. On peut la diviser avec quelques enveloppes. On peut acheter ses silences. On peut opposer ses familles, ses clans, ses confessions, ses villages, ses élites et ses jeunes. On peut faire de sa pauvreté un instrument de contrôle.

Une communauté qui pense de l’intérieur vers l’extérieur ne renonce pas à exiger de l’État. Au contraire, elle devient plus capable de l’exiger parce qu’elle s’organise mieux. Elle peut créer une association de quartier, un comité de veille citoyenne, un groupe de parents autour de l’école, une initiative de propreté, une petite coopérative, un mécanisme local de solidarité, une plateforme de dialogue, un registre des problèmes prioritaires, une délégation organisée auprès de la commune ou un dispositif de suivi des promesses publiques.

Prenons un exemple simple. Un quartier qui souffre de l’insécurité, de l’absence d’éclairage public, des coupures d’eau, de l’insalubrité ou de l’abandon de son école peut continuer à se plaindre, chacun de son côté. Mais il peut aussi commencer à documenter les problèmes, identifier les priorités, mobiliser les habitants, interpeller la commune, suivre les engagements pris et rendre publiques les promesses non tenues. Dans le premier cas, la plainte reste dispersée. Dans le second cas, elle commence à devenir organisation.

Les questions à se poser, au niveau communautaire, sont donc les suivantes : qu’est-ce qui nous fragilise collectivement ? Qu’est-ce que nous pouvons organiser sans attendre ? Quelles solidarités pouvons-nous transformer en mécanismes durables ? Quels problèmes devons-nous documenter ? Qui doit rendre compte ? Avec qui devons-nous nous associer ? Comment passer de la plainte dispersée à l’action collective structurée ?

Il ne s’agit pas de remplacer l’État par les communautés. Il s’agit de faire en sorte que les communautés cessent d’être seulement des espaces de souffrance et deviennent progressivement des espaces d’organisation. Une communauté organisée ne mendie pas seulement. Elle documente. Elle propose. Elle interpelle. Elle suit. Elle contrôle. Elle négocie. Elle sanctionne politiquement lorsque c’est possible. La plainte dit ce qui ne va pas. L’organisation commence à dire ce que nous sommes prêts à changer.

On ne le dira jamais assez : un peuple désorganisé est facile à gouverner contre lui-même.

L’État : la souveraineté n’est pas un discours mais une capacité

Les États africains eux-mêmes peuvent être prisonniers d’un modèle mental de l’extérieur vers l’intérieur. Lorsque tout va mal, ils expliquent souvent leurs difficultés par la conjoncture internationale, les crises mondiales, les guerres, les prix du pétrole, la hausse des denrées alimentaires, les taux d’intérêt, les bailleurs, les agences de notation, le FMI, la Banque mondiale, la Chine, l’Europe, les opposants, les citoyens indisciplinés ou le changement climatique.

Il y a parfois du vrai dans ces explications. Le monde actuel est réellement instable. Les guerres lointaines peuvent provoquer des effets très concrets sur le prix du pain, du carburant, des engrais ou des financements. Les chocs climatiques peuvent détruire les récoltes. La dette peut étouffer les budgets publics. Les tensions géopolitiques peuvent rendre les décisions économiques plus difficiles.

Mais un État qui adopte le modèle mental du changement de l’intérieur vers l’extérieur ne s’arrête pas là. Il pose une autre question : pourquoi sommes-nous si vulnérables à ces chocs ? Pourquoi une guerre à des milliers de kilomètres menace-t-elle aussi vite notre sécurité alimentaire ? Pourquoi la hausse des engrais sur le marché mondial fragilise-t-elle autant nos paysans ? Pourquoi importons-nous massivement ce que nous pourrions produire ou transformer ? Pourquoi exportons-nous brut ce que nous pourrions valoriser localement ? Pourquoi collectons-nous mal l’impôt ? Pourquoi nos budgets sont-ils souvent si peu lisibles pour les citoyens ? Pourquoi nos administrations humilient-elles ceux qu’elles devraient servir ? Pourquoi nos politiques publiques sont-elles souvent mieux écrites dans les documents que réalisées dans la vie quotidienne ?

Ces questions sont essentielles parce qu’elles déplacent le débat. Elles ne nient pas les contraintes extérieures. Elles refusent simplement d’en faire une excuse permanente à l’impuissance intérieure.

La souveraineté n’est pas ce qu’un État dit de lui-même. C’est ce qu’il est capable de faire pour son peuple sans se mettre à genoux devant les autres. Elle se vérifie dans la possibilité de nourrir sa population, de former sa jeunesse, de soigner ses citoyens, de produire des données fiables, de collecter l’impôt de manière juste, de protéger les ressources publiques, de rendre la justice, de planifier, d’exécuter, d’évaluer et de sanctionner les abus.

Un État qui parle de souveraineté mais qui dépend de l’extérieur pour financer ses priorités essentielles, nourrir sa population, construire ses infrastructures, valoriser ses ressources, former ses compétences stratégiques ou produire ses propres données, n’est pas encore pleinement souverain. Il parle de souveraineté. Ce n’est pas la même chose.

Les questions à se poser, au niveau de l’État, sont donc décisives : que sommes-nous réellement capables de produire ? Que dépendons-nous encore des autres pour faire ? Que pouvons-nous financer par nous-mêmes ? Que savons-nous transformer localement ? Quelles institutions protègent réellement le citoyen ? Quels mécanismes empêchent la prédation ? Quels comptes l’État rend-il à la majorité ? Quelle part de notre souveraineté est proclamée et quelle part est effectivement organisée ?

Cela ne veut pas dire qu’un État doit tout faire seul. Aucun État sérieux ne vit en dehors du monde. La coopération est nécessaire. Le commerce est nécessaire. Les alliances peuvent être utiles. Mais un État qui coopère sans capacité interne se retrouve souvent dans la dépendance. Un État qui négocie sans capacité de production négocie presque toujours en position de faiblesse.

C’est pourquoi le changement de l’intérieur vers l’extérieur, au niveau de l’État, signifie d’abord la construction patiente des capacités internes qui rendent la souveraineté réelle, utile et vérifiable dans la vie du peuple. Un État n’est pas souverain parce qu’il parle fort. Il est souverain lorsqu’il nourrit, soigne, forme, protège, administre, produit, négocie et rend justice avec un minimum de dépendance et un maximum de redevabilité.

L’Afrique : passer du potentiel à la puissance organisée

L’Afrique aime dire qu’elle est l’avenir du monde. Elle a de bonnes raisons de le penser. Elle est jeune. Elle est riche en ressources naturelles. Elle dispose d’un potentiel agricole immense. Elle est au cœur des enjeux de transition énergétique, de biodiversité, de marchés futurs, de créativité culturelle, de démographie, de numérique et de recomposition géopolitique mondiale.

Mais un potentiel n’est pas une puissance. Le potentiel est ce que l’on peut devenir. La puissance est ce que l’on a déjà réussi à organiser.

Si l’Afrique continue à vendre essentiellement des matières premières brutes, à importer massivement des produits transformés, à dépendre de financements extérieurs, à sous-investir dans la science, la technologie, l’industrie, l’agriculture, l’éducation, la santé, l’administration et les institutions régionales, elle restera un continent important pour les autres mais insuffisamment puissant pour lui-même.

La question africaine centrale est donc simple : comment transformer nos potentiels en capacités organisées ?

Cela vaut d’abord pour les ressources naturelles. Le monde a besoin de cobalt, de lithium, de cuivre, de manganèse, de graphite, de terres rares et d’autres ressources nécessaires aux batteries, aux véhicules électriques, aux technologies numériques et aux industries du futur. Beaucoup de ces ressources se trouvent en Afrique. La mentalité de l’extérieur vers l’intérieur dira simplement : les grandes puissances veulent encore piller l’Afrique. C’est vrai en partie, et il faut le dire. Mais la mentalité de l’intérieur vers l’extérieur ajoute une question plus exigeante : quelles politiques industrielles, quelles infrastructures énergétiques, quelles compétences techniques, quelles normes sociales et environnementales, quelles capacités de négociation, quelles chaînes de valeur régionales et quelles institutions de contrôle devons-nous bâtir pour que cette fois nos ressources deviennent une puissance collective ?

Cela vaut aussi pour la sécurité alimentaire. L’Afrique dispose de terres, d’eau, de jeunesse, de savoirs paysans, de marchés intérieurs, d’une diversité agroécologique et d’un potentiel de production considérable. Pourtant, plusieurs pays africains restent très vulnérables aux crises alimentaires, aux conflits, aux prix internationaux, aux sécheresses, aux inondations, aux importations et aux ruptures logistiques. La question n’est donc pas seulement de savoir qui bloque les marchés mondiaux ou qui manipule les prix. La question est aussi de savoir pourquoi nous n’avons pas suffisamment construit nos propres capacités de production, de stockage, de transformation, d’irrigation, de recherche agricole, de logistique, d’alerte précoce, de décision rapide et de protection des plus vulnérables.

Cela vaut encore pour la jeunesse. Dire que l’Afrique est jeune ne suffit pas. La jeunesse peut devenir un dividende démographique. Elle peut aussi devenir une immense frustration sociale et politique si elle n’est pas formée, organisée, employée, écoutée et impliquée dans la construction des solutions. Un continent ne devient pas puissant parce qu’il a beaucoup de jeunes. Il devient puissant lorsqu’il transforme sa jeunesse en capacité productive, scientifique, civique, culturelle, entrepreneuriale, technique et morale.

Cela vaut enfin pour l’intégration africaine. Nous parlons beaucoup d’unité africaine, de marché continental, de souveraineté panafricaine et de coopération Sud-Sud. Mais l’unité ne se décrète pas seulement dans les sommets. Elle se construit dans les routes, les chemins de fer, les ports, les normes communes, les systèmes de paiement, les politiques industrielles coordonnées, les universités connectées, les chaînes de valeur régionales, les mécanismes de paix, les institutions crédibles et la libre circulation effective des personnes, des idées, des biens et des services.

Les questions à se poser, au niveau continental, sont donc incontournables : que voulons-nous produire ensemble ? Que voulons-nous transformer ensemble ? Que voulons-nous négocier ensemble ? Quelles chaînes de valeur voulons-nous maîtriser ? Quelles infrastructures relieront réellement nos peuples ? Quelles institutions régionales peuvent protéger nos intérêts communs ? Quelle place voulons-nous occuper dans le monde qui vient ?

L’Afrique ne sera pas respectée parce qu’elle aura demandé au monde de la respecter. Elle le sera lorsqu’elle aura construit, de l’intérieur, les conditions qui rendent ce respect inévitable.

Le peuple d’abord comme critère de vérité du changement

Il faut ici revenir à une boussole simple : le peuple d’abord.

Le changement intérieur n’a pas de valeur politique s’il ne produit aucun effet extérieur dans la vie de la majorité. Il ne s’agit pas de former quelques individus performants dans une société injuste. Il ne s’agit pas de produire des élites plus habiles dans la gestion du même désordre. Il ne s’agit pas de remplacer une minorité prédatrice par une autre minorité plus éloquente. Il ne s’agit pas de repeindre la façade d’un système qui continue d’écraser les mêmes.

La vraie question est toujours la suivante : qu’est-ce que cela change pour le peuple ?

Est-ce que l’enfant du village a une meilleure école ? Est-ce que la femme rurale accède plus facilement à la terre, au crédit, au marché, à la santé et à la sécurité ? Est-ce que le jeune trouve une formation utile et un travail digne ? Est-ce que le citoyen obtient un document administratif sans humiliation ? Est-ce que le paysan vend mieux sa production ? Est-ce que l’hôpital soigne mieux ? Est-ce que la commune répond mieux ? Est-ce que l’État rend davantage de comptes ? Est-ce que les ressources naturelles produisent plus de valeur locale ? Est-ce que la justice protège les faibles contre les puissants ? Est-ce que la souveraineté descend des discours vers la vie réelle ?

C’est à ce niveau que l’on voit si le changement est sérieux. Il ne suffit pas de dire que l’on change. Il ne suffit pas de proclamer la rupture. Il ne suffit pas de dénoncer les ennemis du peuple. Il ne suffit pas d’invoquer la jeunesse, les femmes, les paysans, les travailleurs, les entrepreneurs, les pauvres ou les oubliés. Il faut que le changement se vérifie dans leur existence concrète.

Le changement n’est pas vrai parce qu’il est annoncé. Il est vrai lorsqu’il devient utile à ceux qui n’ont pas les moyens d’acheter leur propre protection.

Regarder ce qui dépend de nous sans oublier ce qui nous dépasse

Adopter le modèle mental du changement de l’intérieur vers l’extérieur ne veut pas dire tomber dans l’illusion selon laquelle il suffirait de vouloir pour pouvoir. Cela veut dire apprendre à distinguer lucidement ce qui dépend de nous, ce qui ne dépend pas de nous, et ce que nous pouvons construire pour réduire notre vulnérabilité face à ce qui ne dépend pas de nous.

Pour cela, quatre questions peuvent nous aider :

Qu’est-ce qui ne dépend pas de nous, mais que nous devons comprendre lucidement ?

Il faut étudier les rapports de force, les contraintes économiques, les dépendances historiques, les mécanismes internationaux, les structures de domination et les risques extérieurs. La lucidité n’est pas l’ennemie de la responsabilité.

Qu’est-ce qui dépend de nous et que nous négligeons depuis trop longtemps ?

C’est souvent là que commence le changement réel : une habitude à rompre, une compétence à construire, une organisation à structurer, une règle à appliquer, une vérité à regarder, une responsabilité à assumer, une discipline collective à instaurer.

Quelle capacité devons-nous construire pour réduire notre vulnérabilité ?

La sortie de dépendance passe toujours par une capacité nouvelle : produire, transformer, financer, former, soigner, organiser, contrôler, négocier, protéger, transmettre, décider, évaluer.

Comment cette capacité améliore-t-elle la vie de la majorité ?

Sans cette dernière question, le changement peut devenir un exercice d’élite, une performance technique ou une rhétorique creuse. Le peuple doit rester le critère de vérité du changement.

Cette méthode est simple. Mais elle change tout parce qu’elle nous oblige à sortir de la plainte sans sortir de la lucidité, à refuser la victimisation sans nier les victimes, à combattre l’extérieur sans oublier l’intérieur, et à construire au lieu de seulement commenter.

Ce que cela change dans notre manière de lutter

Un peuple qui adopte le modèle mental du changement de l’intérieur vers l’extérieur ne lutte pas de la même manière. Il ne confond plus colère et stratégie. Il ne confond plus dénonciation et transformation. Il ne confond plus visibilité et efficacité. Il ne confond plus proclamation et capacité. Il ne confond plus agitation et rapport de force. Il sait qu’un combat sérieux exige une conscience claire de ce qui ne va pas, une compréhension des causes profondes, une discipline collective, une organisation durable et une capacité à transformer les victoires en institutions.

Beaucoup de peuples se soulèvent. Tous ne se libèrent pas durablement.

La raison est simple : il ne suffit pas de faire tomber une porte. Il faut aussi construire la maison dans laquelle le peuple pourra vivre dignement après l’ouverture de la porte. Il ne suffit pas de renverser un homme, un clan ou un régime. Il faut aussi transformer les règles, les pratiques, les institutions, l’économie politique, la culture du pouvoir et le rapport des citoyens à l’État.

Lorsque cette transformation intérieure ne se fait pas, les changements extérieurs deviennent fragiles. On peut changer de dirigeants sans changer de logique. On peut changer de discours sans changer de pratiques. On peut changer de drapeau sans changer de dépendance. On peut changer de génération sans changer de culture politique. On peut même faire une révolution et reproduire les mécanismes que l’on prétendait abolir.

C’est pourquoi le changement de l’intérieur vers l’extérieur est exigeant. Il ne demande pas seulement : contre quoi sommes-nous ? Il demande aussi : que sommes-nous capables de construire ? Avec quelle méthode ? Avec quelles ressources ? Avec quelles institutions ? Avec quelle discipline ? Avec quelle éthique ? Avec quel effet réel pour la majorité ?

Mon intime conviction

Mon intime conviction est que beaucoup de nos impasses viennent d’un déséquilibre profond. Nous savons souvent dénoncer ce qui nous arrive de l’extérieur, mais nous travaillons moins sérieusement sur ce que nous devons construire de l’intérieur. Nous savons nommer les forces qui nous dominent, mais nous ne construisons pas toujours les capacités qui nous rendraient moins susceptibles d’être dominés et voire asservis. Nous savons proclamer la souveraineté, mais nous ne produisons pas toujours la nourriture, les savoirs, les institutions, les industries, les données, les technologies, les règles et les solidarités qui rendent la souveraineté réelle.

Nous savons dire que l’Afrique est riche, mais nous n’organisons pas encore assez cette richesse pour qu’elle transforme la vie des Africains. Nous savons dire que la jeunesse est l’avenir, mais nous ne formons pas encore assez cette jeunesse pour qu’elle devienne une puissance productive, civique, intellectuelle et morale. Nous savons dire que le peuple compte, mais nous ne construisons pas toujours les institutions qui permettent au peuple de décider, de contrôler, de sanctionner, de créer et de vivre dignement.

Voilà pourquoi la perspective de l’intérieur vers l’extérieur est essentielle. Elle n’est pas une formule douce pour temps calmes. Elle est une exigence rude pour peuples qui veulent cesser de subir leur histoire. Elle nous dit de commencer par ce qui est en notre pouvoir, non pour ignorer ce qui nous dépasse, mais pour devenir progressivement capables de l’affronter. Elle nous dit de ne pas demander seulement au monde de changer, mais de construire en nous, autour de nous et dans nos institutions ce qui rendra ce changement possible.

L’Afrique n’a pas seulement besoin d’être défendue contre les forces qui l’écrasent. Elle a besoin de devenir, de l’intérieur, une force capable de se tenir debout dans ses individus, ses communautés, ses États, ses institutions régionales, ses économies, ses imaginaires et ses peuples.

Car le changement est une porte qui ne s’ouvre que de l’intérieur.

La grande question n’est donc pas seulement de savoir qui a fermé la porte. La grande question est de savoir quand nous déciderons enfin de construire, ensemble, la force intérieure capable de l’ouvrir.

Pour que le peuple ne soit plus seulement celui au nom de qui l’on parle, mais celui avec qui l’on construit, celui par qui le changement devient possible et celui pour qui le changement devient utile.

Le reste, c’est… le reste.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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