Par Franck Essi

Il arrive un moment, dans toute lutte difficile, où celles et ceux qui refusent de se résigner se posent une question simple, presque brutale : à quoi bon continuer lorsque nous sommes encore si peu nombreux ?
Je crois que cette question est humaine. Elle n’est pas le signe d’un manque de courage. Elle n’est pas nécessairement le signe d’un manque de foi dans la cause que l’on défend. Elle traduit parfois une fatigue, parfois une lucidité, parfois même une exigence de vérité envers soi-même.
On peut avoir raison et se sentir seul. On peut voir clairement l’injustice et constater que beaucoup préfèrent détourner le regard. On peut comprendre l’urgence d’un changement et voir autour de soi la peur, la prudence, l’indifférence, le calcul ou la résignation. On peut porter une cause juste et avoir parfois le sentiment de parler dans le vide.
Cette expérience n’est pas propre à un pays. Elle traverse l’histoire des peuples. Elle traverse les luttes africaines. Elle traverse aussi l’histoire du Cameroun. Avant que certaines idées deviennent évidentes, elles ont souvent été minoritaires. Avant que des peuples fassent bloc, quelques femmes et quelques hommes ont souvent commencé seuls ou presque.
Cela ne signifie pas que toutes les minorités ont raison. Cela ne signifie pas que toute minorité engagée finira nécessairement par changer l’histoire. Il existe aussi des minorités enfermées dans leurs certitudes, incapables de parler à la société, incapables de s’organiser, incapables d’apprendre. Il faut donc rester prudent.
Mais il me semble que l’histoire nous enseigne au moins ceci : lorsqu’une minorité engagée parvient à penser clairement, à s’organiser sérieusement, à inspirer confiance, à élargir progressivement son cercle et à inscrire son action dans la durée, elle peut contribuer à produire des changements significatifs dans la société.
Avant que des changements deviennent possibles, il faut souvent des minorités capables de :
- penser avant que la majorité ne comprenne ;
- tenir avant que les foules ne rejoignent ;
- expliquer avant que les idées ne deviennent évidentes ;
- organiser avant que le rapport de force ne soit visible ;
- convaincre avant que le changement ne paraisse possible ;
- durer avant que l’histoire ne bascule.
C’est pourquoi il ne faut jamais confondre le petit nombre du départ avec l’inutilité du combat. Une minorité peut rester marginale lorsqu’elle se contente d’avoir raison entre ses propres convaincus. Mais elle peut aussi devenir féconde lorsqu’elle parvient, progressivement, à transformer :
- une souffrance diffuse en conscience collective ;
- une conscience collective en organisation ;
- une organisation en confiance ;
- une confiance en participation ;
- une participation en rapport de force ;
- un rapport de force en changements institutionnels.
C’est ce passage qui m’intéresse ici : à quelles conditions des minorités engagées peuvent-elles contribuer à produire des changements réels dans la société ?
La notion de masse critique permet d’entrer dans cette réflexion. Elle ne renvoie pas seulement au nombre. Elle renvoie aussi à plusieurs conditions essentielles :
- la qualité de la conscience ;
- la solidité de l’organisation ;
- la crédibilité des acteurs ;
- la discipline de l’action ;
- la capacité d’élargir la participation ;
- l’intelligence stratégique ;
- la capacité à transformer une cause juste en force sociale ;
- la capacité à transformer une victoire ponctuelle en changement durable.
Autrement dit, la vraie question n’est pas seulement : combien sommes-nous aujourd’hui ? La vraie question est peut-être plus exigeante :
- Que faisons-nous avec celles et ceux qui sont déjà là ?
- Quelle conscience construisons-nous ?
- Quelle confiance inspirons-nous ?
- Quelle organisation préparons-nous ?
- Quelle stratégie suivons-nous ?
- Quelles formes d’action rendons-nous possibles ?
- Quelles institutions voulons-nous faire naître pour que le changement ne soit pas seulement un moment d’émotion, mais une transformation durable ?

1. Une minorité ne change pas la société simplement parce qu’elle a raison
On peut avoir raison et rester marginal. On peut défendre une cause juste et ne pas être entendu. On peut dénoncer un système injuste et ne pas réussir à le faire reculer. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est l’une des grandes leçons de l’histoire : la justesse d’une cause ne suffit pas à garantir sa victoire.
Il y a des peuples qui souffrent pendant des décennies sans que leur souffrance produise automatiquement un changement politique. Il y a des citoyens qui savent que les choses vont mal, mais qui ne disposent pas encore des mots, des cadres d’analyse, de l’organisation ou de la confiance collective nécessaires pour agir ensemble.
La souffrance peut prendre plusieurs formes :
- une colère individuelle ;
- un malaise diffus ;
- une humiliation silencieuse ;
- une frustration sociale ;
- une impression d’injustice ;
- un sentiment d’impuissance ;
- une révolte ponctuelle ;
- une fatigue collective.
Mais tant que cette souffrance n’est pas nommée, comprise et organisée, elle peut rester politiquement faible. C’est pourquoi une minorité engagée doit d’abord faire un travail de clarification. Elle doit aider la société à comprendre ce qui ne va pas, pourquoi cela ne va pas, qui bénéficie de ce désordre, pourquoi ce désordre n’est pas une fatalité et comment il pourrait être transformé.
Les sciences sociales appellent cela le cadrage : la capacité d’un mouvement à donner un sens politique à des souffrances dispersées.
Une souffrance qui n’est pas nommée reste souvent privée. Une souffrance qui est comprise devient politique. Une souffrance qui est organisée peut devenir historique.
Cette idée me paraît décisive. Beaucoup de peuples ne manquent pas seulement de colère. Ils manquent parfois d’une lecture commune de leur propre situation. Ils savent que les prix augmentent, que les institutions ne protègent pas, que les injustices se multiplient, que les droits sont fragiles, que les élites prédatrices prospèrent. Mais tant que tout cela reste vécu comme une addition de malheurs individuels, le système peut continuer à fonctionner.
Le changement commence lorsque les citoyens comprennent que leurs souffrances ne sont pas seulement des accidents séparés, mais les symptômes d’un ordre politique, économique, social et institutionnel qui peut être contesté et transformé.
L’histoire du Cameroun nous parle ici directement. L’Union des Populations du Cameroun n’a pas seulement porté une revendication d’indépendance. Elle a contribué à construire une conscience nationale autour de plusieurs idées fortes :
- la souveraineté ;
- la réunification ;
- la dignité nationale ;
- l’émancipation politique ;
- la critique de la domination coloniale ;
- l’exigence d’une indépendance réelle et pas seulement formelle.
L’UPC a donc fait un travail de conscience. Elle a nommé le problème, politisé des souffrances, construit un imaginaire national et porté la question camerounaise sur plusieurs terrains : populaire, syndical, politique, diplomatique et international.
Mais cette conscience nationale a été violemment réprimée avant de pouvoir devenir pleinement institutionnelle. La leçon est douloureuse, mais essentielle : une idée juste ne suffit pas ; une conscience forte ne suffit pas ; une cause légitime ne suffit pas toujours. Il faut aussi une organisation, des relais, une mémoire, un rapport de force et des institutions capables d’incarner cette idée dans la durée.
Une masse critique qui ne parvient pas à devenir institution peut être écrasée, déformée, effacée, récupérée ou réduite au silence. C’est l’une des grandes tragédies de notre histoire. Elle nous rappelle que la lucidité est indispensable, mais qu’elle doit s’accompagner d’une capacité d’organisation et de transmission.
Une société qui oublie les luttes qui l’ont fondée se condamne souvent à recommencer les mêmes combats avec moins de mémoire et plus de confusion.

2. Une minorité doit devenir crédible avant de devenir majoritaire
Il existe une grande différence entre une minorité convaincue et une minorité convaincante. Une minorité convaincue peut avoir raison dans son coin, parler à ses propres militants, se rassurer par la pureté de ses positions et s’indigner de l’incompréhension des autres. Une minorité convaincante, elle, apprend à parler à la société.
Elle ne renonce pas à ses idées, mais elle les rend :
- compréhensibles ;
- crédibles ;
- accessibles ;
- transmissibles ;
- incarnées ;
- reliées à la vie réelle des gens.
C’est une condition essentielle de la masse critique. Une minorité ne produit pas de changement lorsqu’elle se contente d’avoir raison. Elle commence à produire du changement lorsqu’elle rend sa cause socialement crédible.
Cela suppose un travail patient de pédagogie, d’exemple, de cohérence, d’incarnation, de présence dans la société et de construction de confiance. Il ne suffit pas d’avoir un discours juste. Il faut des comportements qui inspirent confiance. Il ne suffit pas d’avoir une vision. Il faut des formes d’action dans lesquelles les citoyens peuvent se reconnaître. Il ne suffit pas de dénoncer. Il faut montrer qu’une autre voie est possible.
Les travaux sur la diffusion des idées et des innovations montrent que les nouvelles pratiques ne se propagent pas seulement parce qu’elles sont rationnelles ou justes. Elles circulent à travers des réseaux de confiance. Les gens changent souvent lorsqu’ils voient d’autres personnes, proches d’eux ou crédibles à leurs yeux, adopter une idée, un comportement ou une manière nouvelle d’agir.
Il ne suffit donc pas qu’une idée soit juste. Il faut qu’elle circule dans les espaces réels où les citoyens vivent, parlent, travaillent, prient, commercent, étudient, débattent et prennent progressivement conscience de leur pouvoir.
Cette circulation suppose des relais dans plusieurs espaces de la société :
- les familles ;
- les quartiers ;
- les lieux de travail ;
- les syndicats ;
- les associations ;
- les organisations citoyennes ;
- les églises ;
- les mosquées ;
- les communautés de foi ;
- les universités ;
- les médias ;
- les réseaux numériques ;
- les marchés ;
- les professions ;
- les espaces ordinaires de discussion.
L’exemple du Sénégal, notamment autour des mobilisations de 2011-2012, est instructif. Les mouvements citoyens comme Y’en a Marre et d’autres forces sociales n’ont pas seulement exprimé une colère contre une tentative de confiscation du pouvoir. Ils ont contribué à traduire cette colère en action civique.
Cette traduction s’est faite à travers plusieurs dimensions :
- l’inscription sur les listes électorales ;
- la mobilisation des jeunes ;
- la défense de la Constitution ;
- la pression sur les institutions ;
- la surveillance du processus électoral ;
- l’usage de la culture populaire ;
- la politisation par le rap, les slogans et les formes de communication accessibles.
Ce passage est important. La colère aurait pu rester une émotion collective. Elle a été transformée en comportements politiques concrets. Le rap, le langage populaire, les slogans, les réseaux de jeunes, les alliances citoyennes et la mobilisation électorale ont permis de faire circuler une idée simple : la démocratie ne se protège pas seulement en commentant l’actualité ; elle se protège par l’engagement organisé des citoyens.
S’indigner ne suffit pas. Il faut transformer l’indignation en action, l’action en pression, la pression en résultats, et les résultats en vigilance durable.
Le Sénégal rappelle ainsi que la démocratie ne se défend pas seulement dans les discours. Elle se défend par des citoyens organisés, informés, vigilants et capables de transformer leur ras-le-bol en action civique. Il rappelle aussi une autre chose : la jeunesse n’est pas seulement une catégorie démographique. Elle devient une force historique lorsqu’elle produit une conscience, une culture, une discipline et des formes d’action adaptées à son époque.

3. La masse critique naît lorsque la peur commence à reculer
Dans beaucoup de sociétés autoritaires ou fortement verrouillées, le problème n’est pas toujours que les citoyens approuvent l’ordre établi. Très souvent, beaucoup de citoyens désapprouvent en silence. Ils voient les abus. Ils critiquent en privé. Ils se plaignent dans les familles, les taxis, les bureaux, les marchés ou les réseaux fermés. Mais ils ne franchissent pas toujours le pas de l’engagement public.
Pourquoi ? Parce qu’ils ont peur. Ils ont peur de perdre leur travail, d’être arrêtés, d’être isolés, d’être trahis, d’être incompris, d’être réprimés, d’être abandonnés ou de payer seuls le prix de l’engagement. Ils se taisent aussi parce qu’ils se croient seuls, parce qu’ils pensent que rien ne changera, parce qu’ils ne voient pas encore d’organisation crédible, ou parce qu’ils ont parfois vu trop d’échecs, trop de trahisons, trop de répressions et trop de promesses non tenues.
Le rôle d’une minorité engagée est alors de briser cette solitude. Quand des citoyens voient que d’autres personnes pensent comme eux, parlent comme eux, refusent comme eux, s’organisent comme eux et tiennent malgré les difficultés, quelque chose commence à changer. La peur ne disparaît pas immédiatement, mais elle cesse d’être le seul principe organisateur de la vie collective.
Une masse critique commence souvent par cette découverte simple : nous ne sommes pas seuls.
Cette découverte peut paraître minimale. Elle est pourtant décisive. Dans un système de domination, l’un des ressorts les plus puissants du contrôle social est l’isolement psychologique des citoyens. Chacun pense qu’il est seul à voir, seul à comprendre, seul à être indigné, seul à vouloir autre chose. Lorsque cette illusion de solitude se fissure, le pouvoir de la peur commence lui aussi à se fissurer.
On peut relire les « villes mortes » des années 1990 au Cameroun à partir de cette idée. Dans un contexte de revendications démocratiques, de contestation du parti unique et d’exigence d’ouverture politique, elles ont exprimé une forme de non-coopération sociale et économique.
Concrètement, cela signifiait que :
- les commerces fermaient ;
- les transports ralentissaient ou s’arrêtaient ;
- les activités ordinaires étaient suspendues ;
- le fonctionnement normal du système était perturbé ;
- une partie de la société refusait de continuer comme si de rien n’était.
Ce n’était pas seulement une protestation. C’était aussi un message collectif. Une partie de la société disait clairement qu’elle ne voulait plus participer normalement au fonctionnement d’un ordre politique contesté.
Cette mobilisation a contribué à obtenir des concessions importantes, notamment l’ouverture au multipartisme et l’élargissement de certains espaces d’expression. Mais elle montre aussi une limite fondamentale : une masse critique peut contraindre un système à s’adapter sans réussir à le transformer.
Le Cameroun a connu une ouverture politique sans véritable refondation de l’État. Le multipartisme a été légalisé, mais le système de pouvoir est resté profondément centralisé. Des libertés ont été proclamées, mais les règles du jeu n’ont pas été transformées en profondeur.
C’est parfois le piège le plus subtil des systèmes autoritaires : concéder assez pour survivre, mais pas assez pour se démocratiser réellement.
L’histoire des années 1990 nous rappelle donc que la peur peut reculer, que la société peut se mobiliser, que des concessions peuvent être obtenues, mais que tout cela reste fragile si les rapports de force ne débouchent pas sur une refondation des règles du jeu.
4. La masse critique n’est pas forcément la majorité : ce que suggèrent les travaux de Chenoweth
On entend souvent dire qu’un peuple ne peut changer son destin que lorsque la majorité se mobilise. Je crois qu’il faut nuancer cette idée. Bien sûr, plus une mobilisation est large, plus elle peut peser. Bien sûr, un changement durable exige, à terme, une adhésion sociale importante. Mais les recherches sur les mouvements sociaux et sur la résistance civile montrent qu’une transformation peut commencer avant que la majorité numérique ne soit engagée.
C’est ici que les travaux d’Erica Chenoweth, souvent menés avec Maria J. Stephan, sont particulièrement importants. Dans leur étude devenue classique sur les campagnes de résistance entre 1900 et 2006, elles ont montré que les campagnes non violentes avaient obtenu leurs objectifs dans environ 53 % des cas, contre environ 26 % pour les campagnes violentes. Leur travail a aussi contribué à populariser une idée très discutée : dans leur base de données, aucune campagne ayant mobilisé de manière active et soutenue environ 3,5 % de la population n’avait échoué à provoquer un changement politique majeur.
Cette idée est forte parce qu’elle rappelle qu’une masse critique n’est pas forcément une majorité. Dans certains contextes, une minorité active, disciplinée, visible, organisée et persévérante peut peser beaucoup plus qu’une majorité passive, silencieuse ou dispersée. Ce ne sont pas seulement les opinions privées qui comptent. Ce sont les capacités d’action collective.
Mais il faut immédiatement ajouter une nuance importante. La règle des 3,5 % n’est pas une formule magique. Ce n’est pas une science exacte. Ce n’est pas une loi automatique de l’histoire. Il ne suffit pas de réunir 3,5 % d’une population pour que le pouvoir tombe, que les institutions changent ou que la justice triomphe.
Les peuples ne sont pas des équations. Les sociétés ne sont pas des machines. Les régimes politiques ne tombent pas automatiquement parce qu’un pourcentage abstrait est atteint. Il y a toujours plusieurs facteurs à considérer :
- l’histoire du pays ;
- le niveau de peur ;
- la capacité de répression ;
- les divisions sociales ;
- les intérêts économiques ;
- les manipulations identitaires ;
- les rapports internationaux ;
- la qualité des organisations ;
- la discipline des mouvements ;
- la clarté des objectifs ;
- la capacité à durer ;
- la capacité à transformer la mobilisation en projet politique et institutionnel.
Le vrai enseignement de Chenoweth n’est donc pas qu’il existerait une recette mathématique de la victoire. Le vrai enseignement est ailleurs : une minorité active, organisée et persistante peut devenir plus puissante qu’une majorité passive.
Le nombre compte, mais le nombre sans organisation peut se disperser. La colère compte, mais la colère sans discipline peut être manipulée. La visibilité compte, mais la visibilité sans stratégie peut s’épuiser.
La masse critique n’est donc pas seulement un seuil numérique. Elle est aussi un seuil :
- de conscience ;
- de confiance ;
- d’organisation ;
- de courage collectif ;
- de capacité stratégique ;
- de participation active ;
- de légitimité sociale.
Une foule nombreuse peut impressionner. Mais si elle ne sait pas ce qu’elle veut, si elle ne sait pas comment durer, si elle ne sait pas comment protéger sa cohérence, si elle ne sait pas comment transformer son énergie en objectifs politiques précis, elle peut être dispersée, récupérée ou épuisée.
L’Afrique du Sud l’illustre fortement. La fin de l’apartheid n’a pas été le résultat d’un seul homme, même si Nelson Mandela en est devenu le symbole mondial. Elle n’a pas non plus été le produit d’un seul événement. Elle est le résultat d’une longue accumulation :
- résistance intérieure ;
- organisations politiques ;
- syndicats ;
- mouvements étudiants ;
- églises ;
- presse militante ;
- solidarité internationale ;
- boycott économique ;
- sanctions ;
- pression diplomatique ;
- mobilisation morale mondiale.
L’apartheid était un système. Il ne pouvait donc pas être vaincu par une simple indignation. Il fallait construire un autre système de pression : interne, externe, politique, économique, moral, culturel et diplomatique.
Un système injuste ne tombe pas seulement parce qu’il est injuste. Il recule lorsque ceux qui le combattent parviennent à rendre son maintien plus coûteux que sa transformation.
C’est ici que la notion de masse critique prend tout son sens. Elle ne désigne pas simplement le moment où beaucoup de personnes pensent la même chose. Elle désigne le moment où convergent assez de personnes, assez d’organisations, assez de réseaux, assez d’idées, assez de formes d’action, assez de pressions internes et externes, assez de confiance collective et assez de discipline stratégique pour modifier le calcul du pouvoir, le comportement des institutions et la perception des citoyens.

5. La non-violence stratégique élargit le cercle de la participation
Dans les contextes autoritaires, certains pensent que la non-violence est une forme de naïveté. Je crois que c’est une erreur. La non-violence n’est pas la passivité. Elle n’est pas la résignation. Elle n’est pas l’absence de rapport de force.
La non-violence stratégique est une manière organisée de construire un rapport de force plus large, plus inclusif et souvent plus difficile à isoler.
C’est d’ailleurs l’une des raisons qui peuvent expliquer les résultats observés par Chenoweth et Stephan. Une lutte violente réduit généralement le cercle des participants à ceux qui peuvent ou veulent entrer dans la confrontation armée. Une lutte non violente, lorsqu’elle est bien organisée, permet la participation de plusieurs catégories sociales :
- étudiants ;
- enseignants ;
- travailleurs ;
- commerçants ;
- paysans ;
- femmes ;
- jeunes ;
- personnes âgées ;
- artistes ;
- religieux ;
- fonctionnaires ;
- avocats ;
- journalistes ;
- citoyens ordinaires.
Cette largeur de participation est décisive. Elle permet au mouvement de sortir de la logique du groupe isolé pour devenir une dynamique sociale. Elle peut aussi produire plusieurs effets politiques :
- rendre plus visible la contradiction morale du pouvoir ;
- montrer la violence du système lorsqu’il réprime des citoyens pacifiques ;
- créer des fractures dans le système ;
- favoriser des défections ;
- augmenter le coût politique de l’injustice ;
- élargir la légitimité du mouvement.
Mais la non-violence exige une chose difficile : la maîtrise. Maîtrise de la colère, du langage, des formes d’action, des provocations, des objectifs, de la discipline collective et de la durée.
Cela ne veut pas dire qu’il faut condamner abstraitement les peuples qui explosent après des années d’humiliation. Il faut toujours garder à l’esprit qu’il existe plusieurs formes de violence :
- la violence froide des systèmes qui appauvrissent, excluent, humilient et détruisent les vies à petit feu ;
- la violence visible des populations qui, n’en pouvant plus, font exploser leur colère ;
- la violence des appareils de répression qui, au nom du maintien de l’ordre, maintiennent souvent un ordre injuste.
Mais pour construire une masse critique durable, il faut autant que possible élargir la participation, préserver la légitimité morale du mouvement, empêcher que la colère légitime du peuple soit utilisée contre le peuple lui-même, éviter les pièges de la provocation, protéger les objectifs du combat et maintenir la discipline collective.
La non-violence stratégique n’est donc pas une faiblesse. Elle est une discipline de la puissance collective.
Cela demande une grande maturité politique. Il ne s’agit pas de demander aux opprimés d’être polis avec l’injustice. Il s’agit de comprendre que la manière de lutter peut renforcer ou affaiblir la cause. Un mouvement qui perd sa légitimité, qui se laisse enfermer dans les pièges de la provocation, qui ne protège pas ses objectifs et qui ne maîtrise pas ses formes d’action risque de fournir au pouvoir les arguments dont celui-ci a besoin pour l’isoler, le criminaliser et le briser.
La non-violence stratégique, lorsqu’elle est bien comprise, n’est donc pas une morale de la faiblesse. Elle est une intelligence du rapport de force. Elle permet de dire non avec fermeté, de refuser de coopérer avec l’injustice, de perturber l’ordre injuste, mais aussi de garder une porte ouverte à la participation du plus grand nombre.

6. Une masse critique devrait penser l’après-victoire avant même la victoire
C’est peut-être l’un des points les plus importants. Beaucoup de peuples ont su se lever. Beaucoup ont su faire reculer un pouvoir, obtenir une concession, arracher une alternance ou ouvrir une transition. Mais tous n’ont pas réussi à transformer ces moments en changements durables.
Pourquoi ? Parce qu’un système ne disparaît pas toujours lorsque ses dirigeants changent. Il peut survivre dans les administrations, les habitudes, les mentalités, les réseaux d’intérêts, les lois piégées, les institutions faibles, la pauvreté politique des citoyens, les pratiques clientélistes, les réflexes autoritaires et les rapports de domination économique et sociale.
Voilà pourquoi l’alternance est nécessaire, mais elle n’est pas suffisante. Elle est nécessaire parce qu’aucun pouvoir ne doit se croire propriétaire de l’État. Mais elle est insuffisante parce qu’un changement de personnes peut laisser intactes les règles, les pratiques et les logiques du système.
C’est ce que plusieurs expériences africaines semblent nous enseigner :
- L’Afrique du Sud a mis fin à l’apartheid institutionnel, mais elle continue de porter des héritages économiques et sociaux lourds.
- Le Burkina Faso a fait reculer une tentative d’éternisation au pouvoir, mais le défi de la stabilisation institutionnelle reste immense.
- Le Cameroun a obtenu le multipartisme au début des années 1990, mais sans refondation profonde de l’État.
- Le Sénégal a connu des alternances, mais les crises récurrentes rappellent que rien n’est définitivement acquis.
Il ne suffit donc pas d’obtenir des partis ; il faut des règles du jeu équitables. Il ne suffit pas d’avoir des élections ; il faut des élections sincères. Il ne suffit pas d’avoir des libertés proclamées ; il faut des libertés garanties. Il ne suffit pas de faire tomber un homme ; il faut transformer les institutions qui permettent aux hommes de confisquer le pouvoir. Il ne suffit pas de gagner un moment ; il faut organiser la durée.
Le changement durable exige probablement trois niveaux complémentaires :
- le changement des consciences, sans lequel les citoyens restent prisonniers des anciens réflexes ;
- le changement des rapports de force, sans lequel les idées justes restent impuissantes ;
- le changement des institutions, sans lequel les victoires populaires peuvent être reprises ou détournées.
Ces trois niveaux doivent se renforcer mutuellement. Car le changement des consciences sans organisation peut devenir une lucidité impuissante ; le changement des rapports de force sans institutions peut devenir une victoire fragile ; le changement institutionnel sans transformation des mentalités peut devenir une façade juridique.
Voilà pourquoi une minorité engagée qui veut produire un changement sérieux devrait, autant que possible, penser l’après-victoire avant même la victoire. Elle devrait se demander comment contester, mais aussi comment reconstruire ; comment faire reculer un abus, mais aussi comment empêcher son retour ; comment ouvrir une brèche, mais aussi comment bâtir des institutions ; comment mobiliser, mais aussi comment gouverner autrement ; comment obtenir une victoire, mais aussi comment protéger cette victoire.
C’est souvent là que beaucoup de mouvements échouent. Ils savent dénoncer. Ils savent mobiliser. Ils savent faire pression. Mais ils n’ont pas toujours préparé les idées, les cadres, les équipes, les institutions, les règles, les méthodes et la culture politique nécessaires pour transformer une victoire populaire en changement durable.
7. Les griefs non traités peuvent devenir des fractures profondes
Une autre condition importante du changement social est, me semble-t-il, la capacité d’une société à traiter les griefs avant qu’ils ne deviennent des ruptures. Lorsqu’un système refuse d’écouter, de reconnaître et de corriger les injustices, il ne produit pas toujours la stabilité. Il produit souvent une paix apparente, sous laquelle les frustrations s’accumulent.
La crise anglophone au Cameroun offre une leçon douloureuse. Au départ, la mobilisation de 2016 part notamment de revendications portées par des avocats et des enseignants autour de questions juridiques, éducatives, linguistiques, institutionnelles, identitaires et historiques. Ces revendications exprimaient un malaise plus ancien lié à la place des régions anglophones dans l’État camerounais. Ce qui aurait pu être un moment de dialogue, de reconnaissance et de correction est devenu progressivement une crise majeure.
La leçon ici n’est pas de glorifier la rupture ou la violence. Au contraire. La leçon est qu’un État sérieux doit savoir traiter les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des incendies.
Une société sérieuse doit créer des mécanismes de dialogue, de justice, de reconnaissance, de réforme, de réparation, de prévention des crises et de traitement institutionnel des frustrations. Tout système qui refuse d’écouter les revendications pacifiques finit souvent par renforcer ceux qui disent que la parole ne sert à rien.
C’est pourquoi une masse critique démocratique devrait toujours chercher à transformer :
- les griefs en solutions institutionnelles ;
- les colères en délibération ;
- les frustrations en réforme ;
- les blessures en justice ;
- les humiliations en reconstruction nationale.
Une société ne tient pas durablement par le silence imposé. Elle tient par la justice, la reconnaissance, les institutions, la confiance et la capacité à corriger ses déséquilibres avant qu’ils ne deviennent des ruptures.
Cela vaut pour le Cameroun comme pour beaucoup d’autres sociétés africaines. Les peuples n’explosent pas toujours parce qu’ils aiment le désordre. Ils explosent souvent parce que les voies normales de correction ont été bouchées trop longtemps. Un État qui ne veut pas dialoguer quand les revendications sont pacifiques finit parfois par devoir gérer des crises plus graves, plus longues et plus coûteuses.
C’est pourquoi la construction d’une masse critique démocratique ne consiste pas seulement à mobiliser contre quelque chose. Elle consiste aussi à apprendre à transformer les contradictions sociales en solutions politiques, les blessures historiques en mémoire réparatrice, les frustrations collectives en institutions plus justes, et les colères populaires en projet démocratique.
8. Quelques exigences pour qu’une minorité engagée devienne féconde
Je préfère formuler ce point avec prudence. Il ne s’agit pas de donner des leçons à qui que ce soit. Il ne s’agit pas non plus de prétendre qu’il existerait une recette simple permettant à une minorité engagée de devenir une masse critique. Chaque société a son histoire, ses blessures, ses peurs, ses rapports de force et ses possibilités.
Mais il me semble qu’une minorité engagée devient plus féconde lorsqu’elle ne se contente pas de parler fort, d’avoir raison seule dans son coin, de se croire pure ou de mépriser ceux qui ne sont pas encore avec elle. Une minorité devient féconde lorsqu’elle devient progressivement convaincante.
Elle devient convaincante lorsqu’elle sait :
- parler au-delà d’elle-même ;
- expliquer sans humilier ;
- organiser sans écraser ;
- accueillir sans se diluer ;
- durer sans se fossiliser ;
- se discipliner sans tuer le débat ;
- transformer la contestation en projet ;
- construire des chemins pour que d’autres puissent rejoindre la lutte.
Dans nos sociétés africaines, et particulièrement au Cameroun, la question n’est donc pas seulement de savoir combien nous sommes aujourd’hui. La vraie question est peut-être plus exigeante :
- Que construisons-nous avec ceux qui sont déjà là ?
- Quelle qualité de conscience développons-nous ?
- Quelle culture politique transmettons-nous ?
- Quelle discipline collective cultivons-nous ?
- Quelle confiance inspirons-nous à ceux qui hésitent ?
- Quelles formes d’action permettons-nous à chacun de rejoindre ?
- Quelles institutions préparons-nous pour que la victoire ne soit pas seulement un moment, mais une transformation durable ?
On peut être peu nombreux et déjà préparer l’avenir si l’on sait former, organiser, documenter, transmettre, construire des réseaux, produire des idées claires, rester fidèle à une ligne éthique, refuser les raccourcis destructeurs et apprendre à faire reculer la peur.
Mais on peut aussi être nombreux et ne rien changer durablement si l’on se contente de crier, si l’on refuse de penser, si l’on méprise l’organisation, si l’on confond colère et stratégie, visibilité et efficacité, alternance et refondation, foule et masse critique.
Voilà pourquoi le nombre ne suffit pas. Il faut la conscience, la méthode, la discipline, la stratégie, la mémoire, l’organisation et l’institution.
Une minorité engagée doit donc accepter un travail souvent ingrat :
- former quand les autres veulent seulement des slogans ;
- expliquer quand les autres veulent seulement des raccourcis ;
- organiser quand les autres veulent seulement des émotions ;
- tenir quand les autres se fatiguent ;
- clarifier quand les autres confondent tout ;
- rassembler sans se diluer ;
- résister sans se perdre ;
- négocier sans se vendre ;
- se battre sans devenir ce que l’on combat.
C’est peut-être cela qui distingue les minorités fécondes des minorités stériles. Les premières construisent des chemins pour que d’autres avancent. Les secondes se contentent parfois de contempler leur propre indignation.
Ce que je retiens de cette réflexion
De tout ce qui précède, il me semble que plusieurs enseignements peuvent être tirés.
Premièrement, l’histoire ne commence pas toujours avec les majorités. Les majorités viennent souvent plus tard, lorsque des minorités courageuses ont déjà préparé le terrain.
Deuxièmement, la souffrance ne produit pas automatiquement le changement. Elle doit être comprise, nommée, politisée et organisée.
Troisièmement, une idée juste ne suffit pas. Elle doit devenir crédible, visible, transmissible et portée par des relais dans la société.
Quatrièmement, la peur recule lorsque les citoyens découvrent qu’ils ne sont pas seuls. La confiance collective est une arme politique majeure.
Cinquièmement, le nombre compte, mais il ne remplace ni la stratégie, ni la discipline, ni l’organisation. Un peuple peut faire foule sans faire masse critique.
Sixièmement, la non-violence stratégique n’est pas une faiblesse. Elle est souvent le moyen le plus efficace d’élargir la participation et de construire un rapport de force inclusif.
Septièmement, la victoire doit devenir institutionnelle. Sans institutions, les victoires populaires peuvent être reprises, détournées ou vidées de leur substance.
Huitièmement, les griefs non traités peuvent devenir des fractures profondes. Une société sérieuse doit apprendre à transformer les frustrations en réformes avant qu’elles ne deviennent des crises.
Ces enseignements parlent à l’Afrique. Ils parlent au Cameroun. Ils parlent à tous ceux qui refusent de confondre :
- résignation et sagesse ;
- prudence et peur ;
- colère et stratégie ;
- alternance et transformation ;
- protestation et refondation ;
- foule et masse critique.
Ils nous rappellent que le changement durable n’est pas seulement une explosion de colère. Il est un processus. Il demande des idées, des personnes, des réseaux, des sacrifices, des institutions, du temps, de la discipline, de la mémoire et de la persévérance. Il demande surtout que des femmes et des hommes acceptent de commencer avant que les foules ne les rejoignent.
Mon intime conviction : ne pas mépriser les petits commencements
Je crois qu’il ne faut pas mépriser les petits commencements. Toute minorité n’a pas vocation à changer l’histoire. Mais aucune grande transformation n’a commencé par être majoritaire dès le premier jour.
Ce qui compte, ce n’est pas seulement d’être nombreux. C’est de devenir suffisamment clairs, organisés, crédibles, disciplinés et persévérants pour que d’autres puissent nous rejoindre sans avoir le sentiment de sauter dans le vide.
La masse critique, telle que je la comprends ici, c’est le moment où une cause cesse d’être seulement juste pour devenir socialement puissante. C’est le moment où une idée cesse d’être seulement proclamée pour devenir portée par des corps, des voix, des pratiques, des réseaux, des organisations et des institutions en construction. C’est le moment où la peur commence à changer de camp. C’est le moment où une minorité organisée ouvre un passage dans l’histoire.
Voilà pourquoi il faut continuer. Non pas par naïveté, non pas par romantisme militant, non pas parce que la victoire serait automatique, mais parce que l’histoire montre que les peuples qui changent leur destin commencent souvent par des minorités qui refusent de se laisser intimider par leur faible nombre.
Des minorités qui pensent, qui s’organisent, qui apprennent, qui durent, qui inspirent et qui deviennent progressivement une masse critique.
Et lorsqu’une masse critique naît, ce qui semblait impossible peut commencer à devenir possible.
#CeQueJeCrois
#LesIdeesComptent
#NousAvonsLeChoix
#NousAvonsLePouvoir
#AllumonsNosCerveaux
Références pour aller plus loin
Sur la résistance civile, la non-violence et la règle des 3,5 %
- Erica Chenoweth & Maria J. Stephan, Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict, Columbia University Press, 2011.
Lien : Page de présentation de l’ouvrage par Erica Chenoweth - Erica Chenoweth & Maria J. Stephan, « Why Civil Resistance Works: The Strategic Logic of Nonviolent Conflict », International Security, vol. 33, n°1, 2008.
Lien : PDF consultable via ICNC - Harvard Kennedy School, Carr Center, « The 3.5% Rule: How a Small Minority Can Change the World ».
Lien : Article du Carr Center sur la règle des 3,5 % - Erica Chenoweth, « The Future of Nonviolent Resistance », Carr Center Discussion Paper, 2020.
Lien : PDF du Carr Center - Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy: A Conceptual Framework for Liberation, The Albert Einstein Institution, 1993.
Lien : Page de présentation via ICNC - Gene Sharp, The Politics of Nonviolent Action, Porter Sargent, 1973.
Lien : Présentation de l’ouvrage via ICNC
Sur les basculements sociaux, la diffusion des idées et les mouvements sociaux
- Damon Centola, Joshua Becker, Devon Brackbill & Andrea Baronchelli, « Experimental Evidence for Tipping Points in Social Convention », Science, 2018.
Lien : Article dans Science - Everett M. Rogers, Diffusion of Innovations, 5ᵉ édition, Free Press, 2003.
Lien : Page de l’éditeur Simon & Schuster - David A. Snow & Robert D. Benford, « Ideology, Frame Resonance, and Participant Mobilization », International Social Movement Research, vol. 1, 1988.
Lien : Notice GESIS - Robert D. Benford & David A. Snow, « Framing Processes and Social Movements: An Overview and Assessment », Annual Review of Sociology, 2000.
Lien : Version PDF consultable - Doug McAdam, Political Process and the Development of Black Insurgency, 1930–1970, University of Chicago Press, 1982 ; 2ᵉ éd. 1999.
Lien : Page de University of Chicago Press
Sur le Cameroun, l’UPC, les villes mortes et la crise anglophone
- Richard A. Joseph, Radical Nationalism in Cameroun: Social Origins of the U.P.C. Rebellion, Oxford / Clarendon Press, 1977.
Lien : Notice Cambridge Core / recension de l’ouvrage - ARTICLE 19, Cameroon: A Transition in Crisis, 1997.
Lien : PDF du rapport - Global Nonviolent Action Database, « Cameroonians general strike for democratic elections, 1991 ».
Lien : Fiche sur les villes mortes / Ghost Towns - Human Rights Watch, World Report 1992 – Cameroon.
Lien : Section Cameroun du rapport HRW - International Crisis Group, « Cameroon’s Anglophone Crisis at the Crossroads », 2017.
Lien : Rapport ICG - ACCORD / ReliefWeb, « The Anglophone Dilemma in Cameroon », 2017.
Lien : Article via ReliefWeb
Sur les exemples africains évoqués
- Anti-Apartheid Movement Archives, « Boycott South African Goods ».
Lien : Archives du mouvement anti-apartheid - Participedia, « Mobilising the African Youth: Lessons from the Y’en a Marre Movement ».
Lien : Étude de cas Participedia - James Genova, « Y’En A Marre! Senegal in the Season of Discontent », Origins, Ohio State University, 2012.
Lien : Article d’Origins - USIP, Eloïse Bertrand, Mobilization, Negotiation, and Transition in Burkina Faso, 2021.
Lien : PDF USIP - Global Nonviolent Action Database, « Burkina Faso protesters remove Blaise Compaoré from power, 2014 ».
Lien : Fiche de cas Swarthmore
