QUAND LA COLÈRE DES PAUVRES SE TROMPE D’ENNEMI

Réflexions d’un Africain inquiet sur la xénophobie, la pauvreté et le piège du bouc émissaire en Afrique du Sud

Par Franck Essi
08 juillet 2026

Il y a des pays africains que l’on regarde avec une attention particulière, parce qu’ils portent plus que leur propre destin. L’Afrique du Sud fait partie de ces pays-là.

Pour beaucoup d’Africains de ma génération, elle demeure l’un des grands symboles politiques du continent : le pays de la lutte contre l’apartheid, le pays de Mandela, de Steve Biko, de Winnie Mandela, de Desmond Tutu, mais aussi l’un des rares États africains capables de peser dans les grands débats internationaux.

Ces dernières années encore, l’Afrique du Sud a souvent suscité, chez moi comme chez beaucoup d’autres, une certaine fierté africaine. Elle nous a donné le sentiment qu’un État africain pouvait encore parler fort dans un monde dominé par les rapports de puissance.

Cette fierté tient notamment à plusieurs éléments :

  • son initiative sur le dossier de Gaza devant la Cour internationale de Justice ;
  • son rôle dans les BRICS+ ;
  • son positionnement en faveur d’un ordre mondial moins dominé par l’Occident ;
  • sa capacité à tenir tête à certaines pressions diplomatiques, y compris face à l’administration Trump ;
  • son image de puissance africaine capable d’assumer une parole internationale autonome. [1]

C’est précisément pour cela que les violences xénophobes qui reviennent périodiquement en Afrique du Sud me heurtent autant.

Comment comprendre qu’un pays qui parle si fortement au nom de la justice internationale puisse laisser prospérer, dans certains de ses quartiers populaires, une hostilité aussi brutale contre d’autres Africains pauvres ?

Comment comprendre qu’une nation qui a bénéficié de la solidarité africaine pendant les années de lutte contre l’apartheid puisse voir aujourd’hui des Africains être menacés, humiliés, chassés ou attaqués parce qu’ils sont étrangers, ou simplement supposés l’être ?

Je n’écris pas ces lignes en spécialiste de l’Afrique du Sud. Je les écris comme un Africain qui observe ce grand pays avec admiration, respect, inquiétude et parfois tristesse.

Il m’est arrivé d’effectuer deux séjours dans ce pays. À chaque fois, j’ai été frappé par le contraste entre la beauté du pays, la puissance de ses infrastructures, la sophistication de certains espaces urbains, et les mises en garde presque permanentes contre l’insécurité. On vous rappelle de faire attention à vos déplacements. On vous donne des consignes fermes. On vous dit de garder les vitres de la voiture fermées, surtout au niveau des arrêts, des feux, des ronds-points ou dans certains quartiers.

Ces expériences ne font pas de moi un expert. Mais elles m’ont permis de ressentir quelque chose que les statistiques seules ne disent pas toujours : l’insécurité en Afrique du Sud n’est pas seulement un sujet de débat public ; elle est une expérience sociale quotidienne, une atmosphère, une prudence incorporée dans les gestes ordinaires.

Il serait donc absurde de nier que beaucoup de Sud-Africains vivent dans une société dure, tendue, marquée par la peur, l’incertitude et la violence sociale. Mais reconnaître cette réalité ne signifie pas accepter que cette peur soit retournée contre les plus vulnérables.

Une société peut avoir de vrais problèmes de sécurité sans que les étrangers deviennent automatiquement les coupables de son malheur.

Il serait injuste de réduire l’Afrique du Sud aux violences xénophobes. Mais il serait tout aussi injuste de faire comme si ces violences ne disaient rien de profond sur l’état social, politique et moral du pays.

Depuis des années, on assiste à des poussées récurrentes de xénophobie. Les épisodes ne sont pas toujours identiques. Les contextes changent, les acteurs changent, les déclencheurs immédiats changent. Mais quelque chose revient : des migrants africains deviennent, par moments, les cibles visibles d’une colère sociale profonde.

Les violences de 2008, celles qui ont suivi en 2015, 2019, 2021-2022, puis les mobilisations plus récentes encore, semblent dessiner une inquiétante continuité. En 2008, Human Rights Watch rappelait que les attaques xénophobes avaient fait 62 morts et provoqué des déplacements massifs. [2]

Quand une société traverse régulièrement des poussées de haine contre des étrangers pauvres, il faut regarder au-delà de l’événement. Il faut interroger la souffrance qui s’exprime, mais aussi la cible que cette souffrance se choisit.

Une puissance africaine traversée par de profondes fractures

Pour comprendre ce qui se joue, il faut d’abord regarder l’Afrique du Sud telle qu’elle est aujourd’hui : une grande puissance africaine, mais aussi une société profondément fracturée.

Sur le plan démographique, le pays comptait environ 63,1 millions d’habitants à la mi-2025. La population noire africaine représentait environ 82 % de la population totale, tandis que les populations coloured, blanche, indienne ou asiatique constituaient les autres grands groupes hérités de l’histoire sociale et politique du pays. [3]

Le terme coloured mérite d’être expliqué, car il peut surprendre en français. En Afrique du Sud, il ne désigne pas simplement une “couleur” de peau au sens ordinaire. C’est une catégorie héritée de l’histoire coloniale et de l’apartheid, utilisée pour désigner des populations métisses, issues de trajectoires historiques complexes mêlant Africains, Européens, Malais, Khoïsan, esclaves affranchis et autres groupes.

Ces catégories sont lourdes d’histoire. Elles rappellent que l’Afrique du Sud n’a pas seulement été un État racialisé par le passé ; elle demeure une société où les effets économiques et sociaux de cette histoire se lisent encore dans plusieurs dimensions :

  • l’espace urbain ;
  • les revenus ;
  • la propriété ;
  • l’éducation ;
  • l’accès aux postes de direction ;
  • la transmission du patrimoine ;
  • la relation quotidienne au pouvoir économique.

Sur le plan politique, l’Afrique du Sud est entrée dans une période nouvelle depuis les élections de 2024. Pour la première fois depuis la fin de l’apartheid, l’ANC a perdu sa majorité absolue au Parlement, ouvrant la voie à un gouvernement d’unité nationale. [4]

Ce changement n’est pas anodin. Il traduit à la fois la vitalité de la démocratie sud-africaine, l’usure d’un parti historique, la frustration sociale accumulée et l’impatience des citoyens face au chômage, à l’insécurité, au logement, à la corruption et aux services publics.

Sur le plan économique, l’Afrique du Sud reste l’une des économies les plus importantes et les plus sophistiquées du continent. Elle dispose d’un secteur financier développé, d’un appareil industriel encore significatif, d’un secteur minier stratégique, d’universités reconnues, d’entreprises puissantes et d’une diplomatie économique active.

Mais cette puissance coexiste avec une croissance faible, un chômage massif et une concentration très forte de la richesse.

En 2025, le PIB réel, c’est-à-dire la production économique corrigée de l’inflation, a progressé d’environ 1,1 %. Au premier trimestre 2026, l’économie a encore progressé de 0,5 %, soutenue notamment par la finance, l’agriculture, le commerce et les transports. [5]

Ces chiffres donnent l’image d’une économie qui fonctionne, mais qui ne transforme pas suffisamment la vie de la majorité.

Le problème sud-africain n’est pas l’absence totale de richesse. Le problème est la manière dont cette richesse est produite, contrôlée, transmise et répartie.

Les données disponibles sur les revenus des ménages sont éclairantes. En 2023, le revenu annuel moyen d’un ménage sud-africain était estimé à environ 204 359 rands, avec un revenu médian de 95 770 rands. Mais derrière cette moyenne se cachent des écarts considérables : les ménages dirigés par des personnes blanches affichaient un revenu moyen d’environ 676 375 rands, contre 143 632 rands pour les ménages dirigés par des personnes noires africaines. [6]

Autrement dit, dans ces données, le revenu moyen d’un ménage dirigé par une personne blanche apparaît presque cinq fois supérieur à celui d’un ménage dirigé par une personne noire africaine.

Ces chiffres n’épuisent pas toute la complexité sociale du pays. Mais ils disent quelque chose de très fort : la fin politique de l’apartheid n’a pas suffi à produire une justice économique profonde.

La concentration du patrimoine semble encore plus vertigineuse. Des travaux spécialisés estiment que les 10 % les plus riches détiennent plus de 85 % du patrimoine des ménages, tandis que les 1 % les plus riches en détiennent environ 55 %. [7]

Dans une telle configuration, parler de crise sociale sans parler de propriété, de capital, d’héritage, d’éducation, de localisation urbaine et de pouvoir économique revient à rester à la surface des choses.

Dans une société aussi inégalitaire, le migrant pauvre peut facilement devenir visible. Mais les vrais centres de richesse et de pouvoir, eux, restent souvent beaucoup moins accessibles à la colère populaire.

Le BEE : une réponse nécessaire, mais une transformation inachevée

On ne peut pas parler de la répartition de la richesse en Afrique du Sud sans évoquer les politiques de transformation économique mises en place après l’apartheid, notamment le Black Economic Empowerment, puis le Broad-Based Black Economic Empowerment.

Le BEE, puis le B-BBEE, peuvent être traduits approximativement par “autonomisation économique des Noirs” ou “élargissement de la participation économique des populations historiquement exclues”.

Leur logique de départ me paraît difficilement contestable : on ne pouvait pas sortir d’un ordre politique racialisé en laissant intacte la structure économique produite par cet ordre.

Ces politiques visaient notamment à favoriser :

  • l’accès des Noirs sud-africains à la propriété des entreprises ;
  • leur accès aux postes de direction ;
  • leur participation aux marchés publics ;
  • le développement des compétences ;
  • l’appui aux entreprises noires ;
  • l’inclusion dans les chaînes de fournisseurs ;
  • une participation plus large des groupes historiquement exclus à l’économie formelle. [8]

Il serait injuste de dire que rien n’a changé. Une classe moyenne noire s’est développée. Des cadres noirs occupent aujourd’hui des responsabilités importantes. Des entrepreneurs noirs ont émergé. Des mécanismes de développement des compétences, d’appui aux fournisseurs et d’inclusion économique ont été mis en œuvre.

Mais le bilan reste contrasté.

D’un côté, le BEE répondait à une nécessité historique. De l’autre, il n’a pas suffi à transformer en profondeur la structure de l’économie.

Les données récentes sur les postes de direction montrent que les Blancs restent très fortement surreprésentés au sommet des entreprises. La Commission for Employment Equity a encore souligné en 2026 que les niveaux supérieurs de décision, notamment le top management et le senior management, demeuraient fortement marqués par les hiérarchies raciales et de genre. [9]

Des critiques récurrentes évoquent aussi des pratiques de façade, une conformité artificielle, des contournements, une concentration des bénéfices sur une minorité connectée et une transformation plus visible dans certains indicateurs que dans la vie quotidienne des pauvres. Reuters a encore rappelé en 2026 que le B-BBEE demeure controversé, certains critiques estimant qu’il a enrichi une minorité politiquement connectée sans résoudre assez largement les inégalités économiques. [10]

Mon sentiment, à partir de ce que j’ai lu rapidement, est donc le suivant : le BEE a pu ouvrir des portes, mais il n’a pas encore transformé la maison économique dans laquelle la majorité des pauvres sud-africains continue d’attendre sa place.

C’est dans cet espace d’attente, de frustration et de promesses partiellement tenues que les discours anti-migrants deviennent efficaces.

Lorsqu’une société promet la justice économique mais ne la distribue pas suffisamment, la colère finit par chercher une cible plus proche, plus visible, plus vulnérable.

Une colère sociale réelle, mais une cible discutable

La colère d’une partie des pauvres d’Afrique du Sud ne vient donc pas de nulle part.

Elle s’enracine dans une société où les inégalités sont immenses, où le chômage reste massif, où les quartiers populaires portent encore les traces de l’apartheid, où les jeunes regardent souvent les promesses de la démocratie sans en percevoir les fruits.

Au premier trimestre 2026, le taux de chômage officiel était estimé à 32,7 %. Le nombre de personnes employées avait reculé de 345 000, tandis que le nombre de chômeurs augmentait de 301 000. [11]

La situation des jeunes est encore plus préoccupante. Statistics South Africa indiquait qu’au premier trimestre 2026, 4,7 millions de jeunes de 15 à 34 ans étaient au chômage. [12]

Ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Ils disent une crise d’avenir. Ils disent des familles sous pression, des quartiers où l’attente devient désespoir, des jeunes qui vivent dans un pays démocratique mais ne se sentent pas toujours inclus dans son économie.

Mais reconnaître la profondeur d’une souffrance ne revient pas à valider toutes les directions qu’elle peut prendre.

Une colère peut être légitime par ses causes et dangereuse par ses cibles.

C’est peut-être l’un des drames sud-africains actuels : une colère sociale compréhensible semble parfois se détourner des structures qui produisent la misère pour frapper des personnes elles-mêmes fragiles.

Les mouvements anti-migrants : vrais problèmes, mauvaises explications

Les mobilisations anti-migrants ne sont pas toutes identiques. Elles forment plutôt un écosystème de mouvements, de slogans, de réseaux sociaux, de groupes de quartier et de formations politiques plus ou moins structurées.

Parmi les plus visibles ces dernières années, on retrouve notamment Operation Dudula, March and March, Put South Africa First, ainsi que d’autres campagnes locales reprenant des arguments similaires.

D’après ce que j’ai pu lire, leurs arguments tournent généralement autour de quelques thèmes récurrents :

  • les migrants prendraient les emplois des Sud-Africains ;
  • ils accepteraient des salaires plus bas ;
  • ils satureraient les hôpitaux, les écoles et les services publics ;
  • ils seraient liés à la criminalité ou à certains trafics ;
  • ils domineraient certains segments du commerce informel ;
  • ils occuperaient illégalement des logements ou des bâtiments ;
  • l’État serait incapable de contrôler les frontières et les documents ;
  • les citoyens sud-africains seraient abandonnés chez eux au profit des étrangers.

Ces arguments ne doivent pas être caricaturés trop rapidement. Certains expriment une demande réelle d’État : contrôle des frontières, gestion administrative sérieuse, lutte contre la fraude, application du droit du travail, protection des travailleurs, régulation du commerce, ordre dans les villes, sécurité dans les quartiers.

Un pays ne peut pas fonctionner sans règles.

Demander à l’État de contrôler les frontières, de lutter contre les faux documents, de faire respecter le droit du travail ou de protéger les services publics n’est pas en soi xénophobe.

Ce qui devient xénophobe, c’est de transformer ces demandes légitimes en haine générale contre les étrangers, surtout lorsqu’ils sont pauvres, noirs et africains.

Ce qui devient dangereux, c’est lorsque des groupes privés prétendent vérifier les papiers, fermer des commerces, bloquer l’accès à des services, intimider des personnes ou imposer leur propre conception de l’ordre public.

Human Rights Watch a documenté, en 2026, de nouvelles vagues d’attaques et d’intimidations contre des étrangers en Afrique du Sud, y compris des actions visant l’accès à des services publics comme la santé. [13]

La difficulté est que ces mouvements prospèrent sur un mélange de vrais problèmes et de mauvaises explications.

Les vrais problèmes existent : chômage, pauvreté, criminalité, défaillance de l’État, mauvaise gouvernance migratoire, pression sur certains services publics, concurrence dans l’économie informelle.

Mais l’idée que les migrants seraient la cause centrale de ces problèmes est beaucoup plus contestable.

La force politique du bouc émissaire vient précisément de là : il transforme une souffrance réelle en explication faussement évidente.

Ce que les chiffres obligent à nuancer

Dans les discours anti-migrants, l’idée d’une “invasion” revient souvent. Elle frappe les imaginaires parce qu’elle donne l’impression d’une dépossession massive : les emplois seraient pris, les hôpitaux saturés, les quartiers transformés, les commerces confisqués, la sécurité menacée.

Mais les données disponibles invitent à beaucoup plus de mesure.

Selon les chiffres officiels du recensement de 2022, l’Afrique du Sud comptait environ 2,4 millions de personnes nées à l’étranger, soit autour de 3,9 % de la population. Une autre estimation de Statistics South Africa, à partir de l’Income and Expenditure Survey 2022/2023, évoque environ 3,1 millions de personnes nées à l’étranger, soit environ 5,1 % de la population. [14]

Ces chiffres ne règlent pas tout. Les données sur l’immigration irrégulière sont toujours difficiles à établir avec une précision parfaite, et tout État doit être capable de mieux connaître les réalités de son territoire.

Mais les ordres de grandeur disponibles ne confirment pas les discours alarmistes qui évoquent parfois 15 à 30 millions de migrants irréguliers. [15]

Les migrants sont visibles, mais ils ne sont pas démographiquement dominants.

Cette nuance est essentielle.

Dans les villes, les marchés, les quartiers populaires, les commerces de proximité, la construction, le travail domestique ou l’économie informelle, les migrants peuvent être très présents aux yeux des populations locales. Cette visibilité sociale peut créer des tensions, surtout dans un contexte de pauvreté.

Mais la visibilité ne doit pas être confondue avec la responsabilité principale de la crise.

Il faut aussi éviter de mettre dans le même sac :

  • les migrants économiques ;
  • les réfugiés ;
  • les demandeurs d’asile ;
  • les personnes en situation irrégulière ;
  • les résidents documentés ;
  • les citoyens naturalisés ;
  • les Sud-Africains nés hors du pays.

Lorsqu’un débat public efface toutes ces distinctions, il prépare souvent plus de confusion que de justice.

Les étrangers volent-ils les emplois ?

C’est probablement l’accusation la plus forte et la plus politiquement efficace.

Dans un pays où le chômage officiel dépasse 32 %, l’idée que les étrangers “volent” les emplois trouve facilement un terrain émotionnel.

Mais les éléments disponibles invitent à distinguer la perception de la réalité économique.

Les migrants sont présents dans certains secteurs : commerce informel, construction, travail domestique, restauration, agriculture, services, petits métiers urbains. Ils peuvent donc être perçus comme des concurrents directs par des Sud-Africains pauvres qui cherchent eux-mêmes à survivre dans les mêmes espaces économiques.

Cependant, les travaux et analyses disponibles ne permettent pas de conclure que les migrants seraient la cause principale du chômage sud-africain.

Le problème semble plutôt venir de facteurs structurels beaucoup plus profonds :

  • une économie qui ne crée pas assez d’emplois ;
  • une croissance trop lente ;
  • un système éducatif très inégal ;
  • une faible absorption des jeunes par le marché du travail ;
  • une structure productive incapable d’intégrer massivement les personnes peu qualifiées ;
  • une géographie urbaine encore marquée par l’apartheid ;
  • des institutions publiques qui ne parviennent pas toujours à faire respecter les règles.

Un argument mérite toutefois d’être entendu : dans certains secteurs, des employeurs peuvent préférer embaucher des migrants, parfois parce qu’ils acceptent des conditions plus précaires ou parce qu’ils sont plus vulnérables.

Mais dans ce cas, le problème ne se limite pas à la présence du migrant. Il concerne aussi les employeurs, le droit du travail, l’inspection, la précarité, la faiblesse de la syndicalisation et l’incapacité de l’État à faire respecter des règles équitables.

Lorsqu’un employeur exploite un migrant pauvre contre un travailleur sud-africain pauvre, le responsable principal n’est pas seulement le migrant. C’est aussi le système qui rend cette exploitation possible.

Expulser des migrants ne créerait pas mécaniquement une économie capable d’absorber des millions de chômeurs.

La vraie question n’est donc pas de savoir comment chasser des pauvres étrangers, mais comment créer suffisamment d’emplois dignes pour les Sud-Africains tout en gouvernant correctement la migration.

Les étrangers sont-ils responsables de la criminalité ?

L’autre accusation centrale concerne la criminalité. Là encore, il faut tenir ensemble plusieurs vérités.

D’abord, il existe évidemment des étrangers impliqués dans des infractions. Aucun groupe humain n’est en dehors du crime. Il serait absurde de nier toute implication de personnes étrangères dans certaines activités illégales.

Mais ce constat ne permet pas de conclure que les étrangers seraient responsables de la criminalité sud-africaine dans son ensemble.

La criminalité en Afrique du Sud a des causes profondes : histoire de la violence, inégalités extrêmes, pauvreté urbaine, économie criminelle locale, faiblesse de la police dans certains territoires, défiance envers l’État, gangs, chômage, violences sociales et impunité.

Les données carcérales doivent aussi être lues avec nuance. Le World Prison Brief indique que les détenus étrangers représentaient 14,9 % de la population carcérale sud-africaine au 31 décembre 2025. [16]

Ce chiffre n’est pas négligeable et mérite d’être analysé. Mais il ne dit pas à lui seul que les étrangers produisent la criminalité.

La population carcérale ne mesure pas directement l’ensemble des crimes commis. Elle peut être influencée par plusieurs facteurs : détention provisoire, absence de papiers, difficulté d’obtenir une caution, absence d’adresse stable, moindre accès à une bonne défense, confusion entre infractions migratoires et criminalité violente.

Le lien entre migration et insécurité existe comme question de gouvernance. Mais il devient mensonge politique lorsqu’on transforme tous les migrants en suspects permanents.

La réponse sérieuse est institutionnelle : meilleure police, justice plus efficace, données plus fines, lutte contre les réseaux criminels, contrôle du travail, régulation des documents et coopération régionale.

Elle ne peut pas être la suspicion générale contre des millions de personnes.

La question migratoire existe, mais elle n’explique pas tout

Il serait irresponsable de nier qu’il existe en Afrique du Sud de vrais défis migratoires.

Tout État a le droit et le devoir d’organiser ses frontières, ses documents, ses procédures d’asile, son marché du travail, l’accès aux services publics, la lutte contre la fraude, la lutte contre les abus et la coopération avec les pays voisins.

Mais il serait tout aussi discutable de faire des migrants la cause centrale des difficultés sud-africaines.

Le chômage massif, la pauvreté, la crise du logement, la criminalité, la corruption, la faiblesse de certains services publics, les difficultés de gouvernance locale et les inégalités héritées de l’histoire ne peuvent pas raisonnablement être imputés d’abord aux migrants.

La question à poser n’est donc pas seulement : combien y a-t-il d’étrangers ?

Elle est plus profonde : pourquoi une minorité migrante devient-elle, dans certains moments de crise, l’explication privilégiée de problèmes sociaux beaucoup plus vastes ?

Il me semble que la réponse tient en partie à l’affaiblissement de la confiance dans l’État.

Quand l’État ne protège pas assez, ne crée pas suffisamment d’emplois, ne garantit pas des services publics dignes, ne contrôle pas ses propres procédures, ne lutte pas suffisamment contre la corruption et ne produit plus d’explication crédible du malheur social, les populations cherchent une cause visible.

Et très souvent, la cause visible devient l’étranger.

La xénophobie prospère là où les problèmes structurels cherchent un visage humain à accuser.

Quand la rue prétend remplacer la loi

Les violences récentes ne surgissent pas dans un vide historique. Elles s’inscrivent dans une séquence plus longue.

Mais la période récente semble marquer une étape préoccupante : il ne s’agit plus seulement d’explosions locales de violence, mais aussi de mobilisations anti-migrants plus organisées.

ACLED a recensé 61 événements de mobilisation anti-migrants entre avril et la mi-juin 2026, notamment sous l’impulsion du mouvement March and March. [17]

Fin juin 2026, les marches anti-migrants ont conduit à plus de 900 arrestations. Selon Reuters, les autorités policières sud-africaines ont évoqué 120 marches, dont 108 présentées comme pacifiques et 12 ayant nécessité une intervention policière. [18]

L’État a également mobilisé 3 405 militaires à partir du 28 juin 2026, pour un coût estimé à 54,6 millions de rands. [19]

Ces chiffres montrent que la xénophobie n’est pas seulement un problème moral. Elle devient aussi un problème de sécurité publique, un coût budgétaire, un facteur de fragmentation sociale, une menace pour l’État de droit et un problème d’image internationale.

Elle ne coûte pas seulement aux migrants. Elle coûte à toute la société.

Il faut distinguer deux choses : la gestion légitime de la migration par l’État et la prétention de groupes privés à faire eux-mêmes la police des frontières, des quartiers, des commerces ou des hôpitaux.

La première relève de l’action publique. La seconde menace directement l’État de droit.

Lorsqu’un groupe de citoyens décide qui doit présenter ses papiers, qui a le droit de vendre, de louer, de circuler, de travailler ou d’accéder à un service, on n’est plus dans une politique migratoire.

On entre dans une zone dangereuse où la loi est remplacée par l’intimidation et où la citoyenneté devient une arme contre plus faible que soi.

Le droit de manifester est légitime. La critique des politiques migratoires est légitime. La demande d’un État plus efficace est légitime.

Mais aucune de ces légitimités ne peut justifier que des personnes soient menacées, chassées, humiliées ou attaquées parce qu’elles sont étrangères ou supposées l’être.

Un État qui laisse des groupes privés décider qui a le droit de vivre, de travailler, de circuler ou de se soigner n’est plus seulement confronté à une crise migratoire. Il est confronté à une crise de l’État de droit.

La contradiction panafricaine sud-africaine

Il y a dans cette situation une douleur particulière.

L’Afrique du Sud a bénéficié de la solidarité africaine pendant les années de lutte contre l’apartheid. Des pays africains ont accueilli ses militants, soutenu ses organisations, porté sa cause sur la scène internationale et parfois payé un prix élevé pour cette solidarité.

Voir aujourd’hui des Africains pauvres menacés, chassés ou humiliés en Afrique du Sud ne peut donc laisser indifférent.

Cela ne signifie pas que l’Afrique du Sud devrait renoncer à toute politique migratoire. Aucun pays sérieux ne peut fonctionner sans règles, sans documents, sans procédures, sans contrôle et sans capacité administrative.

Mais il y a une différence essentielle entre :

  • gouverner la migration et haïr les migrants ;
  • faire respecter la loi et livrer des êtres humains à la foule ;
  • défendre les droits des citoyens et nier la dignité des étrangers ;
  • construire une politique publique et encourager la suspicion collective.

L’Afrique du Sud ne peut pas vouloir être une grande puissance africaine tout en laissant prospérer l’Afrophobie dans ses quartiers populaires.

Cette contradiction ne concerne pas seulement les Sud-Africains. Elle interroge tous les Africains.

Elle nous oblige à demander ce que signifie réellement le panafricanisme lorsqu’il ne s’agit plus seulement de discours diplomatiques, mais de relations concrètes entre pauvres africains dans les villes, les marchés, les quartiers et les lieux de travail.

Des conséquences qui dépassent les victimes immédiates

Les violences xénophobes détruisent d’abord des vies individuelles : des familles déplacées, des commerces perdus, des logements abandonnés, des revenus interrompus, des enfants déscolarisés, des personnes qui n’osent plus aller travailler, se soigner ou porter plainte.

Mais leurs conséquences vont plus loin.

À l’intérieur du pays, elles peuvent produire un affaiblissement de la cohésion sociale, une défiance croissante entre voisins, une montée du vigilantisme, une perturbation des économies locales, une banalisation de la violence collective et un détournement de l’attention des causes profondes de la crise.

À l’extérieur, elles abîment les relations de l’Afrique du Sud avec d’autres pays africains.

Des ressortissants étrangers ont été rapatriés par leurs pays, certains gouvernements ont alerté leurs citoyens, et la question a pris une dimension diplomatique continentale. Associated Press a rapporté début juillet 2026 que le Nigeria avait annoncé la mort de deux de ses ressortissants dans le contexte de ces violences et que plusieurs pays africains avaient pris des mesures de rapatriement ou d’alerte. [20]

Par exemple, le Ghana a décidé de reporter des rencontres bilatérales avec l’Afrique du Sud en raison de la montée des violences anti-migrants. [21]

La xénophobie est une défaite intérieure qui devient rapidement une crise extérieure.

Elle atteint l’image du pays, son autorité morale, son soft power africain, sa crédibilité panafricaine et la confiance des autres peuples africains.

La responsabilité des élites

Il serait trop facile d’accuser seulement les foules.

Les foules ne pensent jamais dans le vide. Elles sont nourries par des discours, des silences, des ambiguïtés, des calculs électoraux et parfois par l’incapacité des institutions à apporter des réponses concrètes.

Lorsque des responsables politiques parlent des migrants comme s’ils étaient la cause principale du chômage, ils savent probablement ce qu’ils activent.

Lorsqu’ils associent trop facilement immigration, criminalité et effondrement social, ils prennent le risque de rendre la violence pensable.

Lorsqu’ils condamnent les attaques tout en reprenant les récits qui les rendent plausibles, ils alimentent une ambiguïté dangereuse.

Le pouvoir sud-africain a condamné les violences, rappelé que l’application des lois migratoires relève de l’État et non de groupes privés, et annoncé des mesures de sécurité. Cela est nécessaire.

Mais la question reste plus profonde : combien de temps les États africains continueront-ils à découvrir les conséquences de leurs propres échecs seulement lorsque ces échecs deviennent violents ?

Une société ne devient pas xénophobe en un jour.

Elle peut le devenir quand les frustrations s’accumulent, quand les inégalités se reproduisent, quand les services publics se dégradent, quand les discours simplificateurs se banalisent et quand les élites préfèrent désigner des coupables plutôt que résoudre les problèmes.

Le peuple ne devient pas violent seulement parce qu’il souffre. Il peut devenir violent lorsque sa souffrance reçoit une mauvaise explication.

Ce que cela peut nous enseigner comme Camerounais et comme Africains

Cette crise ne concerne pas seulement l’Afrique du Sud.

Elle parle à tous les pays africains où la souffrance populaire peut être détournée contre de mauvaises cibles.

Au Cameroun aussi, nous connaissons la tentation du bouc émissaire. Lorsque le système échoue, on accuse parfois :

  • une région ;
  • une ethnie ;
  • une communauté linguistique ;
  • les déplacés internes ;
  • la diaspora ;
  • les jeunes ;
  • les fonctionnaires ;
  • les commerçants ;
  • les opposants ;
  • les étrangers ;
  • les “allogènes”.

Les situations ne sont évidemment pas identiques. Chaque pays a son histoire, ses tensions, ses blessures et ses formes propres de violence symbolique ou matérielle.

Mais le mécanisme du bouc émissaire est reconnaissable dans beaucoup de sociétés en crise.

Chaque société en crise finit par chercher un coupable. La vraie question est de savoir si elle aura la lucidité de chercher les causes profondes ou la facilité de frapper les plus exposés.

Le danger, chez nous comme ailleurs, est de substituer la haine horizontale à la responsabilité verticale, l’accusation du voisin à l’interpellation des gouvernants, le ressentiment identitaire à la transformation politique, la violence contre les faibles à la réforme des structures.

C’est ainsi que les peuples peuvent être neutralisés : on les pousse à se battre entre eux.

Donner une bonne explication à la souffrance

La politique commence souvent par l’explication du malheur.

Celui qui contrôle cette explication contrôle en grande partie la direction de la colère.

Si l’on explique au peuple que son problème vient du migrant, il attaquera le migrant.

Si l’on explique que son problème vient d’un modèle économique injuste, d’un État défaillant, d’une gouvernance corrompue, d’une absence de politiques sociales sérieuses, alors sa colère peut devenir une force de transformation.

C’est pourquoi l’éducation politique est décisive.

Un peuple qui souffre sans comprendre peut devenir dangereux pour lui-même. Un peuple qui souffre et comprend peut devenir une force historique.

L’enjeu n’est donc pas de nier les problèmes migratoires. L’Afrique du Sud doit probablement mieux organiser ses frontières, ses documents, ses procédures d’asile, son marché du travail, ses services publics, sa coopération régionale et ses mécanismes de justice et de sécurité.

Mais elle doit le faire sans haine, sans vigilantisme, sans mensonge et sans déshumanisation.

La vraie politique migratoire n’a pas besoin de xénophobie. Elle a besoin d’État, de données, de justice, de coopération et de respect de la dignité humaine.

Refuser la facilité de la haine

Le migrant africain en Afrique du Sud n’est pas un concept.

C’est souvent un père, une mère, un enfant, un travailleur, un réfugié, un commerçant, un étudiant, une personne qui a fui la misère, la guerre, la crise politique ou l’absence d’avenir.

Le voir uniquement comme une menace, c’est déjà perdre une part de notre humanité.

L’Afrique a suffisamment souffert des frontières imposées, des divisions coloniales, des guerres internes, des nationalismes étroits, des manipulations identitaires et des violences entre pauvres.

Elle n’a pas besoin d’ajouter à ses blessures une guerre des pauvres contre les pauvres.

Le vrai courage politique n’est pas d’apprendre aux pauvres à haïr d’autres pauvres.

Le vrai courage politique est de les aider à comprendre pourquoi ils sont pauvres, qui profite de leur colère, et comment transformer cette colère en puissance de changement.

La colère des pauvres peut être une force de libération. Mais lorsqu’elle se trompe d’ennemi, elle devient une arme contre les innocents.

Je n’écris donc pas pour donner une leçon à l’Afrique du Sud.

J’écris parce que ce qui se passe dans ce grand pays nous concerne tous.

J’écris parce que les crises africaines ont souvent des formes locales, mais des mécanismes communs.

J’écris parce que chaque fois que des pauvres sont poussés à haïr d’autres pauvres, c’est toute l’Afrique qui devrait s’inquiéter.

L’Afrique du Sud nous avertit peut-être. À nous d’entendre cet avertissement avec lucidité, humilité et courage.

Franck Essi
08 juillet 2026

#CeQueJeCrois
#LesIdéesComptent
#AllumonsNosCerveaux

Notes et références

[1] Cour internationale de Justice, dossier officiel de l’affaire Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza — Afrique du Sud c. Israël : https://www.icj-cij.org/case/192.
Sur les BRICS, voir la présentation officielle de la présidence 2026 : https://www.brics2026.gov.in/about-us/.
Sur les tensions entre Donald Trump et les BRICS, voir Reuters, Trump threatens extra 10% tariffs on BRICS as leaders gather in Rio, 7 juillet 2025 : https://www.reuters.com/world/china/leaders-growing-brics-group-gather-rio-summit-2025-07-06/.

[2] Human Rights Watch, World Report 2009: South Africa, section sur les attaques xénophobes de 2008 : https://www.hrw.org/world-report/2009/country-chapters/south-africa.
Voir aussi Human Rights Watch, South Africa: New Waves of Xenophobic Attacks, 20 mai 2026 : https://www.hrw.org/news/2026/05/20/south-africa-new-waves-of-xenophobic-attacks.

[3] Statistics South Africa, Mid-year population estimates 2025 : https://www.statssa.gov.za/publications/P0302/P03022025.pdf.

[4] Parliamentary Monitoring Group, Election Results and Allocation of Seats in Parliament, National Assembly and Provincial Legislatures 2024 : https://pmg.org.za/blog/Election%20Results%20and%20Allocation%20of%20Seats%20in%20Parliament%20National%20Assembly%20and%20Provincial%20Legislatures%202024.
Voir aussi Reuters, South Africa’s ANC to invite other parties to form government of national unity, 6 juin 2024 : https://www.reuters.com/world/africa/south-africas-anc-invite-other-parties-form-government-national-unity-ramaphosa-2024-06-06/.

[5] Statistics South Africa, GDP expands by 0,5%, 9 juin 2026 : https://www.statssa.gov.za/?p=19603.

[6] Statistics South Africa, Income & Expenditure Survey 2022/2023, 29 janvier 2025 : https://www.statssa.gov.za/?p=17995.

[7] Aroop Chatterjee, Léo Czajka et Amory Gethin, Wealth Inequality in South Africa, 1993–2017, World Bank : https://openknowledge.worldbank.org/bitstreams/4e572124-f2e2-49d9-89e7-900c94a39e00/download.

[8] Department of Trade, Industry and Competition, informations sur le B-BBEE : https://www.thedtic.gov.za/financial-and-non-financial-support/b-bbee/broad-based-black-economic-empowerment/.

[9] South African Government / Commission for Employment Equity, Labour market structure remaining hierarchical in terms of race and gender, 2026 : https://www.gov.za/news/media-statements/employment-and-labour-labour-market-structure-remaining-hierarchical-terms.

[10] Reuters, South Africa proposes new way for firms to comply with Black empowerment policy, 29 janvier 2026 : https://www.reuters.com/world/africa/south-africa-proposes-new-way-firms-comply-with-black-empowerment-policy-2026-01-29/.

[11] Statistics South Africa, Quarterly Labour Force Survey, Quarter 1: 2026 : https://www.statssa.gov.za/publications/P0211/P02111stQuarter2026.pdf.
Voir aussi Reuters, South Africa’s official unemployment rate rises to 32.7% in first quarter, 12 mai 2026 : https://www.reuters.com/world/africa/south-africas-official-unemployment-rate-rises-327-first-quarter-2026-05-12/.

[12] Statistics South Africa, South Africa’s youth remain vulnerable in the labour market, 2026 : https://www.statssa.gov.za/?p=19526.

[13] Human Rights Watch, South Africa: New Waves of Xenophobic Attacks, 20 mai 2026 : https://www.hrw.org/news/2026/05/20/south-africa-new-waves-of-xenophobic-attacks.

[14] Statistics South Africa, Understanding South Africa’s Immigrant and Internal Migration Patterns, 19 février 2025 : https://www.statssa.gov.za/?p=18042.
Africa Check, How many foreign-born people are there in South Africa?, 18 juillet 2025 : https://africacheck.org/infofinder/explore-facts/how-many-foreign-born-people-are-there-south-africa.

[15] Institute for Security Studies, Anti-migrant myths that have been allowed to fester in South Africa, 19 juin 2026 : https://issafrica.org/iss-today/anti-migrant-myths-that-have-been-allowed-to-fester-in-south-africa.

[16] World Prison Brief, South Africa — Total prison population, données sur les détenus étrangers : https://prisonstudies.org/country/south-africa?language_content_entity=en-gb.

[17] ACLED, Is South Africa experiencing its highest peak of anti-migrant mobilization?, 23 juin 2026 : https://acleddata.com/expert-comment/south-africa-experiencing-its-highest-peak-anti-migrant-mobilization.

[18] Reuters, Over 900 arrested during South African anti-migrant protests, 1er juillet 2026 : https://www.reuters.com/world/south-african-police-say-they-arrested-over-900-people-during-anti-migrant-2026-07-01/.

[19] Reuters, South Africa deploys troops to bolster security during anti-migrant protests, 3 juillet 2026 : https://www.reuters.com/world/africa/south-africa-deploys-troops-bolster-security-during-anti-migrant-protests-2026-07-03/.

[20] Associated Press, Nigeria says 2 nationals were killed during anti-migrant violence in South Africa, 5 juillet 2026 : https://apnews.com/article/5448f808e7830b254de8c70038c08af7.

[21] Reuters, Ghana delays South Africa meetings over anti-migrant violence, 7 juillet 2026 : https://www.reuters.com/world/africa/ghana-delays-south-africa-meetings-over-anti-migrant-violence-2026-07-07/.

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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