QUAND NOS CERTITUDES VONT PLUS VITE QUE LES FAITS

Cultiver le discernement face aux ignorances qui nous empêchent d’avancer

Par Franck Essi, 08 aout 2026

Chaque matin, beaucoup d’entre nous consultent WhatsApp, Facebook, TikTok ou X avant même de commencer véritablement leur journée.

Nous y découvrons des messages, des vidéos, des déclarations, des captures d’écran, des témoignages et des commentaires. Certaines informations sont exactes. D’autres ne présentent qu’une partie de la réalité. D’autres encore sont fausses ou volontairement manipulées.

Pourtant, il nous arrive de réagir avant d’avoir vérifié.

Nous transférons un message. Nous commentons une vidéo. Nous accusons une personne. Nous défendons notre camp. Nous attaquons le camp d’en face.

En quelques heures, une information dont personne ne connaît exactement l’origine peut devenir une certitude collective. Elle peut provoquer la colère, renforcer les divisions, détruire une réputation ou détourner l’attention des véritables problèmes.

Je ne dis pas cela en me plaçant au-dessus des autres. Il m’est arrivé, à moi aussi, de croire trop rapidement une information parce qu’elle me paraissait vraisemblable ou parce qu’elle confirmait ce que je pensais déjà.

Avec le temps, j’ai compris que notre problème ne vient pas seulement de ce que nous ignorons. Il vient aussi du fait que nous avons parfois du mal à reconnaître notre ignorance.

Nous voulons avoir un avis sur tout. Nous supportons difficilement de dire : « Je ne sais pas. » Nous confondons facilement :

  • ce que nous avons entendu avec ce que nous avons vérifié ;
  • ce que nous pensons avec ce que nous savons ;
  • ce que nous espérons avec ce qui est réellement établi ;
  • ce qui nous paraît possible avec ce qui est prouvé.

Nos certitudes vont alors plus vite que les faits.

C’est à partir de ce constat que je voudrais réfléchir au discernement. Non pas comme quelqu’un qui aurait trouvé le moyen de ne plus jamais se tromper, mais comme un citoyen qui essaie de mieux comprendre ses propres erreurs et celles que nous commettons collectivement.

Être instruit ne signifie pas toujours savoir discerner

Pendant longtemps, j’ai eu tendance à penser que plus une personne était instruite, plus elle était capable de comprendre les situations avec justesse.

L’expérience m’a progressivement appris à nuancer cette conviction.

Nous pouvons avoir beaucoup lu et rester prisonniers de nos préjugés. Nous pouvons être diplômés et partager de fausses informations. Nous pouvons maîtriser un domaine technique tout en refusant d’écouter un argument qui dérange nos convictions.

Nous pouvons même connaître l’histoire et reproduire certaines erreurs de ceux qui nous ont précédés.

L’instruction nous donne des connaissances. Le discernement nous aide à les utiliser avec honnêteté.

Je crois donc que le discernement n’est ni un diplôme ni un talent réservé à quelques personnes exceptionnellement lucides. Ce n’est pas non plus une intuition mystérieuse qui nous permettrait de toujours avoir raison.

J’ai tendance à le considérer comme un effort permanent : chercher à voir une situation avec le plus de justesse possible, malgré nos émotions, nos intérêts, nos préférences et les limites de nos informations.

Concrètement, cela suppose de nous poser quelques questions simples :

  • Qu’est-ce que je sais réellement ?
  • D’où vient l’information que je m’apprête à partager ?
  • Ai-je entendu une seule version ou plusieurs versions ?
  • Suis-je devant un fait, une interprétation ou une simple hypothèse ?
  • Est-ce que je réagirais de la même manière si cette information concernait mon propre camp ?
  • Qu’est-ce qui pourrait me faire changer d’avis ?
  • Quelles conséquences mon message peut-il produire ?

Discerner ne veut pas dire douter de tout. Ce n’est pas refuser de prendre position. Ce n’est pas non plus attendre une certitude absolue avant d’agir.

Dans la vie personnelle comme dans la vie publique, nous devons souvent prendre des décisions alors que nous ne savons pas tout.

Je pense que l’essentiel est d’adapter la force de nos affirmations à la solidité des éléments dont nous disposons :

  • lorsque les faits sont établis, nous pouvons les affirmer ;
  • lorsque nous disposons seulement d’indices, nous pouvons formuler une hypothèse prudente ;
  • lorsque les informations sont contradictoires, nous devons le reconnaître ;
  • lorsque nous ne savons pas, nous devons pouvoir dire : « Je ne sais pas encore. »

Reconnaître que nous ne savons pas n’est pas une faiblesse. C’est souvent le premier pas vers une compréhension plus juste.

Nous n’ignorons pas toujours les mêmes choses

Lorsque nous parlons d’ignorance, nous pensons généralement au simple fait de ne pas connaître quelque chose. Mais la réalité me paraît plus complexe.

Nous pouvons ignorer les faits, les causes, les conséquences ou les solutions possibles. Ces différentes formes d’ignorance ne produisent pas les mêmes erreurs.

1. L’ignorance des faits : nous ne savons pas ce qui s’est réellement passé

Une vidéo circule sur les réseaux sociaux. Elle montre une personne en train de prononcer quelques phrases choquantes. Nous nous indignons immédiatement.

Plus tard, nous découvrons que la vidéo a été coupée, que les paroles ont été sorties de leur contexte ou que la scène s’est déroulée plusieurs années auparavant dans un autre pays.

Dans ce cas, notre ignorance porte sur les faits eux-mêmes.

Nous ne savons pas :

  • qui a produit le contenu ;
  • où et quand la scène s’est déroulée ;
  • ce qui s’est passé avant ou après ;
  • si les images ont été modifiées ;
  • si d’autres sources confirment la même version.

La première attitude devrait alors être de vérifier. Pourtant, l’émotion provoquée par la vidéo nous pousse souvent à réagir avant même de chercher à comprendre.

2. L’ignorance des causes : nous voyons le problème, mais pas ce qui l’a produit

Nous pouvons constater qu’un produit est devenu plus cher au marché sans savoir pourquoi.

Est-ce la conséquence d’une mauvaise récolte ? Du coût du transport ? D’une hausse des prix internationaux ? De taxes trop lourdes ? De pratiques spéculatives ? De l’insécurité dans une zone de production ? De plusieurs de ces facteurs à la fois ?

De la même manière, nous pouvons constater le chômage des jeunes, les coupures d’électricité, la mauvaise qualité d’un service public ou l’échec d’une politique sans comprendre les décisions, les intérêts et les dysfonctionnements qui ont conduit à cette situation.

Voir un problème ne signifie pas automatiquement en comprendre les causes.

Lorsque nous ignorons ces causes, nous devenons plus vulnérables aux explications trop simples. Nous cherchons un seul responsable pour un problème qui résulte parfois d’une longue chaîne de décisions et de défaillances.

3. L’ignorance des conséquences : nous voyons l’avantage immédiat, mais pas le prix à payer

Un citoyen accepte quelques billets, un sac de riz ou une promesse personnelle en échange de son vote.

Sur le moment, il peut avoir le sentiment d’avoir obtenu quelque chose de concret. Il peut aussi se dire que, puisque les politiciens ne tiennent pas leurs promesses, il vaut mieux prendre immédiatement ce qui est offert.

Je peux comprendre le raisonnement, surtout lorsque les difficultés économiques sont fortes.

Mais nous devons également regarder les conséquences.

En vendant son vote, le citoyen aide à installer ou à maintenir un système dans lequel l’élu considère qu’il a acheté son mandat. Il se sent alors moins obligé de rendre des comptes.

Le prix réel peut se payer pendant plusieurs années :

  • une école abandonnée ;
  • un centre de santé mal équipé ;
  • une route impraticable ;
  • des emplois qui ne viennent pas ;
  • des détournements qui restent impunis ;
  • des services publics qui fonctionnent mal.

Ce que nous gagnons aujourd’hui peut parfois nous coûter beaucoup plus cher demain.

4. L’ignorance des alternatives : nous croyons qu’il n’existe pas d’autre possibilité

Il arrive que nous acceptions une situation non parce que nous la trouvons bonne, mais parce que nous ne connaissons rien d’autre.

Nous finissons par penser :

  • que tous les dirigeants sont nécessairement les mêmes ;
  • que la corruption fait partie de notre culture ;
  • que les citoyens ne peuvent rien changer ;
  • que l’autoritarisme serait la seule manière de gouverner ;
  • que toute tentative de transformation est vouée à l’échec.

Dans ce cas, nous ignorons les alternatives. Nous ne savons pas comment d’autres peuples ont résolu des problèmes semblables. Nous ne connaissons pas les expériences locales qui fonctionnent déjà. Nous n’avons peut-être jamais vu une administration honnête ou une organisation véritablement démocratique.

Lorsqu’aucune alternative n’est visible, ce qui existe finit par nous paraître inévitable.

Voilà donc une première distinction importante. Nous pouvons ignorer :

  • les faits ;
  • les causes ;
  • les conséquences ;
  • les alternatives.

Mais cette distinction ne suffit pas. Une autre me paraît encore plus importante : pourquoi ignorons-nous ?

Deux situations différentes : l’ignorance involontaire et l’ignorance entretenue

Je crois qu’il faut clairement séparer deux formes d’ignorance que nous confondons souvent.

1. L’ignorance involontaire : nous ne savons pas parce que nous n’avons pas les moyens de savoir

L’ignorance involontaire est celle que nous subissons.

Nous pouvons ignorer une information parce que :

  • personne ne nous l’a enseignée ;
  • les documents nécessaires ne sont pas accessibles ;
  • les autorités refusent de communiquer ;
  • nous n’avons pas reçu la formation permettant de comprendre une question complexe ;
  • les informations disponibles sont contradictoires ;
  • les médias n’ont pas pu enquêter ;
  • nous n’avons ni le temps ni les moyens de tout vérifier.

Prenons une situation simple. Une mère de famille reçoit sur WhatsApp un message annonçant la fermeture prochaine d’un établissement scolaire. Elle ne trouve aucune communication officielle et ne sait pas qui contacter. Si elle croit cette information, son erreur ne vient pas nécessairement d’un refus de comprendre. Elle vient peut-être du vide laissé par les responsables qui auraient dû informer les familles.

Il en va de même lorsque des citoyens s’interrogent sur une décision publique sans pouvoir consulter les textes, les budgets ou les rapports correspondants.

On ne peut pas reprocher aux citoyens de ne pas connaître des informations que les institutions gardent dans l’ombre.

L’ignorance involontaire ne doit donc pas être traitée avec mépris. Elle appelle principalement :

  • l’éducation ;
  • l’explication ;
  • la transparence ;
  • l’accès à l’information ;
  • le travail des journalistes ;
  • la communication honnête des institutions.

2. L’ignorance entretenue : nous pourrions chercher à savoir, mais nous préférons protéger nos certitudes

L’ignorance entretenue est différente.

Dans ce cas, des informations sont disponibles. Nous pourrions les lire, les écouter ou les comparer. Mais nous préférons détourner le regard parce que ce que nous risquons de découvrir dérangerait nos convictions, nos intérêts ou notre appartenance à un groupe.

Quelques exemples me paraissent familiers :

  • nous refusons de lire un article uniquement parce qu’il vient d’un média que notre camp n’apprécie pas ;
  • nous partageons immédiatement une accusation contre un adversaire, mais exigeons des preuves impossibles lorsqu’elle concerne un allié ;
  • nous continuons à répéter une information après avoir appris qu’elle était fausse ;
  • nous évitons les personnes capables de contredire nos opinions ;
  • nous défendons un responsable politique, religieux ou associatif malgré des faits sérieux, parce que reconnaître ses erreurs nous ferait perdre la face ;
  • nous sélectionnons seulement les éléments qui confirment ce que nous pensions déjà.

L’ignorance involontaire signifie : « Je ne savais pas et je n’avais pas véritablement les moyens de savoir. »

L’ignorance entretenue signifie : « Je pouvais chercher à savoir, mais je n’ai pas voulu regarder ce qui pouvait déranger mes certitudes. »

La frontière entre les deux n’est pas toujours parfaitement nette. Nous pouvons commencer dans l’ignorance involontaire, puis choisir de l’entretenir.

Par exemple, je peux recevoir une fausse information et la croire de bonne foi. À ce moment-là, mon ignorance est involontaire. Mais si quelqu’un me montre ensuite des éléments sérieux qui la contredisent et que je refuse de les examiner, mon attitude change.

Nous ne sommes pas toujours responsables de notre ignorance de départ. Mais nous devenons davantage responsables de ce que nous faisons lorsque la possibilité d’apprendre se présente.

Pourquoi entretenons-nous parfois notre propre ignorance ?

Je ne pense pas que nous refusions toujours la vérité par mauvaise foi.

Plusieurs mécanismes peuvent nous pousser à protéger une conviction, même lorsqu’elle devient difficile à défendre.

Nous aimons les informations qui nous donnent raison

Une information qui confirme notre opinion nous paraît immédiatement crédible. Nous avons moins envie de vérifier parce qu’elle nous apporte une satisfaction : « Je le savais ! »

À l’inverse, une information qui contredit notre opinion provoque de la méfiance, parfois avant même que nous l’ayons lue.

Nous voulons rester fidèles à notre groupe

Reconnaître une erreur peut nous exposer aux critiques de nos amis, de notre parti, de notre communauté ou de notre organisation.

Nous avons peur d’être considérés comme faibles, déloyaux ou indécis. Nous préférons alors défendre une position fragile plutôt que de risquer l’isolement.

Nous avons du mal à reconnaître publiquement que nous nous sommes trompés

Plus nous avons défendu une opinion avec force, plus il devient difficile de revenir dessus.

Nous nous disons peut-être : « Que vont penser les autres si je change d’avis ? »

Pourtant, je crois qu’une personne qui change honnêtement de position à la lumière de nouveaux faits ne se déshonore pas. Elle montre qu’elle préfère la vérité à son orgueil.

Nous sommes submergés par trop d’informations

Il faut également être juste. Tout le monde n’a pas le temps de vérifier chaque message, de lire plusieurs articles et de remonter jusqu’à la source originale.

La fatigue, les difficultés quotidiennes et la quantité de contenus que nous recevons réduisent notre attention. Cette situation nous rend plus vulnérables aux messages simples, spectaculaires et répétés.

Les plateformes numériques renforcent parfois le problème. Elles nous montrent davantage de contenus semblables à ceux que nous avons déjà aimés. Nous pouvons ainsi avoir l’impression que tout le monde pense comme nous.

À force de n’entendre que notre propre camp, nous pouvons finir par confondre une opinion répétée avec une vérité établie.

Exiger la vérité sans fabriquer des certitudes

Le Cameroun nous offre régulièrement des exemples de cette difficulté.

Lorsqu’un président de la République disparaît de la scène publique pendant une longue période, cette absence devient un fait observable. Les citoyens ont le droit de s’interroger sur son état, sur sa capacité à exercer ses fonctions et sur la continuité du pouvoir.

À mon sens, ils ont même le devoir de poser ces questions. Dans une démocratie, la santé institutionnelle du pays ne peut pas être traitée comme une affaire privée.

Mais nous devons distinguer clairement :

  • le fait établi : l’absence prolongée du président de la scène publique ;
  • la question légitime : qui gouverne réellement et comment les décisions sont-elles prises ?
  • l’hypothèse : ce que cette absence pourrait signifier ;
  • la rumeur : ce qui est affirmé sans preuve suffisante.

Cette distinction ne nous oblige pas à nous taire.

Nous pouvons demander des comptes sans inventer les réponses.

Nous pouvons dénoncer l’opacité sans transformer chaque rumeur en vérité.

Nous pouvons reconnaître que nous ne savons pas exactement ce qui se passe tout en affirmant que le silence des institutions est anormal.

Refuser la rumeur ne signifie pas défendre le pouvoir. Exiger des preuves ne signifie pas renoncer à la vigilance citoyenne.

Je crois même que la demande de transparence devient plus forte lorsqu’elle repose sur des faits solides. Une accusation fragile peut être facilement rejetée. Une question précise, fondée sur des faits vérifiables, est beaucoup plus difficile à éviter.

Quand notre confusion profite aux mauvais systèmes

J’ai tendance à considérer que le manque de discernement n’est pas seulement un problème personnel. Il peut devenir un véritable instrument de pouvoir.

Un mauvais système n’a pas toujours besoin de faire croire à tout le monde la même chose. Il peut simplement multiplier les versions, créer la confusion et pousser les citoyens à s’affronter.

Pendant que nous nous disputons sur des rumeurs, nous parlons moins :

  • du fonctionnement des institutions ;
  • de l’utilisation de l’argent public ;
  • de l’accès à la santé et à l’éducation ;
  • de l’emploi des jeunes ;
  • de la qualité des routes ;
  • de la justice ;
  • de la responsabilité des dirigeants.

Peu à peu, la fidélité au camp remplace la fidélité aux faits. Nous devenons très rapides pour condamner les fautes de nos adversaires et très habiles pour excuser celles de nos alliés.

Cette logique ne touche pas seulement les responsables politiques. Elle peut également atteindre les médias, les influenceurs, les organisations citoyennes et les militants.

Les messages les plus violents attirent souvent davantage l’attention. Une accusation spectaculaire circule plus rapidement qu’une analyse prudente. Une rumeur tient en quelques phrases, alors qu’une explication sérieuse demande du temps.

Nous devenons alors faciles à mobiliser contre quelqu’un, mais beaucoup plus difficiles à organiser durablement pour quelque chose.

Or, je crois qu’une société ne se transforme pas uniquement par l’indignation. Il faut que :

  • la souffrance devienne conscience ;
  • la conscience devienne organisation ;
  • l’organisation produise un rapport de force ;
  • le rapport de force permette de changer les règles et les institutions.

La colère peut réveiller un peuple. Mais, sans discernement ni organisation, elle ne lui indique pas toujours le bon chemin.

Faire du discernement une habitude quotidienne

Depuis plusieurs années, je reviens souvent au titre d’une célèbre gravure de Francisco de Goya : « Le sommeil de la raison engendre des monstres. »

Je ne pense pas que la raison suffise à tout résoudre. Nous avons également besoin de nos émotions, de notre intuition, de notre mémoire, de notre culture et de notre spiritualité.

Mais lorsque nous renonçons complètement à examiner ce que nous croyons, nos peurs et nos préjugés peuvent prendre toute la place.

Un ami avait ajouté à la formule de Goya : « Le sommeil de la raison engendre des monstres et des monstruosités. »

Je comprends les « monstres » comme les peurs, les mensonges et les illusions que nous produisons. Les « monstruosités » sont les injustices que ces mensonges peuvent ensuite nous conduire à accepter ou à justifier.

Pour cette raison, je pense que le discernement doit devenir une forme d’hygiène quotidienne.

Avant de partager une information, nous pouvons nous demander :

  • Qui en est la source ?
  • Cette source est-elle identifiable ?
  • D’autres sources sérieuses confirment-elles l’information ?
  • La date, le lieu et le contexte sont-ils connus ?
  • Le titre correspond-il réellement au contenu ?
  • Est-ce un fait, une opinion ou une hypothèse ?

Avant de condamner une personne, nous pouvons nous demander :

  • Quels faits sont véritablement établis ?
  • Ai-je écouté sa version ?
  • Est-ce que je critique un comportement précis ou est-ce que je condamne toute la personne ?
  • Aurais-je la même réaction si elle appartenait à mon camp ?

Avant de prendre position, nous pouvons nous demander :

  • Qu’est-ce que je ne sais pas encore ?
  • Quelles autres explications sont possibles ?
  • Quelles conséquences ma position peut-elle produire ?
  • Qu’est-ce qui pourrait honnêtement me faire changer d’avis ?

Ces questions ne garantissent pas que nous aurons toujours raison. Elles peuvent seulement nous aider à nous tromper moins souvent et à corriger plus rapidement nos erreurs.

Apprendre à vivre avec certaines questions sans réponse

Nous vivons dans un environnement qui nous pousse à réagir immédiatement.

Celui qui répond rapidement paraît informé. Celui qui hésite peut donner l’impression de manquer de courage. Celui qui reconnaît ses doutes risque d’être accusé de faiblesse ou de complicité.

Pourtant, toutes les questions ne peuvent pas recevoir une réponse immédiate.

Certaines situations exigent une enquête. Certaines informations doivent être recoupées. Certaines décisions demandent du temps. Certaines vérités n’apparaissent qu’après plusieurs témoignages ou plusieurs vérifications.

Je crois que nous devons apprendre à vivre, au moins provisoirement, avec certaines questions sans réponse.

Cela ne signifie pas rester passifs. Nous pouvons continuer à chercher, interroger, documenter et demander des comptes.

Mais nous pouvons résister à la tentation de remplir chaque silence par une invention.

Le vide laissé par l’absence d’information ne doit pas automatiquement être rempli par la rumeur.

Le courage citoyen ne consiste pas seulement à parler. Il peut aussi consister à :

  • attendre avant de partager ;
  • corriger publiquement une information fausse ;
  • reconnaître qu’un adversaire a raison sur un point ;
  • admettre que notre propre camp s’est trompé ;
  • modifier notre opinion lorsque les faits changent ;
  • dire honnêtement : « Je ne sais pas encore. »

Une conviction peut être forte tout en restant ouverte aux faits. Lorsqu’elle refuse d’avance tout élément contraire, elle ne nous aide plus à comprendre. Elle devient une prison.

La responsabilité ne repose pas seulement sur les citoyens

Il serait injuste, à mes yeux, de demander aux citoyens d’être plus rigoureux sans interroger les institutions qui produisent ou entretiennent le manque d’information.

Comment vérifier correctement lorsque les documents publics ne sont pas accessibles ?

Comment éviter les rumeurs lorsque les autorités gardent le silence pendant des semaines ?

Comment demander aux journalistes d’enquêter lorsqu’ils ne disposent ni des moyens ni de la protection nécessaires ?

Comment développer l’esprit critique lorsque l’école demande surtout aux élèves de mémoriser et de répéter ?

La responsabilité est donc partagée.

Une société qui veut développer le discernement a besoin :

  • d’une école qui apprend à raisonner, questionner et argumenter ;
  • de médias professionnels capables de vérifier les faits ;
  • d’administrations qui rendent les informations publiques accessibles ;
  • de dirigeants qui acceptent la contradiction ;
  • d’une justice indépendante capable d’établir les responsabilités ;
  • d’organisations citoyennes qui forment leurs membres à réfléchir, et pas seulement à obéir ;
  • de plateformes numériques plus responsables face aux manipulations.

Les citoyens doivent apprendre à chercher la vérité. Mais les institutions ne doivent pas organiser l’obscurité.

Je crois que la transformation exige donc un double mouvement :

  • construire des institutions plus transparentes et plus responsables ;
  • devenir nous-mêmes plus honnêtes dans notre manière de nous informer, de juger et de parler.

Les institutions doivent créer les conditions du discernement. Mais nous devons aussi décider d’en faire usage.

Préférer la vérité à nos certitudes

Je ne prétends pas avoir atteint cette exigence. Je me trompe encore. Il m’arrive certainement de croire trop vite, de juger avec des informations incomplètes ou d’être plus sévère envers certains qu’envers d’autres.

Mais je crois que nous pouvons tous progresser si nous acceptons de nous examiner avec honnêteté.

Nous pouvons commencer par quelques questions :

  • Quelles informations partageons-nous sans les avoir vérifiées ?
  • Quelles vérités refusons-nous parce qu’elles nous dérangent ?
  • Quels comportements excusons-nous chez nos alliés ?
  • Quelles opinions défendons-nous seulement parce qu’elles sont populaires dans notre milieu ?
  • Quand avons-nous reconnu pour la dernière fois que nous nous étions trompés ?
  • Quelles questions avons-nous cessé de poser ?

J’aimerais que nous construisions une culture citoyenne dans laquelle reconnaître une erreur ne soit pas considéré comme une humiliation.

Une culture dans laquelle :

  • le doute raisonnable n’est pas confondu avec la faiblesse ;
  • la fidélité à une cause n’exige pas l’aveuglement ;
  • nous appliquons à nos amis les mêmes exigences qu’à nos adversaires ;
  • nous pouvons contredire une autorité sans devenir son ennemi ;
  • la recherche de la vérité compte davantage que la victoire dans une discussion.

Cela peut commencer dans nos familles, nos groupes WhatsApp, nos associations, nos partis politiques, nos communautés religieuses, nos médias et nos institutions.

Nos sociétés ont besoin de citoyens éveillés. Des citoyens qui ne croient pas tout, mais qui ne rejettent pas tout non plus. Des citoyens qui vérifient, questionnent, s’organisent, demandent des comptes et refusent d’être de simples spectateurs de leur propre avenir.

Le discernement ne garantit pas, à lui seul, le changement. Mais je crois que, sans lui, notre citoyenneté reste fragile. Nos colères, même lorsqu’elles sont légitimes, peuvent être détournées. Nos engagements peuvent être manipulés. Nos divisions peuvent nous éloigner des véritables responsabilités.

Le discernement est peut-être l’une des formes les plus discrètes du courage citoyen : avoir des convictions sans fermer les yeux, défendre une cause sans renoncer aux faits et rechercher la vérité même lorsqu’elle dérange notre propre camp.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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