CHEIKH ANTA DIOP : RETROUVER L’HISTOIRE POUR RECONSTRUIRE L’AVENIR

Certaines personnes écrivent des livres. D’autres changent la manière dont des générations entières regardent le monde.

Cheikh Anta Diop appartient à cette seconde catégorie.

Historien, anthropologue, physicien, linguiste, homme politique et penseur panafricaniste, il a consacré l’essentiel de sa vie à une bataille qui dépassait largement les cercles universitaires : celle de la place de l’Afrique dans l’histoire de l’humanité.

À première vue, son combat pouvait sembler tourné vers le passé. En réalité, il parlait surtout de l’avenir. Car au fond, la question qu’il posait était simple : comment un peuple peut-il construire son avenir lorsqu’on lui a appris à douter de lui-même ?

Cette interrogation traverse toute son œuvre. Elle explique aussi pourquoi, plusieurs décennies après sa disparition, ses travaux continuent d’alimenter les débats sur l’histoire, l’identité, la souveraineté et le développement du continent africain.

Une vie consacrée au savoir

Cheikh Anta Diop naît le 29 décembre 1923 à Caytou, près de Diourbel, au Sénégal. Il grandit dans un contexte colonial où l’histoire enseignée aux Africains est largement écrite par d’autres et souvent à leur détriment. Très tôt, il développe une conviction qui ne le quittera plus : la domination politique s’accompagne presque toujours d’une domination intellectuelle.

En 1946, il part poursuivre ses études en France. Son parcours impressionne encore aujourd’hui par son ampleur. Là où beaucoup choisissent une spécialité, il décide d’explorer plusieurs disciplines : l’histoire, la philosophie, la linguistique, l’anthropologie, l’égyptologie, mais aussi les mathématiques, la chimie et la physique.

Ce choix n’est pas seulement celui d’un étudiant curieux. Il reflète déjà une intuition fondamentale : les grands problèmes africains ne pourront être résolus qu’en mobilisant à la fois les sciences humaines et les sciences exactes. Cette approche interdisciplinaire deviendra l’une des marques de son œuvre.

Une bataille contre l’effacement historique

Pour comprendre l’importance de Cheikh Anta Diop, il faut se rappeler le contexte intellectuel de son époque. Pendant longtemps, une partie importante de la recherche occidentale a présenté l’Afrique subsaharienne comme un continent marginal dans l’histoire des civilisations. Les grandes réalisations africaines étaient souvent minimisées, ignorées ou attribuées à des influences extérieures.

Cette lecture n’était pas sans conséquences. Lorsqu’un peuple entend pendant des générations qu’il n’a rien créé de significatif, il finit parfois par intérioriser cette vision de lui-même. Or, pour Diop, cette question n’était pas seulement historique. Elle était politique, culturelle et psychologique. Elle touchait directement à la capacité d’un peuple à croire en lui-même.

C’est pourquoi il entreprend un immense travail de recherche visant à réexaminer les origines et les contributions des civilisations africaines.

L’Égypte ancienne : bien plus qu’un débat sur le passé

Le nom de Cheikh Anta Diop reste souvent associé à ses travaux sur l’Égypte ancienne. Pour lui, l’Égypte pharaonique doit être pleinement réinscrite dans l’histoire africaine et ne peut être séparée du reste du continent comme cela a souvent été fait.

Cette thèse a suscité des débats parfois passionnés. Mais réduire son travail à une simple querelle sur l’origine des Égyptiens serait passer à côté de l’essentiel. Ce qui l’intéresse n’est pas seulement l’identité d’un peuple ancien. C’est la manière dont les récits historiques façonnent les consciences contemporaines.

Dans des ouvrages majeurs comme Nations nègres et culture, L’Unité culturelle de l’Afrique noire, Antériorité des civilisations nègres ou encore Civilisation ou barbarie, il cherche à démontrer que les peuples africains ont contribué de manière significative à l’histoire mondiale. Son objectif n’est pas de remplacer un mythe par un autre. Il est de réintroduire l’Afrique dans une histoire dont elle a souvent été exclue.

Une méthode fondée sur la démonstration

L’une des forces de Cheikh Anta Diop réside dans sa méthode. À une époque où beaucoup de débats identitaires reposent principalement sur des affirmations idéologiques, il cherche systématiquement à produire des démonstrations.

Pour cela, il mobilise plusieurs outils :

  • la linguistique comparée ;
  • l’anthropologie ;
  • l’archéologie ;
  • l’histoire ;
  • l’étude des institutions ;
  • les traditions culturelles africaines ;
  • les méthodes scientifiques modernes.

Peu de gens savent par exemple qu’il s’est fortement intéressé aux méthodes de datation scientifique et qu’il a contribué au développement de la recherche scientifique au Sénégal, notamment autour des techniques de datation au carbone 14.

Cette dimension est souvent sous-estimée. Car au fond, l’un des messages centraux de Diop est que les Africains doivent produire du savoir, et non se contenter de consommer celui produit ailleurs.

C’est dans cet esprit qu’il lance son célèbre appel : « Armez-vous de science jusqu’aux dents. »

Cette phrase résume probablement mieux que toute autre sa vision de l’émancipation.

Une œuvre qui continue de susciter le débat

Comme toute œuvre importante, celle de Cheikh Anta Diop n’échappe pas à la critique. Certaines de ses thèses ont été confirmées ou enrichies par des recherches ultérieures. D’autres ont été discutées ou nuancées.

C’est normal.

La science progresse par le débat, la confrontation des arguments et la réévaluation permanente des connaissances. Reconnaître cela ne diminue en rien son importance. Au contraire, l’une des marques des grands penseurs est précisément leur capacité à ouvrir des débats durables.

Après Cheikh Anta Diop, il est devenu beaucoup plus difficile de parler sérieusement de l’histoire de l’humanité sans prendre en compte les contributions africaines. En cela, son impact dépasse largement chacune de ses conclusions particulières.

Penser l’Afrique de demain

On oublie souvent que Cheikh Anta Diop ne s’intéressait pas uniquement au passé. Il réfléchissait également aux conditions du développement africain : l’éducation, la science, l’industrialisation, les langues africaines, l’intégration régionale, la souveraineté économique et la capacité à produire des connaissances.

Pour lui, l’indépendance politique ne suffit pas. Un pays peut avoir un drapeau, un gouvernement et des institutions nationales tout en restant dépendant intellectuellement, technologiquement ou économiquement.

La véritable souveraineté exige davantage.

Elle exige la maîtrise du savoir.

L’unité africaine comme projet stratégique

Parmi les idées les plus fortes de Cheikh Anta Diop figure celle de l’unité africaine. Là encore, son approche est souvent plus pragmatique qu’on ne le pense. Il ne défend pas seulement l’unité au nom de la fraternité ou de la mémoire commune. Il la défend parce qu’il considère qu’elle constitue une condition de puissance.

Dans Les Fondements économiques et culturels d’un État fédéral d’Afrique noire, il explique que les défis auxquels l’Afrique est confrontée dépassent souvent les capacités d’États isolés et fragiles. Recherche scientifique, développement industriel, défense, infrastructures, commerce, influence diplomatique : selon lui, ces enjeux exigent une vision continentale.

Plus de soixante ans après la publication de cet ouvrage, cette réflexion demeure étonnamment actuelle.

Quelques idées fortes pour notre temps

L’héritage de Cheikh Anta Diop dépasse largement les débats historiques. Il nous rappelle que la connaissance est une condition de la liberté. Il nous rappelle que la science est une condition de la souveraineté. Il nous rappelle que l’identité n’a de sens que si elle permet d’agir sur le réel. Il nous rappelle que le développement n’est pas seulement une question d’infrastructures ou de croissance économique, mais aussi de confiance collective et de capacité à produire des idées.

Enfin, il nous rappelle que les défis africains appellent souvent des réponses africaines pensées à l’échelle du continent.

Ce que je crois

Ce qui me frappe le plus chez Cheikh Anta Diop, ce n’est pas seulement sa volonté de réhabiliter le passé africain. C’est sa volonté de préparer l’avenir.

Son œuvre ne nous invite pas à vivre dans la nostalgie. Elle nous invite à retrouver suffisamment de confiance pour créer : créer des connaissances, créer des institutions, créer des technologies, créer des entreprises, créer des politiques publiques, créer des solutions adaptées à nos réalités.

Au fond, la question qu’il nous laisse est peut-être celle-ci : avons-nous aujourd’hui l’ambition, la discipline et les institutions nécessaires pour produire l’avenir que nous appelons de nos vœux ?

Car un peuple qui ne produit plus ses idées finit souvent par importer celles des autres. Un peuple qui ne produit plus son savoir finit souvent par dépendre du savoir des autres. Et un peuple qui perd confiance dans sa capacité à créer risque progressivement de perdre sa capacité à choisir son destin.

C’est sans doute la raison pour laquelle Cheikh Anta Diop continue de parler à notre époque. Non pas parce qu’il nous demande d’admirer ce que furent nos ancêtres, mais parce qu’il nous demande ce que nous sommes prêts à construire pour ceux qui viendront après nous.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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