QUI ÉCHOUE À PLANIFIER PLANIFIE DÉJÀ SON ÉCHEC

Par Franck Essi

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Dans nos organisations militantes, nous parlons souvent d’engagement, de sacrifice, de courage, de mobilisation et de transformation sociale. Tout cela est nécessaire. Mais il y a une vérité simple que nous oublions parfois : une cause juste ne suffit pas à produire des résultats justes. Il faut aussi de la clarté, de la méthode, de la discipline et de la planification.

Qui échoue à planifier planifie déjà son échec.

Cette phrase peut sembler dure. Pourtant, elle dit quelque chose de fondamental pour toute personne engagée dans une organisation, un mouvement citoyen, un parti politique, une association ou une initiative communautaire. On peut avoir de bonnes intentions et produire peu d’effets. On peut être sincère et rester inefficace. On peut être motivé et désorganisé. On peut multiplier les réunions, les messages, les appels et les activités sans avancer réellement vers les objectifs fixés.

C’est pourquoi la planification n’est pas un luxe administratif. Elle est une exigence militante.

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La planification commence par soi

Avant d’être collective, la planification est d’abord personnelle. Un militant qui ne planifie pas sa journée finit souvent par subir la journée des autres. Les urgences des autres deviennent ses priorités. Les distractions prennent la place de ses engagements. Les intentions restent dans la tête, mais ne deviennent jamais des actions concrètes.

Dans une organisation militante, cela peut paraître banal. Mais c’est décisif. Celui qui devait appeler trois nouveaux sympathisants oublie. Celle qui devait rédiger un compte rendu reporte. Celui qui devait mobiliser pour une activité attend le dernier moment. Celle qui devait préparer une intervention arrive sans idées claires. Petit à petit, ce ne sont pas seulement des tâches qui échouent : c’est la crédibilité collective qui s’affaiblit.

Planifier individuellement, ce n’est donc pas seulement mieux gérer son temps. C’est respecter l’engagement que l’on a pris devant les autres. Chaque jour, quelques questions simples peuvent aider :

  • Quelles sont les trois actions militantes les plus importantes que je dois accomplir aujourd’hui ?
  • Quelle tâche, même petite, peut faire avancer concrètement notre objectif collectif ?
  • Qui dois-je appeler, relancer, informer ou soutenir ?
  • Qu’est-ce qui risque de me distraire ou de me faire perdre le cap ?
  • Qu’est-ce que je peux décider de ne pas faire aujourd’hui pour rester concentré sur l’essentiel ?

Ces questions ne changent pas le monde en elles-mêmes. Mais elles changent notre rapport à l’action. Et c’est souvent par-là que commence le changement.

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Une organisation sans plan fatigue ses membres

Dans beaucoup d’organisations militantes, les membres ne manquent pas toujours de volonté. Ils manquent souvent de clarté. Ils ne savent pas toujours ce qui est prioritaire, qui fait quoi, ce qui doit être fait avant, pendant et après une activité. Alors l’énergie se disperse, les mêmes personnes font tout, les autres attendent, les réunions se multiplient, les décisions ne sont pas suivies et les frustrations grandissent.

À la fin, on accuse parfois le manque d’engagement, alors que le vrai problème était peut-être le manque d’organisation. Une organisation militante sérieuse ne peut pas fonctionner seulement à l’émotion, à l’urgence ou à l’improvisation. L’émotion peut déclencher l’engagement. Mais seule l’organisation permet de le transformer en force durable.

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Planifier collectivement, c’est clarifier la bataille

Une bonne planification collective doit répondre à des questions simples :

  • Quel est notre objectif précis ?
  • Quels résultats voulons-nous obtenir ?
  • Quelles actions devons-nous mener ?
  • Qui est responsable de quoi ?
  • Avec quels moyens ?
  • Dans quels délais ?
  • Comment allons-nous suivre l’exécution ?
  • Comment allons-nous tirer les leçons après l’action ?

Prenons un exemple simple. Si une organisation veut mobiliser 100 personnes pour une rencontre citoyenne, il ne suffit pas de dire : « Mobilisons ». Il faut savoir qui appelle les anciens participants, qui contacte les nouveaux sympathisants, qui prépare le message d’invitation, qui gère la salle, qui accueille les participants, qui prend les photos, qui rédige le compte rendu et qui assure le suivi après la rencontre.

Sans cela, tout repose sur quelques personnes, l’activité devient lourde et l’organisation apprend peu. Avec un plan, chacun sait ce qu’il doit faire. L’action devient plus claire, l’énergie devient plus utile et la responsabilité devient plus visible.

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Planifier, ce n’est pas tuer la spontanéité

Certains pensent parfois que planifier rend l’action froide, rigide ou bureaucratique. Je crois le contraire. Bien planifier, ce n’est pas empêcher la vie. C’est se donner les moyens de mieux répondre à la vie.

Un plan sérieux n’empêche pas les imprévus. Il permet de ne pas être détruit par eux. Il permet d’ajuster, de corriger et de revenir à l’objectif lorsque les distractions apparaissent. Dans une organisation militante, la planification doit rester vivante, simple, compréhensible et suivie. Un plan que personne ne lit, que personne ne suit ou que personne n’évalue ne sert à rien.

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La discipline fait la différence

Au fond, la planification pose une question de vérité : sommes-nous réellement prêts à aligner nos pratiques sur nos ambitions ? Nous voulons transformer nos communautés, nos institutions et nos pays. Mais savons-nous déjà organiser une réunion correctement ? Savons-nous tenir un délai ? Savons-nous faire un suivi ? Savons-nous évaluer nos actions ? Savons-nous respecter la parole donnée ?

Ce sont de petites choses. Mais les grandes causes échouent souvent à cause de petites négligences répétées. Une organisation militante ne grandit pas seulement par la force de ses idées. Elle grandit par la qualité de ses pratiques.

Voilà pourquoi planifier est un acte militant. C’est refuser de confondre agitation et action, présence et contribution, bonne volonté et responsabilité. Dans toute organisation qui veut durer et produire des résultats, il est utile de revenir régulièrement à cette exigence simple : planifier nos journées, nos tâches, nos activités et nos engagements, individuellement et collectivement, avec humilité, rigueur et constance.

Car au fond, une question mérite d’être posée : comment pourrons-nous accuser l’extérieur si, nous-mêmes, nous n’avons pas fait le minimum qui dépendait de nous ?

Très souvent, le succès d’une journée, d’une activité ou d’une organisation dépend d’abord de la manière dont nous avons pris le temps de la définir dans un plan.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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