𝗟𝗘 𝟲 𝗡𝗢𝗩𝗘𝗠𝗕𝗥𝗘 𝗘𝗦𝗧-𝗜𝗟 𝗨𝗡𝗘 𝗗𝗔𝗧𝗘 𝗠𝗔𝗨𝗗𝗜𝗧𝗘 𝗣𝗢𝗨𝗥 𝗟𝗘 𝗖𝗔𝗠𝗘𝗥𝗢𝗨𝗡 ?

Le 6 novembre 1982, Paul Biya accédait au pouvoir. Il allait promettre le Renouveau, la Rigueur et la Moralisation.

Le 6 novembre 2025, 43 ans plus tard, il prêtait serment pour un huitième mandat, au lendemain d’une élection contestée et d’une crise postélectorale meurtrière.

Cette fois encore, les promesses étaient nombreuses : emplois pour les jeunes, promotion des femmes, accélération des projets de développement, lutte contre la corruption, réformes institutionnelles, paix et sécurité.

Un an plus tard, où sont les résultats ? Où sont les transformations promises ?

Le nouveau gouvernement annoncé se fait toujours attendre. Les engagements en faveur de l’emploi des jeunes n’ont pas produit les changements attendus. Les crises persistent. Les difficultés quotidiennes des Camerounais demeurent voire s’aggravent. Et les réformes engagées ne changent pas fondamentalement le fonctionnement du pouvoir.

Le Cameroun se retrouve ainsi enfermé dans une double impasse.

Une impasse politique : les institutions et les rapports de force actuels rendent extrêmement difficile toute alternance démocratique, et plus encore l’émergence d’une véritable alternative. Les règles censées permettre le changement contribuent, dans les faits, à perpétuer le système en place.

Une impasse de développement : malgré les projets annoncés, les investissements réalisés et les réformes proclamées, les transformations structurelles restent très insuffisantes. Les progrès accomplis ne se traduisent pas par une amélioration suffisamment profonde et durable des conditions de vie de la majorité des Camerounais.

Nous faisons face à un système qui ne parvient plus à transformer le pays, mais qui continue de bloquer les possibilités de sa transformation.

Pendant ce temps, à 93 ans, Paul Biya se fait de plus en plus rare dans l’espace public. En 2026, il a battu son propre record d’absence, passant 73 jours consécutifs hors du Cameroun.

Et voici qu’à toutes nos crises s’ajoute une incertitude majeure : qu’adviendra-t-il du Cameroun en cas de décès ou d’incapacité du chef de l’État ?

Cette incertitude constitue un risque politique majeur, perceptible aussi bien à l’intérieur du Cameroun qu’à l’extérieur. La création d’un poste de vice-président ne suffit pas à garantir une transition politique apaisée. Car au-delà des mécanismes constitutionnels, c’est la capacité d’un système construit autour d’un seul homme à lui survivre sans provoquer une nouvelle crise qui est en question.

Un État ne devrait jamais dépendre à ce point de la présence, de la santé ou de la survie d’un seul homme.

44 ans au sommet de l’État. 44 ans de promesses renouvelées. 44 ans d’occasions historiques largement manquées.

Jean-Marc Ela décrivait déjà un Cameroun où « l’inimaginable », « l’incroyable » et « l’impossible » semblaient devenus la norme. Un pays livré au « hors-norme », à la « déraison » et à la « folie ».

Ses mots résonnent aujourd’hui avec une terrible actualité.

Car le plus grave n’est pas seulement ce que ce pouvoir a fait ou n’a pas fait. C’est ce qu’il a fini par nous faire accepter.

L’exceptionnel est devenu ordinaire. L’inacceptable est devenu habituel. L’absence de résultats à la hauteur des promesses n’empêche plus de nouvelles annonces. Et la longévité au pouvoir tient lieu de bilan.

Alors, le 6 novembre est-il une date maudite pour le Cameroun ?

Non. Les dates ne sont pas maudites. Les peuples ne sont pas condamnés par le calendrier.

Ce qui ressemble à une malédiction est d’abord le résultat d’un système politique que des hommes ont construit, entretenu et perpétué.

Et ce que des hommes ont construit, d’autres peuvent le transformer.

Le Cameroun n’a pas besoin d’un nouveau Renouveau, ni de nouvelles promesses de grandeur. Il a besoin d’une véritable refondation de l’État, de la Nation et de la Gouvernance.

Le 6 novembre ne doit pas rester le symbole d’un pouvoir qui se perpétue. Il doit nous rappeler l’urgence de construire un pays qui avance.

Franck Essi

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