Sénégal : l’alternance de rupture face à une rupture au sommet

Leçons provisoires d’une expérience politique africaine en cours

Par Franck Essi

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Le Sénégal traverse l’un de ces moments politiques qui, au-delà des frontières nationales, deviennent des miroirs tendus à tout un continent. Ce qui se joue entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko n’est pas seulement une crise entre deux hommes. Ce n’est pas seulement une querelle de préséance entre un président et son ancien Premier ministre. Ce n’est pas seulement une tension interne au PASTEF. C’est une expérience politique africaine en cours, avec ses grandeurs, ses promesses, ses contradictions, ses fragilités et ses risques.

Au départ, il y avait un duo. Un duo devenu symbole. Un duo qui, en 2024, incarnait une espérance rare : celle d’une alternance de rupture, portée par une jeunesse mobilisée, une base militante fervente, un discours souverainiste, une promesse de moralisation publique, de justice, de dignité nationale et de transformation de l’État. Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle de 2024, avait porté Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Diomaye Faye avait gagné. Sonko avait été nommé Premier ministre. Le PASTEF avait ensuite consolidé son emprise politique à travers une très large majorité parlementaire. Pendant un moment, tout semblait donc réuni pour convertir une victoire électorale en projet de refondation.

Mais l’histoire politique enseigne une leçon que les peuples redécouvrent souvent dans la douleur : gagner le pouvoir n’est pas encore savoir l’exercer. Le 22 mai 2026, Bassirou Diomaye Faye a limogé Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre et dissous le gouvernement. Le 25 mai, il a nommé l’économiste Ahmadou Al Aminou Lo comme nouveau Premier ministre. Le 26 mai, nouveau rebondissement : Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale, avec le soutien de 132 députés sur 165, devenant ainsi un puissant acteur parlementaire face à l’exécutif.

La crise n’est donc plus seulement gouvernementale. Elle est devenue institutionnelle. Elle oppose désormais deux légitimités issues du même camp : la légitimité présidentielle de Diomaye Faye et la légitimité militante, partisane et parlementaire d’Ousmane Sonko. Diomaye tient l’État. Sonko tient encore une grande partie de l’énergie politique qui a porté l’alternance. L’un incarne la fonction. L’autre incarne encore, pour beaucoup, la cause. L’un parle au nom de la stabilité institutionnelle. L’autre peut se présenter comme le gardien de la promesse originelle.

C’est précisément cette séparation des légitimités qui rend la situation dangereuse.

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Une crise qui ne tombe pas du ciel

Il serait trop facile de lire cette crise comme un simple accident relationnel. Elle vient de plus loin. Elle était contenue, dès l’origine, dans l’architecture politique de l’alternance de 2024.

Le tandem Diomaye–Sonko portait une ambiguïté initiale. Diomaye était le président élu, mais Sonko était le chef historique du mouvement. Diomaye détenait la légalité institutionnelle, mais Sonko conservait une forte autorité symbolique. Diomaye gouvernait depuis le Palais, mais Sonko parlait encore à une base militante qui voyait en lui l’âme du PASTEF. Tant que l’objectif était de battre l’ancien régime, cette dualité pouvait fonctionner. Une fois au pouvoir, elle exigeait une clarification.

Qui décide réellement ? Qui fixe la ligne économique ? Qui arbitre les divergences entre le parti et l’État ? Qui parle au nom du projet ? Qui contrôle le tempo de la rupture ? Qui accepte de perdre une bataille interne sans transformer le désaccord en crise nationale ?

Le cœur du problème : Diomaye semble avoir voulu présidentialiser l’alternance, tandis que Sonko semble avoir voulu maintenir la rupture sous contrôle militant et partisan. Cette tension n’est pas anormale. Elle est même classique dans les mouvements de rupture. Ce qui est problématique, c’est qu’elle n’ait pas été suffisamment institutionnalisée, discutée, arbitrée et contenue avant d’exploser publiquement.

Car l’amitié politique ne remplace pas l’architecture institutionnelle. La fraternité militante ne remplace pas les règles de décision. La confiance personnelle ne remplace pas les mécanismes d’arbitrage. Une campagne électorale peut vivre de symboles fusionnels. Un État, lui, a besoin de chaînes de responsabilité claires.

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Premier dossier : qui dirige la rupture ?

La première ligne de fracture est celle du leadership réel.

Le slogan implicite de 2024 pouvait être résumé ainsi : Diomaye et Sonko sont deux visages d’une même promesse. Politiquement, cette fusion avait une puissance mobilisatrice. Mais institutionnellement, elle portait un risque. Car une fois l’élection gagnée, l’État pose toujours les mêmes questions : qui signe ? qui nomme ? qui révoque ? qui négocie ? qui répond devant la nation ? qui porte les conséquences ?

Diomaye Faye pouvait difficilement rester perçu comme le simple prolongement institutionnel de Sonko. Sonko pouvait difficilement accepter de devenir un Premier ministre ordinaire, soumis à une logique présidentielle qu’une partie de sa base pouvait interpréter comme une normalisation ou une trahison. Chacun était donc prisonnier d’une légitimité différente. Diomaye devait prouver qu’il était réellement président. Sonko devait prouver qu’il restait le gardien du projet.

C’est là que le duo a commencé à devenir fragile. Non parce qu’il y avait divergence. Toute expérience politique sérieuse comporte des divergences. Mais parce que les divergences semblaient ne plus trouver d’espace interne de traitement. Lorsqu’un désaccord stratégique devient un spectacle public, il cesse d’être seulement un débat. Il devient un rapport de force.

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Deuxième dossier : le PASTEF, le parti et l’État

La deuxième ligne de fracture concerne la relation entre le PASTEF et l’État.

Le PASTEF n’est pas un parti banal. Il est un appareil politique, mais aussi une mémoire de lutte, une communauté émotionnelle, une identité militante et un imaginaire de rupture. Mais lorsqu’un parti arrive au pouvoir, il doit apprendre une distinction essentielle : un parti porte un projet ; l’État porte une nation.

Un parti répond à ses militants. L’État répond aussi à ceux qui n’ont pas voté pour lui. Un parti peut vivre de ferveur. L’État doit vivre de droit, de procédures, de continuité administrative, de budgets, de contrôle, de justice impartiale et de résultats.

La crise sénégalaise pose donc une question majeure : le PASTEF devait-il encadrer l’État au nom de la fidélité au projet ? Ou devait-il accepter que l’État, une fois conquis, impose à son tour ses contraintes, ses lenteurs, ses prudences et ses responsabilités ?

Le danger est double. Si l’État ignore le parti qui l’a porté, il perd son ancrage populaire et militant. Mais si le parti capture l’État, il réduit la nation à son camp. Il transforme l’alternance en appropriation. Il confond loyauté nationale et discipline partisane. Il finit par reproduire, avec d’autres visages, les pratiques qu’il dénonçait hier.

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Troisième dossier : la dette et le FMI, ou le mur du réel

Le dossier économique est probablement le plus lourd. La crise de la dette a transformé les contradictions politiques en crise de gouvernabilité.

Le Sénégal fait face à une situation financière très grave. Reuters rapporte que le programme du FMI, d’environ 1,8 milliard de dollars, a été suspendu après la découverte de dettes mal déclarées, et que la dette du pays est projetée autour de 132 % du PIB à fin 2024. La même source indique que Sonko s’opposait notamment à une restructuration de la dette et à une hausse des prix du carburant, alors que les discussions avec le FMI devaient reprendre en juin.

Ce dossier révèle toute la difficulté du passage du souverainisme d’opposition au souverainisme de gouvernement. Dans l’opposition, il est possible de dire : nous allons refuser l’humiliation, renégocier, défendre la dignité nationale, rompre avec les injonctions extérieures. Mais au pouvoir, il faut payer les salaires, financer les services publics, maintenir les subventions ou expliquer leur réduction, préserver la confiance des créanciers, éviter l’asphyxie budgétaire et protéger les plus vulnérables.

Sonko semble avoir voulu éviter que la dette ne devienne une capitulation politique. Diomaye semble avoir voulu éviter qu’elle ne devienne une crise financière incontrôlable. Les deux préoccupations peuvent être entendues. Mais sans stratégie commune, elles deviennent antagonistes.

La vraie question n’est donc pas seulement de savoir qui avait raison. Elle est plus profonde : comment un pouvoir élu sur la souveraineté, la justice sociale et la rupture peut-il gérer une dette massive sans renier son mandat populaire, sans perdre sa crédibilité financière et sans faire payer au peuple le prix des dissimulations de l’ancien régime ?

Le souverainisme ne se proclame pas seulement. Il se construit. Par la production nationale. Par la fiscalité juste. Par la discipline budgétaire. Par la transparence de la dette. Par la transformation productive. Par la qualité des institutions. Par la capacité de négocier sans s’agenouiller et de résister sans isoler le pays.

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Quatrième dossier : les fonds politiques et la morale du pouvoir

Les fonds politiques, parfois appelés fonds spéciaux ou fonds secrets, sont des crédits inscrits dans le budget de l’État, généralement au profit de hautes autorités, notamment la Présidence ou la Primature.

Dans l’histoire administrative sénégalaise, ces fonds sont décrits comme des crédits votés par l’Assemblée nationale, mais dont l’usage reste très peu détaillé publiquement. Ils sont considérés comme une forme financière de la raison d’État, c’est-à-dire des ressources mises à la disposition du chef de l’État sans obligation de révéler précisément l’usage ni les bénéficiaires.

Le dossier des fonds politiques est en apparence technique. En réalité, il est hautement symbolique. Il concentre quatre conflits : un conflit moral, un conflit institutionnel, un conflit stratégique et un conflit de leadership.

Moral, parce qu’il pose la question de l’usage de l’argent public. Institutionnel, parce qu’il interroge l’autorité compétente pour porter la réforme : la Présidence, la Primature ou l’Assemblée. Stratégique, parce qu’il oppose la nécessité d’agir vite à la prudence d’État. Politique, enfin, parce qu’il pose la question du vrai gardien de la promesse de 2024. Une réalité s’impose avec force : les fonds politiques sont une petite ligne budgétaire en apparence, mais une grande ligne de fracture politique en réalité.

Sonko semble regarder ce dossier avec les lunettes du militant anti-système : aucun argent public ne doit échapper au contrôle. Diomaye semble le regarder avec les lunettes du président confronté aux contraintes de l’État : certaines dépenses sensibles exigent discrétion, sécurité, renseignement, diplomatie, gestion de crises. Les deux positions ne sont pas forcément incompatibles. On peut maintenir des fonds sensibles tout en les soumettant à un contrôle confidentiel, juridictionnel ou parlementaire restreint.

Mais lorsque la confiance politique est abîmée, les compromis rationnels deviennent presque impossibles. La prudence de l’un devient suspecte. L’urgence morale de l’autre devient déstabilisatrice. Et une question budgétaire devient une crise politique.

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Cinquième dossier : la justice, entre réparation, vérité et risque de vengeance

Le pouvoir Diomaye–Sonko était aussi attendu sur le terrain de la justice. Justice pour les victimes des violences politiques. Justice contre l’opacité. Justice contre les abus de l’ancien régime. Justice contre les privilèges.

Mais rendre justice depuis l’État est plus difficile que réclamer justice depuis l’opposition. Si la justice va trop lentement, les victimes se sentent trahies. Si elle va trop vite et semble ciblée, l’opposition dénonce une chasse aux sorcières. Si l’État indemnise sans juger, il peut calmer sans réparer. S’il poursuit sans garanties, il peut transformer la justice en instrument de revanche.

La question est donc redoutable : comment faire justice sans vengeance ? Comment réparer sans acheter le silence ? Comment poursuivre sans humilier ? Comment établir les responsabilités sans ouvrir un nouveau cycle de règlements de comptes ?

Sur ce dossier comme sur les autres, Diomaye et Sonko portent deux exigences qui devraient être complémentaires : l’exigence de vérité et l’exigence d’État de droit. Mais elles peuvent devenir contradictoires si elles sont instrumentalisées dans une bataille de leadership.

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Les grandes leçons de l’expérience sénégalaise

La première leçon est simple : la conquête du pouvoir n’est pas encore le changement. Gagner une élection permet d’entrer dans l’État. Transformer l’État exige une méthode, des institutions, une pédagogie, des équipes, des arbitrages et une capacité d’exécution.

La deuxième leçon est que l’ambiguïté qui aide à gagner peut empêcher de gouverner. La fusion symbolique entre Diomaye et Sonko était électoralement utile. Mais après la victoire, il fallait clarifier les rôles, les responsabilités, les espaces d’arbitrage et les mécanismes de résolution des désaccords.

La troisième leçon est que la morale politique doit devenir institutionnelle. Dire que l’on est différent ne suffit pas. Il faut créer des mécanismes qui empêchent même son propre camp de mal gouverner : contrôle des fonds publics, transparence budgétaire, indépendance de la justice, redevabilité parlementaire, limitation des privilèges, sanction des abus.

La quatrième leçon est que la base militante n’est pas le peuple entier. Elle rappelle la promesse, mais elle ne peut pas devenir l’unique boussole de l’État. Mépriser la base, c’est perdre son âme. Gouverner uniquement pour elle, c’est perdre l’État.

La cinquième leçon est que le désaccord doit être organisé avant de devenir rupture. Aucun mouvement de changement ne peut durablement gouverner si ses dirigeants règlent leurs désaccords devant le public sans mécanisme interne solide.

La sixième leçon est que les dirigeants n’ont pas le droit de transformer leurs blessures personnelles en crise nationale. Lorsqu’on porte une espérance collective, ses conflits ne sont plus des affaires privées. Ils engagent le pays, les institutions, les citoyens et même la crédibilité des forces de changement ailleurs en Afrique.

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Les questions que le Sénégal pose à l’Afrique

Cette crise pose des questions qui dépassent le Sénégal.

Peut-on gouverner la rupture avec les méthodes de la conquête ?

Comment distinguer la fidélité à un leader de la fidélité à un projet ?

Comment éviter qu’un parti victorieux ne capture l’État ?

Comment rendre justice sans vengeance ?

Comment négocier avec le FMI sans perdre sa souveraineté ?

Comment dire la vérité au peuple sans l’écraser sous le poids des contraintes ?

Comment faire du Parlement un contre-pouvoir utile et non une base arrière de revanche ?

Comment éviter que les héros d’hier deviennent les rivaux qui détruisent l’espérance collective ?

Ces questions devraient intéresser tous les mouvements citoyens africains, tous les partis d’opposition, toutes les coalitions de changement. Car l’erreur serait de croire que cette crise ne concerne que Dakar. En réalité, elle dit quelque chose de fondamental sur la difficulté de passer de la contestation à la gouvernance.

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Scénarios possibles

Le premier scénario est celui de l’apaisement stratégique. Diomaye et Sonko comprennent que leur rivalité peut détruire ce qu’ils ont construit ensemble. Le président assume son autorité, mais reconnaît publiquement le rôle historique de Sonko. Sonko assume son rôle parlementaire, mais renonce à transformer l’Assemblée en instrument de blocage. Le PASTEF organise un dialogue interne. Une feuille de route minimale est négociée sur la dette, les fonds politiques, la justice, les réformes institutionnelles et les urgences sociales. C’est le scénario le plus utile pour le Sénégal. Il exige cependant une qualité rare en politique : préférer la cause à l’ego.

Le deuxième scénario est celui de la cohabitation conflictuelle mais contenue. Diomaye gouverne avec son nouveau Premier ministre. Sonko contrôle politiquement une partie du Parlement et du PASTEF. Les tensions restent fortes, mais elles se jouent dans les institutions. L’Assemblée critique, contrôle, ralentit parfois, mais ne cherche pas à provoquer l’effondrement de l’exécutif. Ce scénario peut être inconfortable, mais démocratiquement fécond, si chacun respecte les limites.

Le troisième scénario est celui de la fracture durable du PASTEF. Sonko reprend le contrôle du parti. Diomaye construit une coalition présidentielle autonome. Les députés se divisent. La majorité devient instable. Le pays entre dans une recomposition politique avant 2029. Les anciens alliés deviennent concurrents. La promesse de rupture se fragmente en deux récits rivaux : celui de la stabilité présidentielle et celui de la fidélité militante. Les dossiers joints identifient déjà ce risque de fracture et de blocage comme l’un des scénarios sérieux à surveiller.

Le quatrième scénario est celui du duel destructeur. Diomaye utilise l’appareil d’État pour marginaliser Sonko. Sonko utilise le parti, le Parlement ou la rue pour encercler Diomaye. Les réformes économiques se bloquent. Les négociations avec les partenaires deviennent plus difficiles. Les tensions sociales augmentent. Les militants se radicalisent. La promesse de rupture se transforme en champ de bataille. Reuters et AP soulignent déjà que l’élection de Sonko à la tête de l’Assemblée peut produire un contre-pouvoir fort, mais aussi un risque de blocage politique dans un contexte économique difficile.

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Pour que le duo d’hier ne devienne pas un duel contre le peuple

Il existe encore des pistes pour éviter le pire.

La première est de dépersonnaliser la crise. La rupture n’appartient ni à Diomaye seul, ni à Sonko seul. Elle appartient au peuple sénégalais qui l’a portée, espérée et rendue possible.

La deuxième est de créer un mécanisme politique d’arbitrage entre la Présidence, le gouvernement, l’Assemblée, le PASTEF et les partenaires de la coalition. Les désaccords doivent être traités avant de devenir des spectacles publics.

La troisième est de négocier un pacte minimal de non-destruction : ne pas bloquer les réformes vitales, ne pas mobiliser la rue contre les institutions, ne pas utiliser la justice comme arme, ne pas humilier l’ancien allié, ne pas confondre contrôle parlementaire et revanche.

La quatrième est de clarifier les dossiers sensibles devant les citoyens : dette, FMI, fonds politiques, justice, coût de la vie, emploi, train de vie de l’État. Le peuple peut accepter des sacrifices lorsqu’il comprend pourquoi, pour combien de temps, au bénéfice de qui, et lorsque les dirigeants montrent eux-mêmes l’exemple.

La cinquième est de faire de l’Assemblée nationale un vrai lieu de redevabilité. Sonko peut y gagner en stature s’il montre qu’il contrôle sans détruire, questionne sans saboter, défend la rupture sans sacrifier l’État.

La sixième est de préserver la promesse africaine de cette alternance. Le Sénégal est observé bien au-delà de ses frontières. Si le duo d’hier devient un duel destructeur, les cyniques diront : voilà, les forces de rupture ne font pas mieux que les autres. Elles promettent la morale, puis se divisent autour du pouvoir. Elles dénoncent les anciens systèmes, puis reproduisent leurs querelles, leurs orgueils, leurs verrouillages.

Voilà pourquoi cette crise dépasse Diomaye et Sonko. Elle pose une question immense à toutes les forces du changement : voulons-nous seulement remplacer ceux qui gouvernent, ou sommes-nous prêts à gouverner autrement ?

Le vrai test d’un mouvement de rupture ne commence pas le jour où il gagne le pouvoir. Il commence le jour où le pouvoir lui offre la possibilité de se trahir, de se diviser, de s’aveugler — ou de se dépasser.

Franck Essi

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Franck Essi

Je suis Franck Essi, un africain du Cameroun né le 04 mai 1984 à Douala. Je suis économiste de formation. J’ai fait des études en économie monétaire et bancaire qui m’ont permi de faire un travail de recherche sur deux problématiques : ▶Les conditions d’octroi des crédits bancaires aux PMEs camerounaises. ▶ L' endettement extérieur et croissance économique au Cameroun. Je travaille aujourd’hui comme consultant sur des questions de planification, management et développement. Dans ce cadre, j’ai l’opportunité de travailler avec : ▶ La coopération allemande (GIZ), ▶Les fondations politiques internationales (Friedrich Ebert Stiftung, IRI, Solidarity Center et Humanity United), ▶ Des organismes internationaux (Conférence Internationale de la région des Grands Lacs, Parlement panafricain, …), ▶ Des Gouvernements africains (RDC, RWANDA, BURUNDI, etc) ▶ Et des programmes internationaux ( Initiative Africaine pour la Réforme Budgétaire Concertée, Programme Détaillé pour le Développement de l’Agriculture Africaine, NEPAD). Je suis également auteur ou co – auteur de quelques manuels, ouvrages et études parmi lesquels : ▶ Se présenter aux élections au Cameroun (2012) ▶ Prévenir et lutter contre la fraude électorale au Cameroun (2012) ▶ Les jeunes et l’engagement politique (2013) ▶Comment structurer un parti politique progressiste en Afrique Centrale (2014) ▶ Historique et dynamique du mouvement syndical au Cameroun (2015) ▶ Etudes sur l’état des dispositifs de lutte contre les violences basées sur le genre dans les pays de la CIRGL (2015) ▶Aperçu des crises et des dispositifs de défense des pays de la CIRGL (2015) ▶ Citoyenneté active au Cameroun (2017). Sur le plan associatif et politique, je suis actuellement Secrétaire général du Cameroon People’s Party (CPP). Avant de le devenir en 2012, j’ai été Secrétaire général adjoint en charge des Affaires Politiques. Dans ce cadre, durant l’élection présidentielle de 2011, j’étais en charge du programme politique, des ralliements à la candidature de Mme Kah Walla, l’un des speechwriter et porte – paroles. Je suis également membre de plusieurs organisations : ▶ L’association Cameroon Ô’Bosso (Spécialisée dans la promotion de la citoyenneté active et la participation politique). J'en fus le coordonnateur des Cercles politiques des jeunes et des femmes. Dans cette organisation, nous avons longtemps œuvré pour les inscriptions sur les listes électorales et la réforme du système électoral. ▶ L ’association Sema Atkaptah (Promotion de l’unité et de la renaissance africaine). ▶ L ’association Mémoire et Droits des Peuples (Promotion de l’histoire réelle et de la résolution du contentieux historique). ▶ Le mouvement Stand Up For Cameroon (Milite pour une transition politique démocratique au Cameroun). J’ai été candidat aux élections législatives de 2013 dans la circonscription de Wouri Centre face à messieurs Jean jacques Ekindi, Albert Dooh – Collins et Joshua Osih. J’étais à cette occasion l’un des coordonnateurs de la plateforme qui unissait 04 partis politiques : le CPP, l’UDC, l’UPC (Du feu Papy Ndoumbe) et l’AFP. Dans le cadre de mon engagement associatif et militant, j’ai travaillé et continue de travailler sur plusieurs campagnes et initiatives : • Lutte pour la réforme du code électoral consensuel et contre le code électoral de 2012. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des personnes souffrant d’un handicap. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des populations déguerpies de leurs lieux d’habitation. • Lutte contre le trafic des enfants. • Lutte pour la défense des droits et intérêts des commerçants face aux concessionnaires privés et la Communauté urbaine. • Lutte pour le respect des droits et intérêts des pêcheurs dans la défense de leurs intérêts face à l'État et aux firmes internationales étrangères. A la faveur de ces multiples engagements, j’ai été arrêté au moins 6 fois, détenus au moins 04 parfois plus de 03 jours. J’ai eu l’occasion de subir des violences policières qui, heureusement, n’ont laissé aucun dommage durable. Aujourd’hui, aux côtés de mes camarades du CPP et du Mouvement Stand Up For Cameroon, je milite pour que nous puissions avoir un processus de réconciliation et de refondation de notre pays qui n’a jamais été aussi en crise. A notre manière, nous essayons d’être des Citoyens Debout, des citoyens utiles pour leurs concitoyens et pour le pays.

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